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Français ou citoyens de seconde classe ?

25 janvier 2005

Il y avait massées là, au pied de cet immeuble imposant qu’est France Télévisions, en ce samedi 22 janvier, quelques centaines de personnes. Français ou immigrés, venus de tout horizon, habitant la ville de Paris ou ses environs. Il y avait quelque chose de poignant dans la requête de ces personnes qui bravaient le froid, et à qui la France semblait tourner le dos.

Ce n’était pas un rassemblement d’essence religieuse ou « communautaire ». C’était l’union fraternelle de citoyens de toute origine, antillaise ou africaine, ou issus de pays anciennement colonisés, notamment du Maghreb - de nationalité française ou pas - qui ressentaient comme une blessure insupportable le fait de se voir quotidiennement l’objet de discrimination raciale. L’union de gens que les revendications du Mouvement pour la Justice et la Dignité (MJD) avaient mis en route.

Un mouvement qui se veut laïc, citoyen, républicain et entend « lutter contre toute forme de racisme, sans hiérarchie et sans exclusive. Qui entend soutenir partout la lutte des peuples contre l’oppression coloniale et la discrimination raciale. Et par là même rétablir et maintenir la justice sociale, rétablir dans leurs droits les populations marginalisées et les minorités bafouées, encourager, stimuler et développer les luttes contre les discriminations de toute nature. Car, que l’on soit Tzigane, Musulman, Juif, athée, le racisme est un et indivisible, il ne doit pas y avoir d’exception » nous a confié M. Maata Bagdad, le Président de ce mouvement créé en mars 2004. A une période où certaines dérives médiatiques stigmatisant des personnes d’origine Africaine, Arabes ou de confession Musulmane, ont soulevé l’opinion.

Que voulez-vous dire précisément aux responsables des médias, notamment aux responsables des télévisions ?

« Nous ne demandons pas de traitement de complaisance ni de faveur : nous voulons simplement une information objective et neutre. Nous avons adressé un message dans ce sens au Président Directeur Général des télévisions publiques, afin qu’il entreprenne ce qui est en son pouvoir pour que les rédactions prennent conscience qu’ils convient d’opérer un changement d’attitude dans la manière de présenter les faits. C’est pourquoi nous voulons faire savoir à ceux des journalistes qui nous assimilent, si facilement, à des éléments porteurs de désordre et d’insécurité, qu’ils ont une grande responsabilité dans la formation de l’opinion en France et dans l’aggravation d’une animosité qui nous met dans une situation d’infériorité. Nous voulons leur dire que nous avons droit à ce respect de la dignité auquel tout être, quel qu’il soit, aspire. Nous voulons leur dire que nous ne comprenons pas pourquoi, chaque fois qu’une personne est mise en cause, on la renvoie à ses origines. Nous voulons leur dire que nous sommes des êtres humains et que nous désirons être traités comme tels. Nous voulons également dire merci aux journalistes qui font bien leur travail. Par contre à ceux qui nous stigmatisent et nous humilient nous tenons à leur rappeler que nous avons droit à la dignité, à un service public égal pour tous. Que quand nous payons notre redevance ils ne regardent pas la couleur de notre peau ».

Sur les visages à l’écoute des orateurs, se lisait une amertume mêlée d’espoir. Il suffirait de si peu en effet, pour que chacun puisse se sentir en harmonie avec son environnement. Il dépend de chacun de comprendre que si ceux qui se sentent humiliés dans la République se rebellent aujourd’hui, c’est pour une bonne cause : pour le respect de la dignité et de la justice.

« Etes-vous Français ? » avons-nous demandé à un groupe de jeunes. L’un d’eux a sorti de sa poche une carte d’identité française, avant de répondre non sans un peu de ressentiment dans la voix : « Oui Français, mais citoyen de seconde classe ».

Nul ne peut nier que les Maghrébins, les Antillais, les Africains sont les premières cibles de la discrimination raciale en France. Une discrimination qui les marginalise durement. Ceci nous amène à nous demander si tout le bruit que certains médias font autour de « l’antisémitisme », ne sert pas à masquer et à minimiser les injustices dont ils sont, en vérité, victimes.

Il faisait froid, il faisait triste mais un élément optimiste, est venu d’où nul ne l’attendait : à l’issue de la manifestation, qui a duré deux heures, les policiers ont félicité les participants pour leur tenue digne.

La preuve qu’il y a toujours, en France, des oreilles prêtes à entendre et que, par delà les différences culturelles, il est possible de se mobiliser pour bâtir ensemble un avenir commun, une société plus juste.

silviacattori@yahoo.it


Note.
Toutes les personnes que la discrimination raciale révolte, peuvent désormais faire entendre leurs voix en participant aux rassemblements que le Mouvement pour la Justice et la Dignité programme chaque mois.

Prochain rassemblement. Samedi 12 février 2005 à 14 heures.
Devant le siège de France Télévisions, sur l’esplanade Henri de France.
Métro Balard ou RER C (station Bd Victor) ou Bus 42.
Contact : mjudi2004@yahoo.fr


 
 
 
Forum lié à cet article

4 commentaires
  • > Français ou citoyens de seconde classe ? 26 janvier 2005 23:47, par Le Kaziste

    J’y étais, l’ambiance était telle que vous la décrivez, avec un soupçon de Renseignements Généraux en plus, mais bon, ça, on a l’habitude.

    J’aurais aimé vous y rencontrer Sylvia, étant un lecteur assidu de vos lectures.

    J’y étais, mais je dois admettre que je suis parti avant la fin, dès lors que j’ai entendu la déclaration de l’orateur qui annonçait le refus du reponsable de nous rencontrer, estimant que s’il le faisait, il nous donnait raison.

    J’aurais aimé rester, mais un vent de déception, de mépris, de haine, m’a glaçé le sang, plus encore que le froid de l’esplanade, que le froid des employés, nous regardant de leurs fenêtres comme des parias.

    J’y suis, en France, mais j’avoue que je ne veux pas rester, ne me sentant pas chez moi quand je demande un droit aussi fondamentale que celui de ne pas être insulté par un service public, bien qu’on me dise que je suis chez moi, quand je paye mes impots ou que je donne ma voix.

    J’aimerais pouvoir dire que je me sens bien ici, quand je vois des frères et soeurs blancs me tendre la main, m’accompagant à chaque lutte, mais je suis très vite rattrapé par la puissance du gouvernement noyauté par les lobbys.

    Je pars, bientôt, je ne sais pas quand, mais je partirais, avec le secret espoir de revenir...

  • > Français ou citoyens de seconde classe ? 27 janvier 2005 07:51, par essaid

    Bonjour Sylvia,

    Le titre me suffit amplement, citoyens de seconde classe, de seconde zone.

    Tant que nous n’aurons pas un sursaut citoyen de balayer toute cette classe politique qui accepte de mettre au rancard d’autres citoyens parce qu’ils sont blancs pas tout a fait, noir, jaune, rouge où de n’importe quelle couleur.
    Tant que nous n’aurons pas balayé les méfaits du colonialisme et ses avatars.
    Nous serons des citoyens de seconde zone.

    Merci pour cet article Sylvia, pour le Kaziste, je m’en irais pas et je combattrais cette pourriture car je suis chez moi, qu’on se le dise.

    Cdt Essaid.

  • > Français ou citoyens de seconde classe ? 27 janvier 2005 14:58, par T.

    Pour éviter cette pensée unique, il faut casser le système du piston et il existe partout, là où c’est flagrant, c’est sur France Télévision, je trouve cela inadmissible, parce que c’est une entreprise publique financée par le contribuable, les entreprises privées font ce qu’elles veulent, ça les regarde, mais il s’agit d’entreprises d’état ou semi-publique, il doit y avoir de la transparence et le recrutement doit se faire en proportion des populations qui vivent dans ce pays, combien de fils de ou de filles de, travaillent sur France télévision, je ne veux pas le savoir, le népotisme et le copinage doit être supprimé, il y a beaucoup de journalistes aux chômages qui représentent la diversité, faite comme BBC.
    Si vous ne voulez pas changer votre politique faite une OPA sur France 2 avec des capitaux privés et ne vous étonné pas si les paraboles poussent comme des champignons. Le Futur est à nous.
    Tamuz

    L’ennemi est devant vous, la mer est derrière vous, aucune
    échappatoire, la victoire ou la mort.

  • > Français ou citoyens de seconde classe ? 27 janvier 2005 22:09, par Le Kaziste

    Cher Essaid

    Oui, tu as raison, je resterais, le gouvernement français nous a exploité, violé, humilié pendant des décennies, parfois pendant des siècles, souillant par là même le peuple français en le rabaissant au rang de complice de cette ignonimie que fut le colonialisme.

    Je resterais, mais je compte remettre un pied dans mon pays d’origine, le Tiers-Monde a besoin de nous, cette nouvelle génération de français venus redonner à nos pays ancestraux ce que la France leur a volé, et par là même rendre au peuple français l’honneur que lui ont volé ses dirigeant dans le passé.

    Ceci est un appel à la France, aux françaises et français, rendez au Tiers-Monde ce que vous lui avez pris, en lui tendant la main pour le relever du coup mortel que lui affligèrent les colons, c’est la seule voie possible pour recouvrir votre dignité de français(e).

    Nous sommes chez nous, en France, et dans le monde.

    Et ce, PAR TOUS LES MOYENS NECESSAIRES

    Le Kaziste

 
 
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