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Le cœur sur la main, la main coupée !

J’ai toujours rêvé d’avoir à moi seule une plage sous les tropiques. Une plage inondée de soleil, bordée de cocotiers, avec à l’infini un océan de bleu, de vert et de violet. Il fait chaud, je suis étendue presque nue sur le sable blanc. Juste avant que j’arrive en ce paradis, un tsunami avait pris possession de cette magnifique plage, et il me l’a laissée à moi toute seule. J’ai bien fait d’arriver après son passage.

Je suis arrivée le 25 novembre, et le lendemain j’étais sur la plage avec mon époux et mes deux enfants. Quelle merveille ! Cela faisait des années que mon mari me parlait de la Thaïlande. « Un jour, » disait-il « nous irons y passer nos vacances ». Je me remémorais ces souvenirs quand soudain l’eau de la mer s’est retirée au loin subitement devant moi. Mon époux qui jouait avec nos deux fils à faire des châteaux de sable n’entendit pas mes cris quand la première vague arriva. Je reculai d’instinct, reculai et criai à m’en époumoner... Cette vague d’un mètre de haut entraîna ma famille et les aspira vers le large. Je vis mon époux se relever et chercher les enfants... quand au loin, un mur d’eau de 10 à 15 mètres fonçait sur la plage. Tout en faisant des signes et en hurlant, je reculai rapidement vers l’hôtel. J’atteignis l’entrée, quand un mur d’eau grondant s’écrasa sur la plage. J’eus alors l’impression d’être dans une machine à laver géante. Je fus projetée vers l’extérieur de l’hôtel par une porte arrière et me retrouvai à cinq ou 600 mètres à l’intérieur des terres, sur le contrefort d’une colline boisée qui me sauva la vie.

Quand je repris conscience, j’avais la gorge en feu, les rayons du soleil m’avaient par endroit cicatrisé la peau entre l’ombre d’une feuille à l’autre. J’avais des coupures sur tout le corps, et le sel de mer avait déposé sur ma peau d’énormes cloques. J’étais vivante, la belle affaire ! Mais ma famille avait disparu.

Et les autres ? Tous ces autres pauvres gens qui ont perdu presque tout. Tous ces autres qui n’ont jamais même eu le loisir d’approcher les hôtels rutilants. Tous ces autres qui n’ont même pas pour vivre par année, le dixième du coût du billet d’avion de nos deux touristes. De tous ces autres, qu’en devient-il ?

Quand des fois on ose dire, « rien ne va plus dans notre monde », certains se demandent pourquoi . Et bien qu’ils regardent ce qui se passe en Asie du Sud- Est. Pourtant l’humanité entière est présente en ces lieux. Les Nations Unies, la France qui entraîne l’Europe derrière elle, les USA, L’Australie, le Japon etc. La Croix Rouge Internationale, Oxfam, Médecins sans frontière, l’UNICEF et toutes les petites organisations de coins de rues qui ont donné pour les pauvres gens qui ont tout perdu. Tout le monde est là, et pourtant ça ne fonctionne pas.

Le problème, c’est que les sinistrés boivent toujours de l’eau polluée pour ne pas crever de soif, alors que des millions de bouteilles d’eau attendent d’être distribuées. Il y a du monde pour les distribuer. Il y a des camions pour les transporter, mais il n’y a plus de routes. Et quand il y a des routes, il n’y a personne pour autoriser la distribution. Et ces camions sans essence ça ne roule pas. Autrement dit, quand l’eau va finir par rejoindre certains villages, des enfants seront déjà morts de soif.

Pour tout le fric que des pays, des organismes, des petits épargnants enverront en Asie du Sud-est, combien d’argent tombera entre les mains du pauvre père ou mère de famille, qui n’a qu’une hâte, reconstruire sa petite maison, afin de mettre à l’abri ce qu’il lui reste de sa progéniture ? Dans un élan de générosité rarement vu, des individus ont promis des argents qu’ils n’enverront jamais. Des gouvernements qui en feront autant, ou alors trop tard. Les Nations Unies estiment qu’il leur faut un milliard de dollars US tout de suite. Il est probable qu’ils ne l’auront pas, du moins pas tout de suite. D’énormes machines administratives sont en marche dans le monde entier. On ne peut pas payer des individus à ne rien faire... qui attendent sur le bord de la route la décision qui leur permettra de reconstruire un pont qui dispensera à une population qui en a vraiment besoin ces fameuses bouteilles d’eau.

Le bordel, c’est qu’il faudra avant d’aider qui que ce soit, trouver des entreprises pour faire le travail de reconstruction... leur demander des soumissions, évaluer le tout avant de prendre une décision. Car les grosses entreprises qui font des milliards de profits par an ne donnent pas d’argent aux pauvres. Les gouvernements qui donnent, ne donnent-ils pas à leur tour, que l’argent des petites gens qui payent leur impôt ? Autrement dit, celui qui donne et celui qui ne reçoit jamais rien, c’est le même pauvre.

Tout ce branle-bas, ce remue-ménage de bonne volonté pour certains, et l’argent donné avec une arrière pensée pour d’autres, de denrées de toutes sorte envoyées, se rendront-ils un jour, avant qu’un enfant ne meure ? Entre les mains tendues de la petite fille qui pleure sa poupée perdue, qui pleure parce qu’elle a soif et faim, parce qu’elle a aussi perdu sa maman et qu’elle a besoin à nouveau d’être aimée, pouvons-nous espérer une vraie coopération des nations ?

Quand nous voyons des nations comme les États-Unis, qui se délestent de quelques minables 350 millions de dollars pour l’Asie du Sud Est et qui viennent d’en dépenser quelques centaines de milliards pour casser la gueule à Saddam Hussein et qui n’ont pas fini là-bas leur sale besogne. Qui assassinent des centaines de milliers d’Irakiens sans pitié et qui voudraient nous laisser croire qu’ils sont pleins de compassion pour les Asiatiques. Ils s’en foutent oui ! Tout n’est que de l’hypocrisie. Qu’est-ce qu’un don sincère ? Celui pour lequel on n’attend rien en retour. Personne ne croira dans le monde, que les États-Unis donneront d’une main sans reprendre de l’autre. Alors que les médias cessent de nous parler d’un élan humanitaire de la part des nations. Toutes savent très bien ce qu’elles font et rien n’est gratuit !

Mehr licht


 
 
 
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5 commentaires
  • > Le cœur sur la main, la main coupée ! 15 janvier 2005 19:58, par Papa Tango

    Depuis plus de 30 ans, j’ai aussi rêvé de ces plages, rêve parfois réalisé.

    Et pourtant, croyez-moi ou pas, à chaque fois que je regardais l’horizon, je me demandais si une vague monstrueuse n’allait pas balayer mon rêve, peut-être volé à d’autres.

    La vie continue, les tours-operators encouragent à y revenir, bronze-culs, casse-têtes, et crève-coeurs.

  • > Le cœur sur la main, la main coupée ! 15 janvier 2005 22:06, par Une personne à l’abri, mais pas de tout

    Sûrement qu’il n’y a pas d’élan humanitaire de la part des Nations...Mais ne trouvez-vous pas que les réactions des bénévoles sont nombreuses ? Ne trouvez-vous pas que "grâce à" cette catastrophe les hommes se sont ( un peu) rendu compte de leurs vulnérabilités (au moins face à Dame Nature) ??? je dois paraître bien niaise, mais je reste persuadée que ce n’est pas par les gouvernements, les Nations etc. mais par LA base que l’humanité évoluera...
    Il y a donc de l’espoir.

  • > Le cœur sur la main, la main coupée ! 16 janvier 2005 15:30, par Mehr Licht.

    À une personne à l’abri,

    Bien oui je suis d’accord avec vous gentille madame et j’en parle de tous ces merveilleux petits donateurs. Le problème est : que c’est encore les peu nantis qui donent de bon coeur. Ils l’ont toujours fait d’ailleurs, pour quelque cause que ce soit.

    J’ai bien peur de ne pas avoir autant d’espoir que vous quant à l’avenir de l’humanité. Les clubs du pouvoir sont devenus bien trop puissants.

    Merci de vous êtes intéressé à cet article. Cordialement,

    Mehr Licht

  • > Le cœur sur la main, la main coupée ! 16 janvier 2005 20:36, par Le Rouget de Lille

    Selon une information non confirmées de géo-stratégie (je crois) ; le séisme et les vagues ont été perçus par les satelites US et autre dès 0 heure 58 TU. Malheureuseumment, le lendemain de Noel, les services des ambassades étant ferméss, personne n’a pu être prévenu. Seul les satelites de leur oeil froid ont assisté à cet engloutissement monstrueux.

    Alors que l’on aurais pu, selon les longitudes, prévenir et sauver des dizaines de milliers de personnes d’un simple appel téléphonique,il n’y avait personne aux standards pour répondre et déclencher une alerte. Rien de tel n’était prévu. Et puis la fête avant tout !

    Puisque l’on peut mourrir de soif devant un camion remplit d’eau fraiche, je crois que nos masses humaines sont devenues complètements ingérables et sont vouées à leur disparition totale.

    Je vous prie de bien vouloir m’excuser de cette réflexion cynique, mais je n’y crois plus.

    Le pire est que j’habite une petite île prospère mais située sur le bord d’une faille importante et active. Que j’ai participer activement aux remises en état d’infrastructures après le passage de 5 Cyclones majeurs depuis 1995.

    J’attends donc le prochain cataclymes qui nous englourira en me disant que nous l’avons mérité. Et que de toute façon ma disparition ne changerera rien dans l’écoulement astral de l’univers comme le dit si bien Hubert Reeves.

    The Show must go on !

  • > Le cœur sur la main, la main coupée ! 17 janvier 2005 19:17, par un voyageur sans valise

    Notre supposée générosité n’est qu’un très faible retour de l’argent que nous leur volons sur leur salaire.

    si le café, les bananes et tous ces produits qui viennent de chez eux sont si bon marché, c’est simplement parce qu’ils ne reçoivent`pas le salaire équitable !

    verser leurs le salaire qu’ils méritent et ils n’auront pas besoin de votre aide...

    l’aide que nous "donnons " ne pardonne pas le vol que nous commettons, nous sommes ces bourgeois du 19 ème que décrivait Zola, je comprends aujourd’hui, ce n’étaient pas de méchantes gens... Comme nous, il n’y a peut-être pas un Zola a chaque siècle !

 
 
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