On pourrait remonter très haut dans l’histoire de cette terre d’invasion mais aussi de constitution de califats arabes entre les Perses et les Turcs, mais passons directement à l’histoire de l’Irak moderne. Celui-ci naît de l’effondrement de l’empire Turc.
Dès la guerre de 14-18, les Britanniques s’étaient implantés sur le Golfe persique et ils avaient établi leur influence de Mossoul à Bassora sur les champs pétroliers. En avril 1920 le protocole de San Remo place la Palestine et la Mésopotamie sous leur mandat. Dès mai 1920 c’est la révolte derrière des chefs populaires de l’ensemble du pays, il y eut 10.000 morts. La "pacification" ne fut réalisée y compris à coup de gazage qu’en 1925 . Est installé au pouvoir un prince de La Mecque Fayçal flanqué d’un conseiller collaborateur intégral des britanniques Nüri al Sa’id, le statut de l’Irak est rédigé par les Anglais. Tout y était prévu pour que soit perpétuée la main mise occidentale sur le pétrole... D’où l’intégration de Mossoul et du Kurdistan à l’Irak dont la carte devait coïncider avec l’Irac petroleum dans lequel les intérêts britanniques étaient dominants, mais où on retrouvait la France, les États-Unis(Shell, Nedec). Dés cette époque et jusqu’à aujourd’hui, la question Kurde est posée, je l’élimine pourtant de mon analyse rapide.
La monarchie et les maîtres européens instituent la grande propriété terrienne et féodale et un grand parti conservateur, mais en même temps surgissent des forces d’opposition populaire, un parti socialiste, et le Parti Communiste qui naît en 1934. Jamais le pays n’accepte la main mise étrangère et son histoire est convulsive. Mais c’est dans l’après-guerre dans le contexte de l’affrontement occidental avec l’Union Soviétique, de la création d’Israël, de la chute en 1952 de la monarchie égyptienne et de la signature d’un nouveau Pacte de Bagdad d’alliance avec la Turquie, tête de pont de l’OTAN, que le mouvement de libération se développe.
Nous avons un bégaiement de l’histoire aujourd’hui. Les Britanniques prétendaient constituer un Irak moderne, voire avec des institutions "démocratiques", mais la Constitution avait été aussi conçue d’abord comme le moyen d’asseoir l’exploitation coloniale des ressources en s’appuyant sur une classe dominante acquise au pillage. Bremer n’a rien inventé.
Autre constante : l’exaspération historique du peuple irakien a une dimension nationale d’indépendance nationale, mais aussi un fondement économique face à la misère et au pillage des ressources.
Ce sont les facteurs principaux de la résistance irakienne, et on peut analyser l’impact des différentes forces par leur capacité à mener à bien la lutte pour l’indépendance nationale et l’appropriation des ressources depuis 1920 jusqu’à nos jours.
Les choix divers des Irakiens qu’il s’agisse du communisme, du nasserisme, du baassisme, de l’Islam ont toujours cette toile de fond : quelle est la force politique capable de défendre le mieux l’indépendance nationale et l’appropriation des ressources (essentiellement le pétrole) au profit du peuple irakien ?
Enfin comme dans tout le Moyen-Orient la question palestinienne vécue comme le symbole du colonialisme européen et étasunien sur les peuples arabes joue un rôle central.
L’interprétation actuelle de la situation irakienne, divulguée par les USA, d’une division entre Chiites et Sunnites, analyse reprise par la totalité des médias occidentaux, apparaît donc dès le départ comme ne tenant pas compte du fait fondamental qu’est la nation irakienne.
Mais reprenons l’histoire. Le 14 juillet 1958, un général Kassem s’empare du pouvoir , exécute la famille royale. L’Irak se retire du pacte de Bagdad. Les communistes sont associés au pouvoir car leur influence sur les masses populaires irakiennes est essentielle et il ne peut pas y avoir en Irak une solution qui les exclurait. Paysans, ouvriers sont organisés en syndicats révolutionnaires. Réforme agraire contre le féodalisme, liens privilégiés avec l’URSS témoignent de leur influence. Les communistes ont un double impact, leur manière de traduire les aspirations ouvrières, l’influence de syndicats puissants mais aussi leurs liens avec l’URSS qui assure un bouclier.
Mais le Général Kassem, très nationaliste, entre en guerre à la fois contre l’influence égyptienne et communiste comme "étrangères" en 1960 le parti communiste est interdit. Il déclare également la guerre aux compagnies étrangères pétrolières toujours au nom de l’indépendance de la Nation Irakienne. Il promulgue la Loi pétrolière de 1961, c’est la première brèche dans le code pétrolier international. La révolte kurde éclate. Il n’a plus d’alliés même s’il tente un rapprochement avec la France "gaullienne". Trop tard il est exécuté par une conspiration d’Aref proclamé maréchal et président de la République de février 1963, mais le Baas, comme le parti communiste irakien sont poursuivis, ce dernier subit une répression atroce. Aref fait la part belle à la main mise étrangère. Il est renversé le 17 juillet 1968 par des officiers baasistes.
Le parti communiste qui a été décimé en 1963 demeure puissant, et le Baas est faible, divisé en factions, mais il acquiert sa légitimité à travers sa politique de nationalisation pétrolière (c’est une première) et ses relations privilégiées avec Moscou. Un front national avec le Parti communiste est créé. Les ressources pétrolières sont dirigées vers une politique d’équipement du pays mais aussi d’augmentation des salaires et de diminution des impôts, une politique d’éducation, de santé et de promotion des femmes. Cependant le pari de la diversification industrielle des exportations ne sera jamais gagné et l’Irak dépend encore de ce point de vue à 99% du pétrole.
Le parti communiste d’Irak ne s’est jamais remis de 1963 et de la liquidation de milliers de ses cadres. Mais aussi du fait que dans le contexte de la montée en puissance à partir de 1970 de Saddam Hussein à l’intérieur du Baas, il poursuit l’alliance avec ce parti peu à peu devenu l’instrument du pouvoir personnel de Saddam Hussein, qui poursuit une politique de nationalisation des pétroles, mais aussi la main mise sur l’armée. De nombreuses scissions interviennent dans le parti. Il est aisé aujourd’hui de distribuer les bons et mauvais points, l’alliance des communistes avec les baasistes ne fut pas en soi une erreur, mais ce sont les conditions dans lesquelles elle a été formée. L’écrasement de la rébellion kurde et l’affaiblissement du parti faisaient de cette alliance une alliance de dupe. Le Baas avait besoin du PC et de l’URSS pour consolider son pouvoir ébranlé au milieu des années 1970 et dès qu’il s’est senti consolidé, il a commencé à faire assassiner les dirigeants intermédiaires du parti alors que le PC continuait à siéger au gouvernement. Et cette évolution du baasisme s’incarne dans un pouvoir personnel, celui de Saddam Hussein.
Le rôle réel de Saddam et le nouveau gouvernement
En Juillet 1979 Saddam Hussein assume tous les pouvoirs. La manière dont il s’est emparé du Baas, faisant taire les opposants, les assassinant, laisse augurer de la suite. Il y a dans le pouvoir personnel de Saddam Hussein une évolution dialectique, où peu à peu les éléments se retournent en leur contraire. Comme nous l’avons vu, le Baas s’allie avec le parti communiste irakien pour mener une politique d’indépendance nationale et d’appropriation populaire des ressources nationales, il a besoin de l’appui des masses populaires autant que de l’URSS, mais c’est pour aller vers un retournement favorisé par la faiblesse politique du parti communiste irakien. Une nouvelle politique pro-occidentale et vers le camp " modéré arabe " se met en place, le parti communiste est mis hors la loi et après la répression kurde commence la répression chiite, à la fois contre les communistes bien implantés dans le sud et l’ouest, et dans les masses les plus pauvres, et contre les religieux tentés par le modèle anti-impérialiste iranien (en 1980, Al Sadr et sa famille sont exécutés). Autre retournement si Saddam se présente comme le garant de l’unité nationale, il s’appuie de plus en plus sur les communautarismes religieux et tribaux. Sur tous ces fronts Saddam bénéficie du soutien des Occidentaux et encore plus quand il lance la guerre en 1980 contre l’Iran. La guerre dure huit ans et laisse les deux pays complètement exsangues.
Là encore l’interprétation des États-Unis et des Occidentaux, qui imaginaient que l’arrestation de Saddam déboucherait sur la fin de la Résistance, faisait bon marché de ce qu’est la Nation irakienne. Cette arrestation paraît avoir en fait levé une hypothèque qui pesait sur l’unité de la résistance avec la crainte du retour du tyran ou de ses fils. Toutes les forces politiques ont pu alors se recomposer. Là encore ignorer le fait que le Baas n’est pas seulement l’instrument du pouvoir de Saddam Hussein, pas plus que le communisme ne se résume au stalinisme, même si l’empreinte est durable ne nous empêche-t-il pas de comprendre ? Comme d’ailleurs de transformer les Chiites irakiens en courroie de transmission de L’Iran. Tout cela n’a qu’une fonction, nous interdire de comprendre cette revendication démocratique fondamentale du peuple irakien, l’aspiration à une souveraineté pleine et entière.
Autant il est stupide et colonialiste d’inventer des peuples arabes allergiques à la démocratie et ne voulant que des tyrans, autant une démocratie à l’occidentale, qui s’accompagne de domination coloniale et de pillage, est légitimement refusée par les peuples arabes et singulièrement le peuple irakien.
C’est cette réalité que l’on prétend pourtant aujourd’hui nier, en nous présentant un Irak divisé entre forces centrifuges incapables de s’entendre alors que la partition de l’Irak a été systématiquement poursuivie par Paul Bremer et que la résistance ne cesse d’affirmer sa volonté d’unité.
De même l’Irak serait un pays arriéré (parce que musulman ?), inapte de ce fait à la démocratie, et l’imposition de la démocratie passerait par le recours à un homme fort, exigerait un retour à un Saddam Hussein, moins imprévisible pour les intérêts occidentaux que Saddam. Iyad Allaoui, l’espoir des États-Unis pour obtenir un contrôle de la situation irakienne, est depuis longtemps lié à la CIA, comme Karzaï en Afghanistan. Il s’est donné comme objectif sous couvert de restaurer "la sécurité" de reconstituer les services secrets, avec les arrestations arbitraires, tortures et exécutions sommaires, qui frapperont non seulement la résistance armée, multiplieront les provocations terroristes, mais frapperont également les formes non armées de résistance de masse. Car il s’agira tout autant de faire taire la revendication d’un peuple épuisé par des années d’embargo, confronté à un chômage massif et à toute la désorganisation des services publics qui a suivi l’invasion. La nomination de Negroponte comme ambassadeur des États-Unis va dans le même sens, cet individu a été le pilier de l’attaque permanente d’escadrons de la mort contre le Nicaragua depuis l’ambassade du Honduras, le terrorisme est sa méthode, son action a fait des centaines de milliers de victimes. L’annonce de la loi martiale sous couvert de restaurer "la sécurité" va dans ce sens, et comme l’invasion, elle ne produira qu’encore plus d’insécurité.
Il y aurait un enjeu, presque déjà un conflit entre Iyad Allaoui et ses maîtres nord-américain sur le rôle futur de l’armée irakienne. Il faut relativiser le conflit car Iyad Allaoui, lui-même menacé, n’a aucune indépendance, les faits sont là il y a déjà acceptation de l’installation de bases permanentes nord américaines. D’autre part si l’on doit en croire le Financial Times, un contrat de 259 millions de dollars a été déjà passé pour équiper dans les deux ans à venir la future armée irakienne avec Anham Joint Venture, un fournisseur étasunien. Tout laisse à penser qu’Iyad Alloui acceptera que la future armée irakienne soit dévolue à des tâches de police intérieure et que l’armée nord-américaine avec la coalition et peut-être l’Otan soit en charge de la gestion de l’équilibre du Moyen-Orient à l’extérieur de l’Irak, comme le réclame le gouvernement israélien. Là encore un tyran à l’intérieur, qui garantirait le pillage des ressources et la division du monde arabe, la collaboration avec les USA, est une solution déjà à l’œuvre dans l’ensemble du monde arabe.
Il ne s’agit en aucun cas d’une inaptitude à la démocratie des peuples mais bien d’un système de domination coloniale dont le démocratisme occidental n’est que le paravent idéologique, une manière de justifier "le choc des civilisations".
Pourtant quand on connaît l’histoire de l’Irak je ne vois pas comment on peut ignorer le rôle joué par l’indépendance nationale... Et la capacité à rassembler autour de cette indépendance et l’appropriation nationale de la ressource pétrolière. Il est évident que les communistes auraient pu, comme ils l’ont fait dans toute l’histoire des luttes de libération nationale jouer un grand rôle dans la mesure où, par leur analyse et leurs actions, ils auraient pu contribuer à éclairer les enjeux dans les pays subissant cette invasion néo-coloniale mais aussi dans les pays impérialistes en développant des luttes pour la paix et le respect de la souveraineté des peuples.
La trahison du pari communiste irakien
La décision stupéfiante du dirigeant du parti communiste irakien d’aller prendre place dans le conseil de collaboration, instauré au lendemain de l’invasion, et ce à titre de personnalité chiite, a pu apparaître comme une "faute" politique. Alors que ce parti n’avait plus en outre à offrir le bouclier de l’URSS à la volonté d’indépendance ; comment a-t-il pu commettre une pareille faute ? S’agit-il de la méconnaissance du terrain due à un long exil ? Le parti communiste irakien s’est réfugié au Kurdistan (ce qui a pesé sur son analyse, le parti ayant tendance à s’aligner sur la position des partis kurdes). ou de la faiblesse politique d’un parti complètement déboussolé par la chute de l’URSS. Et qui, comme le PCF, s’engouffrerait dans une idéologie "démocratique", en fait droits de l’hommiste, pour mieux critiquer les "erreurs staliniennes" ? Sans voir que ce "démocratisme" sur le terrain aboutit à favoriser une minorité de possédants autochtones acquis au marché et à la domination occidentale, à favoriser la permanence de la présence militaire, à garantir le pillage.... Ce faisant, le parti communiste irakien se coupe des masses populaires et ne reflète plus au meilleur des cas que les atermoiements de couches moyennes, devenues elles-mêmes des enjeux entre indépendance nationale et soumission au néo-colonialisme, et il perd pour une part le bénéfice de son glorieux passé.
Le processus de scission entamé dès 1970 se poursuit. À la chute de Saddam Hussein, à l’intérieur même du PC irakien naît une opposition à la collaboration, en surgira le parti des cadres. À la marge, issu d’une rupture antérieure, le parti communiste ouvrier d’Irak agit. Certains communistes font le choix d’entrer dans la résistance aux côtés d’anciens baassistes puis des Chiites de Moqtar al Sadr... À ma connaissance il y a au moins trois courants, le parti communiste ouvrier d’Irak qui tout de suite a regroupé les chômeurs, les femmes, le parti communiste d’Irak officiel et le parti des cadres constitué en rupture aves le choix du dirigeant du Parti communiste irakien.
Récemment, le 20 juin 2004, le parti communiste d’Iraq (cadres) a lancé de graves accusations contre les dirigeants actuels du parti communiste d’Irak officiel. Non seulement il dénonce le fait que le dirigeant du parti soit allé dans le conseil de collaboration, mais il affirme que la collaboration avec les autorités nord américaines vient de loin, y compris pendant l’application de l’embargo contre le peuple irakien, mais également dans la préparation de l’invasion. L’entrée au conseil de collaboration ne serait donc pas une "erreur" mais bien un choix politique de longue date qui déconsidérera longtemps le communisme en Iraq malgré l’attitude héroïque passée et le fait que de nombreux communistes soient engagés dans la Résistance, d’une manière militaire ou civile. De surcroît le parti communiste d’Iraq a créé un syndicat de collaboration et est allé à la dernière commission du BIT de Genève avec le gouvernement mis en place par les États-Unis, ceci contre le syndicat ouvrier irakien qui est dans la Résistance.
Il est clair que nous sommes-là devant un phénomène qui excède largement le cas de l’Irak et qui devrait nous conduire à nous interroger sur les partis dont le personnel dirigeant a été longuement satellisé à l’URSS. Il y a d’autres cas, dont le plus éclatant est sans doute celui des ex-communistes polonais qui sont devenus non seulement les meilleurs agents du néo-libéralisme, mais d’un atlantisme actif. Aujourd’hui les partis communistes qui résistent (Chine, Viêt-Nam, Cuba, mais aussi Inde) sont ceux qui ont échappé à cette satellisation, et ils le font à partir d’une position anti-impérialiste portant sur un développement économique autocentré et la défense de la souveraineté nationale, quelle que soit par ailleurs l’appréciation que l’on puisse porter sur leurs choix économiques et sociaux très différents les uns des autres. Le fait communiste, post -URSS, mérite donc une analyse qui excède le cadre de cet article.
La position des dirigeants du PCF
Quant au PCF, on peut légitimement s’interroger sur ses choix politiques et sur son analyse de ce qu’est l’impérialisme aujourd’hui. En effet au même moment où la direction de ce parti faisait chorus avec les médias contre Cuba assiégé, il soutenait sans réserve le dirigeant collaborationniste irakien. Elle lui a encore donné la parole au banquet du centenaire de l’humanité en 2004 comme expression du peuple irakien, alors même que la montée des résistances en Irak montrait le caractère pour le moins stupide d’un tel choix.
Le PCF serait-il déboussolé, d’un côté c’est le minimum, il soutient la revendication à la souveraineté irakienne, mais il paraît complètement obsédé par le "démocratisme" et la lutte contre Saddam Hussein. S’agit-il d’une faiblesse politique d’un parti qui a mis sa survie à la remorque du PS et qui, cherchant à se faire accepter des médias donc de ce qu’il prend pour " l’opinion publique ", critiquerait le "stalinisme" dans une vision droitière, ou s’agit-il de quelque chose de plus profond, irréversible, qui à terme mettrait en cause durablement la nécessité historique d’un parti communiste en France ? La question est posée...
L’adoption d’une idéologie "droit de l’hommiste..." , contradictoire avec la démocratie (le pouvoir par et pour le peuple), mais qui correspond bien au rôle idéologique dévolu à l’Europe dans le concert impérialiste est-elle due à un simple opportunisme, à une méconnaissance traditionnelle des rapports de forces internationaux ? Le simple résultat d’une satellisation, puisque pendant des décennies le PCF s’est contenté sur ce plan de suivre la politique de L’URSS, tout en développant au plan national une politique originale de rassemblement de la classe ouvrière et des couches populaires ?
La dénonciation de Saddam est certes légitime et on peut penser, comme nous l’avons vu que le parti communiste d’Irak a été affaibli non seulement par de terribles répressions, mais par la manière dont il ne s’est pas opposé jusqu’à la répression dont il a été victime, à la montée en puissance de Saddam Hussein. Saddam Hussein a été effectivement non seulement un tyran mais quelqu’un qui a conduit son pays au désastre en jouant de fait les intérêts de l’Occident tout en tentant dans la logique du Baas une politique de développement pragmatique (éducation, santé, droits des femmes). La guerre et l’embargo ont ruiné les acquis importants des années 70.
Pourtant la dénonciation de Saddam Hussein, par les médias et la quasi totalité des forces politiques françaises, dénonciation qui met rarement en lumière ses liens avec l’Occident, et se contente de souligner sa tyrannie bien réelle, peut être interrogée. Il s’agit d’une véritable diabolisation. Sont diabolisés des acteurs aussi opposés que Saddam Hussein et Fidel Castro, voire Hugo Chavez, le "démocratisme", favorisant d’aussi criminelles confusions . Un acteur disparaît complètement le peuple irakien, ce qu’il subit, et sa volonté de souveraineté nationale. Si le PCF cède à une telle vision, qui reste-t-il pour poser le problème de l’impérialisme aujourd’hui ? La LCR est sur la même ligne.
Pas plus que le PC Irakien, le PCF ne s’est opposé véritablement à l’embargo, et à la lumière de son soutien au dirigeant du Parti communiste irakien, la position "avant l’invasion", est plus qu’inquiétante. En particulier l’article de Daniel Cirera, le responsable à la politique internationale du PCF dans l’humanité en septembre 2002 prend un tout autre relief. Dans cet article en effet ce responsable s’interrogeait sur la possibilité d’une guerre en Irak, alors que tous les observateurs savaient qu’elle allait avoir lieu et voyait le salut dans le fait que l’Europe s’opposerait à l’invasion. Ainsi à la veille de la fête de l’humanité était repoussée de fait une mobilisation militante du PCF pour empêcher la guerre. Il est à noter qu’à cette occasion, l’humanité, comme sur le cas de Cuba, a pratiqué une véritable censure, toutes les interventions de communistes dénonçant cet article de Daniel Cirera ont été interdites de publication. Le mouvement anti-guerre en France a été plus ou moins à la remorque des initiatives chiraquiennes, cela a limité sa capacité de rassemblement, alors même que l’immense majorité du pays était contre l’invasion.
Mais allons au-delà de ce cas, même quand un combat est totalement juste sur le fond, je pense en particulier à celui des femmes, céder au tropisme médiatique n’est pas la meilleure manière de le faire avancer. À fortiori quand ce combat est instrumentalisé par l’impérialisme. Rappelons la cause des femmes afghanes, cette pétition que chacun signait avec enthousiasme, les reportages inondant les revues féminines... Aujourd’hui tout le monde y compris le PCF semble s’en désintéresser. Dans ces combats "féministes" médiatiques sont paradoxalement évacuées les questions du développement, on en reste aux mœurs, toujours au "choc de civilisation"... Sans voir que pour une part importante l’évolution de la condition féminine dépend de la paix, du développement économique et social. Alors que le communisme a au moins fait la preuve qu’il fournissait aux luttes de libération nationale, de ce point de vue, un apport indispensable non seulement en termes de justice sociale mais en termes de développement, puisque l’arriération de la condition féminine pèse durablement sur le développement d’un pays. Encore que, dans ce domaine, il faille regarder la réalité et ne pas rester fixé seulement sur les mœurs, voir avant le voile l’accès à l’éducation, à la formation, aux emplois. Et de ce point de vue confondre les talibans et l’Iran est complètement erroné. Les communistes traditionnellement n’étaient peut-être pas à la pointe du combat féministe, mais ils ancraient celui-ci dans les luttes populaires. Le contraire de l’instrumentalisation actuelle.
Soumission à un PS, largement atlantiste, autant qu’une faiblesse manifeste à propos de l’Europe à bien définir les conditions d’une souveraineté nationale, qui demeure encore aujourd’hui le meilleur point d’appui aux luttes revendicatives pour la défense des droits sociaux, des protections et des services publics, tout cela sous une apparente confusion va dans le même sens que les "erreurs" d’interprétation sur le visage actuel de l’impérialisme dans le monde . Donc il faut bien que les communistes français, qui privilégient non sans raison les problèmes revendicatifs nationaux en y voyant le point d’appui principal à leurs propres luttes , mesurent que dans un monde mondialisé la question de l’impérialisme n’est pas pure réflexion "idéologique".
Mais pour revenir à l’Irak, ce lieu de confrontation avec l’impérialisme, il y a aujourd’hui une lecture contradictoire de la situation irakienne dans le journal l’humanité et chez les militants eux-mêmes, d’un côté il y a un soutien, c’est un minimum, à l’Irak envahi, mais de l’autre il y a la même confusion que dans l’ensemble des médias sur les perspectives, sur les aspirations du peuple irakien. Le soutien indispensable à la souveraineté du peuple irakien, au retrait des troupes d’invasion, s’en trouve paralysé..
La solution passe d’abord par le retrait américain et par la reconstruction d’une unité nationale et la gestion intelligente de la division ethnique ou religieuse que le pouvoir de Saddam puis les États-unis ont avivée. Nous ne pouvons pas juger à la place des Irakiens. Nous pouvons penser avec quelques raisons que quelques groupes liés à al-Qaida et dont l’autonomie par rapport aux USA n’est pas toujours évidente ont intérêt à multiplier les provocations, à ruiner un peu plus le pays et que donc toutes les actions ne sont pas " résistantes " mais, comme nous ne pouvons pas juger à la place des Irakiens eux-mêmes des conditions d’unité de la Résistance, ni de la gestion des conflits religieux, nous devons rester sur l’essentiel le retrait des troupes d’occupation, le respect de la souveraineté irakienne.
La faiblesse d’analyse du PCF, et celle d’autres forces qui se réclament du communisme est donc préoccupante pour tous les anti-impérialistes. Il devient urgent que les communistes exigent un débat de leurs instances dirigeantes sur l’analyse de l’impérialisme aujourd’hui. Pendant que l’on polarise l’ensemble du PCF sur des choix d’alliances au sommet : faut-il s’allier en priorité avec le PS ? Faut-il s’ouvrir au "mouvement social" et à l’altermondialisme ? La question des contenus et de l’apport spécifique du communisme, est évacuée et il peut s’accomplir sur la question de l’Irak, mais aussi de l’Europe, de Haïti, de l’Amérique Latine et de Cuba des choix politiques dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils n’ont rien à voir avec une lutte contre l’impérialisme.
Ce qui non seulement entraîne une démobilisation populaire, mais permet toutes les errances en particulier celle qui permettront d’accuser ceux qui luttent contre la politique de Bush d’être des anti-USA primaires, ou ceux qui luttent contre la politique de Sharon d’être des antisémites partisans du "terrorisme", de "l’Islamisme". Nous sommes soumis à tous les amalgames idéologiques, à toutes les manipulations et cela n’est pas sans effet sur les conditions du rassemblement des forces populaires en Europe et en France. Le succès d’une liste comme Euro-Palestine aux dernières élections européennes doit nous alerter, accuser les jeunes des banlieues qui font un tel choix d’Islamisme, de communautarisme, c’est prendre le problème par le petit bout de la lorgnette politicienne. Sans mesurer que cette exigence de paix et de justice sociale appelle de la part des communistes une réflexion en profondeur sur la nature de l’impérialisme et sur l’appréciation des résistances.
Car, je suis convaincue, sans le moindre esprit de boutique, que, comme les Irakiens, nous avons besoin d’un véritable parti communiste, il serait urgent que les communistes hors et dedans le PCF s’emparent de cette question avant que nous nous retrouvions dans les conditions d’impuissance politique, avec une alternance sans alternative entre un Kerry et un Bush, qui sont celles des progressistes aux USA. Les élections européennes entre votes " sanction " et abstentions nous ont confrontés à cette dérive vers l’impuissance que les institutions européennes, la future Constitution ne peuvent qu’accentuer.
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