L’Ukraine entre Russie et OTAN
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Le Dimanche 31 Octobre Les ukrainiens ont voté pour le premier tour des présidentielles. Cette élection éclipsée par celle des Etats-Unis était cependant suivie de très près à Washington.
En effet, dans les premières années suivant l’éclatement de l’URSS, l’Ukraine a pris ses distances avec la Russie. Elle était encouragée en cela tant à Moscou où Eltsine ne voulait plus s’intéresser qu’à la Russie et encore plus à Washington où le dépeçage de l’ex puissance ennemie était la priorité des priorités. L’Ukraine était une des proies prioritaires. D’abord parce qu’elle abritait sur son territoire une partie importante de l’armement nucléaire soviétique et il fallait là, comme au Kazakhstan, convaincre les nouveaux dirigeants de démanteler cet arsenal. De gros budgets en dollars, votés très vite par le Congrès US et gérés par James Baker, le monsieur dénucléarisation de service, étaient disponibles pour financer ces destructions et aider ainsi à les convaincre. Ce qui fut fait. Mais là ne s’arrêtait pas l’intérêt stratégique de l’Ukraine : ce pays de 50 millions d’habitants, grand comme la France, berceau de la monarchie russe, a un fort potentiel économique : d’excellentes terres à blé, du charbon en abondance, plusieurs ports sur la Mer Noire et des frontières communes avec les pays d’Europe promis à l’époque à l’entrée dans l’Union européenne ( certain y sont déjà : Pologne, d’autres y seront bientôt : Roumanie).
Ce que les stratèges US ont donc imaginé c’était de faire basculer l’Ukraine dans le camp « occidental ». La clé d’accès à ce camp « occidental » est connue, c’est l’adhésion à l’OTAN qui elle-même sert de préalable non écrit mais impératif à l’adhésion à l’Union Européenne. Mais l’Ukraine n’a pas basculé. Elle a ménagé à la fois la Russie avec laquelle elle conserve de nombreux liens économiques à commencer par la fourniture de pétrole et de gaz et des liens sociaux très forts même si en Ukraine beaucoup considèrent que pendant la période soviétique leur pays n’a pas été bien traité par le « Centre ». L’Ukraine a vécu la période postsoviétique comme la Russie : désorganisation économique, appauvrissement massif, corruption, trafics divers, mais elle a survécu à cet énorme traumatisme en donnant quelques gages aux USA comme l’adhésion au GUAAM (Georgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Arménie, Moldavie), groupe d’encerclement de la Russie créé par les Etats-Unis mais qui est maintenant en sommeil, comme l’envoi d’un petit contingent en Irak. Aujourd’hui des relations plus confiantes se sont rétablies avec la Russie et les élections présidentielles ont été considérées par Washington comme une ultime occasion pour opérer ce basculement à l’ouest de plus en plus improbable. Pour cela la stratégie élaborée a été une copie de celle utilisée pour faire basculer la Georgie fin 2003. Trouver un candidat connaissant bien le pays et y ayant occupé des fonctions importantes, susciter et financer une opposition à l’équipe en place, faire miroiter à la population et surtout à la jeunesse l’espoir de l’Eldorado « occidental », le plein emploi, la démocratie, qui seraient automatiquement garantis par l’adhésion immédiate à l’OTAN et l’entrée aussitôt promise dans l’Union Européenne.
Le scénario présenté, voici les acteurs.
Candidat ayant le soutien du président sortant et de la Russie : VIKTOR YUAKANOVICH, actuel premier ministre.
Candidat pro-occidental : VIKTOR YUSHENKO ? ancien ministre des finances.
Mouvement de jeunes pour la démocratie financé par le milliardaire US SOROS qui se prépare à occuper la rue pour soutenir YUSHNEKO : le POTA.
Mais comme la pièce a déjà été jouée en Georgie, la Russie réagit différemment et Poutine est venu en personne célébrer quelques jours avant le vote, et fort opportunément, la mémoire de la guerre victorieuse de l’URSS contre le nazisme, guerre dans laquelle le peuple ukrainien a particulièrement souffert. Il étai accompagné des présidents d’Azerbaïdjan et du Belarus.
Cette intervention a été beaucoup critiquée dans la presse occidentale et dans les quotidiens russes pro-occidentaux (il s’en publie en Russie et ils sont lisibles en version anglaise sur Internet) mais le basculement n’a pas eu lieu. Il y a dans ces critiques une curieuse asymétrie : il est normal de déverser, de façon plus ou moins occulte des millions d e dollars pour aider l’opposition, lui permettre de financer des journaux, des stations de télévision, lui organiser des séminaires de formation à l’étranger, il est par contre scandaleux qu’un chef d’Etat voisin vienne apporter publiquement son soutien au gouvernement en place et que ce gouvernement se défende comme il peut et pas forcément en finesse contre cette ingérence étrangère manifeste et orchestrée.
Au premier tour, le candidat pro-occidental et le candidat soutenu par le Président sortant KOUCHMA et appuyé par la Russie sont pratiquement à égalité et vont se disputer les voix des autres candidats : un socialiste pro-occidental et un communiste encore hésitant. Le second tour aura lieu le 21 Novembre. Les pressions se multiplient : le sommet de l’Union européenne a exprimé son soutien à YUSHENKO, le sénateur US républicain Mc CAIN, un des leaders du congrès, menace l’Ukraine de sanctions économiques si elle vote mal, RICHARD ARMITAGE, le second de COLIN POWELL, fait de même ( l’un et l’autre ont fait récemment une visite à Kiev). Les « think tanks » ( ces boites à idées qui sont en fait des lobbys) républicains (Heritage Foundation, International Republican Institute, National Endowment for democracy) ont mobilisé opinion et médias en faveur de YUSHENKO.
Des observateurs de l’OSCE affirment que les élections en Ukraine sont en dessous de standards européens mais l’OSCE n’a pas fait jusqu’à présent grand bruit lorsque ses observateurs aux Etats-Unis le 2 Novembre ont été interdits d’accès dans certains bureaux de vote. Malgré les compliments très appuyés de POUTINE à BUSH pour sa réélection qui font immanquablement penser à la fable « Le corbeau et le renard », la « petite guerre froide » se poursuit.








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