Claude Imbert (2) : le porte parole du gouvernement ?

Il est des personnages qui nous étonneront toujours. On les sait « islamophobes » [1] , pseudo historiens [2], brouillons, réactionnaires, haineux. On les connaît, on s’attend toujours au pire, mais ils sont toujours là pour vous étonner, vous énerver. M. Imbert est un de ceux là. On le savait de droite, mais de là à tenir un discours de « porte parole du gouvernement », il y avait un pas qu’il a franchit sans craintes.

Dans son éditorial [3], "Dépression nerveuse", paru dans Le Point [4] du 01 avril 2004 ( repris, comme tous les torchons de notre philosophe, dans le Midi Libre, journal faut il le rappeler de droite, détenu par Le Monde ) , M. Imbert nous montre son « vrai visage », qu’il n’avait pas caché c’est sûr, mais que l’on découvre de plus en plus.

Il commence sans détour : "Régional, ce verdict ? Allons donc ! Les urnes régionales ont vomi un malaise national". Un peu de finesse dans ce monde de brutes. Passons sur la palpable haine de notre cher philosophe pour les résultats de ces élections. Les électeurs ont désavoués son idole, alors ils ont vomis ! "Quant au socialisme, il aura servi de gourdin pour assommer la droite au pouvoir" : faut il rappeler au passage à M. Imbert que le PS n’est pas, malgré son nom, un apôtre du socialisme ? On est d’accord sur le fait que les électeurs n’ont pas par ce scrutin donnés leur confiance au PS, qu’il a juste servi de vote sanction. Mais ce PS, ce n’est pas du socialisme. Ah, ces chers philosophes, qui feraient n’importe quoi pour taper contre leur ennemi de toujours, le socialisme ! A croire qu’il leur ferait peur ! "Le vote régional, ce grondement des profondeurs, ne résout pas l’énigme française. Il diagnostique la dépression d’une nation souffrante, égarée, qui doute d’elle-même et de son avenir". Il a raison. La France et les Français ont peur de l’avenir, pour leur emploi, pour leurs enfants. On pourrait croire naïvement M. Imbert se réjouir de ce sursaut des urnes, de ce "grondement des profondeurs" comme il l’appelle avec tant de dégoût. Mais rien n’y fait. Il continue avec hâte sa croisade pour l’UMP.

Pour M. Imbert, si la droite a perdu, c’est par lâcheté, par peur de ces « gauchistes ». "Elle sent [ la nation ] - mais ne mesure pas - que son statut encore confortable lui vient d’un patrimoine qui s’amenuise, des réussites encore éclatantes de son secteur privé, mais qu’empêtre, jour après jour, l’obésité de son Etat-providence". Remercions le secteur privé de nous offrir avec tant de grâce la richesse et la croissance ! Le privé nous sauve des eaux, nous sort la tête de l’abîme, nous préserve du socialisme. Et M. Imbert est là pour nous le rappeler, à nous, pauvres humanistes utopistes. "Elle sent [ la nation toujours ] mais ne sait pas que le culte maintenu d’un système redistributif et malthusien, la sacralisation des « avantages acquis » la déclassent, en Europe, et plus encore dans le monde". Il y va toujours plus fort. C’est Monsieur « plus ». On commence à mieux cerner où il veut en venir. Le problème en France, c’est la redistribution des richesses, du type socialiste bien sûr. Le malaise que les Français ont exprimé aux régionales ne vient pas de la politique de M. Raffarin, de cette politique de casse, elle vient, bien sûr, pourquoi n’y avons-nous pas pensés avant, de ce système redistributif, de ces avantages acquis. Le gouvernement et M. Imbert ont compris, ce sont ces « veaux » de Français qui n’ont pas compris. C’est ce pauvre Raffarin qui s’est pris une gifle qui doit être content : il a un ange gardien, un porte parole ( Le discours de M. Imbert à un air de déjà vu. "Si nous commençons à avoir peur et que nous cherchons à nous protéger en nous mettant la tête dans le sable, ce qui est le sport favori des Français […]. Mais vous l’avez bien compris, y compris à travers la réaction de dimanche, le Français est un être particulier. C’est quelqu’un avec qui il n’est pas facile de traiter". M. Francis Mer, cité dans le Politis du 1er avril 04 )

Et il ne s’arrête sûrement pas en si bon chemin. "Quand les Etats-Unis conquièrent, en 2003, une croissance à 3,2 %, la France peine à 0,2 %". Faisons donc comme aux USA, on sera plus riche ( enfin, les riches seront plus riches et les pauvres seront plus pauvres ). Quel vieux continent on habite ! Il y en a heureusement qui ont tout compris. Faut il rappeler à notre philosophe que la situation aux USA n’est pas si idyllique qu’il veut bien nous le dire. " Incapable de couper son bois mort, elle [ la France ] empêche la sève de reverdir largement la Nation". Traduction : oublions le Front Populaire socialiste, la richesse nous tombera dessus, enfin « leur » tombera dessus. Si M. Chirac cherche un nouveau porte parole, j’en ai trouvé un pour lui. Il est parfait.

Vous le croyez épuisé ? Croyez vous, c’est un stakhanoviste du « lèche botte », pour rester poli. "La tyrannie du statu quo, la résistance corporatiste et la toute-puissante démagogie, Méduse des démocraties exténuées, installent, entre le vaste monde et nous, un édredon fatal. Hélas, ce vote-ci le remplume". Coupons la tête à ces tyrans de la gauche, ces démagogues qui tuent nos démocraties. Il est sûr que le gouvernement, en acquiesçant sans broncher aux exigences des buralistes ou des restaurateurs n’a pas fait lui preuve de corporatisme ! Qu’il doit se sentir fier en plus de se présenter en pourvoyeur de la démocratie, alors qu’il n’y a pas plus réactionnaire que lui. Vous le trouvez gentil, pas très coriace. Attendez, il n’a pas sortit tout son attirail. "Les réformes ? Une petite moitié de la France les veut, une grande moitié les exècre". Encore un à nous sortir le bon vieux refrain de la France qui hait les réformes. Il faut voir quelles réformes il défend, celles de la retraite à 70 ans ( "Un cacique socialiste va jusqu’à suggérer qu’on revienne sur celle des retraites si péniblement avalée" ), des intermittents, de l’hôpital… Les Français veulent des réformes, mais encore faut il leur en proposer des équitables, des justes. Pas la volonté des 190 000 adhérents du Médef, dont M. Imbert pourrait aussi être leur porte parole.

"« Du social, du social », crie la gauche. « Du social », opine l’Elysée. Traduction libre : tant que perdurera, irréformable, le système archaïque de l’Etat redistributeur, seul l’impôt colmatera le gouffre d’un social sans fond...". Il devrait un peu changer de disque, celui du Français Anarcho-communiste qui paralyse le pays est un peu lourd à la longue. Alors il change. Il va soutenir les déçus de Raffarin. Pas ceux de gauche. Ceux qui trouvent Raffarin trop à gauche justement : "Des électeurs de droite ont déserté l’UMP justement parce que le train des réformes tournait au tortillard. Et aujourd’hui, au sein du pouvoir, lui-même divisé, des réformateurs impénitents affrontent les temporisateurs qu’effraie le spectre de la fracture sociale". Il est sûr que lui, ça ne l’effraie pas la fracture sociale ; il l’attend avec impatience.

Alors il en parle de cette fracture sociale, à sa manière, et c’est pas du joli. "Mais c’est de fracture nationale qu’il faut désormais parler. Sous le scanner électoral, la nation présente un corps souffreteux, écartelé entre ceux qui travaillent de plus en plus et ceux qui travaillent de moins en moins". On se demande alors qui sont ceux qui travaillent, font cette richesse, de ceux qui ne « foutent rien ». "Entre les clampins des transports publics, privés, en cas de grève, de service minimum, et les gros bras de la nuisance publique". Bingo ! C’est le refrain habituel du fonctionnaire qui part à 16 h le soir quand, dans le privé, ils travaillent dur eux, sans compter, bloqués par ces grèves de fonctionnaires privilégiés. Quand je vous disais qu’il n’y avait pas plus réac que lui. On continue ? "Entre les fourmis du secteur privé et les cigales de quelques châteaux forts d’Etat. Entre les vieux dispendieux et les jeunes qui paieront, demain, l’ardoise impayée de leurs aînés". Toujours la même rengaine, le privé qui travaille contre le public qui fout rien.

Mais il y a plus dangereux, plus honteux. Et il s’y engouffre, sans honte. "Entre les héritiers immigrés des quartiers brûlants et les indolents de l’immigration ratée". Si j’ai bien compris, et j’en ai bien peur, le pays va mal à cause de ces « indolents » de jeunes des quartiers chauds qui haïssent la France, « trop bonasse » [5]. L’immigration serait donc la cause du malaise Français, ces jeunes qui nous volent le peu de sous que l’on gagne. Il est vraiment trop fort celui là ! Il arrive à nous sortir ces vieilles rengaines racistes en parlant des régionales et de la défaite de Raffarin. M. Le Pen à des leçons à prendre de notre philosophe.

Et il finit ainsi : "Et maintenant ? Chirac se décidera-t-il à dire enfin la vérité ? Celle de l’état réel de la France. Celle d’une nation qui se défait parce que aucun élan ne la porte et ne la rassemble". On ne souhaite rien d’autre. Que la France puisse enfin voir venir en son sein un élan qui la porte vers un futur plus « rose » ( pas le rose du PS ! ), vers un pays plus social, plus solidaire, n’en déplaise à notre philosophe. "Et personne n’ose encore lui montrer [ à la France ] les portes de l’avenir. Alors, courage !". Il en faudra du courage c’est sûr pour tenir encore 3 années de Chirac qui s’annonceront bien pires que les 2 précédentes. Et tous ces soutiens au chef de l’Etat ne sont pas de bon augure.

Alors courage camarade !


Notes

[1] lire sur le sujet l’article d’Ali, "Une jurisprudence Claude Imbert ?"

[2] il déclare, sur l’anti-américanisme : "Alors nous écrasons de nos prestiges passés les nouveaux riches de l’histoire. De là cette arrogance qui fut celle des Grecs de l’Antiquité, exténués de querelles domestiques, pour les Romains de l’Empire, qui, pourtant, les protégeaient des Barbares". A lire sur le site d’Acrimed.

[3] pour le lire, sur le site du Point

[4] Le Point, journal de droite, où l’on peut y lire M. Alain Finkielkraut déclarer : "Nous voici sommés de faire une place au foulard islamique dans l’école républicaine, de nous arranger des mariages arrangés et de plaider en guise d’idylle multicolore pour la banlieue universelle où tous les jeunes porteront leur casquette à l’envers et parleront une langue dévastée »

[5] voir son éditorial du Point du 29 janvier 04


 
P.S.

Illustration : Yves OLRY

 
 
Forum lié à cet article

2 commentaires
  • Allocation Universelle 13 avril 2004 10:58

    L’Homme travaillait moins de trois heures par jour à l’époque de la ceuillette et de la chasse. Il est temps que le progrès technologique serve à autre chose qu’enrichir encore plus ceux qui détiennent déjà le capital.

    Voir en ligne : Allocation Universelle sur Google

  • Bonjour,

    Si vous n’êtes toujours pas convaincu de la haine qui baigne cet homme, voyez son éditorial du 15 avril, et ce qu’il ose dire a propos de la candidature de la Turquie à l’Europe :

    "Enfin, la candidature turque ajoute son propre noeud de difficultés au sac de noeuds européen. Car de deux choses l’une : ou bien nous persistons à garder encore ouverte pour l’avenir la perspective d’une Europe-puissance avec son identité propre, son passé, son Histoire, et il faut évidemment rejeter, comme Juppé, comme Giscard, la candidature d’un pays de 70 millions d’habitants si dépareillé des nôtres par l’Histoire, la géographie, par son statut économique, son héritage ottoman et islamique. Ou bien nous avons déjà fait notre deuil de l’Europe-puissance, et alors il devient en effet plausible d’associer à notre espace de libre-échange cette Prusse musulmane où la laïcité officielle, faute d’être protégée par la masse, l’est du moins par l’armée". [1]

    Vous ne revez pas, il ne se cache toujours pas pour dire qu’il n’aime pas les musulmans, la Turquie et ses "70 millions d’habitants si dépareillé des nôtres par l’Histoire, la géographie, par son statut économique, son héritage ottoman et islamique".

    Son discours ressemble à si méprendre aux écrits du deuxième livre - pardon, torchon - d’Oriana Fallaci ( le premier, ouvertement antimusulman avait été enscencé par Mr imbert, Mr Finkielkraut, Mr Taguieff, ...). Elle déclare dans le 2ème se battre contre l’islam qui "envahit notre territoire", "détruit notre culture" et "annule notre identité"( Le Monde du 10 avril 04) Le même discours que notre philosophe. Et personne pour le trainer en justice pour incitation à la haine raciale ? Il donc continuer à le combattre, il y a toujours trop de personnes qui lisent et approuvent ses écrits. Il nous reste encore du boulot !

    Sur la Turquie, je vous laisse lire ce que Bernard Langlois disait très justement dans le Politis du 15 avril : " les sondages ne cachent pas les réticences des Français [sur l’entrée de la Turquie dans l’Europe], pour des raisons diverses. Certaines sont acceptables (insuffisances démocratiques, question kurde), d’autres plus que douteuses (religion). Mais si le régime d’Ankara continue d’accomplir les efforts nécessaires pour remplir les conditions d’admission, comme il a commencé à le faire, il sera difficile de ne pas lui ouvrir les portes. Même avec un pied dans l’Orient compliqué, la Turquie est un pays européen : au début du siècle dernier, on appelait même l’Empire ottoman « l’homme malade de l’Europe » ".

    Alors ne baissons pas la garde !

    Greg

    Voir en ligne : [1] pour lire l’éditorial en entier

 
 
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