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Les moutons de Panurge

« Qu’aucun de vous ne pense à moi.
Pensons plutôt à toute la terre,
frappons amoureusement sur la table.
Je ne veux pas revoir le sang
imbiber le pain, les haricots noirs,
la musique : je veux que viennent
avec moi le mineur, la fillette,
l’avocat, le marin
et le fabricant de poupées,
Que nous allions au cinéma,
que nous sortions
boire le plus rouge des vins. »

Extrait de "El Canto General" Pablo Neruda

Les guerres, les persécutions institutionnelles et les épurations ethniques ont toujours été précédées d’un travail de préparation de l’opinion publique. A force de manipulations, de stigmatisations, d’amalgames, de stéréotypes et de préjugés même le citoyen le plus averti peut tomber dans le piège de la peur de la « menace » que pourrait représenter l’autre, celui qui ne veut pas s’assimiler et qui malgré sa présence durable reste un étranger susceptible d’appartenir à une « cinquième colonne ».

Des maures aux morisques

En 711, Tariq Ibn Ziad , berbère et chef des armées arabes, traverse le détroit de Gibraltar (Jabel Tariq) et débarque dans la péninsule ibérique. Il parvient à l’occuper en l’espace de quelques années.

L’Espagne devient alors Al Andalous.

Al Andalous fut la nation la plus éclairée et la plus tolérante d’Europe à cette époque .

Avant l’arrivée des musulmans en Espagne, les juifs étaient persécutés par les chrétiens, surtout sous le règne de Sisebut qui, avec l’appui des religieux, envisageait d’expulser tous les juifs qui refuseraient de se convertir au christianisme. En 711, les musulmans furent accueillis en libérateurs par les juifs et leur arrivée a sauvé cette communauté d’une catastrophe certaine.

Les juifs se sont rapidement intégrés dans la société nouvelle et ont occupé de hautes responsabilités à la tête de l’état. L’exemple de Abu Yusuf Hasday Ibn Saprut, ministre du calife Abd Al Rahman III (912-961), témoigne parmi tant d’autres de la considération et de la place qu’occupaient les juifs dans l’Espagne musulmane.

A l’instar des juifs, les chrétiens pratiquaient librement leur culte et vivaient en harmonie dans cette société.

Al Andalous terre de tolérance et d’accueil a connu pendant plus de sept siècles un essor culturel et une prospérité économique sans précédent. Cordoue, à elle seule, abritait des centaines de mosquées, d’églises, de synagogues, de jardins, de hammams et de palais. Carrefour du savoir, elle possédait plus de 70 bibliothèques et le calife à lui seul avait plus de 400.000 manuscrits.

A Al andalous, des philosophes, des architectes, des mathématiciens, des médecins, des astronomes, des musiciens, des poètes, des théologiens et des agriculteurs qui ont développé la nature tout en respectant son équilibre ont fait fleurir une civilisation savante , raffinée et harmonieuse qui avait le goût du miel et le parfum du musc et du jasmin.

La fin de l’Espagne musulmane a débuté par la chute de Tolède (1085) et s’est terminée par celle de Grenade en 1492.

Après la prise de Grenade par les Rois Catholiques, les musulmans négocièrent leur reddition et signent des capitulations leur autorisant à garder leur mode de vie et leur religion en échange de leur soumission et du paiement d’une lourde dîme. Malheureusement ces capitulations ne seront pas respectées et une évangélisation, pacifique au début, devient vite coercitive. Les musulmans furent contraints d’abandonner toute trace de leur culture et de leur religion au nom de la cohésion et de l’unité sociale ce qui nous rappelle un certain discours d’actualité.

La « désislamisation » forcée a débuté en 1513, quand un édit de la reine Jeanne la folle (mère de Charles Quint) interdit aux femmes de couvrir leurs visages sous peine de lourdes condamnations.

A cette époque le travail des polémistes consistait à convaincre la population chrétienne du danger que représentent les maures pour leur homogénéité culturelle et religieuse. Ils décrivaient la religion musulmane comme une menace pour la société non seulement militaire mais aussi « une source de pollution par contamination religieuse et sexuelle » [1]. Les maures sont présentés comme des êtres infidèles et cruels, des humains charnels et semi-bestiaux.

En 1525, par un décret, Charles Quint, obligea les musulmans à se convertir au catholicisme par la force : tous les musulmans furent baptisés et toutes les mosquées transformées en églises.

En 1566, une loi les obligea à changer leurs noms, leur mode de vie et à s’aligner en tout sur les vieux-chrétiens (espagnols catholiques de longue date) : habillement, langage et écriture, mets , manger du porc, boire du vin etc…

Ainsi, les maures devinrent Morisques.

De l’intolérance religieuse au racisme d’Etat

Une loi exclut les morisques des fonctions rémunérées et de tous les honneurs car ils n’avaient pas la « limpieza de la sangre » (la pureté du sang) : ce ne sont que d’habiles simulateurs qui sont restés fidèles à leur première croyance.

Au début, cette « propreté du sang » n’avait qu’une définition purement religieuse. Elle prend par la suite une dimension raciale : qu’ils soient chrétiens ou non, n’a plus d’importance puisqu’ils appartiennent désormais à la « nation » morisque.

« L’Espagne passa d’un État sectaire où un membre d’une crypto-minorité religieuse [a priori, les Juifs et les Maures] avait la possibilité de se convertir pour s’intégrer à la société majoritaire, à un État raciste où cette même minorité devenait l’objet d’une persécution institutionnelle, au-delà de toute considération religieuse. » [2]

Du racisme d’Etat à l’épuration ethnique

L’assimilation des musulmans à la société chrétienne et leur conversion au catholicisme n’a pas suffit pour faire d’eux de bons espagnols et les persécutions institutionnelles devenaient insuffisantes. Les inquisiteurs et les ecclésiastiques les plus influents ont décidé d’en finir une bonne fois pour toute avec la « question morisque », soit par un génocide soit par une déportation.

Pour des raisons purement économiques, Philippe II a préféré imposé des dîmes aux morisques et ceux qui se révoltaient, étaient déportés vers d’autres régions en Espagne.

Par contre Philippe III, a opté pour la déportation hors d’Espagne. La perte des revenus des dîmes fut compensée par les confiscations des biens morisques.

Ainsi, en 1609 un décret interdisant à tout morisque de rester sur la terre Espagnole sous peine de mort, fut signé. Il s’agit de la première déportation humaine organisée par un état.

« les morisques ont trois jours pour se rendre à des points de rassemblement précis avant d’être acheminés vers les différents ports d’embarquement. Il ne leur est permis de prendre que ce qu’ils peuvent porter, ce qu’ils laissent sur place ainsi que leurs biens immobiliers revenant à leurs seigneurs » [3].

Entre 500 000 et 1 000 000, voire plus de personnes furent déportés au Maghreb avec plus de 75% de pertes humaines. Les conditions de déportations étaient terribles et totalement inhumaines ; nombreux périrent noyés, jetés par-dessus bord par les transporteurs (pour faire plus d’aller-retour) ; d’autres moururent de faim, de soif ou de froid. Leurs biens revinrent à la couronne et à ceux qui ont organisé la déportation tel que le Duc de Lerma dont la fortune personnelle était supérieure aux réserves du Conseil de Trésor.

Le même sort fut réservé aux juifs qui devinrent maranes (porcs en espagnol).

La présence musulmane avait ouvert une ère de paix aux Juifs espagnols qui avaient longtemps souffert des répressions des rois wisigoths. Malheureusement, celle-ci s’acheva avec le déclin musulman : les Juifs espagnols furent alors soumis aux mêmes traitements répressifs que leurs coreligionnaires d’Europe.

L’inquisition les obligea à se convertir au christianisme puis en 1492 les expulsa du royaume d’Espagne. Les juifs trouvèrent refuge dans les pays musulmans du bassin méditerranéen où une politique de tolérance continuait à régner. Ils vont constituer les foyers de séfarades et vont conserver leur langue, la liberté du culte et leur culture d’origine.

Ainsi, l’Espagne d’inquisition est passée progressivement d’une intolérance religieuse à un racisme d’état pour finir en une épuration ethnique en l’espace d’un peu plus d’un siècle.

Des morisques aux beurs

Une courte incursion dans l’histoire nous montre que le sentiment de supériorité des Occidentaux à l’égard des musulmans et des arabes trouve ses racines au Moyen âge. Les européens d’alors voyaient le musulman différent et inférieur précisément parce qu’il refusait le message « universel et rationnel » du christianisme. Les chrétiens ne comprenaient pas pourquoi tous les peuples païens se convertissaient au christianisme, seuls les musulmans restaient inassimilables. L’islam était vu comme un danger pour le christianisme à cause des conversions massives, des échecs des missionnaires, de l’engloutissement d’une partie du monde chrétien par l’islam et du refus du musulman de quitter sa religion.

Ce sentiment de supériorité perdure chez certains occidentaux d’aujourd’hui qui se considèrent comme les porteurs d’une civilisation universaliste et salvatrice ; ils ne comprennent pas pourquoi les musulmans peuvent continuer des pratiques liées à une croyance méprisée et « obscurantiste » et rejettent la vision unique et assimilatrice généreusement proposée.

La nouvelle islamophobie essaie de réveiller cette peur archaïque, refoulée de l’histoire pour ramener à la surface l’univers du moyen âge avec ses horreurs, ses tribunaux de l’Inquisition et ses croisades. Les nouveaux prêcheurs , médias, journaux et politiques, encadrent la population et la mobilisent en masse. Ils conditionnent les citoyens, créent artificiellement des opinions et préparent le terrain pour de nouvelles horreurs.
Pour convaincre les réticents, ils réutilisent les mêmes armes intellectuelles forgées aux XIIe-XIIIe siècles. Rien ne diffère des ouvrages polémiques anti-islamique du moyen âge. L’auteur anonyme de Liber denudationis et Pierre Alphonse aux XIe-XIIe siècles mettaient l’accent sur les mœurs sexuelles des musulmans , le mariage du prophète avec Zayneb, la polygamie, la lapidation, le port de vêtement et une diabolisation générale des musulmans. Le but, hier comme aujourd’hui, est d’inspirer la moquerie et la répugnance envers cette religion « arriérée » et « obscurantiste », mais certainement gênante.

Parmi les polémistes de notre époque, on trouve des sionistes islamophobes jouant le rôle des pompiers pyromanes et soufflant violemment sur les braises de la haine ravivant ainsi les vieux démons de l’europe. Depuis les attentats du 11 septembre et surtout après le déclenchement de la seconde Intifada, le milieu sioniste a exprimé, de façon incontrôlée, une aversion profonde et explicite de l’islam. Ces inconditionnels d’Israël qui, jusqu’alors empoisonnaient l’opinion publique par des mensonges au sujet de la Palestine et des palestiniens, profitent de cette occasion pour vomir leur haine de l’islam et des musulmans en se faisant passer pour des défenseurs de la République et de la laïcité, ce qui n’est qu’une fraude de conscience comme l’a souligné Denis Sieffert dans « Antisémitisme : entre réalités et manipulations ».

Derrière la querelle du port du voile se cache la forêt où germe une intolérance croissante et une poussée fiévreuse de l’islamophobie et de l’exclusion. Cette intolérance annonce les prémices d’une véritable catastrophe si l’on n’y prend pas garde. En cas de grave crise, économique ou autre, on pourrait passer à une inquisition moderne avec des persécutions institutionnelles et pourquoi pas des épurations ethniques. Ce ne sont que des spéculations alarmistes, me diriez-vous, ce n’est pas aussi sûr que cela. L’histoire est là pour nous le rappeler.

Pour un nouveau monde

Les philosophes du siècle des lumières annonçaient un 20ème siècle sans guerre. Malheureusement ce siècle a vécu deux guerres mondiales sanglantes et une vague de colonisation faisant des millions de victimes. Apparemment, l’homme reste égal à lui même, intact dans sa barbarie et le nombre de ses victimes est à la hauteur de ses avancées technologiques. Les massacres en Palestine et en Irak sont des exemples vivants de cette barbarie.

Néanmoins une lueur d’espoir subsiste à travers le combat d’une autre partie de l’humanité qui refuse d’être des moutons de Panurge et qui oeuvre pour un autre monde, un monde sans guerre, qui respecte les libertés, lutte contre les inégalités et favorise les rencontres, les dialogues et les partages.

Voici les dernières paroles adressées par Salvador Allendé au peuple chilien juste avant sa mort le 11 septembre 1973 (date enterrée au profit d’un autre 11 septembre plus Hollywoodien).

« Continuez et sachez que s’ouvriront bientôt toutes les grandes avenues où l’homme digne s’avancera pour construire une société meilleure »

Leila


Notes

[1Les sarrasins
John Tolan
Aubier/Collection Historique

[2Les morisques et le racisme d’état
Rodrigo De Zayas
Les voies du Sud

[3Les morisques et le racisme d’état
Rodrigo De Zayas
Les voies du Sud


 
P.S.

Illustration : WartArt

 
 
Forum lié à cet article

20 commentaires
  • > Les moutons de Panurge 2 février 2004 12:48, par humaniste

    Chère leila,

    ne disiez vous pas que l’histoire l’histoire est un eternel recommencement ?

    etes vous toujours d’accord avec cela ?

    Humaniste

    • > Les moutons de Panurge 6 février 2004 22:22, par leila

      J’ai malheureusement peur que l’histoire de l’homme ne soit effectivement qu’une éternelle répétition.

      L’homme moderne aux avancées technologiques extraordinares, s’est badigeonné d’une couche superficielle qu’il a appelée civilisation mais il est le même : barbare et violent.

      Malgré mon pessimisme je pense que l’aventure humaine a encore des chances pour ne pas être un échec et pour que l’histoire de l’homme ne soit pas une éternelle répétition.

      Leila

      • > Les moutons de Panurge 7 février 2004 18:31, par A.Caporale

        Bravo Leïla

        J’apprécies toujours vos articles ; Votre vision est juste, gardez la précieusement.
        Je partage également cet avis : "L’homme moderne aux avancées technologiques extraordinares, s’est badigeonné d’une couche superficielle qu’il a appelée civilisation mais il est le même : barbare et violent."

        Et si l’homme ne pouvait échapper a cette condition ?
        Si son But ultime n’était que sa destruction ?

        • non non !!! 25 février 2004 20:27

          Non l’homme EST BARBARE et violent ET le restera il a ça ds le sang un pt c tout. Maintenant on peut essayer de réguler un peu tt ça, canalyser la guerre ds le sport etc...

          Nico2

  • > Les moutons de Panurge 2 février 2004 15:35, par charbel khoury

    je trouve ton texte pleins d’enseignements pour ceux qui ont la vision courte des enjeux de notre société.
    Ta lecture chronologique et transversale de l’histoire nous éclaire à plus d’un titre.
    Bravo pour tes articles, apprends nous encore plus.
    merci

  • > Les moutons de Panurge 3 février 2004 19:54

    Chère Leila,

    Espérons en effet que ta vision ne soit pas prémonitoire. Nous avons tous un devoir de vigilance face aux dérives de langage et aux abus de pouvoir,qui deviennent déjà hélas des réalités pour certaines Musulmanes ( un médecin a interdit l’entrée de son cabinet à des patientes voilées ; une banque a également placardé un avis d’obligation de retrait du voile "pour des raisons de sécurité").
    Comme tu le soulignes, le pas vers les actes de barbarie risque d’être vite franchi si les "prêcheurs" continuent d’attiser le feu qu’ils ont créé.

    Amicalement,

    Bilkis

  • > Les moutons de Panurge 3 février 2004 19:56, par Essaid

    Chère Leila

    Que puis je dire ? du travail d’orfèvre ciselé main, vous donnez une leçon a ces ignares qui méconnaissent l’histoire.
    Ils veulent nous voir en barbares, eh bien dommage pour eux car nous avons un passé riche, faisons en sorte que notre avenir le soit aussi.

    Amicalement.

    Essaid

  • > Les moutons de Panurge 4 février 2004 04:34, par Algarath

    Chère leila,
    Merci pour ce talent que vous avez, en nous enchantant avec de tels articles. Amitiés. Algarath

  • Bravo Leïla 4 février 2004 16:20, par rabbah.s

    Bonjour Leïla,
    Je te lis très souvent avec beaucoup de plaisir. Avec des mots simples, tu arrives à nous éclairer sur toutes les "combines obscures" du clan Bush et de ses amis sionnistes qui ont décidés de faire la chasse à l’arabo-musulman, où qu’il soit sur cette planète.
    Chasse contagieuse, qui arrive en France à grande vitesse.
    Tu as du talent et je trouve que tu devrais essayer de diffuser tes articles plus largement car ils se de qualité et permettrons d’éclairer ces gens à qui l’on fait peur, je parle du peuple et non des gouvernants qui ont tous choisi leur combat, aussi injuste et raciste soit-il.
    En te remerciant

  • > Les moutons de Panurge 5 février 2004 09:43, par idorigor

    Ce texte pêche par son postulat de départ et ses sous-entendus très discutables.

    Non pas que l’Espagne catholique du siècle d’or ne fut pas persécutrice et même raciste (elle le fut, évidemment, qui le nierait ?), mais répéter à l’envi qu’Al Andalus fut, tout au long de son histoire, un modèle de tolérance absolue, c’est faire preuve d’un manque de culture historique inacceptable, c’est -pour tout dire- véhiculer un mythe historique post-romantique né au XIX° siècle.

    - D’une part parce que la tolérance du pouvoir musulman envers les minorités n’était que relative, et qu’elle était de surcroît nécessaire étant donné la disproportion des populations en présence (tout porte à croire en effet que les musulmans ont toujours, même aux XII et XIII° siècles, été minoritaires en Espagne) : un esprit polémiste et anachronique pourrait très bien parler de régime d’"apartheid" dans lequel une minorité de colonisateurs confisquait le pouvoir et assurait une forme de paix sociale par une tolérance et une stabilité communément reconnues par les populations soumises.

    - D’autre part parce que cette tolérance relative ne fut pas respectée, loin de là, durant toute cette période : quid du massacre des juifs de Cordoue au XI° siècle ? Quid des régimes almoravides et almohades, pour lesquels la tolérance n’était certainement pas la principale de leurs qualités ? Certes, dira-t-on, ils se battaient contre les croisés et cherchaient à défendre l’islam par les armes, mais leurs adversaires, également intolérants, n’étaient-ils pas mûs par des intentions compaables, mais inversées ?

    - De plus, réduire la comparaison médiévale au sujet de la tolérance à l’égard des juifs à la seule Espagne est critiquable : les juifs expulsés d’Espagne ne se sont pas tous dirigés vers des pays musulmans : et Venise ? et les Pays-Bas ?

    - Enfin, on peut dire (et c’est assez cocasse) que ceux qui continuent de véhiculer sans nuances le modèle de l’Espagne musulmane modèle de tolérance ne font que reprendre un mythe historique créé par des intellectuels juifs européens de la fin du XIX° siècle, qui voulaient par là critiquer -en creux- les lenteurs de l’émancipation de leurs coreligionaires en Europe à cette époque.

    C’est un mythe dis-je. Mais j’ajoute cependant que comme tout mythe historique, il a un fond de vérité. Simplement sachez le nuancer, pour ne pas que l’ensemble de votre discours, qui part de cette idée, ne soit irrecevable.

    • > Pour que l’aventure humaine ne soit pas un échec 6 février 2004 20:14, par leila

      A Monsieur Idorigor,

      Je reste toujours coite devant de tels discours pédants et condescendants.

      Monsieur, il me semble que vous n’avez pas la volonté de comprendre le sens de mon article et que vous essayez de le détourner de son objectif réel.

      Le but n’était pas de faire une étude historique exhaustive sur l’Espagne musulmane , auquel cas un livre de 500 pages aurait été nécessaire, mais d’illustrer à travers ces faits historiques comment on peut glisser progressivement d’une intolérance à un racisme d’état pour finir en une répression institutionnelle voire une épuration ethnique.

      J’ai voulu alerter les lecteurs du danger que représente la banalisation de la haine et de ses conséquences désastreuses si on ne la combat pas vigoureusement et sans concession.

      L’Andalousie n’est pas un mythe, c’est une réalité historique.

      Oui, l’Andalousie a connu au temps des musulmans une ère de paix et de tolérance, que cela vous chagrine et interpelle votre esprit de nuance est fort compréhensible. Comme je le souligne justement dans l’article :

      "Ce sentiment de supériorité perdure chez certains occidentaux d’aujourd’hui qui se considèrent comme les porteurs d’une civilisation universaliste et salvatrice " et ils croient dur comme fer qu’il n’y a nul salut en dehors de leur sphère culturelle.

      Il est amusant de vous voir comparer l’état musulman andalou à un régime de l’apartheid et les andalous à des colonisateurs.

      Pour quelqu’un qui appelle au discernement et à la nuance dans ses jugements ; alors vous ne donnez par l’exemple .

      Vous dîtes :
      « D’une part parce que la tolérance du pouvoir musulman envers les minorités n’était que relative, et qu’elle était de surcroît nécessaire étant donné la disproportion des populations en présence »

      Monsieur, les algériens au temps de la colonisation n’avaient qu’un seul rêve : « que la minorité de colonisateurs qui avait confisqué le pouvoir assurait une forme de paix sociale par une tolérance » et un regard humain sur le colonisé.

      Les palestiniens aujourd’hui aspirent à être de simples citoyens dans un état démocratique et laïque et que la minorité qui a confisqué leurs terres puisse assurer une tolérance même relative et une certaine justice.

      Etre nuancé dans un certain contexte peut être qualifié de stupide ou d’irresponsable. Par exemple si on voulait être nuancé vis-à-vis d’Hitler on peut dire que c’était un personnage raffiné et aimant la musique et la peinture, mais est-ce que cela enlève quelque chose de sa cruauté ou de son côté criminel.

      La persécution et la déportation des musulmans et des juifs sont des faits historiques incontestables et tout discours voulant minimiser ces barbaries est tendancieux et à pour arrière pensée un dédouanement de l’islamophobie ambiante.

      Le mieux que vous puissiez faire est de nous aider dans notre combat contre cette forme de racisme qui présage de futures catastrophes et d’éviter ainsi aux occidentaux de commettre de nouveaux génocides.

      Qui est derrière le drame Algérien ? les crimes du nazisme ? la situation au proche orient ? l’extermination des indiens d’Amérique ? l’esclavage des noirs ? Qui a inventé les armes nucléaires, chimiques et bactériologiques ? qui pollue et pille les ressources de la terre ?

      A vous d’y répondre ;

      Tous ensemble, conjuguons nos efforts pour que l’aventure humaine ne soit pas un échec.

      Cordialement

      Leila

      • > Pour que l’aventure humaine ne soit pas un échec 7 février 2004 19:55, par idorigor

        Leila,

        Mon discours n’avait rien -dans son intention- de condescendant. Si sa forme a pu vous apparaître comme telle, veuillez m’en excuser, d’autant que si je suis historien, je ne suis pas spécialiste de la période en question.

        Ma critique se fondait sur le point de départ de votre démonstration qui incontestablement idéalise à l’excès cette période de l’histoire espagnole. À tout le moins, cette prétendue période de "paix et de tolérance" devrait être nuancée, même si la comparaison avec la période postérieure tourne à son avantage.

        Lorsque j’avance comme interprétation possible de cette période une assimilation à un régime d’apartheid issu d’une colonisation, vous vous étonnez, mais relisez-moi : je disais que cette façon de voir pourrait très bien être défendue, même si je ne la fais pas mienne (d’où les guillemets). Simplement, elle est le contrepoint de votre interprétation, qui manque également de nuances, mais dans l’autre sens...
        Certains disent bien que l’Algérie coloniale était un hâvre de paix et de tolérance, en comparaison de la période précédente. Vous ne partagez pas ce point de vue, moi non plus, mais à mon avis elle est de même nature, exagérée et mythifiée, que celle d’une Andalousie cumulant les aspects positifs face à une chrétienté médiévale plongée dans les ténèbres et l’intolérance...

        Pour finir, ce qui me gène encore plus se trouve dans votre réponse à mon intervention, une sorte de déterminisme de l’Occident à engendrer des crimes de masse et des génocides. Je n’entrerai pas dans ce petit jeu qui -excusez-moi si je vous blesse en disant cela- banalise une idée tout simplement raciste.
        Comment, les Occidentaux auraient-ils le monopole de la dévastation humaine ? Si oui, pourquoi ? Ce serait culturel, dites-vous ? Mais quel élément dans la civilisation chrétienne porterait invariablement, à toutes les époques et sous tous les cieux, à ces dérives ? Eclairez ma lanterne, il me tarde de savoir pourquoi je fais partie d’une civilisation criminogène, et de savoir comment faire pour la renier !

        Pour reprendre votre expression de façon provocatrice, je refuse cette banalisation de la haine de l’Occident. Mais je récuse en même temps votre affirmation selon laquelle je serais de ceux qui ne reconnaissent aucune valeur aux autres civilisations.

        Simplement, entre le mépris de l’autre et le mépris de soi, il y a un juste milieu que je me targue de cultiver.

        • > la lutte pour la vie est une nécessité fatale 8 février 2004 16:37, par leila

          A Idorigor,

          Si j’ai tenu des propos blessants à votre égard, je m’en excuse.

          Je pense que vous êtes un homme de dialogue et nos différences d’opinions sont une richesse pour moi et je l’espère pour vous aussi.

          Même si je confirme que l’occident a de lourdes responsabilités, cela ne veut nullement dire que la société occidentale crée des homo-occidentalus, pour lesquels le destin serait d’engendrer des crimes de masse et des génocides et s’il y a « déterminisme » c’est surtout par la bêtise et l’avidité de l’être humain.

          Monsieur, je n’ai pas une vision manichéenne de la société. Je pense qu’en chacun de nous sommeille une violence qu’il faut maîtriser et surtout ne pas réveiller.

          la barbarie est humaine et elle n’est pas propre à un peuple, à une civilisation ou à une culture bien précise. Les horreurs commises par le GIA en Algérie, par Polpot au Cambodge, par Pinochet au Chili et par bien d’autres le confirme.

          Pour finir voici la réponse de Georges Clemenceau, à Jules Ferry

          « […] Je ne veux pas juger au fond la thèse qui a été apportée ici et qui n’est autre que la proclamation de la primauté de la force sur le droit ; l’histoire de France depuis la Révolution est une vivante protestation contre cette inique prétention. (...)
          Regardez l’histoire de la conquête de ces peuples que vous dites barbares, et vous y verrez la violence, tous les crimes déchaînés, l’oppression, le sang coulant à flots, et le faible opprimé, tyrannisé par le vainqueur. Voilà l’histoire de notre civilisation. Prenez-la où vous voudrez et quand vous voudrez ; soit au Mexique, sous Cortés ou Pizarre, soit aux Indes. (...) Je ne dis rien des vices que l’Européen apporte avec lui : de l’alcool, de l’opium, qu’il répand partout, qu’il impose s’il lui plaît. Et c’est un pareil système que vous essayez de justifier en France, comme le disait M. Jules Maigne, dans la patrie des droits de l’homme ? (...)
          Non, il n’y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures ; il y a la lutte pour la vie qui est une nécessité fatale, qu’à mesure que nous nous élevons dans la civilisation, nous devons contenir dans les limites de la justice et du droit ; mais n’essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation ; ne parlons pas de droit, de devoir ! »

          Je suis sûre que vous êtes de cet avis.

          Amicalement

          Leila

    • > Bon courage à nous tous 6 février 2004 23:38, par leila

      A tous mes amis,

      A Bilkis, Algareth, Essaid, Mehr, Demostene et tous les autres,

      Nous avons tous le même combat :

      Bannir l’injustice, « la Hougra » comme disent les algériens. Combattre la haine et ceux qui la véhiculent et œuvrer pour un monde juste qui respecte l’homme et la nature.

      Nous devons combattre ces rapaces qui pillent et détruisent notre belle planète.

      Et lutter contre ceux qui veulent asservir nos pensées, nous pousser vers un libéralisme sauvage, la spéculation, le culte du gain, et qui plongent des peuples faibles sans défense dans des guerres et des conflits meurtriers et sans fin.

      Notre rêve à tous c’est de voir se développer des sociétés humaines, chaudes et généreuses.

      Merci pour vos encouragements et longue vie au site oulala.net qui permet à de simples citoyens comme moi de pouvoir s’exprimer librement.

      Bon courage à nous tous

      Leila

      • > Bon courage à nous tous 8 février 2004 19:53, par mercenaire

        Bonsoir à tous,
        J’avais pris plaisir à suivre vos joutes virtuelles avec Cochise qui vous damait souvent le pion. Je n’en vois plus trace et je le regrette.
        Pouvez-vous m’assurer que le webmaster ne l’a pas censuré, ce qui serait dommage.
        Bien sûr, n’ayant pas votre "érudition", je ne puis me permettre de prendre part au débat, mais mon opinion va dans le sens de celle de Cochise, c’est à dire que tout démocrate, qui se respecte, doit combattre les doctrines, philosophies ou religions totalitaires.
        Je vous lirai avec plaisir

        • > Bon courage à nous tous 8 février 2004 21:09, par leila

          A M. mercenaire

          Premièrement nous ne sommes pas dans un combat et il n’y a ni vainqueur ni vaincu.

          De plus, votre cher ami Cochise est un enfant gâté pourri en manque d’affection. Cela ne me dérange pas de jouer à la maman avec la seule condition qu’il reste poli et respecte les règles de bonne conduite.

  • > Les moutons de Panurge 8 février 2004 21:23, par mercenaire

    Madame,
    Vous semblez avoir une grande érudition, mais une petite ouverture d’esprit en n’ayant pas le sens du dialogue, cfr l’article de Monsieur Idorigor, qui vous a fort bien répondu .Vous me donnez, également, l’impression de détenir la science infuse, alors qu’en y regardant bien, l’on s’aperçoit que vous ne répondez que rarement aux arguments provenant de vos interlocuteurs les plus incisifs. Vous avez tendance à prendre parti pour une cause , peu importe laquelle, et l’objectivité semble être le cadet de vos soucis.
    A mon humble avis, en temps que non-érudit, votre cause, vous lui portez préjudice.
    En conclusion, la démocratie a besoin de dialogue et non pas de propagandistes.
    A vous lire.

    • Vilain garçon 9 février 2004 13:25, par leila

      Mon cher Cochise, je pense que ton imagination est en panne. Tu n’as trouvé que ces pseudo : cochise et mercenaire ? Berrrk !

      Je vois que tu ne respecte pas les consignes de maman. Elle t’a pourtant ordonné d’être poli et de respecter les règles de bonne conduite. Maman est très fâchée et donc tu es puni.

      Je ne répondrai plus à tes messages , voilà ! ! !

    • > Les moutons de Panurge 19 septembre 2004 14:34, par L’ARBITRE

      - je dis, a monsieur mercenaire,qui ne cesse de gonfler ses artères.
      - si,j’interviens en tant que manipulateur,leila n’est pas tenu a répondre a mes commentaires.

  • > Les moutons de Panurge 18 septembre 2004 02:26, par REMI

    - ya pas mieux que le travail en équipe
    - incontestablement vous etes une femme bien éclairée...
    - surtout,n’oubliez jamais de remercier le créateur pour son "don" et par lequel il a décorer votre coeur et esprit.(laen chakartom laezidennkom).
    - j’avoue en toute modestie et malgré mes 25 ans dans la (ghorba)que je n’ai jamais lis un article d’une grande qualité et précision comme le votre.
    - je vais fotocopier ce texte "perle" pour le faire diffuser a ma facon... et surtout l’offrir a titre gratuit aux gens et ou amis que je connais.
    - merci,a leila et ses collègues.

 
 
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