{id_article}
 

Le pouce d’Otto Reich

Depuis qu’Otto Reich, la semaine dernière, disait que le gouvernement du Guatemala était impliqué dans le crime organisé et le narcotrafic, il paraîtrait que les secteurs traditionnels de pouvoir, qui, dans ce pays, sont conduits par la coalition des chambres d’entreprises connue sous le sigle de CACIF et par l’Armée nationale, eurent le feu vert afin de prendre des mesures réelles à l’encontre de la bande de délinquants déguisée en parti politique que contrôle l’État pour son bénéfice...

LA INSIGNIA - Mario Roberto Morales
Siglo Veintiuno, Guatemala, 22-10-2002

Depuis qu’Otto Reich, la semaine dernière, disait que le gouvernement du Guatemala était impliqué dans le crime organisé et le narcotrafic, il paraîtrait que les secteurs traditionnels de pouvoir, qui, dans ce pays, sont conduits par la coalition des chambres d’entreprises connue sous le sigle de CACIF et par l’Armée nationale, eurent le feu vert afin de prendre des mesures réelles à l’encontre de la bande de délinquants déguisée en parti politique que contrôle l’État pour son bénéfice. L’immédiat alignement de la Coopération européenne avec les entrepreneurs désignés ainsi paraît le confirmer, malgré que l’Archevêque Métropolitain, pontife d’un des secteurs traditionnels de pouvoir - l’Église - n’eut pas compris le message et qu’il se prononça ingénument contre l’ingérence étrangère dans les affaires intérieures. La chose, cependant, semblerait ne pas aller par ce côté.

Dans tous les cas, le feu vert impérial arrive assez tard, déjà que le CACIF avait eu de récentes réactions de rébellion, mais ne comptait pas avec l’appui des militaires (beaucoup plus disciplinés dans leur subordination au pouvoir impérial) afin de déplacer les voleurs du Pouvoir. Tout cela, malgré la mise à jour de la corruption et de la manipulation mafieuse de l’institutionnalité démocratique officielle atteignant maintenant des proportions invraisemblables d’impunité. Le déplacement de ce gouvernement a été proposé dans ce même intervalle comme mécanisme citoyen légal et non comme action conspiratrice des élites sous tutelle des militaires, qui est la manière historique habituelle avec laquelle les changements politiques drastiques se sont réalisés dans cette ex-république de bananes et actuelle démocratie préfabriquée. Maintenant, avec le pouce d’Otto Reich pointant vers le bas, il paraîtrait que, tant le CACIF que l’Armée, sont autorisés afin de conduire un changement politique « populaire » dans ce pays, et l’Église pour le bénir. Mais, comme nous le disions, la chose ne passe pas par ce côté.

Au demeurant, le pouce d’Otto Reich ne pointe pas vers le renversement des filous ni n’indique nécessairement que le pouvoir impérial s’oppose à ce que Rios Montt accède à la présidence en 2004. Il n’indique pas non plus que les E.U. appuieraient l’opposition représentée par l’oligarchie, actuellement gâtée par les imbroglios internes et incapable de s’opposer à la culture du maître et de l’esclave, et qui se manifeste dans l’appui enthousiaste à son propre bourreau. Vers quoi alors pointe le fameux pouce ?

Les activités fébriles que la « gauche » riosmontiste réalise devant le gouvernement étasunien, qui viabilise l’accès au pouvoir du leader génocidaire et qui passera à l’histoire pour cela (qui ne l’absoudra pas ), indiquent que le temps qu’il reste à ce gouvernement seront des mois pendant lesquels l’appui des E.U. sera fortement conditionné à ce que ses fonctionnaires prennent des mesures concrètes afin d’enlever de la vue publique une poignée de militaires et de civils « notés » pour conduire des activités illégales sous protection des institutions de l’État. Cela aurait comme résultats : 1) de nettoyer l’arrivée imminente de Rios Montt au pouvoir, ou bien, 2) si la « gauche » riosmontiste se montre incapable d’accomplir les ordres impériaux, de stimuler les conditions afin que triomphe une opposition alignée avec les intérêts que représente Reich aux prochaines élections.

Le pouce du pro-Consul pointe ainsi à un nettoyage (cosmétique, bien sûr) de la légalité démocratique, utile surtout à la veille de la mise en œuvre de la ZLEA, un mécanisme au moyen duquel la liberté d’investissement corporatif transnationale, dépouillée de restrictions nationales, s’offre au public comme un traité de libre commerce entre égaux. Son pouce indique la nécessité de nettoyer le sale panorama guatémaltèque des impuretés vulgaires, telle l’évidence obscène des délinquants les plus visibles, afin que l’entrée non restreinte des entreprises transnationales trouve le climat d’éternel printemps que les affiches touristiques offrent lorsqu’il s’agit de séduire les étrangers afin qu’ils visitent ce sanglant paradis terrestre. Que ce soit Rios Montt ou l’oligarchie qui facilite la dernière phase de dé-nationalisation de l’économie, cela est un détail secondaire pour un pouvoir universel qui se complaît à répéter publiquement qu’il n’y a pas d’amis mais seulement des intérêts.

Traduit de l’espagnol par : Pierre Trottier, décembre 2003
Trois-Rivières, Québec, Canada
Source La Insignia

Sur d’autres sujets on pourra consulter :


 
 
 
Forum lié à cet article

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes