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De la peur ostensible aux larmes ostentatoires, ou l’inverse

Le passage de 2003 à 2004 a été très révélateur des moyens employés quotidiennement pour entrenir un climat de peur et de pitié chez notre bon peuple de France. Ces deux ingrédients, indissociables depuis la création des religions et la rédaction des Ecritures que d’aucuns trouvent Saintes - encore ! - sont le fondement même de la domination de l’homme par l’homme et la base de la « gouvernance » de nos « grandes démocraties ».

Tout à commencé avec la peur des éléments et l’incapacité qu’a toujours eu l’homme d’accepter sa condition de mortel et son inexorable solitude qu’il considère toujours comme une forme d’abandon. Abandonné de qui ? Par qui ? De personne excepté de lui-même, pardi !

Dieu est né

Il y eut cette peur panique du Malin, du Démon de Satan et des flammes de son enfer. Il y eut cette peur collective du Jugement dernier et cette promesse, toujours d’actualité : « Les premiers seront les derniers », incitant l’humble et le pauvre à accepter sa condition misérable et la tyrannie des puissants pour accéder, enfin, au bonheur éternel. Il y eut la peur de « la Bête », plus ou moins entretenue et obligeant le manant à se confiner chez soi. Il y eut la peur de la maladie qui conduit à la mort en passant par la souffrance et qui ramenait toujours vers l’imploration de Dieu pour remplir églises et cathédrales. Il y eut la peur du voisin qui fit lever des armées et précipiter la piétaille vers la boucherie. Il y eut… Gutenberg pour porter la parole divine et institutionnaliser la peur.

Le leurre comme un sport national

Aujourd’hui, tout est prétexte à effrayer le peuple et à lui démontrer que, même s’il a une vie de misère, il a tout de même de la chance de ne pas être malade, dans un pays qui n’est pas en guerre et qui se propose de terroriser les terroristes, les barbus et autres voilées ou enturbannés, pour le détourner des vraies questions que la société et le pouvoir se refusent à résoudre. Et pour cause ! La peur comme un leurre nécessaire à la mise en œuvre d’un libéralisme toujours plus effréné et qui s’appuie sur des idées, voire un programme, chers au Front National.

Pour revenir au début de notre propos, nous ne citerons que quelques exemples, dans le désordre, qui sont à nos yeux criants et qui de surcroît tombaient dans une période ô combien propice à s’épancher sur la misère du monde et à ingurgiter de l’info sans trop chercher à réfléchir.

Il sentait bon le sable chaud

L’un d’eux nous vint du nord de la France quand on nous annonça une épidémie de légionellose dont on eut pu croire - si l’on se réfère aux propos alarmistes qui furent diffusés par les médias - qu’elle allait anéantir une bonne partie de la France et, peut être se propager jusqu’à la Méditerranée.
Après une analyse un peu plus sereine de la situation, il apparaît que cette catastrophe sanitaire n’a décimé que 7 personnes dont l’état de santé ne leur aurait, peut être pas permis de supporter la première grippe venue. Qu’importe, pour les autorités sanitaires et politiques, l’épidémie faisait rage et certains coupables étaient même, désignées d’office. Les tours de refroidissement de telle usine étaient pointées du doigt et les laveries de voitures aussi. Enfin tout ce qui était en mesure de produire quelque bactérie que ce soit devait être, sur le champ, mis à l’arrêt. Peu importe, du reste, si des centaines d’emplois étaient en jeu puisque le chômage ne fait plus peur et donc plus recette.
Il s’en faillit de peu que Dame Bachelot n’invite à fermer tous les chauffeaux, à condamner les douches et à cesser sur le champ toute ablution intempestive.

Pourquoi tu tousses ?

Cette « terrible » maladie, dont on sait qu’elle n’est pas plus « dangereuse » pour les personnes en bonne santé que toute autre infection, nous a donc été présentée comme LE fléau dont il fallait absolument prendre garde si l’on ne voulait pas passer de vie à trépas avant de voir le début de l’année 2004.
Dans quel but ? Pour cacher quels coups bas ? Pour nous faire oublier, un moment, quelle situation nationale ou internationale ? Pour nous préparer à quelle autre catastrophe, bien réelle celle là ? A vous de trouver la réponse qui va avec.
Il n’empêche que, pendant ce temps et pour la même période le tabac, l’alcool, les accidents de la route, la grippe, la pollution ont, chacun dans leur univers respectif tué plus de personne que n’a pu le faire cette « épidémie » de légionellose.
Notons au passage que cette « catastrophe sanitaire » n’est rien à côté des 15 000 morts de la canicule !

Allô tango papa charlie

L’autre drame, qui est véritable celui-là, fut le « crash » du Boeing de Flash Airlines dans la mer Rouge.
Il n’est, bien sur, pas dans nos intentions de minimiser l’ampleur de cette catastrophe et nous nous associons à la douleur des familles. Par contre la manière dont a été traité cette information dans les médias et au plan politique ne peut que nous interpeller et nous ramène à notre réflexion première.
L’occasion était trop belle de rassembler autour d’un horrible fait divers la plus grande partie des français qui se sentait, forcément, concernée par la disparition de familles entières puisqu’il y avait, en effet chez les disparus un échantillon « représentatif » qui allait du professeur de médecine à l’ouvrier qualifié en passant par le maire d’une petite commune. Et chacun se senti, tout à coup, heureux, rassuré et soulagé d’être encore en vie malgré les difficultés quotidiennes, voire la misère pour certains.

Tremblez manants

En toile de fond, persistait le « débat » sur la laïcité et le bourrage de crâne sur les dangers supposés du foulard islamique, qui, vous l’aurez remarqué ne se porte pas de la même manière que le foulard corse, ou sarde, où même cévenol. Il ne se porte pas, non plus, et n’a pas la même symbolique que n’avait le fichu de ma grand-mère !
Le foulard comme signe « ostentatoire », puis « ostensible », voire le bandana dès lors qu’il est posé sur une tête féminine basanée représente donc, le seul véritable danger de ce début de siècle pour peu qu’il s’introduise insidieusement dans les cours de récréation.

Ici, à Oulala.net, on en tremblerait encore si l’on ne savait pas qu’il est d’autres signes ostentatoires, ostensibles et bien visibles ceux-là qui vantent les mérites d’une autre religion, tout aussi dangereuse, si ce n’est plus, chère au baron Sellière : le monothéisme du marché.
Il est donc entendu que l’on peut faire du prosélytisme forcené à propos de la religion ci-dessus évoquée et arborer un véritable panneau publicitaire en guise de tenue vestimentaire mais que l’on ne saurait tolérer un couvre chef, surtout s’il est supposé refléter une quelconque croyance religieuse historique.

De contradictions en raffarinades, de pensées théologiques de bas étages aux envolées lyriques d’un Ferry à la pilosité ostensible, voilà un os qui est suffisamment convoité pour faire oublier à la France entière la liste, en constante progression, de la perte d’acquis sociaux historiques et la courbe, qui lui est, hélas, proportionnelle, de la montée du chômage.

Les borgnes seront rois !

Il y a, dans cette histoire du foulard, deux ingrédients fondamentaux qui permettent au pouvoir en place d’élargir sa marge de manœuvre en matière de libéralisme et de légiférer pour restreindre le champ des libertés individuelles et collectives : la peur et la mayonnaise médiatique en guise de débat. Rajoutons à cela un soupçon d’antisémitisme pour rééquilibrer les comptes et le tour est joué : les français sont prêts pour de nouvelles échéances électorales au cours desquelles ils vont porter, comme un seul homme, ceux qui auront eu le discours le plus radical et le plus sécuritaire vis à vis de cette sourde menace que serait l’islamisme, donc le terrorisme et par extension tous ceux qui ont la malchance d’avoir eu en héritage, les cheveux et la couleur de la peau de leurs ancêtres maghrébins ou africains.
Et si vous avez décidé, dans les années futures, de porter la barbe, rasez les murs avant qu’on ne vous la rase !

La dernière phase de ce dispositif, l’assaut final, pourrait être si nécessaire, l’embrasement des banlieues ou quelques « actes » bien ciblés.

Mais, peut être, sommes nous ostensiblement paranos, à moins que notre analyse ne soit ostentatoire.


 
P.S.

Définitions : « Le Larousse de poche ».
Ostensible adj Qu’on ne cache pas, qu’on cherche à montrer.
Ostentation nf Etalage excessif d’une qualité, d’un avantage : agir avec ostentation.
Ostentatoire adj Qui manifeste de l’ostentation.

Illustration : Yves Olry

 
 
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2 commentaires
  • ..en passant par une crise d’acné ....

    c’est Marianne qui nous fait une petite crise d’adolescence ... ce qui lui faut c’est plus de conviction ... de vision … d’inspiration ….de faire confiance en ce qu’elle est maintenant ..

    D’une manière générale, la pensée ne s’exprime plus ... elle est réprimée, refoulée..... Nos philosophes et penseurs d’aujourd’hui sont devenus des …. »experts en relations publiques » …s’acharnant à palâbrer sur des évidences du moment ….en évitant consciemment ou inconsciemment de regarder la lune lorsque le doigt est pointé en sa direction …la politique apporte des solutions « packagées » qui deviennent « out of date » dès leur mise sur le marché …

    Ah sacré Aristide, il l’avait bien vu celle là !!! qui ? la Marianne ou la crise d’acné …

    Polux

  • Voyant que le sras et la légionnellose n’avaient pas produit l’effet escompté, voici le dernier né des fantômes : la grippe du poulet,qui dans certaines conditions ( une crédulité pathologique ?)peut devenir fatale...

    A cette allure il semble que très bientôt il suffira de menacer d’une suppression de la star ac’ pour arriver à ses fins ;)

    Bilkis

 
 
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