CHAREST et le bonnet d’âne - La grève étudiante

JAUNE RICANEMENT MÉPRISANT

Il ricanait jaune le transfuge du parti Conservateur-Progressiste devenu Libéral-Répressif. Juché derrière son lutrin, face aux grimaces de ce parterre de ploutocrates, d’hommes d’affaires, de démarcheurs et lobbyistes prévaricateurs, de constructeurs contributeurs aux caisses électorales occultes. Quelques collaborateurs amérindiens étaient venus de la case de l’oncle Tom du lointain Nord canadien accréditer cet atelier totalement déconnecté.

Et cette assemblée s’évertuait à encenser leur porte-faix au rire niais, totalement dépassé par les événements qui se déroulaient au même instant juste à côté, sur la chaussée, hors de ce palais d’assiégés.

Un vendredi particulier, ce 20 avril au centre-ville de Montréal occupée, des centaines de policiers surexcités, armés de pied en cap, casqués, bardés de boucliers et de vestes blindées – on était en droit de se demander pourquoi, puisque ce sont eux qui portaient pistolets, gaz et boucliers –. Alignée en rangées, la piétaille protégeait cette assemblée de célébrités enfermée dans ce palais des congrès pour fêter la braderie des ressources spoliées aux premières nations autochtones.

Charest, le Premier ministre du Québec, descendu de son strapontin, proposa aux jeunes révoltés, scandant devant les portes scellées, d’abandonner l’université et de monter vers le Nord travailler dans les nouveaux chantiers de misère comme au temps du « retour à la terre », du curé (Labelle) et du chanoine (Groulx), deux idoles éventées des opportunistes dissimulés parmi les invités.

Au risque de se répéter, il faut écrire que les sommes en jeu dans l’agression en cours contre les étudiants sont peu importantes pour le gouvernement, mais significatives pour les étudiantes qui sont 80 pour cent à travailler à temps partiel ou à temps plein afin de payer leur scolarité. Il s’agit de 325 $ de hausse des droits par année pour chacun des 260 000 étudiants et étudiantes universitaires soit 85 millions $ de revenu supplémentaire par année pour le gouvernement, une fraction de un pourcent du budget déposé par le ministre Bachand dont le budget provincial total est de 70 milliards de dollars. Déjà quelques journalistes soulignent que la grève étudiante a fait perdre davantage au gouvernement que la somme espérée (1).

Une modeste réduction de l’un quelconque des cadeaux fiscaux offerts aux multinationales milliardaires pourrait mettre fin à ce soulèvement. Le gouvernement Charest subventionne la multinationale RIO TINTO ALCAN à hauteur de 75 millions de dollars par année après qu’elle ait imposé un lockout aux ouvriers québécois de la ville d’Alma. Couper cette subvention d’électricité à cette entreprise milliardaire fournirait l’argent requis pour ne pas hausser les frais de scolarité.

À l’évidence, le véritable objectif de cette hausse des droits de scolarité est d’amener le plus grand nombre d’étudiants à abandonner les études universitaires. C’est la raison pour laquelle Charest et sa mégère du ministère ne souhaitent pas régler ce conflit. Cyniques, la grève les arrange, car de nombreux étudiants abandonneront l’université puisqu’ils ne pourront prolonger leurs études pendant l’été tellement ils sont nombreux à devoir travailler pendant la saison estivale pour payer leurs études automnales. Étudier pour récupérer leur session perdue n’est pas compatible avec les longues heures où ils devront s’esquinter pour des « jobs » mal payés.

LE BONNET D’ÂNE

Depuis ce vendredi 20 avril, quelques oligarques libéraux annoncent que Charest n’est plus l’homme qu’il faut à la barre de leur rafiot. Le pauvre Charest esseulé ne connait qu’une seule option : toujours frapper et agresser davantage les étudiants jusqu’à les faire plier. Mais que faire pour faire taire ces insoumis ? Plus l’antiémeute frappe fort, moins les étudiants s’écrasent. À l’évidence ils ont décidé de continuer d’étudier sans s’endetter.

Dans le « jeu » politique des riches, les représentants pragmatiques des capitalistes doivent apprendre à manier la carotte et la matraque, un exercice subtil d’équilibriste qu’apparemment Charest ne maîtrise pas. Il lui faudrait apprendre à doser avec soin les coups bas et les flagorneries sournoises. Les puissants sont déçus de leur porte-faix embourbé de la tête aux pieds qu’ils ont coiffé du bonnet d’âne bien mérité.

« Comment sortir cet écervelé de ce guêpier ? », s’interrogent Castonguay ainsi que d’autres conseillers ameutés au chevet de l’encerclé. « Jeter du lest », propose un affidé. « Jouer l’esquive et palabrer pour gagner du temps », recommande le plus futé. « Frapper, toujours frapper plus fort », propose Mario le matamore. « Négocier pour sauver les pots cassés », suggère l’éditorialiste avant de se récuser.

Charest se sacrifie donc au service de sa classe. Il sait que sa carrière politique s’achève, qu’il ne sera pas à la barre du paquebot des libéraux à la prochaine élection tout comme il sait que son parti doit se résigner à passer la main à son équivalent péquiste pour quelques années du moins (blanc-bonnet et bonnet-blanc).

D’ici là Charest se planquera dans quelques conseils d’administration bien rémunérés mais auparavant il veut remplir sa mission – couper et couper dans les services destinés à la population et préparer les prochaines négociations avec les employés de l’État. Une victoire étudiante n’est pas au programme de ses patrons. Et la dame patronnesse du ministère a reçu mandat de palabrer-discutailler à condition que les associations étudiantes renoncent à leurs moyens de pression – concession que les partisans étudiants ne doivent pas accepter au risque de se discréditer et de démobiliser leurs troupes aguerries et motivées (2).

ÇA FLEURAIT BON LA PRÉ-INSURRECTION

Vendredi le 20 avril un vent de fronde flottait dans l’air de la métropole et dans plusieurs villes du Québec. Que chacun en prenne de la graine, et que tous apprennent les manœuvres des jeunes dans les rues de Montréal, c’est ainsi que se déroulera un jour la révolte urbaine.

Que chacun observe bien l’échauffourée des étudiants contre les forces du désordre de ce gouvernement et que chacun comprenne que si ces partisans étudiants finissent par être cassés, brisés, alors dans un mois, dans une année, par la droite, par la gauche ou par derrière, le mouvement ouvrier sera lui aussi écrasé lors de ses prochaines négociations avec le pouvoir d’État et avec les compagnies privées. Alors que si les étudiants continuent à riposter, et à chaque coup reçu rendre un coup de plus, l’exemple sera contagieux pour vous camarades qui, peut-être, aurez le courage d’en découdre avec la loi et l’appareil répressif d’État. C’est exactement ce que vous devez penser, car sachez que ceux qui gèrent le Québec et qui règnent en coulisse y ont déjà songé, et ils en sont effrayés (3).

Ouvriers, travailleuses, infirmières, enseignants, manœuvres, fonctionnaires, professionnels du gouvernement et les autres, tous ont intérêt à la victoire étudiante et devraient porter assistance aux jeunes matraqués, arrêtés, emprisonnés, judiciarisés mais toujours révoltés.


 
P.S.
 
 
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