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...Et Français toujours !

Puisqu’on veut rendre obligatoire à l’école française l’apprentissage de la Marseillaise comme remède aux maux qui rongent la société, préparons-nous à faire des analyses de texte de cet incomparable hymne national. Chantez, petits Français....

« Allons enfants de la patrie »

La Patrie, c’est la version républicaine du Père Tout-Puissant. On a transformé le patriarcat en code civil : de père en fils jusqu’à la fin des temps, et l’ordre règnera dans les siècles des siècles. Mais chacun sait qu’en réalité ce sont les femmes qui enfantent, alors on a inventé la « mère Patrie », terre nourricière engrossée par l’Etat, ce monstre froid qui dévore sa progéniture. Pour ce couple maudit, entité à deux faces, mère et patrie, les êtres humains restent toute leur vie des enfants, jamais adultes, toujours soumis à l’autorité de ceux qui décident pour eux. « Allons ! » comme on dit aux gosses qui renaclent à se lever : debout les gars (les filles restent à la maison), mettez-vous en rangs et marchons ensemble. Une ! deux !

« Le jour de gloire est arrivé »

La gloire, chacun le sait, est réservé aux Grands (ceux d’en-haut). Aux petits (ceux d’en-bas), il reste les monuments publics (aux enfants de .... morts pour la France). Ils ont bien mérité de la patrie, qui les remercie collectivement et couronne de verts lauriers ses généraux et ses ministres. Allons enfants, petits avortons, merdeux, chiards, graînes de bois de lit, vibrez de mâle fierté pour la gloire de ceux qui n’auraient rien sans votre sacrifice. Chair à machines, chair à canons, ta viande nourrit les glorieux vainqueurs.

« Contre nous, de la tyrannie
L’étendard sanglant est levé »

Bien sûr, nigaud, tu as compris : la tyrannie, c’est l’Autre, l’Etranger qui menace, le Mauvais. Autrement dit : Eux. Tandis que Nous, nous sommes les Bons, nous défendons la Liberté et nous avons le Droit pour Nous. Les majuscules nous donnent raison. Alors choisissons-nous des chefs suprèmes, au nom de la liberté, qui nous dirigent d’une main de fer pour nous sauver de la tyrannie. Notre drapeau est beau, celui des autres est un chiffon plein de sang.

« Entendez-vous dans nos campagnes
Mugir ces féroces soldats ? »

Nous, soldats de la liberté, nous marchons au pas en chantant d’une voix claire. Les autres, les Barbares d’en face, ne savent que beugler, mugir, grogner comme des animaux. Seuls les adjudants de l’ennemi aboient leurs ordres, chez nous, ils parlent fort.

« Ils viennent jusque dans nos bras
Egorger nos fils et nos compagnes »

Voilà donc le secret : c’est une chanson pour les garçons. On s’en doutait depuis le permier vers : il y est seulement question des Mâles. Les « enfants de la patrie » sont les petits mecs qui vont mourir. Les femmes ne sont que leurs compagnes. Quant à leurs filles, il n’y en a pas. La Patrie est une affaire d’hommes. C’est l’ordre transmis des pères aux fils : travaille, souffre et meurs (sans te plaindre).

« Aux armes, citoyens ! »

Le mot magique : citoyen. Etre humain transformé en porteur d’armes, pour défendre cette patrie qui protège les droits des propriétaires. Garçon, te voilà citoyen : va mourir ! Quant aux femmes et aux filles, qu’elles gardent la maison pour engendrer d’autres fils à l’Etat, préparer la bouffe, faire le ménage, toutes tâches qui grandiront le sacrifice de leurs fils et de leurs époux (la chanson n’a pas vu venir l’émancipation).

« Formez vos bataillons ! »

En rangs par deux par groupes de dix ! Et si ça bronche, on en prendra au hasard un sur dix pour le fusiller (comme le général Pétain l’a si bien fait pour réprimer les mutineries en 1917). Les citoyens se forment en batailllons, comme les ouvriers chez les soviets, dont le fameux Lénine célébrait « la marche cadencée des bataillons de fer du prolétariat ». C’est sans doute pour cela que nos dirigeants aiment tant les « initiatives citoyennes » : elles mettent les gens en rangs, comme les écoliers devant le maître, les soldats à la revue, les ouvriers devant les machines alignées dans l’atelier, les boîtes de conserve sur les rayonnages, les caissières aux supermarchés, les oignons dans les plantations, les stylos dans le tiroir. Le citoyen plaît à l’Etat rangé en bataillons.

« Marchons, marchons ! »

Au pas, camarades, au pas ! Trimons ! bossons ! suons ! usons notre corps ! gagnons la vie de nos maîtres à la sueur de nos fronts ! saignons nos veines ! tirons les lourds fardeaux de nos employeurs ! traînons notre vie de misère ! souffrons ! épuisons-nous ! mourrons ! tombons au champ (d’horreur ou de boulot, au choix).

« Qu’un sang impur abreuve nos sillons ! »

Tiens, voilà du boudin ! Il faut saigner la Bête, et la faire pisser rouge dans la terre. Mais on sait ce que cela provoque, quand on nourrit de chair la nature végétale : des « vaches folles ». Nos sillons abreuvés de sang feront le pain rouge qu’on donnera à mordre à nos fils, pour qu’ils aient la haine bien aux tripes, et marchent en rangs serrés aux ordres des aboyeurs. Crève l’étranger, fiston, fais-lui gicler son sang impur, et, pour finir, offre ton sang pur à la Patrie, qui te fera un monument.

Sujet de rédaction : sur le même modèle écrivez une chanson à la gloire de la guillotine.

Paul Castella

(Reproduction possible)


 
 
 
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6 commentaires
  • > ...Et Français toujours ! 4 mars 2005 12:42, par laurent

    Belle analyse !

  • > Il faut embastiller Castellla ! 4 mars 2005 18:47, par 16bis

    Dites donc auteur de cet article, vous devriez savoir qu’il existe désormais une loi qui interdise de cracher sur la Marseillaise comme vous le faites !


    Le 24 janvier 2003, l’ensemble des députés ont adopté, dans le cadre de la Loi de Sécurité Quotidienne (LSI) proposée par Nicolas Sarkozy, un amendement créant le délit d’« outrage » au drapeau français et à l’hymne national, La Marseillaise. Délit sanctionné par un emprisonnement de 6 mois et 7 500 euros d’amende.
    (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Marseillaise )

    En conséquence, et parce que les forces de l’ordre sont actuellement fortement occupées à renforcer les contrôles aux abords des écoles, vous serez gentil de vous constituer prisonnier à la maison d’arrêt ou centre de détention (tant qu’à faire) le plus proche de votre domicile... Ce faisant vous ne passerez pas par la case départ, et vous ne toucherez pas 20.000 francs.

    Merci de votre collaboration.
    Vive la République !!

  • > ...Et Français toujours ! 4 mars 2005 22:41, par Paul Castella

    Heureusement, la Bastille a été déjà été libérée, un certain 14 juillet...

    Paul Castella

  • > ...Et Français toujours ! 6 mars 2005 17:48, par Daisy

    Franche hilarité ! Merci pour ce moment joyeux.
    Il n’y a pas un jeune qui ne ce soit amusé avec ces camarades à faire ce que vous avez si ironiquement écrit dans cet article à savoir le démontage du texte de la Marseillaise.
    "Le sang impur" m’avait particulièrement plu. Comme tout le monde sait il existe deux sortes de sangs : le sang pur et les autres forcément impurs. Il me semble qu’il y avait des précédents dans le mots "race"...Pur, impure...
    L’obsession de la pureté !

    Heureusement, que nous aimons mieux les mélanges aujourd’hui et que les seules impuretés qui subsistent dont nos sangs sont d’ordres pathogènes...

  • > ...Et Français toujours ! 8 mars 2005 07:33, par Taurin M.

    Il existe bien d’autres versions, dont celle-ci : La “Marseillaise des requins”, par Gaston Couté, 1911.

    Au cas où le lien ci-dessus ne fonctionnerait pas :
    http://www.merle-rouge.claranet.fr/requins.htm

  • > ...Et Français toujours ! 9 mars 2005 06:55, par Taurin M. (bis)

    La Marseillaise de la Paix (1892)

    -1- De l’universelle patrie,
    Puisse venir le jour rêvé !
    De la paix, de la paix chérie,
    Le rameau sauveur est levé ! (bis)
    On entendra vers les frontières,
    Les peuples se tendant les bras,
    Crier : Il n’est plus de soldats !
    Soyons unis, nous sommes frères !

    (…)

    -3- Plus de fusils, plus de cartouches,
    Engins maudits et destructeurs !
    Plus de cris, plus de chants farouches
    Outrageants et provocateurs ! (bis)
    Pour les penseurs, quelle victoire,
    De montrer à l’humanité,
    De la guerre l’atrocité,
    Sous l’éclat d’une fausse gloire !

    (…)

    Refrain
    Plus d’armes, citoyens ! Rompez vos bataillons !
    Chantez, chantons !
    Et que la paix féconde nos sillons !

    - Cette version de la Marseillaise fut d’abord chantée dans l’orphelinat expérimental de Cempuis (Oise) dirigé par le pédagogue libertaire Paul Robin (1837-1912), lequel s’illustra également par son combat en faveur de la limitation des naissances. Publiée dans la revue pédagogique “ Après l’école ”, cette contrefaçon de l’hymne national sera ensuite reprise dans d’autres écoles publiques, faisant l’objet de plaintes, poursuites et sanctions. Crime de lèse-patrie que de faire entonner aux enfants une Marseillaise pacifiste, à une époque où s’intensifie le bourrage de crâne destiné à préparer les esprits à la revanche et les corps au sacrifice !

 
 
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