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Arabes et démocratie.

Un des thèmes récurrents chez certains, dont les sionistes radicaux et par extension les Américains pour des raisons évidentes, est l’affirmation que l’Islam est un obstacle à la démocratie. Rien n’est plus faux.

On ne peut nier qu’il y ait effectivement un problème de démocratie dans les pays arabes. Ceux qui expliquent ce phénomène par l’influence néfaste de l’Islam oublient le fait que les pays arabes ne sont qu’une minorité du monde musulman. Si on analyse le niveau de démocratie pratiquée dans les pays musulmans non-arabes, on voit clairement qu’ils pratiquent une démocratie qui n’a rien à envier aux autres pays démocratiques. La Turquie, pays musulman, est plus démocratique que la Russie, la Géorgie ou l’Arménie, ses voisins immédiats. L’Indonésie, pays musulman, bat à plate couture la Thaïlande, la Malaisie et les Philippines. Un pays africain comme le Mali, musulman lui aussi, est bien plus démocratique que la Birmanie, le Bangladesh ou la République centrafricaine. Et si le Pakistan, musulman, est moins démocratique que l’Inde, il faut rappeler qu’en Inde il y a plus de Musulmans qu’au Pakistan. Ces quelques exemples démontrent clairement, il me semble, que la religion de l’Islam n’est en aucune façon un obstacle à la démocratie.

Cet obstacle majeur à la démocratie dans les pays arabes, il faut aller le chercher dans le type de régimes politiques en place dans ces pays. Si on fait exception des pays monarchiques, les régimes de ces pays sont très semblables aux dictatures qui avaient cours en Europe au début du XX ième siècle. Les analogies sont frappantes : Un leader adulé des foules, un parti unique qui fait obstacle à toute opposition, une mainmise de l’armée, des services secrets et de la sécurité nationale,un nationalisme outrancier qui favorise l’identité arabe aux dépens des autres groupes ethniques qui habitent le pays, une économie fermée, étatisée, un environnement délibérément archaïque pour faire obstacle au progrès. On retrouve ici un modèle du baassisme, du nassérisme et du FLN algérien.

Les monarchies arabes, elles, font état de leur légitimité par la famille et la tribu, se réclamant de la lignée du Prophète dont ils sont les descendants. C’est le cas en Jordanie, au Maroc, et chez les wahhabites saoudiens. On peut remarquer que ces souverains sont souvent plus « modernes », ou moins archaïques si vous voulez, que les Présidents élus des pays arabes voisins.

La confusion entre Islam et non-démocratie vient du fait que de nombreux mouvements politiques ont voulu rassembler leurs forces d’opposition autour de l’Islam, pour instaurer la démocratie. Et beaucoup de Musulmans ont été bernés par leurs leaders qui entretiennent la confusion. Des leaders qui ont contribué délibérément à l’idéologisation de l’Islam. Souvenez-vous des slogans politiques du FIS clamant que l’Islam est la solution, que le Coran est leur constitution et leur loi, en remplacement du code civil et pénal.

Tous ceux qui veulent instaurer la démocratie dans ces pays arabes se heurteront à un obstacle majeur. Et ce, qu’ils soient de l’intérieur comme les islamistes que je viens de nommer, ou de l’extérieur comme George W.Bush et son administration inspirée par des motifs sionistes. Cet obstacle est le clanisme, modèle ancré et inamovible, séculaire, de sociologie politique dans ce genre de société. Ces groupes de solidarité, les açabiyya, qui trouvent leurs sources dans la famille étendue, les liens tribaux et les relations pérennes des promotions d’écoles militaires, sont le ciment des dictatures arabes, véritables obstacles à la démocratie. Ces dictatures ont pu se mettre en place et se maintenir grâce à ces formidables instruments du pouvoir, comme les Tikritis de Saddam Hussein ou les Alaouites des Présidents syriens. Ces clans se sont substitués à des partis politiques, que leur dictature n’a jamais laissé se constituer, toute velléité étant réprimée par la force et la terreur.

Cette influence du clan est une malédiction du monde arabe. Les imbéciles, aux motifs douteux et partisans, qui clament que les Arabes sont plus cons que nous et ne savent pas ce que pourrait être la démocratie, n’ont rien compris au problème. D’ailleurs ce clanisme se développe aujourd’hui dans un pays comme la Russie de Poutine, ou encore au Liban, où les membres des communautés religieuses font passer cette appartenance bien avant leur qualité de citoyens. Aussi longtemps que les privilégiés devront leurs fonctions, leur position sociale, leurs avantages financiers et leur protection à leur clan ou à la communauté, la démocratie aura du mal à s’installer.

Les attentes des populations arabes en matière de démocratie sont énormes. Mais la méthode à la hussarde de l’occident mal informé et induit en erreur par les sionistes du Likoud n’est pas la solution. Renverser le régime de Saddam Hussein ne change en rien le modèle de clanisme sévèrement ancré dans une sociologie millénaire, et n’apportera aucune avancée démocratique en Irak. Le parti Baas est actuellement remplacé par d’autres privilégiés, mis en place par leurs amis américains qui attendent le renvoi d’ascenseur. La théorie fumeuse des dominos de Paul Wolfowitz, conseiller influent de la maison blanche, sioniste convaincu et âme damnée de Sharon et du Likoud, est fausse et pernicieuse. Elle n’apporte déjà que le chaos, la mort, la misère et la désolation dans cette région du monde. Pire que tout elle humilie les Arabes et les Musulmans.

L’Islam est rayonnant. C’est une des grandes lumières du monde, un apport essentiel à l’humanité. Avec la modernité, les pays arabes trouveront, seuls, leur modèle de démocratie, qui ne sera pas imposé par l’occident qui ne veut que voler leurs richesses. Cette transformation sera une des avancées majeures du XXI ième siècle. Aidons-les, par notre respect, notre amitié et notre soutien, à franchir ce pas.

Algarath.


 
P.S.

Illustration : Magritte

 
 
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