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La lecture de l’analyse pour le moins pertinente - quoiqu’en pensent les utopistes qui se raccrochent aux vestiges de leurs partis soi-disant de gauche par une nostalgie qui devient aujourd’hui criminelle - de Frédéric Lordon sur Le centrisme comme erreur anthropologique... démontre parfaitement la nécessité vitale et démocratique de la conflictualité du système politique. La violence humaine canalisée dans les règles institutionnelles d’une violence démocratique. Aussi le glissement du PS vers la droite, le ramenant au centre, est-il une erreur fondamentale. Le centrisme, cette « eucharistie laïque » comme le définit F. Lordon est en effet une chimère, un mirage de courte durée dont tous les rêveurs politiquement pacifistes risquent de très mal se relever.
Oui l’hypothèse d’un vote Bayrou et d’une présidence centriste est pertinente car seule à même de remettre le PS sur les rails d’une politique véritablement à gauche. Une fois les tenants du libéralisme économique extirpés du PS par l’attrait de l’UDF, la gauche du parti socialiste sera à même de défendre de nouvelles bases, véritablement à gauche.
Peut-être. Dans l’idéal et sur le papier. Encore faut-il croire aveuglément en ceux qui se disent les fervents défenseurs d’un PS de gauche. Le problème reste que la gauche du PS s’est dotée d’un chef de file qui l’a ramenée dans le giron centralisateur du parti lors des discussions sur le Traité Constitutionnel Européen et dont personne ne croit l’engagement antilibéral au vu de son vécu gouvernemental passé. Au-delà de la problématique purement stratégique du vote Bayrou, se pose la question idéologique qui seule permettra un repositionnement « conflictuel » de la gauche.
L’antilibéralisme : horizon indépassable de la gauche de la gauche
Confrontée à l’un des plus grands tournants de son histoire, sans pour autant en avoir conscience, la gauche, et en particulier le PS ne peut se passer de ce choc exogène, venu du centre, pour exister de nouveau. Mais ce n’est pas le seul choc dont elle a besoin. Sans sa gauche extérieure, lePS n’est pas de gauche. Les liens entre le PS et ceux que l’on appelait « l’extrême gauche » ne sont plus à vérifier. Le Parti Socialiste s’est toujours nourrit de la base idéologique de celle-ci pour l’adapter au « gouvernementalement possible ». Le PS n’est plus à gauche car il a rompu ce lien et car la gauche de la gauche a tari sa source idéologique historique.
Mais pour que le paysage politique devienne viable, au sens où cette violence dont parle Lordon reprendra toute sa place, il faut à la gauche une base idéologique relégitimée. Et le PS ne possède pas cette base, sinon chez quelques uns de ses représentants et de ses militants. Cette base est l’antilibéralisme.
De l’opposition au capitalisme, le PS a glissé vers le social libéralisme. Bayrou prouve aujourd’hui que celui-ci n’appartient pas à la gauche et qu’il tient davantage du sentiment de charité chrétienne que de l’inspiration révolutionnaire. Rien de populaire là dedans, juste une place à table réservée au pauvre de temps en temps. Des contreparties sociales au libéralisme ? Le peuple qui s’appauvrit de jour en jour est-il si méprisable qu’on pense le satisfaire de quelques miettes ?
Pour se reconstruire, le PS a besoin d’être aspiré, d’être inspiré par ceux qui sont à sa gauche. Et il a besoin de redevenir populaire, dans le sens premier et noble du terme. Et socialiste, dans le sens le premier et noble du terme.
Comment faire ? Les partis de gauche ont sombré sous les coups répétés de la chute des grands systèmes idéologiques mondiaux et d’une gestion aberrante du pouvoir par le PS et par le PC réunis. Le bilan des gouvernements de gauche passés est plus libéral que celui des gouvernements de droite ! Qui d’autre qu’un gouvernement de gauche pouvait mieux faire passer les mesures libérales imposées par l’OMC ou l’Europe ? La gauche a créé le terreau qui a permis l’épanouissement politique de Sarkozy.
Une gauche véritablement populaire et altermondialiste
Seul un mouvement antilibéral de gauche et citoyen, jaillit de la base, populaire par essence, peut faire surgir une nouvelle force de gauche, véritablement en opposition systémique avec la droite et le centre. Parce que la droite et le centre sont capitalistes et libéraux, la gauche doit être anticapitaliste et contre la libéralisation économique. Car cette économie est anti populaire. Car cette économie renvoie les masses à un devenir médiéval et féodal.
Cette bipolarisation libéral - antilibéral est incontournable dans la recomposition d’une force de gauche et d’un système politique viable selon les termes de F. Lordon. Elle implique la vision d’une autre mondialisation, contre celle des libéraux imposée par l’OMC : elle implique ce qu’on appelle aujourd’hui l’altermondialisme.
Egarements des partis de gauche traditionnels...
Certes les partis de gauche, PS en tête, suivi de près par la LCR puis par le PCF ont tenté de noyer la barque citoyenne de la résistance au Traité Constitutionnel Européen. Sacrifice citoyen pour tenter de sauvegarder quelques ruines, quelques murs, symboles d’une prestance passée. Là aussi est la violence dont parle Frédéric Lordon, cette violence sociale qu’explique René Girard et qui se canalise en particulier sur le sacrifice des boucs émissaires. Notre système s’est longtemps cherché, le choix des boucs émissaires a été difficile. Il s’est finalement posé sur les pauvres, les sans-voix, les exclus du système social et démocratique. Après tout, ceux qui n’ont pas de voix ne peuvent crier ! Mais cette fois-ci, en plus, ils ont été trahis par ceux là mêmes qui disent les représenter.
...et naissance d’un mouvement citoyen
Mais de bric et de broc, les citoyens ont gardé la tête hors de l’eau sur leur propre embarcation et hors des partis. Le bâillonnement des antilibéraux au PS et les passages en force de la LCR et du PC ont retardé l’échéance d’une recomposition populaire de la gauche. Cette recomposition ne se fera pas non plus de manière endogène au PS, ni au PC ni dans quelque parti que ce soit. Elle se fera par un mouvement citoyen ou ne se fera pas.
En plus d’une victoire de Bayrou qui happerait les plus libéraux des socialistes, le rétablissement d’une véritable gauche, fondée sur des idéologies renouvelées et proposant une autre mondialisation pour une autre société en France comme ailleurs, fondée sur de réelles idées de justice et de paix totalement opposées aux faux-semblants du libéralisme économique ; ce rétablissement passe aujourd’hui nécessairement par le développement du mouvement citoyen né du combat contre le TCE.
Ce mouvement hier orphelin des partis qui l’ont fait espérer s’est aujourd’hui trouvé un nouveau représentant : José Bové. Symbole des combats et des luttes contre toutes les inégalités née de la mondialisation ultralibérale. Entre LCR et PC, le mouvement antilibéral de gauche propose un socle programmatique antilibéral qui, idéologiquement, peut satisfaire tant les militants du PC que ceux de la LCR que ceux de l’aile gauche du PS et celle des Verts.
A l’élection présidentielle, un score plus élevé pour Bové que pour Besancenot et Buffet permettrait là aussi l’explosion des vieux partis, en divorce de leur base populaire, au profit d’un autre mouvement plus large, au profit de cette unité antilibérale rêvée au lendemain du référendum de 2005. Un faible score des Verts permettrait aussi aux plus « rouges » d’entre eux de rejoindre ce mouvement sans peur des menaces de représailles électorales de leur parti... Enfin, la victoire de Bayrou pourrait couronner le tout d’une scission du PS et d’un ralliement de son aile gauche. Seul ce mouvement citoyen peut exercer la force d’attraction suffisante pour créer l’unité de l’antilibéralisme.
C’est sans doute de la politique fiction, les hypothèses et incertitudes sont trop nombreuses pour qu’il en soit autrement... mais si...
Une chose est claire, la gauche ne redeviendra pas la gauche sur les vestiges de ses anciens partis. L’heure du socialisme nouveau a sonné, car le peuple en aura un besoin de plus en plus vital dans les années à venir. Et pour que la violence qu’analyse F. Lordon reste au niveau de la politique et ne se transforme pas en violences urbaines. L’insurrection que propose le mouvement « Bové » est électorale. Si la gauche ne réagit pas, elle deviendra sociale et se tiendra dans la rue plutôt que dans les urnes. La responsabilité de la gauche aujourd’hui est de représenter électoralement le peuple. Si le libéralisme de Bush et de Sarkozy l’emporte, si les couches les plus populaires continuent à s’appauvrir dans des conditions de vie toujours plus dégradées, la responsabilité sera portée par les partis de gauche. Ceux qui ont confondu révolte et pouvoir et qui ont voulu adapter le socialisme en pactisant avec son ennemi au mépris des équilibres sociaux et politiques, au mépris de la dignité humaine.
Le vote Bayrou peut donc aider à la recomposition de la gauche, mais au second tour, dans l’hypothèse d’un duel avec Sarkozy. Mais la gauche ne pourra se recomposer que par un vote « utile » de gauche préalable, au premier tour : un vote Bové pour générer la possibilité d’un courant antilibéral réel... avec ou sans le PS.
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Forum
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> De Bové à Bayrou : stratégies d’une recomposition de la gauche10 avril 2007, par Simplet
@sam,
Je pense que la remarque sur le matérialisme historique s’adresse à moi, mais justement, si on regarde l’histoire des révolutions jusqu’à ce jour, on constate que se sont toujours les classes sociales qui avaient déja virtuellement le pouvoir du fait de leur position sociale dans "l’ancien régime" qui ont pris le pouvoir et révolutionné le système. Pour paraphraser un célèbre texte de 1848, je citerais les nomarques égyptiens contre le pharaons, les comes (comtes), chefs militaires (ducs), gardiens des marches (marquis) contre l’autorité de l’empereur romain, les bourgeois du 18e sciècle qui controlaient déja l’économie contre la monarchie... etc
Dans tous les cas ,les classes défavorisés ont été des classes révoltées qui se sont ralliées à un nouveau dominant. D’autre part,bien des révoltes attribuées traditionnellement à des défavorisés sont en fait des révoltes de riches (je pense aux jacqueries du 14 ème sciècle)
Faire semblant de ne pas voir que ce que cherchent actuellement la plupart des "défavorisés" c’est un "bon chef", c’est se voiler la face. La seule révolution menée par des opprimés (qui a durée un peu dans le temps) que j’ai actuellement en mémoire est la révolte des esclaves haitiens pendant la révolution française, qui à abouti à ce que le chef de cette révolte se transmue en l’empereur Jean-Jacques 1er, tyran sanguinaire ancêtre de Duvallier et all... Un dominé au pouvoir devientrait il un dominant et génèrerait il la logique qui va avec ? (Ceaucescu, Kim il Song ... ?)
Il me semble que la vision marxiste de l’histoire dérive fortement de la tradition judéo-chrétienne : Le fait que Marx soit fils de rabbin n’est peut être pas étranger à cette vision. Le bon sauvage du communisme primitif perverti par la propriété privée d’ Engels (Origine de la famille, de la propriété privé et de l’état), n’est il pas le reflet d’Adam et Eve chassés du paradis par le serpent de la connaissance ? Suivent ensuite des perégrinations historiques conséquences de la faute initiale : esclavagisme, féodalisme, capitalisme (les pérégrination des juifs chassés de l’Eden)... et à la fin de l’histoire viendront les chevaliers de l’apocalypse (la Révolution avec un grand R) qui conduira à la parousie finale (le communisme) via le passage par le purgatoire du socialisme.
Je pense que l’approche antropologique que suggère Lordon mériterait d’ être appronfondie.
A la lumière des sciences anthropologiques, ethnologiques , neurologiques etc... qui ont progressé de façon phénoménale ces dernières annés. On sait maintenant que les homo sapiens s’ entretuent depuis le début de leur existance en tant qu’èspèce distincte depuis environ 200 000 ans ( lire "Les sentiers de la guerre :" J Guilaine / J. Zamit, éd du seuil, "Les guerres préhistoriques", (L. Keeley, éd du Rocher, etc ) et même bien avant, puisqu’il s’avère que nos plus proches cousins actuellement (encore) en vie, les chimpanzés, se livrent des guerres qui vont jusqu’à l’extermination de la partie adverse (lire "le propre de l’homme" (Pascal Picq et all), ainsi que les références associées à ce livre de synthèse remarquable. Donc l’homme n’est ni bon ni mauvais, il est ce que l’évolution darwinienne en à fait, il ne répond à aucune finalité transcendante, mais le hasard (voir la prose de Stéphen Jay Gould pour comprendre le contexte dans lequel il faut utiliser ce terme) l’a doté d’un néo-cortex qui lui permet d’avoir accès à des considération éthiques qui lui permettent de dominer sa nature animale profonde car sa raison lui permet de comprendre qu’un bon compromis social (oui, je sais, ce terme en choqueras certains, mais j’assume !) est plus bénéfique pour lui que des guerres perpétuelles, qu’elles soient armées ou économiques.
A ce niveau je suggère une hypothèse philosophique plausible car non contradictoire avec les connaissances scientifiques actuelles :
"Le respect de considérations éthiques par l’ homme, nécessite qu’il bénéficie d’une justice sociale, d’une nécessaire insertion des individus dans le collectif (emploi,ressources, sécurité...), d’une reconnaissance pour chacun d’une place dans la société etc... En l’absence de ce qui devrait être un droit fondamental, les dissonances cognitives provoquées par les contradictions entre ses cerveaux reptiliens, mammaliens et le contenu de son néocortex le poussent à la réalisation de ses besoins vitaux par sa violence animale refoulée, qui peut devenir révolutionnaire (si le contexte sociétal le permet), réactionnaire (Allemagne 1933, Le Pen, Pologne actuelle...) , ou délinquente (vols, arnaques...)" .
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> De Bové à Bayrou : stratégies d’une recomposition de la gauche9 avril 2007, par sam
je vais revenir sur les oppositions que vous critiquez, entre citoyens et ouvriers par exemple, et que j’ai évoquées
mais d’abord : vous-même opposez ouvriers aux chômeurs et sdf... la définition de la classe ouvrière n’est pas : ceux qui occupent un emploi dans l’industrie. Les chômeurs sont des travailleurs privés d’emploi, l’armée de réserve du capital. Voir dans le chômage une "situation nouvelle" est absolument erroné ; la misère, la précarité, l’enchômagement ne datent pas d’aujourd’hui
la petite-bourgeoisie effectivement est en train de se paupériser ; je ne rejette personne dans la lutte et considère que chacun y a sa place, mais ce que je rejette c’est la construction d’un mouvement dont les revendications obéissent d’abord à cette classe sociale et à sa colère légitime
que nos vieux partis se soient embourgeoisés, c’est une évidence ; mais par quoi voulez-vous les remplacer, sur quelles bases, avec quelles perspectives ? ce n’est pas le déterminisme dont vous semblez me croire féru qui me pousse à dire que l’aventure bové n’est justement qu’une aventure...
mes positions sont tout sauf doctrinales, parce que justement elles se construisent à partir des analyses du présent et de l’histoire (et l’histoire est une matière - au sens physique quasiment - sur laquelle j’estime que certains s’assoient un peu légèrement) ; à partir du matérialisme historique dont j’attends que quelqu’un me fasse démonstration qu’il est dépassé. Ceux qui tentent d’imposer cette vision ("le monde a changé", etc...) portent en eux la négation du conflit (la violence dont parle lordon), ou plutôt son atténuation sur un mode plus "supportable" pour leur "clientèle" (la petite-bourgeoisie qui, même radicalisée parce que paupérisée, demeure sous l’influence idéologique de la bourgeoisie)
je n’ai jamais opposé mouvement citoyen et mouvement ouvrier : jaurès, qui n’était pas le plus orthodoxe des marxistes, indiquait déjà que de la république politique (bourgeoise) le mouvement devait aller vers une république sociale (prolétarienne) Vous prétendez aujourd’hui, par vos innovations sémantiques, inverser le mouvement.
j’insiste : le mouvement ouvrier, c’est un mouvement de masse qui implique aujourd’hui tous les opprimés et exploités - une immense majorité. Que le travail et sa division aient changé, nul ne peut le nier ; mais les rapports de production restent les mêmes. La gauche historiquement, s’attaque à la racine, c’est-à-dire aux rapports de production.
avec le "mouvement citoyen", si flou quant à cette exigence, avec la dimension médiatique de l’homme providentiel, avec cette illusion que nous puissions être des "électrons libres" alors que les rapports sociaux nous enserrent tous, je ne peux voir comme seul horizon à cette démarche que du PSU bis ou du sociétal à millie lieux des préoccupations du grand nombre
je n’évoquerais même pas tous les signes qui vont dans le sens que j’indique : les "thèses" d’onfray, karl zéro, le nombrilisme qu’on peut lire offert sur le site du candidat, l’inorganisation érigée en modèle...
quand vous pensez élargir je pense que vous réduisez la portée historique de votre "mouvement" à un idéalisme d’autant plus nécessaire - comme bayrou - au besoin de nier le conflit, la violence, ou de les réduire à des affaires "citoyennes" ; de les noyer dans un "alter" sans contours ni substance
tout reste à faire, mais pas en partant de zéro
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> De Bové à Bayrou : stratégies d’une recomposition de la gauche9 avril 2007, par sam
vous faites une erreur en considérant le matérialisme historique sous l’angle marginal et erroné de sa version mécaniste
le matérialisme c’est justement : tout peut arriver, et tout s’explique ; sans lutte, rien de bon ne peut arriver ; dans la lutte, tout est à faire pour que le meilleur arrive - et notamment il faut insister sur l’organisation et sur le caractère de masse et de classe de celle-ci
les cadres oui, mais, que vous le vouliez ou non, les revendications des cadres ne sont pas les mêmes que celles des ouvriers et employés. Dans le cadre syndical, il faut se battre sur tous les fronts ; mais dans le cadre programmatique politique, c’est à partir des revendications des opprimés qu’on avance pour de réels changements ( voir l’histoire des révolutions jusqu’à nos jours)
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> De Bové à Bayrou : stratégies d’une recomposition de la gauche9 avril 2007
Effet de loupe, oui, ce texte n’avait pas la prétention d’être un traité de politique générale ! Je suis plutôt d’accord avec vos positions à quelques réserves près : D’abord, si l’entourage de Bové comporte des fervents défenseurs de la politique internationale des Etats-Unis, c’est que ceux-ci ont dû se perdre ! Pour prendre juste l’exemple du conflit israélo-palestinien, il est difficile aujourd’hui de trouver un parti politique qui ose prendre publiquement, aussi fermement, position pour la lutte des Palestiniens face à la politique impérialiste et colonisatrice israélo-américaine.
Par ailleurs, je pense qu’au contraire c’est l’opposition impérialiste/antiimpérialiste qui est englobée par celle entre libéralisme et antilibéralisme : le libéralisme génère l’impérialisme (l’attitude des Etats-Unis est assez éclairante sur le sujet). Enfin, je pense que l’altermondialisme est par définition à la fois antilibéral, anticolonialiste et antiimpérialiste.
TB
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> De Bové à Bayrou : stratégies d’une recomposition de la gauche9 avril 2007
Je vais essayer de vous répondre point par point, Sam.
1.Je considère l’article de F. Lordon comme totalement pertinent, mon objectif était davantage d’ouvrir d’autres perspectives « à gauche ».
2.Si l’on considère le texte précité comme pertinent, nous nous devons de rendre à la politique son caractère conflictuel, donc redonner un sens idéologique à l’opposition droite/gauche.
3.Sans renier l’apport du mouvement ouvrier (bien au contraire porteur de tous les progrès sociaux et humains du 19e et du 20e siècles), force est de constater que d’une part, celui-ci est moribond du fait de la faillite des syndicats orchestrée par le système libéral. D’autre part, il faudrait être aveugle pour ne pas s’apercevoir que les luttes dépassent aujourd’hui le simple monde ouvrier : les chômeurs sont bientôt plus nombreux que les ouvriers et partant de là, pourquoi ne pas penser une lutte des classes où les chômeurs, SDF... considéreraient que les nantis sont les ouvriers... l’époque du plein emploi n’existe plus depuis près de quarante ans ! La lutte des classes existe toujours, elle est même plus actuelle que jamais, mais il est primordial de ne pas opposer les différentes catégories d’exploités (terme que je ne considère pas comme dépassé, au contraire) et d’opprimés. De plus, nul besoin d’une analyse sociologique approfondie pour s’apercevoir de l’appauvrissement des classes moyennes : aujourd’hui des fonctionnaires et des cadres moyens se retrouvent sans logement ! Il serait peut-être temps d’actualiser nos références sociales sous peine d’arriver à un résultat inverse aux objectifs initiaux de nos luttes.
4.Quant à la « petite bourgeoisie »... n’est-ce pas celle des tenants de nos vieux partis embourgeoisés dans leurs compromissions au pouvoir libéral ?
5.Enfin, une précision sémantique : il me semble que les ouvriers sont des citoyens à part entière ! De quel droit peut-on opposer les deux termes ? Il s’agit aujourd’hui de redonner du pouvoir politique à tous les citoyens, de manière égalitaire. Cette opposition citoyens / ouvriers me semble assez peu compréhensible...
TB
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> De Bové à Bayrou : stratégies d’une recomposition de la gauche9 avril 2007
Sur l’article de Libé que vous citez : en bref, il s’agit de dire que les mouvements sociaux des citoyens "d’en bas" qui n’y connaissent rien en politique doivent rester dans le cadre de leurs quartiers ou leurs champs tandis que la politique doit rester aux mains des politiciens qui "savent faire" ? J’ai la faiblesse de penser que cette distinction aristo-technocratique est suffisamment méprisante pour être éradiquée...et que c’est ce type de candidature qui y aidera...Mais on peut comprendre que la classe politique traditionnelle a du mal à accepter que le peuple n’ait plus besoin d’elle, pis encore qu’il ne veut plus d’elle ! Laisser ceux qu’on appelle les "mouvements sociaux" à l’écart des prises de décisions consiste à les cantonner dans un rôle où le pouvoir sécuritaire et libéral peut les maîtriser (les mépriser)à l’envi...comme il l’a fait pour les mouvements syndicaux aujourd’hui moribonds...
TB
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> De Bové à Bayrou : stratégies d’une recomposition de la gauche8 avril 2007, par Simplet
Je trouve le texte de Frédéric Lordon tout à fait pertinent, même si j’avoue être incapable de voter pour Bayrou au premier tour (mon néo- cortex ne fait pas la loi en regard de mon cerveau reptilien) . Je voterai Marie Georges Buffet, non par enthousiasme (c’est un euphémisme), mais par raison, parce qu’en tant que scientifique de formation les dérives irrationnelles des deux autres B. me laissent pantois. Etre contre les OGM "en général" sur la base de risques souvent fantasmés (pas tous), où le premier bobard internet venu sert de "preuve", et non contre certains développements dont la seule utilité est d’ engraisser les actionnaires de Monsanto , être contre les recherches sur les nano-technologies et non contre certaines utilisations liberticides qui sont faites avec, être contre le nucléaire civil au nom de dangers apocalyptiques fantasmés, en ne proposant que des mythologies pour le remplacer ( 1m2 de cellule solaire permet de récupérer 150W/h et il faut une batterie de 20 Kg de métaux lourds (plomb, cadmium,...) pour stocker de quoi restituer cette maigre énergie quand on en a besoin : sans parler des jours d’hiver sans vent avec les panneaux solaires recouverts par 20 cm de neige !
Et en plus, tout cela ne figurait pas dans le compromis des 125 propositions élaborés par les comités anti-libéraux, ce qui montre le souci de démocratie animant Bové qui se comporte en électron libre incapable de se soumettre à un minimum de discipline collective !
Dans la même veine, on pourrait aussi demander l’arrêt de la métallurgie car cela sert à fabriquer des armes, des matraques de flic et des chars d’assaut, ou mettre fin à l’ industrie chimique en invoquant toutes les saloperies qu’ elle peut produire !
(Au nom de la pureté idéologique, nos camarades altermondialistes " verts" pourraient aussi jeter l’anathème sur Chavez au Vénézuela qui ne pense qu’à vendre son pétrole qui pollue la planète pour payer des bouquins de Cerventès aux pauvres des favellas et sur Morales en Bolivie qui ne pense qu’à faire la même chose avec son gaz )
Par dessus tout cela, il n’y a aucun projet sérieux de réforme économique réaliste (encore un gros mot !), intégrant la possibilité d’une crise financière de grande ampleur dont la crise actuelle des ARM aux Etats unis pourrait être la mèche qui fera exploser les barils de produits dérivés dont plus personne ne maitrise l’ évolution.
Encore une remarque qui s’adresse prioritairement au PC, mais aussi à tous les autres qui se disent de la gauche de la gauche, je pense que votre vrai problème c’est de persister dans la logique du matérialisme historique marxiste qui a été une hypothèse philosophique tout à fait pertinente au 19 ème siècle mais qui ne peut plus être soutenue de nos jours au regard de l’évolution des connaissances scientifiques, et qui surtout conduit à une pensée du type : battons nous contre ce qui existe et ce qui doit arriver du fait des "lois" historiques arrivera un jour ou l’autre... Non l’avenir est relativement ouvert, un certain nombre de bifurcations sont possibles (au sens de Braudel) : Ce qu’il faut, c’est proposer un "plan" (le mot "projet" à été orwellisé par le PS) de société dans lequel toutes les catégories sociales vitales pour la marche d’un pays puissent se retrouver et s’investir individuellement. A ce sujet il me semble que les cadres sont les grands oubliés des projets alternatifs, alors que leur adhésion est indispensable à la réussite d’un projet de société alternative viable et non violente.
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La candidature Bové : du simple marketing !6 avril 2007, par FredSud37
Si vous ne l’avez pas encore fait, je ne peux que vous conseiller la lecture de la tribune intitulée "La fausse bonne idée de la candidature Bové", disponible : ICI.
Salut & Fraternité.
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> De Bové à Bayrou : stratégies d’une recomposition de la gauche6 avril 2007, par sam
d’abord, il me semble que l’article de lordon considère une victoire de bayrou comme moyen, plutôt que de sauver le PS (en le ramenant à gauche), de l’achever (ce qui est plus probable !)
ensuite, vous remplacez le clivage droite/gauche par le clivage libéral/antilibéral. Je me permets de rappeler un clivage bien plus ancien mais néanmoins toujours pertinent (et le plus pertinent), c’est le clivage issu de la lutte des classes. La gauche, c’est ça, l’expression politique des opprimés dans la lutte des classes. Dès lors, votre nouveau clivage, "révolutionnaire", s’avère en recul par rapport à celui qui a construit les "vieux partis" dont vous vous débarrassez bien légèrement.
de même, en évoquant le "mouvement citoyen", vous feignez à nouveau de révolutionner, sinon le réel, tout au moins le verbe. Faites le bilan de ce que vous devez au mouvement ouvrier, regardez ce que le mouvement citoyen représente aujourd’hui dans les luttes : un appoint. Rien ne se fera sans les masses exploitées (excusez mon vocabulaire... comment dites-vous encore ? dépassé...)Vous pouvez voir cet appoint comme un aiguillon, une avant-garde, mais alors c’est votre nombril que vous considérez. il suffit de s’écarter un tant soit peu de la réalité objective pour sombrer dans l’idéalisme, même le mieux disposé à l’égard des peuples
laissez-moi vous parler de sociologie avec des mots anciens : objectivement, la candidature bové rassemble (et ressemble à) la petite-bourgeoisie radicalisée. Dire que "le mouvement citoyen s’est aujourd’hui trouvé un nouveau représentant : Bové", c’est à la fois abusif (quelle unanimité ?) et surtout dangereux : si nous avons besoin de "représentants" (au pluriel), ceux-ci ne doivent pas être une condition, mais une conséquence du rapport de force que nous aurons créé (et je ne le vois pas derrière bové)
voilà pourquoi, cette candidature me paraît finalement proche de celle de bayrou, car, à une autre échelle, à gauche, elle évacue le rapport de force, la lutte de classe concrète ; elle provient de l’âge médiatique, s’adresse à des "électrons libres", des "individus" - c’est la petite-bourgeoisie, et je vous demande de faire le bilan de ce que vous lui devez.
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> De Bové à Bayrou : stratégies d’une recomposition de la gauche6 avril 2007, par CyrilIl me semble qu’il y a un biais involontaire dans cet article, un effet de loupe. Considérer que la distinction fondamentale se fait entre libéral-antilibéral, droite-gauche, c’est faire peu de cas de ce qui se passe à l’international. L’opposition pertinente aujourd’hui se fait entre ceux (de tous les partis, de l’UMP au PS en passant par les verts, le PC ou l’entourage de Bové), dans tous les pays, qui soutiennent la politique unilatérale des Etats-Unis et ceux qui prônent le multilatéralisme et le respect du droit international comme socle commun (imparfait mais) garantissant à chacun les mêmes droits. Cette opposition impérialiste-antiimpérialiste englobe celle entre libéralisme-antilibéralisme, mais elle est loin de s’y réduire. La seconde permet l’"ingérence démocratique" des plus forts au nom des droits de l’homme que nous pouvons voir à l’oeuvre au Kosovo, en Irak, au Liban, au Soudan et pourquoi pas, bientôt, en Iran...
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