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La victoire des veaux

mercredi 9 mai 2007 par La rédaction

« Ce sont des veaux. Ils sont bons pour le massacre. Ils n’ont que ce qu’ils méritent. »
Charles De Gaulle à propos des Français, début juin 1940, cité par son fils Philippe De Gaulle ("De Gaulle, mon père", Plon)

par Le Yéti, dimanche 6 mai 2007

Voilà, on y est arrivé. Un dernier petit sursaut en 2002, une ultime révolte en 2005. Ça se sentait venir comme le nez au milieu de la figure, la majorité a fini par se laisser emporter par ses vieux démons. Retour vers les saintes valeurs. Quelques boucs émissaires pour les petits défoulements aigres. Et, sinistre cerise sur le gâteau, un "guide suprême" depuis dimanche 7 au soir. En route pour le vilain plongeon.

D’abord, le "Travail, Famille, Patrie". Notez bien qu’à chaque fois que dans l’Histoire, ces trois valeurs furent braillées, ça s’est terminé en eau de boudin (1914, 1940...)

Ensuite, les boucs émissaires du moment, interchangeables selon les époques, hier les Juifs, les homos et les gens du voyage ; aujourd’hui, les immigrés, les colorés, les sans-papiers, que sais-je encore ? ... De la chair à bonnes petites rafles et petites expulsions bien de chez nous (c’est déjà commencé).

Enfin, le "guide suprême". Généralement, c’est au choix un petit roquet teigneux - Napoléon, Hitler... - ou un gros bravache gueulard - Mussolini... Pour nous, ça sera le petit teigneux (Sarkozy), vu que le gros gueulard (Le Pen) est déjà passé trop vieux.

Non vraiment, il est dit que les "peuples" seront toujours à la ramasse quand il s’agit de redresser des situations périlleuses. Pire, ils font l’inverse, précipitent leur propre chute dans des élans pathétiques à vous donner envie de leur botter le cul. Et ceux qui en face, à gauche disent-ils, prétendirent retarder l’échéance furent tellement grotesques que le troupeau des effarés n’a pas eu le moindre mal à triompher.

Je tiens la situation de notre pays aujourd’hui comme infiniment grave. Nous avons basculé de l’autre côté du rationnel, sous la menace sourde des instincts grégaires, des réflexes de peur, des pulsions auto-destructrices et du cynisme. La France des veaux, c’est celle de ceux qui signent des pétitions contre la présence dans leurs villes des handicapés ou des services sociaux parce que ça fait baisser le prix de leurs biens immobiliers. Je vous fiche mon billet que la dégringolade va s’accélérer et que les veaux feront mine de regarder ailleurs. Tout est en place pour le mauvais barnum.

Bizarrement, ça n’est pas à la petite frappe qui va désormais faire le président que je pense au soir de ce lamentable scrutin. C’est à tous ceux que j’ai rencontrés ces dernières semaines : contacts professionnels, collègues de travail, voisins, familiers, proches... Ainsi donc, plus de 53% d’entre eux ont voté pour un détraqué !

Ils avaient pourtant l’air si gentils, si aimables, si pleins d’humilité. Remarquez, non, pas tout à fait. Quand ils venaient à parler de la chose politique, ils avaient comme une crispation inquiétante au niveau des maxillaires, une dureté au niveau du regard. Le ton montait très vite ou se faisait fuyant.

J’évitais de participer aux discussions. Ils ne voulaient plus rien voir, rien entendre, c’était clair. Ils s’échappaient de la discussion dès lors qu’elle sortait de leur étroit champ de vision. Ils niaient les évidences les plus flagrantes. Comme après la libération des camps de concentration. Comme après la guerre d’Algérie...

C’était trop tard, ça ne servait plus à rien. Chacun était fixé sur son champion et n’en démordrait pas.

La situation détestable dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, c’est à votre vote que nous la devons, cher voisin, cher cousin, cher collègue, et même peut-être toi, papa ou maman, qui sait ? Je vous en tiens pour entièrement responsables. Vous me l’avez assez répété : "Quand tu seras grand, tu seras responsable." Vous êtes grands. Fasse que vous ne soyez pas un jour des coupables.

Je ne suis même pas en colère contre vous. Je vous plains, c’est tout.

Du mépris ? Oui c’est vrai, un peu de mépris. Mais aussi une profonde indifférence à votre égard. Ce qui va vous arriver maintenant, cher voisin, cousin, papa, maman qui vous êtes laissés aller à cette dérive, m’est TOTALEMENT indifférent. C’est votre problème. Ne nous dites pas que vous ne saviez pas, que vous ne pouviez pas prévoir. C’est faux. Vous aviez toutes les cartes à votre disposition pour juger, l’histoire du karcher, les rafles dans les établissements scolaires, aux restaurants du coeur, les plans sociaux massifs, les entreprises et les services publics pillés par la mafia libérale, l’homosexualité et les dépressions déclarées comme maladies "génétiques"... Pas la moindre excuse.

Ne venez surtout pas pleurer après, gémir, invoquer une quelconque familiarité passée pour recoller, la catastrophe venue, les pots que vous aurez vous-mêmes pulvérisés. Je me contrefous de votre sort. Je me contenterai de vous côtoyer sans vous parler.

Vous avez pris vos responsabilités, je vais prendre les miennes, rejoindre ceux de ma meute, le plus au chaud si possible, sur ce qui nous reste de territoire, à notre rythme. Chacun chez soi comme on dit. Ou alors, si vous nous y contraignez, chacun contre l’autre.

Essayez seulement de venir piétiner notre petit territoire à nous. Vous me trouverez en face de vous. Je vous assure qu’il vous en cuira !

Je me déclare en état de sécession permanente. Ce que vous allez décider maintenant ne me concerne pas. Vos valeurs frelatées, je m’en tape. Je ne respecterai que les lois acceptables à ma conscience. Le fait majoritaire ? Un pis-aller qui ne vaut rien en regard de la conscience individuelle. Et ma conscience individuelle aujourd’hui ne va pas du tout dans le sens que votre majorité a imprimé à ce pays.

Post-scriptum : les propos qui précèdent, j’espère que vous les avez bien pris pour une lettre de rupture. C’en est une.

Sources


Forum

  • > La victoire des veaux
    14 mai 2007, par Carole M.
    C’est la première fois que je participe à un forum autrement que comme lectrice. Je voudrais juste souligner le fait que si la tristesse, la déception, la colère, la frustration, le sentiment d’injustice et toutes les autres émotions sont légitimes, "à chaud", il faut se garder de faire le bonheur des manipulateurs-en-chef en en faisant un mode de réflexion et d’action. Ce qui rend les guerres civiles possibles, c’est précisément ce que vous décrivez dans votre article. Il n’y a qu’un pas de la colère à la vengeance. Le bouc émissaire de la grande colère ne doit pas être "celui-qui-a-voté-Sarko", ni "le vieux", ni "le riche". C’est le principe même de bouc émissaire qu’il faut combattre ! Ne nous trompons pas d’ennemis ! Utilisez votre colère pour construire un monde meilleur pas pour tomber dans le même piège que ceux à qui vous le leur reprochez.Si certaines personnes ont peur, de l’autre, de la différence,de manquer... ils faut les rassurer par un comportement serein, vous pouvez céder votre place assise à la femme voilée qui essuie un regard mesquin, vous pouvez regardez calmement ce que les autres font semblant de ne pas voir, un regard suffit souvent. Faites l’expérience ! Je crois à l’exemple, à la solidarité, et plutôt que de cracher sur ceux qui disent :"travail famille patrie" par leur comportement, je leur rappelle par le mien que j’ai grandi libre et égale en droit et que moi je suis et serai jusqu’à la mort "Liberté, Egalité, Fraternité". Ce n’est pas mon frère, mon voisin, mon collègue l’Ennemi public Numéro Un. Notre responsabilité à nous, à chacun de nous, c’est de fomenter la paix civile, le respect des différences, le vivre ensemble, et c’est tous les jours, et c’est avec tous nos concitoyens. Souvenez vous des Résistants (même si Sarko veut nous faire croire qu’ils étaient 45 millions en 1942) souvenez vous qu’il faut beaucoup de courage pour rester le Frère de tous les Hommes en période houleuse. C’est maintenant, chaque geste compte. Notre devoir c’est de participer à la paix sociale, pas de désigner un bouc émissaire, il faut être vigilant, et renoncer au sentiment d’impuissance, on peut faire beaucoup si on s’y met tous un petit peu. Liberté, Egalité, Fraternité, ce ne sont pas que des mots, c’est ce que nous en faisons. Fraternellement votre, Carole M.
  • > Extrapolation insultante
    12 mai 2007, par Julien Bartoletti

    Oui, certes les flatteries nationalistes ont prédominées le long de la campagne du côté droit. De là à dire que Nicolas Sarkozy est un "détraqué" il y’a un pas à franchir. Vous l’avez franchit et cela est votre droit mais ne dites pas en suite que la France a "basculée du côté irrationnel" parce que votre article est une véritable extrapolation qui est tout sauf rationnelle. Vous oubliez que Hitler et Napoléon ne faisaient pas que 53%, vous oubliez que l’Etat de droit n’était pas aussi présent qu’aujourd’hui. Je suis un opposant à Nicolas Sarkozy mais votre discours n’est pas constructif puisque non crédible et insultant.

    Bien à vous

  • > La victoire des veaux
    12 mai 2007, par le baron
    Alea Jacta Es C’est un beau laboratoire ou toutes les conditions sont réunis pour que le fou detricote plus de 50 ans de conquetes sociales. Merci à cette majorité des plus de 60 ans qui a connu le progrès social, peu de chomage, le CDI, la sécu, une retraite correcte, des libertés d’expression, un accès à l’immobilier raisonnable de planter dans le fossé toute une nouvelle génération qui cotise pour eux : Les seuls vrais ASSISTES. Un salarié aujourd’hui est 10 fois plus performant que celui des années 70. Alors les assistés dans leurs maisons de retraite ,vivement qu’on leur coupe les vivre. Chacun pour sa peau, c’est donc ca votre philosophie de vieux... Triste france d’egoistes qui s’inquiète plus de Johnny (merci le plan fuite en Suisse organisé avec Sarko) que des tentes qui se multiplient dans la rue. Comme l’auteur dont je partage le point de vue, je me lave les mains de ce vote petainiste( travail, honneur moralité pfft).
  • > La victoire des veaux
    12 mai 2007, par djhayle
    Les veaux sont partout dans les 53% et dans les 47 autres 100% de veaux au deuxieme tour comme ca tout le monde a le meme language le veulement a quand les cochons et leurs grognements,les chiens et leurs aboiements...
  • > La victoire des veaux
    10 mai 2007, par Le Chris
    déclaration de Le Pen à la fin du scrutin : les français aiment se faire cocufier Sans doute il y a une part de vérité dans cette phrase de dépit. L’avenir démontrera l’idiotie d’un tel vote et n’oublions pas, pour ceux qui vont pousser des cris d’orfaie, à propos de démocratie libre ,choix électoral et tutti quanti les allemands ont également voté démocratiquement avant guerre pour le résultat qu’on connait. alea jacta...
  • > La victoire des veaux
    10 mai 2007, par Observateur

    Voilà, c’est fait !

    La France des veaux à veau-té ! Veau-trés dans leur sottise aveugle, les veaux sont fiers et heureux. Lorsqu’ils seront devant les faits du Calife à la place du Calife, ils diront comme toujours : si j’avais su, alors qu’ils savaient.

    Et comme toujours, celles et ceux qui sont lucides devront supporter les conséquences de leur veau-te.

    Il y a longtemps que j’ai perdu mes illusions sur la nature humaine. Il n’y a rien à espérer.

    Nous le savons :

    • il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre.
    • il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir.

    Conditionnés, depuis l’origine de l’Humanité, tous les Peuples sont utilisés pour assouvir les ambitions d’un oligarque affublé de ses courtisans.

    "Ce que nous apprend l’Histoire, c’est que les Peuples ne retiennent rien de l’Histoire"

    Cette citation est malheureusement vérifiée en permanence.

    Alors, il ne nous reste plus qu’à assister à la décadence qui va s’accélérer.

    Les riches seront plus riches. Les pauvres seront plus pauvres et plus nombreux.


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