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Salut à François Béranger

François Béranger : Chanteur contestataire
(Amilly, Loiret : 29 août 1937- Sauve, Gard :14 octobre 2003)

Je sais bien qu’une chanson
C’est pas tout à fait la révolution
Mais dire les choses c’est déjà mieux que rien
Et si chacun f’sait la sienne dans son coin
Comme on a les mêmes choses sur le cœur
Un jour on pourrait chanter en chœur…

Manifeste, 1974

Le temps de la contestation

C’était un autre millénaire, une autre époque. Le bon vieux temps, avec trente bougies de moins au compteur ? Voire… Après la fronde festive de mai 68, et grâce à celle-ci qui avait effrayé le bourgeois grand ou petit, la France tricolore avait retrouvé le pouvoir. Sur le trône républicain, un ci-devant prof de lettres reconverti dans la banque puis la politique succédait à un général très particulier, soi-disant sauveur à répétition de la patrie. Les matraques de Marcellin cognaient sans compter sur ceux que le susnommé ministre de l’Intérieur qualifiait d’" ennemis intérieurs ", la " voix de la France " s’imposait sur les ondes avec la complicité active ou passive des présentateurs et les saisies contraignaient les journaux à s’autocensurer. (Faut-il rappeler l’exemple devenu célèbre de Hara-Kiri hebdo, coupable d’un crime de lèse-majesté pour avoir ironisé sur la mort du monarque présidentiel ?) Pourtant un vent de liberté protestataire n’en continuait pas moins à souffler, défiant les interdits musclés ou sournois, refusant de se soumettre à l’ordre des torchons et des serviettes.
Pour rester dans le domaine de la chanson, prenait alors un coup de vieux la vague yé-yé. Laquelle, servie par les mass-média rien moins qu’innocents, avait pendant toute une décennie débité ses fadaises rythmées à l’intention d’une jeunesse dorée seulement soucieuse de s’amuser en couple ou troupe. Dynamitant cette guimauve lénifiante, d’un peu partout surgissaient de nouvelles voix, fleurs et épines mêlées.
Contestataires. Gilles Servat le Breton, Roger Siffer l’Alsacien, Claude Marti l’Occitan, Peire-Andreu Delbeau le Landais et une foultitude d’autres aux accents variés enracinés dans le terroir d’origine. Explosait une véritable renaissance, mariant jadis, naguère, aujourd’hui et demain, le meilleur de chez nous et des autres pays. Un moment menacé par l’extension du camp militaire , le Larzac se donnait des allures de Woodstock. Avec de vrais paysans et leurs moutons en plus.
De ce temps-là, des disquaires ne se contentaient pas d’emplir leurs bacs avec les derniers éphémères succès à la mode, fourgués par cartons sans qu’il fût besoin de les commander. Même s’il leur fallait bien gagner la croûte quotidienne en vendant, ils restaient des amateurs, au sens étymologique du terme. Ils n’attendaient pas que les nouveautés rappliquent : ils les cherchaient dans Télérama et autres magazines ; accueillaient favorablement les coups de cœur de leur clientèle. Il est vrai que les grosses boîtes multinationales de production/distribution n’avaient pas encore fait main basse sur le marché du disque et que pullulaient des labels indépendants, dont le profit ne constituait pas l’objectif premier.
Vers la fin de l’année 1969, le disquaire devenu mon ami m’accueillit avec une mine gourmande. Celle des heureuses découvertes. Tandis qu’il plaçait le 45 tours sous le saphir d’un électrophone, j’examinai la pochette, dont je ne garde plus qu’un souvenir flou. Un inconnu plus très jeune, coiffé d’une espèce de béret et pinçant une grimace entre les parenthèses des rides. Un trait blanc tronçonnait verticalement le visage en deux. Je devais comprendre pourquoi en écoutant la chanson, dont la première face s’interrompait sur un " c’est pas fini !… "

Tranche de vie
« Je suis né dans un p’tit village / qu’a un nom pas du tout commun, / bien sûr entouré de bocages / c’est le village de Saint Martin. / A peine j’ai cinq ans qu’on m’emmène / avec ma mère et mes frangins. / Mon père pense qu’y aura du turbin / dans la ville où coule la Seine
J’en suis encore à m’ demander / après tant et tant d’années, / a quoi ça sert de vivre et tout, / à quoi ça sert, en bref, d’être né
La capitale c’est bien joli / surtout quand on la voit d’Passy, / mais de Nanterre ou d’ Charenton, / c’est déjà beaucoup moins folichon. / J’ai pas d’ mal à imaginer / par ou c’ que mon père est passé / car j’ai connu quinze ans plus tard / le mêmes tracas, le même bazar
J’en suis encore à m’ demander, etc...
L’matin faut aller piétiner / devant les guichets d’ la main d’œuvre. / L’après-midi solliciter / l’ bon cœur des punaises des bonnes œuvres. / Ma mère, elle était toute paumée / sans ses lapins et ses couvées. / Et puis, pour voir, essayez donc / sans fric de nourrir cinq lardons
J’en suis encore à m’ demander, etc...
Pour parfaire mon éducation / y’a la communale on béton. / La on fait d’ la pédagogie / devant soixante mômes en furie. / En plus d’ l’alphabet, du calcul, / j’ai pris beaucoup d’ coup d’ pied au cul / et sans qu’on me l’ait demandé / j’appris l’arabe et l’ portugais
J’en suis encore à m’ demander, etc...
_ A quinze ans finie la belle vie, / t’es plus un môme, t’es plus un p’tit. / J’ me retrouve les deux mains dans l’ pétrole / à frotter des pièces de bagnole. / Huit-neuf heures dans un atelier, / ça vous épanouit la jeunesse. / Ca vous arrange même la santé / pour le monde on a d’ la tendresse.
J’en suis encore à m’ demander, etc...
C’est pas fini…
Quand on en a un peu là-dedans, / on y reste pas bien longtemps / On s’arrange tout naturellement / pour faire des trucs moins fatigants. / J’me faufile dans une méchante bande / qui voyoute la nuit sur la lande. / J’apprends des chansons de Bruant / en faisant des croche-pattes aux agents
J’en suis encore à m’ demander, etc...
Bien sûr la maison poulaga / m’agrippe a mon premier faux pas / Ca tombe bien, mon pote, t’as d’ la veine / faut du monde pour le FLN / J’me farcis trois ans de casse-pipe / Aurès, Kabylie, Mitidja. / Y’a d’ quoi prendre toute l’Afrique en grippe. / Mais faut servir l’ pays ou pas.
J’en suis encore à m’ demander, etc...
Quand on m’ relâche je suis vidé, / j’ suis comme u p’tit sac en papier. / Y’a plus rien dedans. Tout est cassé / J’ai même plus envie d’une mémé. / Quand ’ai cru qu’ j’allais m’ réveiller / les flics m’ont vachement tabassé. / faut dire que j’ m’étais amusé / à leur balancer des pavés
J’en suis encore à m’ demander, etc...
Les flics, pour c’ qui est d’ la monnaie, / Ils la rendent avec intérêt / le crâne, le ventre et les roustons, / enfin quoi vive la Nation ! / Le juge m’a file trois ans d’ caisse / rapport à mes antécédents / Moi, j’ peux pas dire que j’ sois en liesse. / Mais enfin, qu’est-ce que c’est qu’ trois ans.
J’en suis encore à m’ demander, etc...
En taule, j’ vais pouvoir m’épanouir / dans une société structurée. / J’ ferai des chaussons et des balais. / Et je pourrai me remettre à lire. / Je suis né dans un p’tit village / qu’a un nom pas du tout commun, / bien sûr entouré de bocages / c’est le village de Saint Martin.
J’en suis encore à m’ demander, etc... »

Ce 45 tours, j’avais fin par l’user et il craquait comme une biscotte, quand parut un 30 cm reprenant "Tranche de vie " et une dizaine d’autres chansons du même tonneau empli de révolte et d’espoir, de colère et de tendresse, de rage et d’humour. Je devais apprendre plus tard qu’à la grande rogne de François Béranger, la maison de disques (CBS) avait sucré un morceau : " Les nouveaux partisans " de Dominique Grange.
Sans doute les larbins de la pieuvre multinationale craignaient-ils de mécontenter leurs maîtres en éditant un tel appel à l’insurrection. Mais ils ne voyaient pas d’inconvénient à ce que leur nouveau poulain s’insurgeât contre l’intervention des " Cosaques " à Prague, se démarquant ainsi de la gauche soviétophile, sinon encore stalinienne. À quelque chose malheur est bon, puisque cette censure conduisit Béranger à abandonner au plus vite CBS pour un label indépendant plus sympathique : " L’Escargot " ; fondé par son compagnon de tournée Gilles Vigneault, mais bientôt récupéré… par CBS !... Belle illustration de la liberté dans la jungle libérale…
Par la suite, je m’efforçai de ne pas rater un album du copain François, aux sorties de plus en plus irrégulières, semi-clandestines vers la fin et au ton de plus en plus désenchanté. Cependant, pour le moral, je préfère me rajeunir en écoutant les chansons d’avant la grande désespérance

La biographie de François Béranger ? Si elle présente quelque intérêt, à deux ou trois transpositions près, elle alimente sa première chanson. Dans l’ensemble de son œuvre se peuvent encore glaner quelques compléments : sa grand-mère couturière, ses copains vrais ou fictifs, et surtout ses combats contre injustices, oppressions, trahisons politiques, fascismes reprenant du poil de la bête immonde. Mais, sa vie privée, il ne juge pas utile de la débiter en musique, ni de l’exhiber dans la presse du cœur ou des fesses. Et c’est tant mieux ! En revanche ses chansons donnent à connaître la manière dont il vécut les bouleversements des trois décennies finissant le second millénaire : depuis la floraison des utopies jusqu’à l’écrasement des illusions par un système dont toutes les valeurs se cotent en bourse. Avec le crabe par-dessus le marché.
Faut-il préciser que notre chanteur engagé (un pléonasme selon lui, qui estimait que le non-engagement est un engagement… aux côtés des doreurs de pilule) associa toujours la parole à l’acte ? Ainsi réduisait-il le plus possible le prix des places : à d’autres de faire fortune en prêchant la contestation ou des idées à la dernière mode ! Ainsi encore offrait-il des concerts au bénéfice de groupes menacés : grévistes de longue durée, journaux en péril, peuples opprimés, exclus en tout genre. Il s’agissait-là de solidarité élémentaire, sans arrière-pensée à visée lucrative. Tout le contraire de ses confrères à l’affût d’une œuvre de charité pour soigner sans frais leur réclame, faire oublier leurs gains abusifs et leurs prestations sédatives. Au lieu de secourir, à grand tapage publicitaire, la misère une fois par an, que n’en dénoncent-ils pas les causes dans leurs chansons, leurs sketches ou films, toux ceux-là ? Entre le portefeuille et la conscience, il faut choisir. Ils ont choisi, en croyant ainsi tromper le monde.

Combien ça coûte ? (1997)
«  Puisque la seule valeur qui vaille / dans cette fin de millénaire, / c’est la monnaie, la mitraille, / le fric, le pèze, le numéraire, / la fortune, la grosse galette, / les avoirs et les pépettes, / le flouze et les picaillons, / le capital, et le pognon, / dans ma grande naïveté / une question me préoccupe : / la nouvelle pauvreté. / Faut nous dire combien ça coûte / un kilomètre d’autoroute, / Superphénix réformé, / un grand stade à footballer. / Combien ça coûte une famille / pour qu’elle survive une année ? / juste en bouffant des lentilles / et en payant son loyer. / Combien ça coûte la souffrance ? / Combien ça pèse la détresse ? / Combien ça cote l’indigence / dans notre beau pays de France ? / Oui, dites-moi combien ça coûte / un char Leclerc, un Exocet, / un joujou de chez Dassault, / un TGV supersonique ? / Un cocktail ministériel, / une compagnie de C.R.S.? / Combien ça coûte le prestige ? / Combien ça coûte la connerie ? / La la la la la la lère ... / La la la la la la tsoin ... »

Dis-moi qui t’honore…

Avant que la mémoire bousculée de Charybde en Scylla n’en perde les traces, il semble utile de fixer la manière dont furent relatés par les moyens prétendus d’information quelques événements de la fin de l’année dernière, commencée par la busherie qu’on sait. Et de surcroît endeuillée pour moi par la disparition de François Béranger, un des cailloux à fronde de ma vie, le 14 octobre 2003. Ce qui se passait ce putain de jour-là, je l’ai oublié. Il me souvient seulement d’avoir ressuscité ce témoin de son temps et du mien en écoutant ses chansons de la première à la dernière. Puis en me passant en boucle celles du début, quand l’espoir dynamitait encore les révoltes. Maintenant que j’aligne des phrases pour lui rendre hommage à ma manière, sa disparition éveille en moi des échos qui vagabondent au fil des mois en toute liberté. À quoi bon perdre du temps à rechercher les dates exactes ? C’était en l’an de disgrâce 2003, quand l’ami François tira sa révérence et s’engloutit dans le silence, laissant heureusement son souvenir sonore. De ce qui suit, sans doute tirerait-il une cinglante goualante.
Édifiant le matraquage merdiatique pour célébrer la soixantaine d’un rockeur bien-pensant - c’est-à-dire du côté du pouvoir dominant et de sa valeur suprême l’argent - et lui assurer ainsi une gigantesque publicité gratuite : tant pour son concert à venir que pour sa luxueuse et suspecte boîte pour somnambules friqués. Autour du héros national déjà légiondonoré par le monarque républicain actuel, union sacrée des jeunes et des vieux, des rupins et des purotins, avec la Chiraquie au premier rang, et même Robert Hue (qui a dû confondre Karl et Groucho, La Jeune Garde et Salut les Copains) parmi les fans. Sans doute ce dernier approuvait-il la raffarinade du premier ministre de la France d’En-Haut : «  La France des Français, c’est la France qui écoute Johnny !  » Et ceux qui lui préfèrent François, ils appartiennent à la Sous-France ?
Du jamais vu, de l’inouï que cette célébration digne des régimes autoritaires. De l’inquiétant aussi : les larbins de Big Brother occupent les fenêtres cathodiques publiques et privées pour imposer les héros du système, distribuer somnifères et prêt-à-penser. Il est vrai que la vieillissante ci-devant idole des jeunes pèse 5.100.000 €… Si ma calculette ne court-circuite pas et ne s’emmêle pas dans les monnaies, ça représente 390 années de Smic… Dans de telles conditions, comment ne pas adhérer à l’idéologie de la droite libérale : un euphémisme pour qualifier le capitalisme et ses lois de la jungle. Merveilleux système qui permet à chacun de se hisser au sommet de la hiérarchie sociale. Ne suffit-il pas pour ce faire de ramasser des clous rouillés, se choisir des géniteurs ayant pognon sur rue, épouser un sac d’or, pousser la chansonnette, taper dans un ballon, tirer le gros lot, montrer ses fesses à la télé… ?
À la même époque, grand battage également à propos de la mort d’un bateleur qui pendant des décennies distribua des jeux dans les lucarnes à décerveler. Mais, dans sa nécrologie abondamment illustrée, ses confrères oublièrent d’en signaler les turpitudes. « L’un des artisans les plus actifs d’une télévision de qualité », osa déclarer monsieur le président " Quatre-vingts pour-cent " et quelques casseroles en supplément, sans doute reconnaissant. Avec des animateurs de cette farine carnavalesque-là, vaches et veaux ne risquent pas de sortir de l’enclos. Il est vrai que les guyluxeries paraissent bien gentillettes aujourd’hui… (Mais il fallut que les vieillards anonymes, terrassés par les effets conjugués de la canicule et de la malfaisance gouvernementale, mourussent par milliers pour qu’on daignât verser quelques larmes de crocodile. Tardivement…)

En revanche, ces messieurs qui nous gouvernent ignorèrent Béranger. Comment dit-on Dieu merci en mécréant ? Quant à ceux qui se targuent de nous informer, ils se sont généralement contentés au mieux de signaler le décès, en délayant bien souvent la nouvelle de l’AFP, au point de recopier une coquille… Exception notable : " Là-bas s’y suis " du 27 et 28 octobre 2003. (Dommage pourtant que, pour de suspectes raisons, Daniel Mermet ait saucissonné l’émission en deux, ce qui m’a dissuadé de l’enregistrer…)
Dans le Nouvel Observateur du 20/26 novembre 2003, une lectrice s’indigne : « Et François Béranger ? Trois pages sur " l’effet Salvador ". Bon. Et François Béranger, ça vous dit quelque chose au " Nouvel Ob " ? Rien depuis qu’il a disparu ! Ça me met en colère de rester abonnée à votre journal ! » (Sylvianne Catel, Caen) En guise de réponse, trois semaines plus tard, l’hebdo d’une soi-disant gauche se fendit d’une enquête de six pages… consacrée au " roman noir de Johnny Hallyday " !…
Autre signifiant et désolant exemple : la manière dont la mort de François Béranger fut annoncée et sandouichée dans un journal/Internet de son pays natal :

« Plateau de stars au Zénith d’Orléans
Mercredi15 octobre (7.00)
Les têtes d’affiches vont succéder au Zénith d’Orléans dans les semaines et les mois à venir.
Voyez plutôt : Florent Pagny le 20 octobre, Tryo, Mickaël Youn, Pascal Obispo, Alyzée et Eddy Mitchell en novembre, les L5 le 29 novembre, la comédie musicale Emilie Jolie le 2 décembre, Johnny Hallyday les 9 et 10 décembre, Serge Reggiani le 12 décembre, et Enrico Macias deux jours plus tard. Sont annoncés pour 2004 : Linda Lemay en janvier, les étoiles du cirque de Pékin, Franck Michaël et Nolwenn Leroy en février, Hélène Ségara, « Autant en emporte le vent », « Belles belles belles », Yannick Noah, André Rieu en mars, « Holiday on ice » en avril, Lorie, Laurent Gerra, Gad Elmaleh et la Star Academy 3 en mai.
Renseignements et réservations au 0.892.69.01.45.

Décés du chanteur François Béranger
Mercredi 15 octobre (7.00)
Le chanteur libertaire François Béranger, qui connut une forte notoriété dans les années 70, est mort des suites d’un cancer hier matin à son domicile de Sauve (Gard), à l’âge de 66 ans.
François Béranger était né le 28 août 1937 à Amilly (Loiret), près de Montargis.

Election de Miss orléanais le 24 octobre à Montargis
Mercredi15 octobre (7.00)
Geneviève de Fontenay et Corinne Coman, Miss France 2003 et Miss Guadeloupe 2002, présideront l’élection de Miss Orléanais 2004, le samedi 24 octobre à Montargis.
Plus de 600 personnes avaient assisté à l’élection en 2002 avec la belle Stéphanie Chanoine. Cette année, douze jeunes filles originaires du Loiret, d’Eure-et-Loir et de Loir-et-Cher brigueront le titre qualificatif pour le concours de Miss France 2004.
Elle gagnera, au soir de son élection, de nombreux cadeaux dont un inoubliable séjour dans le bassin méditerranéen où, aux côtés des 43 autres miss des provinces françaises elle préparera la finale télévisée du 6 décembre qui sera retransmise depuis Deauville.
 »
(Toute l’actualité régionale (Région Centre et départements limitrophes)

Silence quasi général encore pour la sortie (posthume), du dernier album de Béranger en hommage à Félix Leclerc. … Faut croire que sa famille et ses copains sont de même souche que lui, pas même capable d’exploiter un deuil, comme d’autres qu’il vaut mieux ne pas nommer par ces temps où tout sert de réclame, même les plus sordides affaires de fric et de fesses…
Chez les marchands de disques de la ville voisine, non seulement on l’ignore, mais encore refuse-t-on de prendre commande à l’unité. Pas assez rentable ! Mais pourquoi s’intéresser à un chanteur inconnu, alors que les bacs débordent des dernières productions au succès aussi retentissant qu’éphémère. Soyez de votre temps, mon bon meûhsieur et rajeunissez-vous en achetant les toutes dernières startelettes académiques, les vedettes du prêt-à-jeter. On en viendrait presque à regretter le temps de la répression gaullo-pompidolienne !… Le pouvoir dominant a trouvé mieux que la trique et l’interdiction : la liberté à la sauce libérale.

L’Internationale (1989)
« Pendant l’été soixante-et-onze, / après une boucherie sans nom, / un vieux militant communard / écrivit cette chanson. / Ça nous semble aujourd’hui bien ringard / de chanter ainsi ses idées. / C’est dans le sang qu’ils traçaient leurs mots / Et de leur mort naissait l’espoir
C’est la lutte finale / Groupons-nous et demain / L’internationale sera le genre humain (bis)
Pauvre Pottier, pauvres fédérés / le monde avance à reculons / L’Authentique Internationale / c’est celle du fric et des cons. / Privilèges, indifférence, égoïsme, / faim dans le monde, idées bafouées. / Allons ! Courage ! / Tout reste à faire / nous sommes toujours des assiégés !
C’est la lutte finale / Groupons-nous et demain / L’internationale sera le genre humain »

Avant de retrouver la grosse voix de l’ami François

Souvenir. Lors d’un de ses rarissimes passages à la radio (" Synergie " de Jean-Luc Hess me semble-t-il.), le temps d’antenne fut presque totalement confisqué par un autre invité (Alain Duhamel). Lequel pourtant ne ratait pas une émission afin de vendre sa dernière soupe, serinant sa pub rebaptisée promotion de station en station. Avec la bénédiction de ses confrères, experts en l’art de renvoyer l’encensoir. Dommage que ce soir-là l’auteur des " chansons marrantes " n’ait pas illustré celles-ci en se comportant comme un " emmerdeur, un malpoli "…
Bien fait pour ta grande gueule, François ! Fallait pas cracher dans le caviar du bourgeois, compisser la télé, dénoncer les magouilles et les trahisons, chanter les exclus qui n’ont même pas de quoi se payer tes cédés, t’intéresser à Mamadou qui maintenant s’éclate au bruit et à la fureur du rap. Comme les autres fallait y aller de la chansonnette à endormir le populo afin de mieux le plumer. Te reconvertir à la " culture Mickey ", devenir " marchand de tuyaux " Le nouvel opium du peuple, c’est plus la religion, encore que celle-ci revienne en force, nous affirme-t-on, à la manière dont on plante un épouvantail.
Les amis, tu aurais dû les choisir dans un autre milieu : celui des privilégiés qui détiennent les clés du pouvoir cathodique, avec des tas de picaillons à palper. Si tu avais ciré quelques bottes et pratiqué la génuflexion chez les salonnards, on aurait pardonné tes coups de gueule. Vous savez, l’anar, avec sa grosse voix, ses gros mots et sa grande gueule, il a certes chanté l’État de merde, la Lutte finale et les Lendemains qui fleurissent. Mais uniquement quand c’était à la mode et que ça payait. Maintenant il a changé son fusil d’épaule et fabrique des succès qui rapportent gros de fric à planquer en Suisse ou dans d’autres paradis fiscaux. Et puis, une fois par an, il se fait de la réclame en chantant pour les restos des Enfoirés ou quelque autre œuvre charitable que les vedettes se disputent.

Tous ces mots terribles (1975)
« Tous ces mots terribles qui font des chansons / parlant de misère, d’ennui, de prison, / ne sont que des leurres chassant nos démons. / Bâillonnant la peur, pendant un moment. / Chanter, c’est pas vivre, mais c’est l’espérer. / Chanter, c’est survivre, quand on est vidé. / Vidé de ses illusions, tout nu et tout con. / Essoré, déboussolé, cassé, piétiné. / Je ne suis ni meilleur ni plus mauvais que vous. / Contre vents et marées, envers et contre tout, / j’ai chevillé dans le cœur un rêve de bonheur. / Un jour nouveau qui se lève chasse mon chagrin. / Un geste, un regard, un mot, un ami qui vient, / deux arbres dressés dans le ciel, la lune et la nuit / Deux amoureux dans un champ font comme leurs parents. / Une fille qui revient d’un voyage très loin. / Tous ces mots terribles qui font des chansons. »

Dans mon foutoir, sinon quelque part ailleurs (mais surtout pas du côté de Castelnau-le-Lez où, pour user de l’euphémisme ordinaire, tu reposes…) tu es en bonne compagnie : Gaston Couté le très ancien (et dont tu es plus proche que de Bruant auquel les perroquets ignares tiennent à t’associer car tu l’as chanté à tes débuts), Stéphane Golmann (sans le moindre rapport avec la seconde fortune de la chanson - 300 fois le Smic - et Enfoiré du cœur une fois par an…), Maurice Fanon qui n’a pas voulu se séparer de Pia Colombo, Jacques Debronckart, Jehan Jonas, Colette Magny, Jean-Max Brua, Jean-Roger Caussimon, Danielle Messia etc. Pour n’évoquer que les oubliés, ceux qu’on ne ressort même pas du cimetière tous les dix ans…

P.S. Avant qu’ils ne rejoignent François Béranger, laissant le regret de ne pas les avoir assez encouragés de leur vivant, il serait bon d’aller faire un tour du côté de chez Allain Leprest, Michel Bülher, Maurice Bénin, Michèle Bernard…

Quelques sites qui valent la visite :
- Hommage à lire ici.
- Messages à lire ici.
- Paroles à lire ici


 
 
 
Forum lié à cet article

9 commentaires
  • > Salut à François Béranger 11 février 2004 08:50, par Patrick Hertout

    6 mois déjà ? ben effectivement il est parti sans faire de bruit, le père François, je ne savais même pas...merci mon frère, tu m’a fait pleurer mais ça réchauffe aussi de retrouver, 25 ans après les paroles de "Tranche de Vie", et puis ça réconforte de savoir que jamais François n’a goûté la soupe empoisonnée au caviar. Saloperie de cancer qui nous avait enlevé Desproges (l"antifasciste primaire") et qui vient de nous prendre Ticky Olgado. Salut François, je t’entends encore nous annoncer en concert la chanson suivante : Chanson à danser !...on peut danser...faites pas les cons, y’a pas la place...

  • > Salut à François Béranger 11 février 2004 18:44, par leila

    Merci pour ce texte émouvant et cet hommage rendu à cet homme rebelle et tendre qui a consacré sa vie entière pour défendre les exclus et les délaissés.

    Adieu l’ami, adieu mon frère.

  • > Salut à François Béranger 16 février 2004 15:24, par gilles

    Je viens d’ apprendre avec tristesse la mort de François Béranger en lisant votre article. L’ année 2003 aura été une hécatombe, la mort de Béranger est passée aussi inaperçue que celle de Michel Corringe, la même année. J’ espère que la relève va arriver, tout en sachant combien il doit être difficile à l’ heure actuelle de se faire entendre au milieu de ces stars académies et Cie.

    • > Salut à François Béranger 16 février 2004 16:57, par Lestrade

      Michel Corringe, aussi ! je ne le savais pas.

      Je viens de prendre un coup de vieux.....

      • > Salut à François Béranger 16 février 2004 22:02, par gilles

        Désolé pour cette mauvaise nouvelle, j’ ai pris moi aussi un méchant coup de vieux, je vais me faire une petite séance vinyl, un bon mélange de Corringe et Béranger...

      • > Salut à François Béranger 22 mars 2004 22:24, par Michel

        Je tombe par hasard sur votre site.
        Béranger était un monument que j’écoutais depuis 30 ans. Sa mort m’a bouleversé.
        Michel Corringe, je l’aiconnu il y presqu’aussi longtemps. Ce n’est quece soir, 22 mars que j’apprends sa disparition.
        Décidement, triste France qui préfère la Star Ac Quelle honte.

        Michel

  • > Salut à François Béranger 5 mars 2004 13:18, par Pierre-Albert

    4 mars 2004

    Contrairement à François Béranger, Claude Nougaro a droit à une immédiate célébration posthume dans les médias. Avec une unanimité qui, sur France-Inter en particulier, sent le mot d’ordre, et jusqu’à saturation… Pourquoi cette différence ?
    Dernières nouvelles valant un commencement de réponse, après Chirac et Raffarin, Douste-Blazy va mêler son bla-bla au concert de louanges. Mais la gauche, ou prétendue telle, se jette aussi sur l’os et même AOL ouvre un forum où un malheureux qui ose avouer que ce chanteur n’est pas son godet d’apéro se fait accabler d’injures…
    Précision : il m’est arrivé d’apprécier Nougaro quand il ne se boursouflait pas du nombril, ni ne se prenait pour un rimailleur de génie ou un chanteur d’opéra…

    Pierre-Albert Espénel

  • Salut à François Béranger 27 mars 2012 22:33

    Ben oui François,
    En ce mois de mars c’est encore plus vrai :
    la merde noire relève le front

 
 
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