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Tunisie : Une république en loque

Le régime tunisien sait admirablement cacher à l’opinion mondiale ses penchants totalitaires. Mais aujourd’hui, les masques tombent.
Tandis qu’en France, Seguin, Delanoë et Chevènement [1] apprécient les "qualités" de Ben Ali, la dictature suit son cours...

Une fois de plus - une fois de trop ! - les autorités tunisiennes ont transgressé une règle élémentaire de l’Etat de droit : l’indépendance de la justice. Hamma el Hamami, porte parole du POCT, Abdeljabar Meddouri et Samir Taamallah, contraints à la clandestinité depuis février 1998, se sont présentés hier devant le juge pour faire opposition aux jugements prononcés
à leur encontre. Amar Amroussia, condamné sans possibilité de recours à 2 ans d’emprisonnement depuis 1997, s’est également présenté au tribunal mettant ainsi un terme à près de 5 années de fuite. Au mépris total de la loi, en pleine salle d’audience, la police politiques ’est, cependant, brutalement emparée de Hamma et de ses camarades avant de
se raviser et de les laisser comparaître devant le juge, lequel, au terme d’une parodie de procès, a confirmé les peines de 9 ans et 3 mois de prisons. A. Meddouri, quant à lui, a écopé de 2 années supplémentaires pour " outrage à magistrat ". Les trois militants ont été embarqués sur le champ tandis que Amar Amaroussia a été arrêté en sortant du palais de justice : les policiers
l’ont sauvagement battu ainsi que les personnes qui l’accompagnaient (parmi lesquels les militants Chokri Latif et Lassaad el Jouhri) avant de l’emmener.

Ces graves événements apparaissent comme un terrible aveu. Devant des centaines de militants tunisiens et de nombreux observateurs étrangers, les autorités tunisiennes n’ont pas craint de déchirer le voile qui masquait tant bien que mal la métamorphose du ministère de la Justice en annexe du ministère de l’Intérieur, lui-même transformé en sous-département d’un ministère occulte de la police politique.

Les violences qu’on subit Hamma et ses camarades, le passage à tabac de militants tunisiens venus exprimer leur soutien, les brutalités à l’encontre des journalistes étrangers, le saccage et la confiscation de leur matériel vidéo n’ont, hélas, plus rien d’exceptionnel. Ils constituent seulement l’ultime épisode d’une série d’agressions physique dont les défenseurs des
droits humains et les opposants politiques ont été les victimes depuis le début des années 90 et plus particulièrement ces derniers mois. Quelle que soit l’heure, de jour comme de nuit, en quelque lieu qu’il se trouve, avec ou sans raison, tout tunisien est susceptible d’être battu ;
telle est la devise de la police politique. Ainsi, mercredi dernier, aux alentours de 19h30, Mohseni Lumumba, membre du Raid et responsable de la communication de la revue Kaws el Karama, a été intercepté à quelques centaines de mètres de chez lui par deux individus qui l’ont jeté à terre et violemment frappé au visage avant de s’enfuir à moto ; un scénario quasiment
identique à celui dont a été victime, un mois plus tôt, Nizar Ammami qui est membre du secrétariat du Raid.

Ces pratiques ne sont plus les symptômes d’un raidissement autoritaire du régime ; elles tendent à en devenir un des modes d’existence, complémentaire de l’accaparement par quelques-uns des richesses du pays.

Convaincue que le combat pour les droits économiques et sociaux de notre peuple, est indissociable du combat pour la république démocratique, notre association, avec toutes les associations et organisations démocratiques tunisiennes, dénonce avec la plus extrême vigueur la subordination des institutions de l’Etat à une flicocratie arrogante.

* Pour l’indépendance de la justice et le respect des droits de la défense, le Raid apporte son soutien à la grève décidée par le Conseil de l’ordre des avocats.

* Le Raid exige la libération immédiate de Hamma el Hamami et des ses camarades et assure leur famille de son soutien total, en particulier, Maître Radhia Nasraoui qui n’a jamais ménagé ses efforts en défense des militants de notre association.

* Le Raid exprime également son entière solidarité à Mohseni Lumumba et à ses camarades de Kaws el Karama comme à tous les militants victimes de violences policières.

Halte à la délinquance policière ! Pour une justice indépendante !

Tunis, le 3 février 02
Pour le secrétariat du RAID (Attac Tunisie),
Sadri Khiari, chargé de l’information.


Notes
 
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