{id_article}
 

La peur des gens ordinaires.

On écrit beaucoup ces temps-ci sur Oulala.net sur la peur. C’est que ce début du XXI ème siècle voit la peur utilisée comme arme de domination, bien plus encore que par le passé.

Au cours de l’histoire humaine, sous toutes les latitudes et à toutes les époques, si certains héros courageux ont préféré « mourir comme des lions au lieu de vivre comme des chiens », les gens ordinaires, eux, ont toujours fait le choix inverse. La recherche de la sécurité à tout prix, la peur irraisonnée, l’appréhension non contrôlée, et les craintes irrationnelles leur ont toujours fait accepter tous les compromis, même les plus douloureux ou les plus vils. Tout endurer, plutôt que prendre des risques.

La peur de la mort a fait la fortune des faux dieux, des religions et des sectes. La peur de ce que nous réserve le destin a fait la fortune des faux astrologues et des diseuses de bonne aventure. La peur d’être livrés à nous-mêmes sans chef responsable a permis aux royautés de diriger le monde, aux empereurs de piller nos richesses et aux politiciens véreux de diriger nos vies.

Les dominants tirent parti des faiblesses du bon peuple, pour mieux asseoir leur domination. Ça fait bien longtemps qu’ils ont compris comment fonctionnaient les gens ordinaires. On leur fout une trouille bleue avec des rumeurs de maladies incurables, des disettes, un péril étranger, et ils chient tellement dans leur froc qu’ils sont prêts à accepter n’importe quoi, n’importe quel chef, n’importe quelle politique. La recette est éculée, usée jusque la corde, mais ça marche. Pourquoi s’emmerder à trouver de vrais arguments pour convaincre la masse ? Pourquoi perdre le temps de faire appel à leur raison ? Pourquoi devrait-on respecter la vérité ? Pour les dominer, il n’y a qu’à leur faire peur. Le bon peuple est soumis, aliéné. On lui fait peur à la télé, dans les journaux. Il a peur de perdre son boulot, peur de manquer, peur de l’étranger, des burnous, des voiles islamiques, de la vache folle du sars, du sida, des basanés barbus. Tout ce qui inconnu est générateur d’angoisse.

Mais si t’as peur d’un chien il va te mordre. Quand tu cèdes à la peur et à la panique t’es invariablement baisé. Le prix à payer pour le manque de courage est la soumission sans limites. C’est pourquoi les dominants peuvent encore dominer alors qu’ils sont archi minoritaires, qu’ils pourraient être battus à chaque élection démocratique. Le peuple a peur et cette peur l’empêche de voir clair. Dissiper cette peur est le premier pas vers la transmission du pouvoir au plus grand nombre. Pour rompre ce cercle vicieux et tirer la gent ordinaire de son aliénation, il faudrait ou les rendre courageux ou leur apprendre à ne pas céder aux arguments irrationnels. L’être humain étant ce qu’il est, on voit mal comment y arriver sans une mutation, lente et pénible. On n’y est pas encore et il y a fort à parier que les dominants continueront à agiter pendant longtemps le spectre de tout ce qui est générateur de peur et d’angoisse.

La peur n’évite pas le danger dit-on, et elle est mauvaise conseillère. Ce fléau aura été la cause de toutes les guerres, de la misère humaine et de l’état d’aliénation des peuples. Bref, du malheur des gens. La conclusion s’impose d’elle-même : Il faut dénoncer ce stratagème rudimentaire, inciter les gens à se raisonner, pour qu’ils aient un jour l’espoir de cesser de vivre comme des chiens. Ça vous choque ? Désolé mais ce n’est, hélas, que la vérité.

Algarath


 
P.S.

Illustration : Yves Olry

 
 
Forum lié à cet article

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes