Le sabre et le goupillon... encore et toujours

L’alliance des pouvoirs politiques et religieux est une constante que la laïcisation de nos sociétés, même occidentales, est loin d’avoir amoindri. Sur le territoire européen une contre-offensive vaticanesque s’inscrit en miroir d’autres influences qui alimentent les prémisses "spirituelles" du choc des civilisations.
Il est des hasards de l’actualité qui obligent à réveiller les mémoires et nous aident à être plus attentifs aux événements présents : En Pologne le tout nouvel archevêque de Varsovie, Mgr Stanislaw WIELGUS doit démissionner après la révélation de sa longue collaboration avec les services de sécurité communistes depuis qu’il avait été recruté, encore étudiant, avant même de gravir la hiérarchie de son église. Sa nomination avait été prononcée par Benoît XVI qui, lui, dans sa déjà très pieuse jeunesse avait servi dans les jeunesses hitlériennes.... Le même goupillon allié de sabres qui furent rivaux.
Dans les temps anciens l’alliance des princes et des églises était la règle sous l’ancien régime : rois et empereurs, évêques et papes, se concédaient des légitimités réciproques qui n’étaient que l’instrument du renforcement du pouvoir de chacun. Ces alliances n’ont sans doute pas été la spécificité de la chrétienté et il faudra attendre Ibn Khaldûn au XIV me siècle en orient, puis le siècle des « lumières » au XVIII me siècle en occident pour que soit imaginé une « séparation » des pouvoirs spirituels et des états, qui débouchera sur une laïcité encore loin d’être universelle, même en occident.
Parce que la modernité libérale aurait les moyens de s’affranchir du soutien des « églises », celles-ci ont quelque difficulté à continuer de légitimer leurs influences, mais elles tentent toujours de le faire et ceci quelle que soit la nature du régime en place. L’église catholique a soutenu le régime de Vichy pendant que le Pape taisait ce qu’il savait du régime hitlérien, elle a soutenu aussi tous les fascismes et les dictatures en particulier sud-américaines...
Plus prés de nous et maintenant, nous nous souviendrons que dans le projet de traité constitutionnel européen, rejeté par référendum en France le 29 mai 2005, le très atlantiste et très catholique Valéry Giscard d’Estaing avait imposé l’allégeance des forces de défense européennes au sabre de l’organisation transatlantique (OTAN) et tenté d’incorporer le goupillon, la reconnaissance de la religion chrétienne, dans le patrimoine européen. Cette deuxième disposition fit débat à l’époque, bien plus que la première.
On parle désormais d’adopter une nouvelle version de ce traité au prix de quelques modifications assez mineures pour tenter de tromper les peuples auxquels on démontre ainsi que la démocratie n’est respectée que lorsqu’elle confirme les souhaits du pouvoir et des puissances économiques en place. Mais le fringant Benoît XVI voyant le projet resurgir revient lui aussi à la charge, rappelant que « On ne peut faire abstraction de l’indéniable patrimoine Chrétien de ce continent »...et il réclame la protection dans le futur traité « Des Droits institutionnels des églises »...
Si l’Europe veut rester laïque c’est à dire ouverte aussi à sa diversité multiconfessionnelle, en évitant sur son sol le déni d’autres héritages que celui du « saint Empire romain Germanique » ; elle devra dénoncer encore, comme en 2004 et 2005, les prétentions vaticanesques à définir les bases de ses valeurs.
Si l’Eglise veut rester dans son rôle que la laïcité lui concède, comme autorité spirituelle n’intervenant pas dans le champ politique, elle peut rappeler au moins aux croyants qui se réclament de son autorité que la guerre est un mal, comme le sont les discriminations et la tolérance de la pauvreté.
Mais l’alliance du sabre « otanesque » et du goupillon « antilaïque » ne font que contribuer à l’acceptation et l’encouragement du pire, cautionnant la discrimination des hommes sur le sol européen et cautionnant l’implication des forces militarisées du continent dans le choc des civilisations.

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4 septembre –
8 septembre –