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Le fossé.

Il n’y a pas de démocratie sans vrai contre pouvoir critique. L’intellectuel en est un, de première grandeur, affirmait Bourdieu en 1992.

Une trentaine « d’artistes et de professionnels de la culture » juifs et arabes s’est réunie le mardi 23 janvier 2002 dans un café parisien heureux d’être enfin ensemble pour « faire quelque chose », nous apprend Le Monde du 24 janvier.

L’initiative est louable et peut paraître généreuse vue sous l’angle des intellectuels parisiens. Parler des conditions de vies des Palestiniens, s’insurger du comportement fasciste de Sharon, dire leur désapprobation face au sort fait aux juifs et aux palestiniens, notamment dans les territoires occupés, ne peut que soulever notre admiration, à nous, les intellectuels, même si nous ne sommes que des provinciaux !

Mais dans les banlieues, là ou Ben Laden est en passe de devenir un symbole fort, là ou les tenants d’un islam rigoriste influencé par les imams les plus radicaux d’Arabie saoudite, ne cessent de progresser, voire s’imposer, là ou monte l’antisémitisme chez les jeunes musulmans, là ou l’incompréhension est totale par manque d’explication ou de dialogue, là où seul le journal télévisé de 20 heures dit sa loi, là où seuls les Guignols de l’info font référence, qui va aller porter la bonne parole ? Est ce Patrick Bruel, Ben Jeloun, Zinine Soualem, Pierre Arditi ? Est ce ces inconnus : Hodat Barakat, Jean-Pierre Gatégno, Simone Bitton ? dont les noms n’évoquent rien à ces sauvageons, chers à un certain Ministre de l’Intérieur, et pour cause ! Quant on vit à la Grande Borne, aux Minguettes, Aux Vernes, il est des noms qui vous resterons inconnus à vie parce que la culture de la rue n’est pas prête d’y faire référence.

Alors, qui va se risquer à aller affronter le peuple des banlieues, les oubliés de la république, les laissés pour compte du libéralisme (dont le show biz fait partie, n’en déplaise à ceux évoqués plus haut !) La réalité quotidienne n’a rien à voir avec l’ambiance feutrée des cafés parisiens et il en est qui pourraient avoir des réveils difficiles.

Ils se sont quittés en se promettant de se faire signer une pétition « pour une paix plus juste et immédiate au proche orient ». L’initiatrice de leur rencontre, la journaliste Olivia Zemor, se propose, maintenant, de regrouper aussi des scientifiques juifs et arabes français, précise le Monde.

Après les Intellectuels ou pseudo-intellectuels (parce que brailler dans un micro, quel que soit l’auteur de la mélodie, n’a jamais conféré un statut d’intellectuel à celui qui accomplit cette médiocre prouesse), les scientifiques juifs et arables français. Dont acte.
Et le gros de la troupe : celui qui croupit dans les cages à lapins estampillées, parfois, Shuller, portant l’appellation T3, T4 ou T5 ; celui qui tient le mur à longueur de journée, quand est ce qu’on le réunit lui ? Quand est ce qu’on vient lui parler avec la même déférence, avec la même attention, le même respect ? Quand est ce qu’on vient lui demander son avis et lui proposer de pétitionner ? Quand est ce qu’on vient lui expliquer la misère du monde ?

On vous attends, messieurs de la Haute, comme aurait crié certaines voix du temps passé ou les intellectuels criaient et allaient au contact du Peuple sans se faire payer !

Gilles Lestrade.


 
P.S.

Le texte de la pétition sur Indymedia

 
 
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