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Vies parallèles (victimes des médias)

Par Wayne Hall (ATTAC Hellas)
Traduction : Gérard Robin, traducteur bénévole

Ceci est l’histoire de deux hommes qui ont fini en prison pour avoir
commis le crime de penser que les téléspectateurs et les lecteurs de
journaux ont le droit (et peut-être le devoir) d’appliquer en
pratique ce qu’on leur a enseigné en principe.

- Le premier homme était un Allemand, un peintre en bâtiment nommé Josef
Bachmann,
qui était un lecteur du Bildzeitung, un journal à sensation
de la presse Springer. En avril 1968, Bildzeitung a fait croire à
Bachmann que les biens les plus précieux et les plus chèrement acquis
de la vie publique allemande étaient menacés par un certain « Rudi le Rouge ».

Rudi Dutschke était un dissident protestant qui avait refusé le
service militaire en Allemagne de l’Est et qui s’était enfui à Berlin
Ouest en 1961 juste avant la construction du Mur. Evoluant de la
théologie protestante à la sociologie marxiste de Francfort, qu’il
étudiait à l’Université Libre de Berlin, Dutschke a été projeté par
les médias, en même temps que Daniel Cohn-Bendit en France, comme
emblème de la Nouvelle Gauche, une nouvelle génération d’activistes
qui rejetaient non seulement le « socialisme actuel » des régimes de l
’Europe de l’Est, mais aussi le « réalisme » social-démocrate qui
avait conduit le SPD allemand à son congrès de Bad Godesberg en 1969 à
abandonner l’objectif de remplacer le capitalisme par le socialisme

Le 7 avril 1968 Bachmann tira une balle dans la tête de Dutschke dans
une rue de Berlin. Il expliqua qu’il voulait « tuer un sale
communiste », ce qui ne lui évita pas d’être arrêté, mais il fut
condamné à sept ans de prison seulement suivant les arguments des
avocats de Dutschke qu’il était seulement l’outil involontaire de
forces plus puissantes. Dutschke lui-même perdit la mémoire à la suite
de l’attaque, et dut réapprendre les langues et la sociologie. Pour qu
’ils comprennent tous deux ce qui avait conduit Bachmann à essayer de
le tuer, Dutschke entreprit une correspondance introspective avec le
jeune travailleur. On dit que Bachmann a été très affecté par cette
correspondance, et il semble que c’est après une période de silence de
la part de Dutschke que Bachmann se suicida en 1970. Le soir de Noël
1979, Dutschke quitta aussi ce monde, non de sa propre main, mais de
façon posthume de celle de Bachmann, à la suite de l’agression de
Berlin douze ans auparavant.

- Le deuxième homme n’est pas quelqu’un du passé, mais du présent, un
Australien nommé David Hicks. David est actuellement détenu à Cuba par
le gouvernement américain, accusé d’être un terroriste. Il n’est
accusé de rien en particulier, mais il n’est pas non plus un
prisonnier de guerre, les Etats-Unis n’étant officiellement en guerre
avec personne, donc David n’a aucun des droits qui s’appliquent aux
prisonniers de guerre selon la Convention de Genève. Personne, pas
même sa famille, n’a le droit de lui rendre visite ou de prendre
contact avec lui, et bien qu’il ne puisse pas actuellement être jugé,
et traité comme un criminel, sa situation est bien pire que celle de
Josef Bachmann quand il était en prison en Allemagne.

David est né et a grandi à Adelaïde ; avant de partir outre-mer, il a
occupé toutes sortes d’emplois : il a été apprenti dans un élevage de
bétail, dans les Territoires du Nord et au Queensland, il a travaillé
dans des abattoirs et comme saisonnier. Pendant son temps libre, il
faisait des rodéos de chevaux et de taureaux et chassait les requins.
Vers ses vingt ans, il quitta l’Australie et alla au Japon pour
entraîner des chevaux de course. Il vit à la télévision un programme
qui changea sa vie. Il vit que des innocents au Kosovo étaient
massacrés par les Serbes et il pensa qu’il devait essayer de les
aider. Il s’enrôla dans l’Armée de Libération du Kosovo.

A l’époque l’ALK était aidée par les Nations Unies, mais deux mois
plus tard environ, ils décidèrent que l’aide étrangère n’était plus
nécessaire et David fut renvoyé à Adelaïde où il se lança dans l’étude
de l’Islam. Pour poursuivre son étude de la foi islamique et apprendre
l’arabe ancien, il voulut voyager sur la Route de la Soie à travers l’
Himalaya mais la seule façon de le faire en sécurité était de
rejoindre l’Armée pakistanaise, ce qu’il fit, et il servit dans une
patrouille au Cachemire. Le 11 Septembre, il se trouvait à Kandahar,
en Afghanistan, où contacté par sa famille, il ne manifesta aucune
connaissance des attaques terroristes aux Etats-Unis. Ses supérieurs l
’envoyèrent à Kaboul pour défendre la ville contre l’Alliance du Nord
et le 9 Décembre il fut capturé par les troupes de l’Alliance du Nord
et fait prisonnier. Ensuite il fut transféré aux américains et envoyé
à Cuba.

La famille de David Hicks dit que s’il avait commis un crime, il
devrait être jugé en Australie. En tant que gouvernement allié des
Etats-Unis, le gouvernement australien devrait demander son
rapatriement pour être jugé dans son propre pays.

Pour citer son père : « nous pensons que les droits de David Hicks en
tant qu’être humain sont violés aussi longtemps qu’il est détenu à
Cuba. Si nous tolérons que cela arrive à un Australien, nous pouvons
aussi bien abandonner tous nos droits maintenant. Ne laissons pas le
cas de David constituer un précédent qui pourrait attenter à nos
libertés futures. Si David a commis un crime, il devrait être jugé.
Comme vont les choses, David pourrait être détenu indéfiniment, et
jamais accusé, ou autorisé à se défendre devant un juge ou un jury. »

Il semble que Rudi Dutschke n’a pas été le seul membre de la
génération de 1968 à avoir perdu la moitié de son cerveau à ce moment
ou plus tard. Si c’est une affirmation calomnieuse, une façon de la
réfuter serait pour les activistes anticapitalistes actuels de
prolonger pour le combattant pour l’Islam David Hicks quelque chose
comme la solidarité que Rudi Dutschke a manifestée envers son assassin
Josef Bachmann.

Terry, le père de David Hicks, a éloigné les médias, mais a autorisé
une interview sur Internet afin que la vérité soit connue au sujet de
son fils. Pour plus d’informations prendre contact avec Trudy Dunn,

Wayne Hall
ATTAC Hellas


 
P.S.

Illustration : René BALME

 
 
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