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Le masque de Dieu sur le visage du tyran

Finalement, le plus troublant pour qui a visionné vendredi 18 juin sur France 2 le documentaire de William Karel consacré au gang de truantocrates bénis par devant et oints par derrière qui dirige l’Amérike et tente d’imposer sa loi au reste de la planète, ce n’est pas tant ce qu’il révèle ou rappelle de convergences, connivences et concussions entre les pouvoirs publics et privés, économiques et politiques, civils et militaires aux Etats-Unis -à moins d’être sacrément bushés, on le savait déjà-, mais la bondieuserie, réelle ou feinte, affichée par nombre de faucons, à commencer par le premier d’entre eux, George Jr soi-même.

Comment ne pas être frappé par l’effet de miroir entre le président des Etats-Unis et son entourage abîmés dans une prière pour la victoire sous le magistère d’un de ces télévangélistes qui sont à la religion ce qu’un animateur de télévision est à la culture, ces chrétiens sionistes (en Amérique tout est possible en matière de déréglement de la foi, même et de préférence le n’importe quoi) qui adulent Ariel Sharon, ce général, chef des services secrets du Pentagone, qui n’hésite pas, photo truquée à l’appui, à convaincre son auditoire de benêts que Satan (en réalité un avion furtif de l’Usaf) en personne chevauche un missile ennemi en Somalie et de l’autre côté ces djihadistes du Moyen-Orient qui combattent l’oppression non pas au nom des concepts chers aux Lumières, la Justice ou la Liberté, mais au nom de Dieu, pour qui toutes les atrocités sont non seulement permises mais surtout souhaitables ?

Dieu, tous ces conspirateurs sans scrupules, ces escrocs, ces fous tordus, ces tueurs, nous en ont convaincu si besoin en était encore, n’est pas un être de miséricorde, ainsi que les religions du Livre [1] se plaisent à le répéter, pas une créature infiniment supérieure à l’être humain le plus brillant, pas un pur esprit détaché de la trivialité de l’existence, mais un tyran matérialiste à l’extrême, mesquin et cruel, obsédé par la règle et l’interdit, préoccupé de contingences médiocres, tatillon jusqu’au ridicule (selon les déclinaisons du monothéisme, le vrai fidèle porte costume-cravate et visage glâbre ou bien voile, barbe et chasuble ou encore demi-pamplemousse sur le sommet du crâne et petites nattes rigolotes sur les tempes), ségrégationniste, raciste, sexiste, intolérant, frustré, absurde (il a créé le moustique qui est mauvais et déteste le porc, qu’il a créé aussi, sans doute un soir de biture, qui est bon, surtout en saucisson ; il a fait l’Homme nu et exige ensuite qu’il aille jusqu’à disparaître sous l’habit), dont le principal passe-temps -il faut bien meubler une éternité d’ennui de quelques distractions- consiste à humilier, torturer et assassiner la créature faite à son image (comment dans ces conditions s’étonner que l’homme soit la brute qu’il est ?).

On l’aura compris, Dieu le Parfait ressemble étrangement au Chef, au fonctionnaire borné qui commande le camp de rééducation ou d’extermination, au Guide suprême, à tous les conquérants comme à tous leurs sicaires, à tous les usurpateurs, accapareurs, dictateurs, manipulateurs, impérialistes et colons qui l’invoquent pour qu’il arme leur bras comme ils l’évoquent pour justifier leurs massacres et leurs pillages.

Lorsque l’administration Bush, guidée par Dieu (In god we trust, comme l’affirme le dollar), le pape Cheney [2] et ses évêques, Halliburton et Lockheed-Martin, bombarde les Irakiens, c’est pour leur bien et c’est aussi pour leur bien que des commandos d’Al Qaeda [3] font sauter ici des Madrilènes, là des Ceylanais, des Marocains ou des Kenyans.

C’est au nom de Dieu et pour le bien du peuple que les conservateurs iraniens confisquent autoritairement le pouvoir aux réformateurs, pourtant eux-mêmes bien à fond inspirés par Allah et c’est au nom de Dieu que les néocons [4] de Washington font avaler leurs magouilles juteuses et leurs combines mortelles à des Américains plus crédules que les “sauvages” arriérés dont ils se gaussent, frottés de religion frelaté comme le pain d’ail, qui semblent apprécier plus que de raison le goût de la couleuvre épaisse que leur sert leur maître.

L’Empire du Mal, ce n’est pas celui du musulman pour le chrétien, le juif ou l’inverse, ni celui du communiste ou du capitaliste, c’est l’Empire de l’Autre, de celui qui habite ailleurs, pense différemment, possède ce que tu ne possèdes pas ou menace, même de très loin et sans argument frappant, de te prendre ce que tu possèdes.

A ce titre, le dieu des chrétiens est le pire, qui a toujours justifié toutes les spoliations au nom de la mission divine entre toutes : s’approprier par tous les moyens toutes les richesses disponibles partout où c’est possible.
Hélas, s’il est moins cupide, le dieu des musulmans est le plus borné : il n’aime l’homme qu’à genoux et la femme au foyer, déteste tout ce qui est bel et bon, l’art, la chair, la joie : les pires de ses zélateurs, les talibans, dégoûteraient un rat de vivre.
Que dire du dieu des juifs, sinon qu’il est celui des origines d’où dérivent les deux autres ? il associe à la volonté de puissance l’exigence de soumission, justifie le tout par la promesse faite à ses adeptes d’être le peuple élu (notion ô combien sectaire qui n’est ni plus ni moins que l’étalon du racisme).
Elu pour quoi, au fait ? réponse à la fin des temps ou comment l’eschatologie vient au secours du politique (de toute façon, plutôt que de fréquenter les membres du Likoud jusqu’à la consommation des siècles, on préférera l’inéligibilité).

On comprendra mieux comme cela ce qu’est Dieu en vérité, le nom sacré du pouvoir, et ce qui aujourd’hui lie entre eux ses combattants, Bush, Sharon et Ben Laden, Blair et Kadhafi, Khamenei et Pinochet.

Castro et Kim Jong Il n’ont pas besoin de masque, puisque, inamovibles et omniscients, ils sont Dieu soi-même.


Notes

[1L’Ancien Testament, bien sûr

[2Vice-président des USA, ancien PDG de la firme Halliburton, prestataire de services qui se taille la part du lion en Irak ; son épouse est actionnaire de Lockheed-Martin, l’un des principaux fournisseurs étasuniens d’armements sophistiqués

[3Nébuleuse” terroriste bien connue, dont “on” peine à cerner les contours, mais dont “on” arrête ou abat régulièrement de supposés responsables mystérieusement identifiés comme tels alors qu’“on” prétend par ailleurs ne rien savoir de l’organigramme d’une organisation qui en est une sans en être vraiment

[4Gangsters en col blanc actuellement au pouvoir aux Etats-Unis d’Amérique et non pas « nouveaux crétins » comme on serait tenté de le penser ; à notre humble avis, à côté du revendiqué Leo Strauss, leur autre pygmalion serait Cecil Rhodes, cet aventurier anglo-sud-africain, ensuite théoricien de l’impérialisme, qui, voilà plus d’un siècle, préconisa la création d’une fédération anglo-américaine qui dominerait le monde.


 
P.S.

Illustration : WartArt, F. Vignale

 
 
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3 commentaires
  • > Le masque de Dieu sur le visage du tyran 26 juin 2004 09:58, par Essaid

    Cher Mathias,

    La religion c’est l’opium du peuple, cette citation n’absout personne de commettre des conneries au nom de DIEU.

    Nous savons tous que toutes les interventions faites aujourd’hui : IRAK, USA, IRAN, COREE, CUBA sont faites uniquement pour le pouvoir (avoir la chaise suprême) où l’économie (engranger des bénéfices).
    On se cache derrière DIEU uniquement pour se donner une légitimité afin que tous les moutons croyants(Chrétien, Musulmans, Juifs, Hindouiste etc...), (sans réflexion) nous suivent dans notre dessein d’être humain.
    L’avidité de l’être humain est sans fin.

    Cordialement.

    Essaid.

    • > Cherchez le prêtre, vous trouverez le pouvoir 27 juin 2004 18:38, par Mathias Delfe

      Vous l’avez compris, mon cher Essaid, ce n’est pas réellement de Dieu*, qui a bien besoin des hommes pour exister, dont il est question ici, mais de son instrumentalisation par la religion (ou plus précisément par tous ceux qui s’en réclament) aux fins d’asservir tout ou partie des peuples ou, au minimum, de les manipuler (on n’oubliera pas que les religions, comme systèmes politiques, ont joué un rôle important dans l’histoire de l’humanité en tant qu’outils de cohésion tribale, sociale, outils intégratifs, éducatifs, incitatifs, mais ce rôle, au fond obsolète depuis que l’immanence du phénomène, via les discours philosophiques et scientifiques depuis la fin du dix-huitième siècle, a perdu son caractère magique, au lieu de se déliter lentement afin d’être partout remplacé par l’agnosticisme laïque, se renforce hélas au cours de périodes d’involution comme celle que nous vivons actuellement).

      *On a vu des religions sans dieu(x), comme le nazisme ou le stalinisme, où tout y est du religieux : le culte du Guide, lui-même investi d’une « mission » qui le dépasse, les rites sacrés d’admission et d’allégeance, les processions, l’uniforme qui dépersonnalise, le peuple (ou la classe) « élu », l’Ennemi (le non-converti), etc…

  • " Le préjugé tient à l’ignorance et à l’esprit de lucre..." Malcom. X

 
 
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