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EDF-GDF et le commerce des services : situation d’alerte

Déréglementation,libéralisation, ouverture du capital, privatisation des énergies électriques et gazières, c’est comme vouloir mettre une selle à une vache : ça ne marche pas !

Si la canicule de cet été a été un formidable révélateur de l’état de dégradation du système public de santé en France, plus discrète a été la crise qui a traversé les quelques semaines les plus chaudes du mois d’août dans la production et la distribution d’électricité.
Les vacanciers amateurs de pêche auront vraisemblablement retenu de cette période les dérogations transitoires qu’a dû demander EDF pour continuer à faire tourner ses centrales, nucléaires, au charbon ou au fioul au risque d’aggraver le réchauffement de la température des fleuves.

La face cachée de cette situation est passée, elle, quelque peu inaperçue aux yeux du grand public, car il s’en est fallu d’un cheveu (ou d’un degré °C...), autour du 15 août, pour que la France ne connaisse, à l’instar de l’Italie fin juin, un scénario de coupures tournantes pour assurer la sécurité du système électrique (coupures annonciatrices de la grande panne italienne du 28/09/03).
Certes cette période a été exceptionnelle par l’ampleur et la durée de fortes températures. Mais la canicule, si elle est effectivement à l’origine de limitations techniques, est loin de justifier les défaillances du service public ; de fait, elle a mis en relief l’insuffisance de moyens de production d’électricité en France et en Europe et la volonté délibérée de ne pas anticiper les investissements pour faire face à toutes les situations, même exceptionnelles.
La mise en lumière (c’est le cas de le dire !) de cet état des lieux a fait l’effet d’un électrochoc pour les observateurs du secteur, très prompts à vanter il y a quelques mois seulement qui la nécessité, qui l’inéluctabilité de la privatisation d’EDF et GDF.
Car l’incompatibilité de l’organisation d’un marché intérieur de l’électricité en Europe avec les missions du service public apparaît tellement flagrante qu’il devient difficile de la taire...
Jusqu’alors, pour les promoteurs français et européens de la déréglementation du secteur énergétique et de la privatisation des services publics, la faillite de la déréglementation qui a secoué la Californie en 2001 trouvait soit disant son origine dans les caractéristiques locales du système électrique californien. L’écroulement d’ENRON, premier courtier mondial en énergie, avait été rendu possible par l’insuffisance des contrôles et des organismes de régulation. L’Europe, selon eux, échapperait aux erreurs de jeunesse de la déréglementation anglo-saxonne ! La faillite de British Energy, premier exploitant nucléaire britannique, les coupures et ruptures d’approvisionnement en Espagne, en Suède, en Italie, à Londres récemment, la grande panne du réseau nord américain le 14 août dernier ne permettent plus aujourd’hui de masquer les conséquences communes et systémiques de la libéralisation du secteur de l’énergie électrique : sous investissements dans les moyens de production et les réseaux, coupes sombres dans les budgets de fonctionnement et l’emploi, recours à la sous-traitance, opacité des opérateurs vis à vis des règles de sécurité industrielle et de santé au travail des salariés notamment dans le nucléaire.

Partout où la mise en œuvre de la déréglementation a été la plus zélée, la privatisation et la séparation des entreprises intégrées en autant d’entités devant justifier d’une rentabilité financière attractive se traduit par une hausse des prix pour les usagers domestiques et des faillites destructrices pour les industriels. (article du MONDE du 5/11/2003) Les manipulations de marchés révélées en Californie ont coûté quelques 67 milliards de dollars aux contribuables.
Devant les risques avérés de pénurie d’électricité l’hiver prochain, les compagnies productrices d’électricité en Grande Bretagne et en Italie s’apprêtent à remettre en service des centrales thermiques mises à l’arrêt pour tendre l’offre sur le marché. La France n’est pas en reste puisqu’ EDF, pour augmenter sa compétitivité financière a décidé au printemps dernier dans l’optique explicite de faire remonter les prix de l’électricité sur le marché de gros de fermer définitivement cinq centrales thermiques sans anticiper leur renouvellement.

Toutefois, les artisans les plus convaincus de la libéralisation sont empêtrés dans leurs propres contradictions : bien de première nécessité pour les usagers, garant de la compétitivité des entreprises et de leur sécurité économique, produit non stockable et peu substituable, l’électricité n’est décidément pas un produit comme les autres !

La moindre défaillance dans le système peut être à l’origine de pertes économiques gigantesques que le patronat lui même n’est pas prêt à accepter !


 
P.S.

Plus de précisions : visitez le site EDF-GDF-CGT-Loire.

 
 
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1 commentaire
  • Bien sur la dereglementation n’est pas la panacée - Toutefois, au lieu de dénoncer comme tout le monde les afres de la libéralisation a tout va, pourriez-vous vous attaquer a ce qui existe déja ? a savoir une compagnie d’état qui fait du capitalisme a l’étranger tout en se gardant bien de ménager ses agents de l’hexagone (Régime de retraites spéciaux opaques meme a la cour des comptes...etc)
    Je profite de cet exemple pour dire qu’il y a des sujets qui meriteraient d’etre abordés meme s’ils dérangent une corporation (EDF) bien au chaud qui souffrirait comme bien d’autres avant elles de la privatisation de son activité.

 
 
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