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Cannelle

Le 3 Novembre une catastrophe est arrivée. Cette horreur est malheureusement passée pratiquement inaperçue, éclipsée par les élections présidentielles américaines. A en croire que pour la France, la politique intérieure américaine est plus importante que son écologie agonisante ! Oui, je veux parler de ce massacre qui est arrivé dans les Pyrénées ! Ce mercredi 3 novembre pourrait être qualifié de « jour sanglant » : en effet, un homme inconscient à fait disparaître d’un coup de fusil le dernier animal de son espèce.

Lors d’une battue aux sangliers, un homme a tiré sur Cannelle, la dernière représentante de sexe féminin de la race des ours pyrénéens, laissant un jeune ourson orphelin. Les jours de l’ourson sont en danger, car même s’il est sevré , des chiens peuvent l’attaquer ou il peut tomber d’une falaise, si ce n’est pas un autre chasseur qui se charge « accidentellement » de son sort... Melba l’ourse slovène importée ayant été tuée il y a quelques années , il ne reste par conséquent plus d’ourse de sexe féminin actuellement, l’animal ne pourra donc pas procréer lorsqu’il sera adulte.

Le plus choquant dans ce scandale n’est pas la mort elle même mais la dédramatisation qu’en fait le gouvernement : en effet le ministre Serge Le Peltier à qualifié cet abattage « d’accident », alors que son ministère consacre des millions d’euros depuis des années pour l’étude et la protection de cet animal. Certains ont même qualifié cet acte de barbarie de « légitime défense » ; mais tout le monde sait pertinemment que cet a été acte commis sciemment ! Les sangliers ne traînent jamais sur le même terrain qu‘un ours et les chasseurs avaient été prévenus que l‘ourse et son petit se trouvaient là) ; ils ont quand même décidé d‘y aller : c‘est donc qu‘ils ont cherché l‘ours. L’ours est une espèce protégée ; le devoir du ministre de l’écologie est de veiller à la bonne application des réglementations de protection de la nature. Il est absolument inadmissible de justifier des battues dans les secteurs forestiers parfaitement connus qui abritent les derniers ours pyrénéens, et de couvrir ainsi des braconniers.
« Le WWF* appelle Monsieur Le Peltier à condamner fermement et sans détours l’abattage de l’ourse Cannelle, et à porter plainte contre les organisateurs de la battue et exiger un million d’euros de dommages et intérêts. » [1]

C’est ainsi que s’éteindra une espèce du royaume animal, exterminée par les hommes. Certains prétendront que la mort d’une espèce animale n’est pas si importante lorsque le monde est en guerre. Mais jamais leurs enfants ne connaîtront l’ours des Pyrénées autrement que dans les livres ! Une espèce animale meurt ; des rêves d’enfants disparaissent...

Nous sommes évidemment tous blasés, blindés, insensibles à toute ces atrocités qui deviennent phénomène de mode de ce 21ème siècle, mais c’est avec émotion que j’ai vu certains verser des larmes de colère et de désolation, puis se mobiliser. Si être humain c’est se sentir supérieur à tout, et détruire pour cela ce que nous sommes pas capables de créer nous-mêmes, pour nous sentir « libres », nous sommes quelques-uns à avoir honte de nos frères, d’être des humains. Et que cela choque les anthropocentristes (qui prend l’homme pour le centre de l’univers), car l’humain avec toute ses qualités et son intelligence (bien que parfois chez certaines personnes, ces deux mots ne signifient pas grand-chose) ne sera jamais plus beau que la Nature. L’humain croirait-il, dans sa « stupidité insoluble et stérile au nom » que la capacité de donner la mort en masse et à distance soit un signe de puissance ? Quand comprendra-t-il que ce n’est pas un critère de supériorité, et que cette jalousie puérile envers la somptuosité de la Nature ne le mènera qu’à sa propre perte ? J’omettrais de parler de la lâcheté du meurtre établie dans le dos et à distance de sa victime. Ce sont ces mêmes personnes qui, enfants, regardaient les oiseaux voler avec émerveillement et qui aujourd’hui, adultes, tuent sans pitié ces pauvres animaux dont la vie est finalement bien plus utile que celle de l’homme elle même.
« Il y a quelque chose de pourris dans l’empire » humain. L’avenir ne tient qu’à un fil : l’âme de l’enfant et de l’artiste.

Quelque chose est mort dans l’âme pyrénéenne et dans le cœur des rêveurs
« ... et sur ces sommets clairs où le silence vibre
Dans l’air inviolable, immense et pur jeté
Je crois entendre encore le cri d’un homme libre. »
(José Maria de Heredia, « aux montagnes divines », extrait du recueil « les Trophées »).

A tous les artistes, les rêveurs, les enfants, et aux adultes qui ont l’intelligence d’être parfois enfant.
A Cannelle, à son orphelin et tous les animaux lâchement tués par l’homme...


Notes

[1WWF= Organisation mondiale de protection de la nature) Source..


 
 
 
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2 commentaires
  • > Cannelle 20 novembre 2004 01:40, par HugBert

    Cet article est magnifique et il me semble nécessaire de jeter à la fac monde des hommes, de plus en plus centré sur lui même, sa cruauté non seulement directe mais également, et hélas, universelle.

    Il est triste de voir la nature mutilée par ce qui aurait du être son plus bel enfant : l’homme. D’une certaine, l s’agit du mythe de l’enfant prodige. Alors même qu l’homme est désormais capable de subvenir à la plus grande partie de ses besoins, les guerres et la destructions semblent revenir en force, non seulement pour lui même, mais aussi pour la nature.

    Canelle n’est hélas qu’une victime supplémentaire qui nous mène droit vers la destruction des espèces qu’engendrera lee réchauffement de la planète car, je le rappelle, les scientifiques, en quelques années, sont passées d’une probabilité à une certitude. Au nom du confort, nous ne sommes même plus capable de limiter notre besoin de consommation pour nous sauver nous-même, alors les autres êtres de la création, vous pensez.

    Pour terminer et revenir à un sujet plus terre à terre, il faut savoir que je suis originaire des Pyrénées et grand amateur de mes chères montagnes. Et je dois constater la main mise de ces pseudo-amoureux de la nature sur nos forêts pyrénéennes. En effet, l’automne venu, la chasse est à nouveaux ouverte. Malheur alors au promeneur qui pourrait avoir le malchance de croiser un chasseur. Et, pour l’avoir vu autour de moi, ils ont la gâchette facile et les victimes sont nombreuses même entre eux. Alors, de guerree lasse (au propre), on leur abandonne nos bois.

    Et maintenant que constate-t-on ? Ces tartuffes de la défense exclusive de nos bois ne sont pas fichus de sauvegarder le capital animal de nos montagnes. Ils sont bien trop occupés à se gaver de toutes les pauvres bestioles qui tombent sous leur pattes... alors l’ours, ou même le loup, représentent quand même des concurrents déloyaux.

    A bas, ceux qui prennent le plaisir à massacrer la nature. Comme le disait les inconnus dans un de leur sketch :

    - Quelle est la différence entre un bon chasseur et un mauvais chasseur ?

    - Un mauvais chasseur, il entend quelque chose, il tire, bon, il tire.

    - Et le bon chasseur ?

    - Il entend quelque chose, il tire, mais, bon, c’est un bon chasseur, quoi...

  • > Cannelle 20 novembre 2004 20:26, par anne

    Dingue de la vallée d’Aure où je passe mes vacances depuis de nombreuses années j’ai aussi été émue, touchée, révoltée par la mort de Canelle.
    Je partage votre indignation sur le comportement de l’homme vis à vis de cette nature qui l’abrite, le nourrit, lui permet de survivre

    Mais l’homme est un prédateur pour l’Homme. Le combat pour la préservation de la nature est vital mais je crois que d’autre combats doivent être aussi menés en même temps. Le Respect est primordial, vital, celui de la nature bien sûr mais celui de l’Homme peut être aussi et d’abord. Tant que l’Homme ne se respectera pas, au travers du respect la Femme, pourra-t-on lui demander de respecter la nature ?

    Le jour de la mort de Canelle j’avais préparé un « papier ». Une actualité très chargée m’a fait oublier de le poster.

    Je le mets en ligne ci dessous.


    Aujourd’hui un président est né. Les médias ont largement commenté cette naissances sans surprise tant la gestation avait été largement couverte par ceux-ci.

    Aujourd’hui une ourse est morte « assassinée » par un chasseur. Cannelle, que j’avais pu entrevoir lors de mes ballades dans ces Pyrénées où j’aime tant me promener, nous a quitté. Les médias ont largement diffusé cette nouvelle toute la journée. Quel « émoi » cela a procuré auprès de nos élus et hommes politiques, particulièrement les écologistes. On a presque été au bord d’une journée de deuil national selon une radio toujours « bien informée ».

    Il est dommage, je trouve, que ces médias et hommes politiques soient moins émus de la mort de plus de 70 à 400 femmes par an (selon les sources), en France, sous les coups de leurs conjoints.
    Il est dommage que le viol de 48 000 femmes par an en France, selon l’enquête ENVEFF, ne semble pas émouvoir beaucoup de ces mêmes médias et hommes politiques.
    Il est dommage que ces mêmes médias et hommes politiques ne trouvent rien à dire sur les moins de 2000 jugements aux assises concernant ces crimes (chiffres ministère de la justice).
    Il est dommage que les milliers de victimes, en majorité des femmes, que l’étude sur les pratiques de harcèlement en milieu éducatif dénombre, soient ignorées de ces mêmes médias et hommes politiques.

    Il est vrai que la Femme n’est ni présidente de l’état le plus puissant du monde, ni une espèce en voie de disparition. Elle représente je crois même, plus de la moitié de ce que l’on nomme l’humanité par endroit, le corps électoral ailleurs.

    Médias d’information dites-vous ? Hommes politiques près de leurs électeurs dites-vous ? Ecologistes respectueux de la nature dites-vous ?

    Les femmes ne sont pas « naturelles » il est vrai.

    Douce France, cher pays de mon enfance disait-on.


    Mais la mémoire est courte.

    Canelle est oubliée. Le reste aussi. Un jour notre planète bleue aura oublié l’homme car l’humain, je crains, ne l’a jamais beaucoup habitée.

 
 
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