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Toiles de maître

Coup de vent sur le marigot audiovisuel

Après l’éviction de Jean-Luc Hess et de Pierre Bouteiller des postes de direction -Inter et Musique- qu’ils occupaient à Radio France, c’est au tour de Gérard Leclerc et de Daniel Bilalian, respectivement chef du service économie et politique de France 2 et présentateur du journal de 13 heures, de faire les frais d’un remaniement qui a des allures de reprise en main politique, maladie endémique de l’audiovisuel public qui perdure en dépit des conseils et potions du bon docteur Céhéssa comme des émotions superficielles de rédactions qui retournent bien vite à la contemplation de leur fiche de paye et de leur nombril.

Perplexe, l’auditeur et téléspectateur que nous sommes se demande quelle vilaine paranoïa peut bien conduire le pouvoir politico-économique à se croire trahi, ou même insuffisamment respecté, par des personnalités qui ne lui ont jamais donné motif à inquiétude ?

On abandonnera à une retraite que l’on imagine confortable le sympathique Bouteiller, car la nature et l’auditorat assez confidentiel de l’antenne qu’il dirigeait ne justifie probablement pas que le politique s’y intéresse -et puis nul n’est tenu de mourir cramponné à son micro-, on se demandera seulement si Thierry Beauvert, son successeur, n’est pas lui aussi un transfuge du privé, comme tous ceux et celles qui, depuis quelques années, se glissent dans le costume des dirigeants ou des présentateurs vedettes du service public, tels que les impayables Mazerolles et Pujadas qui, toute honte bue, demeurent intouchables ?

Daniel Bilalian était le parfait clone de Jipé Pernaut et Leclerc la doublure du tandem Sylvestre-Namias, ce qui n’a rien de surprenant si on considère que rien ne distingue vraiment les journaux télévisés diffusés par TF1 et TF2, au point que les conducteurs d’émission ont l’air d’avoir été saisis par la même scripte, journaux qui sont quant à la hiérarchie et la pertinence de l’information ce que l’Echo du Berry est au Monde, le genre de brûlots desquels n’a pas grand-chose à redouter le microcosme aux commandes des affaires publiques et privées qui nous gouverne.

Mais bon, on m’objectera que l’info audiovisuelle est destinée aux masses qui ne s’intéressent qu’aux sujets qui leur parlent d’elles, qui ne comprennent plus rien dès qu’un commentaire n’est pas exclusivement composé d’expressions toutes faites et de métaphores essorées par l’usage, ainsi que les niouzes d’Inter en font chaque jour l’éclatante démonstration avec, jusqu’à ces derniers temps, la bénédiction d’un Jean-Luc Hess, brillant professionnel quand il est derrière un micro et parfait bureaucrate respectueux des tares de l’institution quand celle-ci lui offre un bâton de commandeur.

On l’aura compris, ces hommes-clefs de l’information ne faisaient aucune ombre au pouvoir raffarinien quoi qu’en pensât parfois son conseiller ès communication, le consternant Ambiel, émouvante illustration de la suffisance vulgaire d’un millieu de nouveaux riches, aussi leur limogeage et leur remplacement par des individus tous issus du privé pourrait bien être le prélude à l’ouverture de la prochaine “réforme” commanditée par le baron Seillière, une privatisation de l’audiovisuel public rendue d’autant plus facile que les postes à responsabilités seront dévolus à des gens non seulement dépourvus d’une culture de service public, mais depuis longtemps formatés pour la discréditer.

Effet de brume sur l’étang des privatisations

Jean-Louis Borloo vient de dévoiler son plan de cohésion sociale qui devrait mobiliser près de 13 milliards d’euros durant les années 2005-2009.

On se demande un peu où les finances publiques vont bien pouvoir pêcher tout ce pognon tandis que Sarkosy 1er répète partout qu’il n’y a plus un sou dans les caisses et que les chercheurs espèrent encore le premier centime du milliard qui leur a été promis ?
Effet d’annonce dont ce gouvernement est plus que tout autre coutumier, qui présente le double avantage de détourner l’attention d’une Sécurité qui n’a plus de sociale que le nom, à la manière de la Banque populaire, et d’abandonner un bébé encombrant à la Gauche pour le cas, envisager un malheur ne le fait pas venir, où elle reviendrait aux affaires en 2007.


 
 
 
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