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Palestine : Y croire, ou pas ?

Les officiels de la maison blanche et Sharon ont sans cesse prétendu ces dernières années que Yasser Arafat était un obstacle à un règlement du conflit palestinien. Soit ! Mais, maintenant que l’emblématique Président de l’Autorité Palestinienne est mort et enterré, faut-il s’attendre que les choses bougent enfin ? Eh bien je n’y crois pas, hélas !

D’abord parce Yasser Arafat, magnifique chef à l’inlassable énergie, à l’indéniable envergure internationale, admiré mondialement et qui a tant œuvré, n’a jamais été l’obstacle, prétexte à l’inaction de Bush, qui a fait que le règlement s’enlise au profit de la droite israélienne. Le mot d’ordre de ceux qui ne veulent rien changer est, depuis plus d’un demi-siècle : gagner du temps et diviser pour régner. C’est clairement ce qui ressort encore de la conférence de presse donnée par Bush après son entretien avec Tony Blair. Bush refuse la proposition d’un envoyé spécial, refuse de convoquer une conférence internationale en 2005, et refuse toute idée d’un règlement avant 2009, date de la fin de son second mandat. Au chapître des actions c’est l’inaction totale, rien, zéro !

Par contre Bush est prolixe lorsqu’il s’agit de ses vagues intentions, avec un baratin qui n’engage à rien : Il se dit « prêt à collaborer à la constitution d’un État palestinien démocratique, indépendant et viable ». Il ressort l’idée de la feuille de route initiée lors de son discours du 24 Juin 2002. Il n’a rien fait depuis cette date (çà fait quand même deux ans et demi), mais il veut faire croire aux naïfs que maintenant, si, il va le faire ! Cette feuille de route est une magnifique invention pour ceux qui veulent que la situation reste stagnante et que les Palestiniens restent floués, une farce habile. Les Américains acceptent aujourd’hui l’élection d’un nouveau Président de l’Autorité palestinienne mais refusent l’élection, demandée par les Palestiniens, du Conseil législatif. Autrement dit, ils veulent bien un interlocuteur pour simuler des négociations qui amuseront la galerie mais ne veulent surtout pas que le futur État s’organise en unissant ses partis. C’est Sharon qui ne veut pas d’élections du Conseil législatif palestinien, car le Hamas y participerait et l’unité démocratique palestinienne s’y affirmerait. Tout cela confirme que la stratégie des Israéliens de gagner du temps et de diviser les courants politiques palestiniens, qu’ils ont adoptée depuis le premier jour de leur invasion de la Palestine, se poursuit sous le règne du second mandat de Bush. Seule l’harmonisation des actions politiques entre les différents courants palestiniens permettrait de rendre plus solide la cause palestinienne. Elle est indispensable et ne pourra se faire démocratiquement qu’avec des élections. À l’inverse Sharon se réjouira des attentats à venir, qui lui donneront prétexte à ostraciser les Palestiniens « terroristes ».

Marouane Barghouti, toujours emprisonné par les sionistes, a fait savoir jeudi que : « Il est important de rester fidèle aux principes et valeurs établis par notre leader martyr qui a consacré sa vie à les mettre en œuvre. Nous devons conserver notre unité nationale, notre engagement à poursuivre la lutte, à une réelle démocratie, et à l’établissement de l’ordre et de la loi ». Cette phrase résume admirablement la solution pour résoudre ce conflit qui perdure. Mais réussir l’unité palestinienne ne suffira pas. Il faudra les interventions internationales, et surtout celle des Américains. Mais comment les Palestiniens pourraient-ils encore croire à l’honnêteté du rôle prétendûment neutre des Etats-Unis, courtier de la paix biaisé par ses liens avec le lobby juif et les protestants évangélistes, énorme puissance politique qui a fait réélire l’abruti texan, qui sont persuadés que le christ ne pourra renaître que lorsque Israël aura squatté tout le territoire palestinien ? Quant à l’Europe, faible parce que divisée, pétrie d’apparentes bonnes intentions à l’égard des Palestiniens, elle servira de faire-valoir en étant conviée à participer au Quartette de l’inénarable feuille de route...

Bref, rien ne promet de changer. Le retrait de la bande de Gaza, les 240000 colons en Jordanie, les tactiques du couple Sharon-Bush. Israël a encore beau jeu, par la bouche de Netanyahou, de prétendre ne rien faire et attendre de voir si la mort du Lion arrête tout acte de terrorisme. « Après on verra » a t’il dit. La mort du Raïs est l’occasion de repartir à la case zéro, pour n’aboutir à rien, en donnant le change du bout des lèvres, celles de George Bush, l’homme le plus puissant au monde, propulsé au pouvoir par l’archaïsme d’une partie de l’Amérique. En Palestine, plus çà promet de changer plus çà restera pareil, malheureusement.

Pour finir, je ne peux m’empêcher de douter que ce soit seulement un hasard que Yasser Arafat meure, de causes inexpliquées, neuf jours seulement après l’élection de Bush. Pour croire que ce n’est qu’une coïncidence, il faudrait une bonne dose de candeur, ignorante des enjeux au Moyen-Orient.

Algarath.


 
 
 
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