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Défendez-vous des mensonges internationaux !

Par Emir Sader. Sociologue brésilien
Traduction : Julie Duchatel, traductrice bénévole

La politique internationale connaît un étrange destin : en général,
elle est méprisée par la grande presse, sauf dans les moments de
crises graves. On l’utilise alors, et on en abuse même, pour effacer
les grandes polémiques nationales. Les arguments décisifs paraissent
être issus de cas dont l’accès et l’interprétation ne seraient
seulement réservés qu’aux supposés " spécialistes ", alléguant qu’ "
au Mexique, il fut certain ", que " le modèle chilien est le
meilleur ", que la " Corée du Sud a connu un échec " ou que la "
Turquie a prouvé que le gouvernement avait raison ".

Cela peut prendre le nom de " mensonges internationaux". Faites
attention à tous les économistes, éditorialistes, " politologues ",
sociologues, analyses internationaux- informez-vous, ne prenez rien
pour acquis comme s’il s’agissait d’arguments d’une autorité,
méfiez-vous - surtout méfiez-vous- vérifiez toujours avec une tête
froide.

Pour être moins surpris par ce qui arrivera lors de cette nouvelle
année, vous avez à votre disposition quelques indications qui vous
permettront de penser par vos propres moyens, pour que la presse serve
à émanciper et non à aliéner les personnes.

1. Lorsqu’un membre du gouvernement dit qu’ " il n’y a pas d’autre
chemin possible ", vous pouvez avoir la certitude, s’agissant de l’
action des êtres humains, qu’un autre chemin est toujours possible.
Par manque d’argument agissant en sa faveur, cette autorité préfère s’
affirmer par une mystification.

2. Lorsque les ministres de l’économie, les présidents de banques
centrales et publiques se décident à faire des prévisions, ils mentent
en divulguant ces prévisions, faites des années auparavant - via des
normes souvent erronées -, pour savoir s’ils ont le droit à continuer
à occuper notre attention.

3. Lorsque vous lisez que le Mexique, le Chili, l’Argentine -ou n’
importe quel autre pays- est le modèle à suivre, utilisé
alternativement une fois à la hausse ou à la baisse, méfiez-vous. N’
attendez pas que le Mexique, le Chili ou l’Argentine ne s’effondre
pour voir que cette utilisation était une forme comme une autre de
dévier l’attention d’une analyse concrète du pays en question.

4. Lorsque vous lisez qu’à partir de maintenant, l’économie va croître
sans interruption, changez immédiatement de lecture et de journal. La
décennie antérieure s’est écoulée avec le leitmotiv de la " nouvelle
économie " mais lorsqu’elle n’avait plus que le nom de ce dernier
concept, on changea de sujet, sans que personne ne rende des comptes
sur les mensonges qui avaient été promis.

5. Restez très au courant de ce qui se passe aux Etats-Unis. Non
parce qu’il s’agit d’un modèle supérieur à quelque autre pays, mais
parce que rien d’important dans ce monde ne peut être compris sans
prendre en compte l’action de l’hégémonie américaine, et pour autant,
ce qui se passe là-bas compte beaucoup pour le monde entier.

6. De plus, n’espérez pas que quelque chose de bien ne vienne de
là-bas, tant qu’ils continueront à penser qu’ils doivent donner des
leçons -théoriques et pratiques- au reste du monde sur la façon de
construire une bonne société - sentiment renforcé, malheureusement,
avec les attentats du dernier 11 septembre, s’aliénant encore plus
contre les sentiments négatifs inspirés par le monde extérieur.

7. Ne croyez pas que le capitalisme et l’impérialisme soient
dépassés. Le capitalisme n’a jamais été aussi présent dans le monde qu
’auparavant - jamais autant de personnes et de choses n’avaient été
transformées en marchandises, ne se virent fixer un prix, furent
achetées et vendues - et jamais une présence impériale ne fut aussi
forte dans le monde.

8. Ne croyez pas que ceux qui clament que " l’Etat national est
mort ". Le G-7 (ou le G-8), qui est une espèce de gouvernement
mondial, est composé par des mandants venant des Etats les plus
puissants du monde et non par les présidents des grandes corporations.
De plus, ces Etats détiennent les forces militaires les plus
puissantes dans le monde. Ce qu’ils veulent c’est que par exemple, le
Brésil, l’Inde, la Chine, l’Afrique du Sud, le Mexique, l’Argentine,
le Pakistan et l’Indonésie, ne se résolvent pas à suivre le même
exemple d’organiser des réunions périodiques de leurs chefs d’Etats
pour mieux défendre les intérêts de la grande majorité de l’humanité -
qui se trouvent dans ces Etats et non dans les Etats cités en premier.

9. N’oubliez pas que n’importe quelle politique ne fait nullement de
l’Afrique, cette erreur, une priorité. Plantez la question suivante
devant chaque proposition " Et quelle est la place de l’Afrique ? ".
Il vous sera plus facile de comprendre sa signification, qui favorise
cette politique et à qui elle cause des préjudices.

10. Pensez, en tant que critère, qu’un monde juste n’est pas celui
dans lequel priment plus les intérêts de l’argent, du capital, que
celles des nécessités matérielles et spirituelles des êtres humains.
Il sera ainsi seulement possible à toutes les personnes de consacrer
leurs avancées matérielles et intellectuelles pour construire une
société solidaire et humaniste - toujours possible, pour mettre en
action leurs capacités de compréhension et d’action pour interpréter
et transformer le monde dans le sens d’en finir avec l’exploitation,
la domination, l’aliénation et la discrimination.


 
P.S.

Extrait de : (ATTAC) INFO 302 - "SE REAPPROPRIER L’AVENIR"

 
 
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