39 visiteurs en ce moment

 
 
Quelles leçons tirer de l’échec de la gauche à l’élection présidentielle ?

Le devoir d’audace

Par Jean-Luc Mélenchon,
sénateur socialiste de l’Essonne.

Depuis 1978, avec Michel Rocard dès 20 heures, les soirées de défaites électorales voient surgir de l’horloge socialiste un coucou familier. Il chante la chanson désormais traditionnelle de rappel à la rénovation et à la conversion sociale-démocrate de la gauche. Hier surprenante, l’antienne est aussi obsolète que son objet après trente ans d’usage. On pouvait y réfléchir au siècle dernier. Mais en 2007,commcnt le navrant naufrage de la socialdémocratie européenne suivant de près celui du communisme d’État, pourrait-il encore servir de modèle ?

« Assez rasé les murs pour parler du partage de la richesse, pour assumer le rôle de l’Etat stratège dans l’économie. »

Au Royaume-Uni ou en Allemagne, seule ou en alliance avec la droite, elle démantèle l’État social qu’elle avait construit. En Espagne ou en Italie, tranquillement ou dans les combinaisons, les réformes sociétales remplacent les conquêtes sociales. Et je ne dis rien du bilan effrayant de la social-démocratie latino-américaine. Ici ou là, bien sûr, passent quelques rayons de lumière. Mais la socialdémocratie qu’idéalisent d’aucuns, faute d’imagination, n’est pas un avenir utile en France. Nous ne pouvons échapper au devoir de remiser au rayon des archives toutes les formules dorénavant épuisées. La modernité n’est pas un prêt-à-porter mais une création à accomplir. Cette réinvention de la gauche a lieu en ce moment même en Amérique latine, au Brésil, Venezuela, Bolivie, Équateur parmi d’autres pays, Évidemment, aucune ne nous fournit de modèle transposable. Mais l’énergie, l’audace et la persévérance qui les ont rendues possibles doivent impérativement nous servir de référence. Elles valent bien mieux que certaines illusions de confort. Comme par exemple de croire que notre nouvelle défaite est seulement affaire de personne ou de style de campagne. Elle sanctionne d’abord l’échec de la gauche - toute la gauche - à entraîner la société, Quelle rude leçon nous inflige la droite à ce sujet ! La rupture proposée par Nicolas Sarkozy est le miroir de nos timidités, sa provocante clarté le revers des euphémismes sociaux-démocrates embarrassés dès qu’il s’agit de dénoncer l’accumulation des richesses dans les mains de quelques-uns et le système qui rend possible cette spoliation. Le triomphe de Sarkozy est construit sur une victoire culturelle telle qu’à l’heure du choix, en toute bonne foi. la conscience sociale aveuglée par les mirages de l’idéologie dominante, les pauvres votent comme s’ils étaient riches !

Face à une droite décomplexée, une gauche tout aussi décomplexée doit enfin s’affirmer pour construire une nouvelle conscience citoyenne. Assez rasé les murs pour parler du partage de la richesse, pour assumer le rôle de l’État stratège dans l’économie, maître du temps long, gardien de l’intérêt général, .acteur de première ligne face à l’urgence sociale. Assez de litote pour rejeter la monarchie patronale, affronter la tyrannie de la dictature de l’actionnariat sur l’économie productive. Tout tourne autour d’une question : quelle attitude avoir face à la mondialisation libérale, ce nouvel âge du capitalisme ?

L’ adopter, c’ est la droite.
L’ accompagner, c’est l’illusion sociale-démocrate. Faire bifurquer le système au profit de priorités sociales et écologiques, c’est notre devoir d’invention. Comment faire ? Avec qui ? Dans quelle forme d’institution républicaine en France et en Europe ?

Qui oserait dire que nous ne possédons aucune réponse après tant d’années de colloques, de luttes, de forums sociaux et d’expériences sous toutes les latitudes. Ce qui manque, c’est le lieu politique de la mise en mots partagée et en programme. C’est la condition pour que les idées deviennent une force matérielle : celle des millions de consciences qui la prendront en charge.

Beaucoup au sein du PS évoquent la création d’un nouveau grand parti progressiste, largement ouvert aux forces diffuses de la société civile qui agissent aujourd’hui sans débouché politique. L’autre gauche est ainsi mise au défi. Comme pour la candidature à la présidentielle va t-elle maintenir sa fragmentation si désespérante et si nuisible à la gauche tout entière ? Alors, il faudra admettre que l’avenir de la gauche est dans le parti unique que préfigure le Parti socialiste. Au contraire, saura-t-elle proposer un dépassement de ses structures ouvrant ainsi un autre choix à gauche ? Celui d’une alternative prête à la conquête des pouvoirs plutôt qu’à l’adjuration, à des alliances plutôt qu’à l’ostracisation de ses voisins et cousins de gauche ? Comme au lendemain du référendum, les délais de réponse ne sont pas infinis.

Et la droite ne nous laissera pas de répit.


 
 
Forum lié à cet article

5 commentaires
  • > Le devoir d’audace 11 mai 2007 20:09, par ronan

    Au premier tour j’ai voté Jose Bové, car c’etait le candidat pour une alternative, pour qu’un autre monde soit possible... Au deuxième tour j’ai voté Segolène Royal. En fait, plutôt contre Sarkozy que pour Royal mais aussi un peu pour Segolène simplement parce que, lors de son face à face avec Sarko, elle a parlé de réformer la gouvernance mondiale, je ne me souviens pas exactement les propos mais dans mon souvenir elle parlait de réformer les instances de la gouvernance mondiale (onu fmi omc etc ...). Elle a voulu se démarquer du PS et elle a bien fait car le contraire eu été catastrophique mais elle n’a pas su se démarquer d’une social democratie façon blair, elle n’a pas su taper sur le pupitre pour affirmer ses valeur ou ses convictions quand il le fallait , elle a voulu donner une image trop lisse,et en face il y avait un tribun qui n’a pas peur des mots, qui à su jouer avec les instincts les plus bas des électeurs et qui a réponse à tout . Je pense que rien ne se fera sans une réforme des institutions mondiales, je pense que cela ne se fera pas sans les efforts de tous et avec tous, je pense que bien des gens n’ont pas envie du collectivisme façon PCF, LCR, ou Luttes Ouvrières, et qu’il serait temps que ces partis disent où ils en sont avec l’ideologie communiste et la proprieté privée parce que je n’ai pas l’intention de voir ma maison collectivisé . mais je ne veux pas non plus d’un monde de cynisme comme on peut le voir aujourd’hui : la guerre en irak, des millions de civils morts,le darfour ou le tibet, ou dans un autre registre les sdf, les sans papiers, les émigrés clandestins victimes des problèmes de l’environnement et d’un commerce international sans foi ni loi , ou dans un autre registre la casse des services publics, la fin du logement social, la fin de la solidarité avec les plus démunis d’entre nous et j’en passe et la liste est longue ... Je pense que pour longtemps encore il y aura des plus riches et des plus pauvres et qu’il y aura des commercants et des travailleurs des patrons et des salariés Mais je crois par dessus tout que le monde ne peut se faire sur l’exploitation de l’homme par l’homme et que les pulsions rapaces et guerrières de l’homme doivent être strictement endiguées par la loi ni plus ni moins par la loi etablie sur les bases de l’humanisme eclairé qui est le seul avenir de l’humanité Je ne veux pas de cette catastrophe annoncée qui devient chaque jour de plus en plus inévitable, catastrophe humaine et ecologique dont l’humanité ne se relèverait pas ( armagedon, guerre nucleaire) après une periode de facisme consumeriste Si vous même, Jean Luc Melenchon, pensez parler du devoir d’audace, jospin en d’autre temps parlait du devoir d’inventaire... devoir de ceci devoir de cela, pourrions nous arrêter d’employer cette phraseologie sans consistance ni realité Alors un nouveau mouvement à gauche oui bien sur mais avec qui ? et sur quelles bases ? Pour moi le Parti Socialiste est mort il n’a plus qu’à se résoudre à être dilué dans le mouvement democratique de François Bayrou pour moi il est mort et le 6 mai 2007 j’ai mis pour la dernière fois de mon existance un bulletin du PS dans l’urne Je sais que demain il sera trop tard nous serons englouti par le consumerisme rien ne sera plus possible les lois democratiques seront vidés de leur substance, les quelques voix qui oseront encore s’elever seront taxées de terroristes Tout cela n’est pas de la science fiction, c’est la vérité vraie,

    Répondre

  • > Le devoir d’audace 12 mai 2007 20:41, par Le Gloahec

    une réponse .... affirmative se trouve auusi dans l’ Huma Dimanche du ........... 10 mai, celle d’ Alain Bocquet, appeler un chat un chat. Yves Le Gloahec

    Répondre

  • > Le devoir d’audace 13 mai 2007 08:20, par rtbt139

    Le problème de la gauche me semble bien le regroupement de ses forces dans un seul parti capable de démontrer qu’il soit bien capable de présenter une alternative réelle construite sur ses propres valeurs humaines et sociales, à la politique néo-libérale qui sera menée sous la présidence Sarkozy ; et cette alternative devrait commencer par porter sur la réforme de l’Etat et des institutions de la Vème et l’organisation des territoires.
    -  que fait-on du Sénat
    -  que fait-on du département
    -  du trop grand nombre de communes sans moyens financiers réels.

    Comme l’écrivait si bien Antonio Gramsci « On peut ainsi définir une situation de crise : l’ordre ancien est moribond, et ce qui est nouveau n’arrive pas à venir au monde. Durant cet interrègne, toutes sortes de symptômes de morbidité font leur apparition. »

    Jamais cette déclaration ne s’est appliquée aussi bien qu’à cette gauche actuelle, agrégat d’opportunistes de tout poil dont la seule idéologie est de préserver en fait les prés-carrés que leur offrent les institutions obsolètes de la V ème république.

    Je croirai à la sincérité et l’audace de J-L Mélenchon le jour où je le verrai proposer la suppression des pouvoirs décisionnels du sénat auquel il appartient, institution parfaitement illégitime d’un Etat unitaire qui à pour principe « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple »

    Répondre

  • > Le devoir d’audace 13 mai 2007 09:51, par roaligen

    Seul petit détail oublié : le mercantilisme achette tout. La versatilité n’est que financière et l’interet générale n’est la conception que de trop rares individus

    Répondre

  • Article à lire ! 14 mai 2007 20:43, par FredSud37

    Bonsoir,

    Samedi dernier, s’est tenu le Conseil National du PS, auquel Jean-Luc Mélenchon a participé et dont il nous livre un compte-rendu dans l’article suivant :

    - Les presents ont toujours tort

    Salut & Fraternité.

    Voir en ligne : Mesures pour une Gauche digne de ce nom !

    Répondre


Modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)
  • [Se connecter]