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Christine Malèvre, une criminelle ?

Ce que Christine Malèvre a fait, avancer de quelques heures, voire de quelques jours, la mort de malades entrés en phase terminale de maladie incurable et irréversible, des médecins le font, ou mieux, ordonnent à des infirmières de le faire, tous les jours dans les hôpitaux de France à l’égard de malades qui n’avaient rien demandé à personne mais dont la souffrance est ainsi abrégée. Ceux que Christine Malèvre a aidé à mourir l’avaient supplié de leur apporter une telle aide.

Il ne s’agit pas de refaire ce procès dans le cadre d’un article. Que Christine Malèvre ait été parfois envahie par la détresse de ses malades, qu’elle ait été submergée par une compassion qu’elle ne sut raisonner, qu’elle se soit enfermée et murée dans le silence au sein d’une équipe médicale, peut-être blindée par l’affrontement quotidien avec l’agonie et la mort et peu enclainte à s’interroger sur des pratiques médicales intangibles, qu’elle n’ait pas tenté de s’ouvrir aux familles des requêtes insistantes de leurs parents concernant l’"aide" à mourir qu’ils réclamaient, qu’elle n’ait pas songé à se confier à telle ou telle collègue ou tel médecin plus receptif, de tels comportements ont certainement joué en sa défaveur. La grande erreur de Christine Malèvre, sa faute, fut d’avoir agi seule, dans la clandestinté . Personne ne peut le nier.

Aux yeux de la loi, et sans doute aussi pour une grande partie de l’opinion publique, Christine Malèvre a tous les torts. Elle n’était qu’infirmière, elle était trop sensible, et surtout elle avait agi de son propre chef.

De là à la considérer comme une criminelle, à la juger et à la condamner comme telle, il y avait un abîme dans lequel la Cour d’Assises de Paris n’allait pas hésiter à plonger. La conjoncture s’y prêtait . A l’heure où renaît, et peut-être va prendre une forme officielle, le débat récurrent sur l’euthanasie et alors que le ministre de la Santé Mattéi refuse toujours d’employer le terme, mais parle de « bonnes pratiques » médicales consistant éventuellement à arrêter les soins thérapeutiques en phase terminale de maladie incurable, il n’était surtout pas question de porter un tel débat dans le prétoire à l’occasion du procès Malèvre. Le terme même d’euthanasie serait donc banni, tant par l’accusation que par la défense. Que le peuple et l’opinion publique ne s’y trompe pas ! Il s’agissait de juger une criminelle, de ne juger qu’une criminelle et de ne condamner qu’une criminelle ! Car Christine Malèvre n’était en réalité rien d’autre qu’une criminelle ! Rompez les rangs ! Il ne s’était jamais agi d’ « euthanasie » mais bien de crimes abominables ! Qu’on se le dise !

La bêtise des uns et la lâcheté des autres devaient s’unir pour sonner l’hallali autour de l’infirmière traquée par la police harceleuse, dépecée par les experts chafouins, lâchée par les collègues soumises, méprisée par les médecins hypocrites, accablée par les juges arrogants ..., blessée à mort dans sa conscience professionnelle et qui n’avait eu qu’un seul tort : avoir honoré la parole qu’elle avait donné.

Les deux procès de Christine Malèvre furent des procès politiques. Des procès qui tombaient à pic dans le climat tout répressif mis en oeuvre par le gouvernement le plus conservateur que la France ait connu ... depuis Vichy qui devait, pour la dernière fois, en 1941, condamner à mort et exécuter une avorteuse du Havre.

Christine Malèvre a été condamnée à 10 ans de réclusion criminelle. Elle avait compati à la détresse de quelques malades arrivés en phase terminale de cancers incurables.

Un tel procès permet au ministre Mattéi, de montrer qu’il sait faire régner l’Ordre Moral contre vents et marées et se trouve à l’écoute de son électorat le plus réactionnaire.

Et pour une fois qu’on peut affirmer, dans l’enceinte solennelle d’une cour d’assises et dans le cadre de la dramatisation hyper médiatisée d’un procès pour assassinat, les principes sacro-saints d’une politique répressive voulue par son électorat, il ne faut pas laisser passer une si belle occasion !

Perben peut féliciter l’avocat général, les jurys manipulés peuvent avoir bonne conscience, les familles peuvent « faire leur deuil ». L’assassin est châtié, la criminelle confondue. Le pouvoir judiciaire ne saurait s’aventurer sur la chasse gardée du Pouvoir Médical : celui d’être finalement le seul à décider de maintenir en vie ou de conduire à la mort. Christine Malèvre devait donc payer. Sa condamnation symboliserait le retour à l’Ordre Moral appelé par la majorité conservatrice.

Faudra-t-il attendre plus de cinquante ans pour reconnaître aux mourants le droit de mourir ou d’être aidés dans ce dernier passage ? Il est devenu urgent de légiférer en matière de fin de vie.

André Monjardet sociologue
auteur de « Euthanasie et Pouvoir médical - vivre librement sa mort » (l’Harmattan éditeur) et de « L’euthanasie en question » à paraître en oct. 2003, aux éditions « l’Esprit frappeur ».


 
P.S.

Illustration : R. BALME, huile sur bois.

 
 
Forum lié à cet article

4 commentaires
  • > Christine Malèvre, une criminelle ? 31 octobre 2003 22:09, par Mehr Licht

    Que voulez-vous mon cher Anar, dans certains pays, dont le mien le Canada, où une loi officialise l’avortement, on y refuse l’euthanasie. Cela me semble d’un ridicule... L’avortement j’en suis, une femme a tous les droits sur son corps, mais celui qui souffre le martyrr où peu importe en a assez de la vie pour toutes autres raisons, pourquoi ne pas lui donner le droit à sa finalité ?

    Dans l’avortement, on ne demande pas au foetus s’il est d’accord, et poutant il vit lui aussi. Le bonhomme qui demande de mourir d’une façon douce, et dieu sait si nous avons bien des manières d’endormir sans douleurs tout un chacun ; et bien non, à celui là on lui refuse ce droit. Même s’il pouvait signer toutes les paperasses administratives, où seulement par un signe quelconque, nous faire part de son envie qu’il a de vivre sa mort à sa convenance. La bêtise ne tue pas et c’est dommage. Il y a des fois où je me demande ce qu’aurait à perdre un législateur, s’il signait une loi permettant l’euthanasie ?

    Est-ce encore une histoire de religion pour les législateurs qui ont permis la loi sur l’avortement ? je ne crois pas, puisque même le Pape est contre l’avortement. Autrement dit, celui qui veut mourir a moins de droit que celui qui ne peut pas se prononcer. Qu’elle connerie !

    • > Christine Malèvre, une criminelle ? 4 janvier 2004 22:34, par anar

      Vient de paraître à « l’Esprit frappeur » ( 9, passage Dagorno, 75020 Paris )

      L’euthanasie en question
      par André MONJARDET

      Les uns sont pour l’euthanasie, les autres sont contre ; les uns la réclament pour eux, les autres la refusent pour tous. Les uns parlent au nom de principes éthiques intangibles, « tu ne donneras pas la mort » , l’interdit de tuer, les autres au nom du respect de la liberté individuelle, ils veulent « choisir » de quitter une vie qu’ils ne supportent plus. A ceux qui craignent la subir à leur insu, l’euthanasie fait peur. Elle constitue au contraire le dernier acte de liberté pour ceux qui en font la demande expresse, réitérée et circonstanciée.

      Plusieurs « affaires » récentes sont venues montrer qu’il est devenu plus qu’urgent de légiférer sur la fin de la vie humaine qui, dans nos sociétés hyper médicalisées, a radicalement changé depuis quelques décennies. Parce que la médecine a changé, la mort a changé. Les frontières s’effacent entre la mort et la vie. Le mourant se voit désapproprié de sa propre mort. L’information due au mourant et la prise en charge de sa souffrance lui permettent-elles de se la réapproprier ?

      Aujourd’hui, en France, celui ou celle qui aide positivement une personne à mourir est considéré comme un meurtrier, un criminel et jugé comme tel. Une évolution législative est-elle envisageable ? Est-elle souhaitable ?

      C’est un livre de clarification nécessaire dans le débat de société actuel. Sans cacher ses propres convictions, André Monjardet présente et discute avec objectivité et mesure les arguments opposés. Sans jamais simplifier, ni laisser croire des solutions aisées, il pointe les hypocrisies sociales, les incohérences ou carences légales, juridiques et morales.

      Tout du long de son ouvrage, dans un style clair, l’auteur prend grand soin de clarifier toutes les notions et les pratiques qui se trouvent au cœur du problème (euthanasie relevant d’une démarche volontaire, interruption de vie concertée au sein d’une équipe médicale). Il insiste sur la nécessité des « soins palliatifs » qui n’épuisent pas la question euthanasique.

      Livre de réflexion, c’est aussi un livre fournissant des repères factuels (en particulier sur « le testament de vie »). Trois annexes en font un ouvrage de référence : « Avis du Comité d’éthique : fin de vie, arrêt de vie, euthanasie » - Mise en pratique de la légalisation de l’euthanasie aux Pays-Bas - Proposition de loi relative au droit de finir sa vie dans la liberté du 10 avril 2003.

      « L’ EUTHANASIE EN QUESTION », est un ouvrage qui permet à un large public de se faire une opinion en connaissance de cause sur la question euthanasique. (8 € en librairie)

      André Monjardet est diplômé de l’Ecole nationale de la Santé Publique, docteur en sociologie,
      ancien directeur d’établissements médico-sociaux.. (andre.monjardet@wanadoo.fr - www.monjardet.fr.st/ )
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    • > Christine Malèvre, une criminelle ? 25 septembre 2004 22:06, par anar

      Le procès de Christine Malèvre

      La dernière avorteuse condamnée à mort et exécutée l’avait été ... sous Vichy.

      Christine Malèvre a été condamnée à 10 ans de réclusion criminelle. Elle risquait la perpétuité... Elle avait compati à la détresse de quelques malades arrivés en phase terminale de cancers incurables.

      Faudra-t-il attendre plus de cinquante ans pour reconnaître aux mourants le droit de mourir ou d’être aidés dans ce dernier passage ?

      Bien sûr, Christine Malèvre a tous les torts. Elle n’était qu’infirmière, elle était trop sensible, et surtout elle avait agi de son propre chef.

      - "Le médecin chef voit la famille, et à partir de là, il va prescrire sur une feuille volante tout le traitement qu’il va mettre dans le cocktail, sans date, sans signature et sans le nom du patient ; et au moment du décès de ce patient, cette feuille est déchirée et mise à la poubelle."
      - Pourquoi ?
      - Pour ne pas retrouver de trace. Ce que j’ai trouvé le plus intolérable, c’est que l’on puisse déléguer la mort. On peut aussi le faire de façon très subtile, par des prescriptions insuffisantes, par exemple ; on sait très bien que l’infirmière augmentera les doses."

      Ainsi s’exprimait cette infirmière, filmée de dos pour garder l’anonymat, dans un reportage consacré à la naissance d’une Association "Présence et Témoignage" et diffusé au cours d’une édition nationale du Journal télévisé du soir de FR 3.

      De telles pratiques sont quotidiennes dans les hôpitaux de France.

      La bêtise des uns et la lâcheté des autres devaient s’unir pour sonner l’hallali autour de l’infirmière traquée par la police gagneuse, dépecée par les experts chafouins, lâchée par les collègues soumises, méprisée par les médecins hypocrites, accablée par les juges arrogants ...blessée à mort dans sa conscience professionnelle et qui n’avait eu qu’un seul tort : avoir honoré la parole qu’elle avait donné.

      Ce fut un procès politique. Un procès qui tombait à pic dans le climat tout répressif mis en oeuvre par le gouvernement le plus conservateur que la France ait connu ... depuis Vichy justement. Un procès qui permettait au nouveau ministre Mattéi, de montrer qu’il saurait faire régner l’Ordre Moral contre vents et marées et serait à l’écoute de son électorat le plus réactionnaire. Le refus catégorique qu’il oppose à tout débat concernant l’euthanasie rejoint celui qu’il oppose au clonage thérapeutique. Et il est de même nature. Il prend sa source dans la soumission aveugle et bornée à la loi selon laquelle « Dieu est le seul maître de la vie et de la mort ».

      Comme les cellules embryonnaires doivent être considérées comme une « personne humaine potentielle », n’avoir d’autres fin que la naissance d’un enfant et ne sauraient donc être l’objet d’aucune intervention humaine, fût-ce pour sauver des vies, aucune intervention humaine ne saurait non plus être admise pour hâter une mort choisie par une personne en phase terminale de maladie incurable. L’hypocrisie et le dogmatisme s’unissent pour maintenir en place un Pouvoir Médical qui méprise les personnes et piétine les consciences.

      Et pour une fois qu’on peut affirmer, dans l’enceinte solennelle d’une cour d’assises et dans le cadre de la dramatisation hyper médiatisée d’un procès pour assassinat, les principes sacro-saints d’une politique répressive voulue par son électorat, il ne faut pas laisser passer une si belle occasion !

      Christine Malèvre devait donc payer. Elle paierait la relative libéralisation qui s’annonçait en ses matières sous le gouvernement précédent. Sa condamnation symboliserait le retour à l’Ordre Moral appelé par la majorité conservatrice. Les membres de l’Opus Dei qui siègent au gouvernement de la République peuvent se réjouir. L’association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) n’a pas levé le petit doigt ! Pis elle a enfoncé Christine. S’il n’y avait pas d’acte euthanasique, il ne pouvait s’agir que d’assassinat ! Est-ce clair ?

      C’est le gouvernement réaction de Raffarin qui allait être content. Depuis sa prise en main par Caillavet, l’association s’est toujours bien gardée de déplaire aux gouvernants. Allait-on prendre parti dans une affaire hypermédiatisée par une presses friande de scandales et de trillers et concernant un petite infirmière sans défense ? (* voir le site de Michel Bineau : .Les parents éplorés peuvent « faire leur deuil ». Perben peut féliciter l’avocat général, les jurys manipulés peuvent avoir bonne conscience. On laisserait en liberté un membre éminent de l’ADMD ayant affirmé dans un livre avoir aidé des gens à mourir mais on se paierait une infirmière qui n’avait écouté que sa conscience et avait tenu la parole donnée et devenait le bouc émissaire de toutes les turpitudes médicales ! .

      Soyez rassurés bonne gens : vous ne serez pas « aidés » à mourir ... sauf si vous ne demandez rien.

      Courage Christine ! Nous t’aimons !

      André Monjardet auteur de « Euthanasie et Pouvoir médical - vivre librement sa mort » (l’Harmattan éditeur 1999) www.monjardet.fr.st / et de « L’euthanasie en question » à paraître en oct.2003, aux éditions « l’esprit frappeur ».

      Voir en ligne : http://monjardet.fr.st/

  • > Christine Malèvre, une criminelle ? 25 septembre 2004 19:06, par Emilie

    De quel droit un homme a le droit de vie sur l’un de ses semblables ?

    Celui qui ose commetre un tel acte est un meurtier

 
 
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