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Dix choses à faire suite à la débâcle d’Enron...

Il a fallu des siècles pour obtenir la séparation de l’Église et de l’
État. Aujourd’hui, nous sommes confrontés au défi de séparer l’État
des entreprises. Pas un seul secteur de notre société, pas une seule
institution ne devrait contrôler le gouvernement. L’État est la
propriété du peuple entier et devrait en conséquence créer des lois et
veiller à ce qu’on les applique.

Traduction Gordon Southam, traducteur bénévole.

1. NOUS DEVONS PRENDRE CONSCIENCE QU’IL S’AGIT DE LA CRISE, NON
SEULEMENT D’UNE ENTREPRISE, MAIS DU SYSTÈME POLITICO-ÉCONOMIQUE DANS
SON ENSEMBLE.

Quelques-uns de nos leaders politiques et économiques ont essayé de
dépeindre l’effondrement d’Enron comme un problème limité à une
entreprise et à certains individus. Mais la banqueroute d’Enron - la
plus grosse de l’histoire des États Unis - est symptomatique de
défauts structurels profonds de notre système, qui nécessitent une
révision complète plutôt qu’un peu de bricolage.

2. NOUS DEVONS RENIER ET NOUS SÉPARER DU DOGME DU LIBRE MARCHÉ, QUI
EST À LA BASE DU DÉSASTRE ENRON.

Depuis maintenant trois décennies, la politique économique américaine
est dominée par le fondamentalisme : privatiser les actifs de l’État,
déréglementer les contrôles de l’État sur les entreprises et faire
confiance aux " forces du marché " (par exemple à ceux qui ont le plus
d’argent) pour allouer les ressources et fixer les prix. Enron
militait avec force pour réduire la supervision de l’État sur le
comportement des entreprises. Or c’est ce manque de réglementation
étatique qui a permis a une entreprise évaluée à plus de soixante
milliards de dollars l’année dernière de s’écrouler, perdant 99 % de
sa valeur boursière. Cela signifie que des fonds de pension ont perdu
d’immenses sommes (par exemple, les fonctionnaires de l’État de
Floride ont perdu 325 millions de dollars ; ceux de Californie, plus
de 230 millions de dollars), et que des milliers d’employés d’Enron et
de ses filiales ont perdu à la fois leur emploi et leur économies.

La tâche à laquelle sont confrontés les citoyens des États-Unis est ni
plus ni moins que de redéfinir ce que doit être le gouvernement. Nous
devons nous démarquer du dogme du libre marché qui dit que le
gouvernement est mauvais en soi et qu’il doit s’écarter du chemin des
entreprises. Nous devons au contraire nous orienter vers une
définition démocratique du gouvernement qui voit en lui un outil au
service du peuple, destiné à défendre toute personne ou institution
mentant au peuple ou enfreignant la loi par cupidité.

3. NOUS AVONS BESOIN DE RÉFORMES MAJEURES DU FINANCEMENT DES PARTIS
POLITIQUES POUR NOUS ASSURER QUE LES ÉLUS TRAVAILLENT POUR LE PEUPLE
ENTIER, ET PAS SIMPLEMENT POUR CEUX QUI LEUR SIGNENT DES GROS CHÈQUES.

Le cas d’Enron est unique dans de nombreux domaines, mais il
ressemblait à la plupart des grosses entreprises en ce qu’il
influençait les élus en offrant fréquemment de larges rétributions aux
membres des deux principaux partis politiques. Par exemple, le leader
de la majorité de l’Assemblée, Tom Delay (républicain), a reçu 28 900
dollars d’Enron durant ces douze dernières années ; le sénateur
responsable de la commission d’enquête sur Enron, Joseph Lieberman
(démocrate), a reçu 2 000 dollars d’Enron au début des années 1990 ; l
’ex-responsable de l’influent Comité des banques du Sénat, Phil Gramm
(républicain), est un ami intime du fondateur d’Enron, Ken Lay, et le
deuxième plus important bénéficiaire de dons pécuniaires d’Enron parmi
tous les sénateurs. La majorité des sénateurs ont bénéficié à un
moment ou un autre des largesses d’Enron.
Quand les élections sont déterminées par l’argent plutôt que par de
bonnes idées et par la moralité, nous obtenons le meilleur
gouvernement que l’argent puisse acheter. Cela transforme l’Amérique
en une autre sorte de " melting pot " : la base brûle et le cloaque
remonte à la surface. Seules des restrictions massives du financement
politique peuvent résoudre ce problème. La campagne pour réformer la
législation du financement des campagnes électorales, menée par Shays
et Meahan, a été bloquée par des républicains et des démocrates
pendant des années. Mais la proposition de loi a récemment resurgi à
la suite du scandale Enron et devrait être soumise au vote de l’
Assemblée vers la mi-février. Toujours est-il que cette législation ne
va pas assez loin : elle limite le " soft money " (donations aux
partis politiques ou aux comités d’élection plutôt que directement au
candidat) mais ne fait pas grand-chose pour changer le fait que les
législateurs sont plus accessibles aux riches qu’aux citoyens de base.
Jusqu’à ce que nous obtenions le financement public intégral des
campagnes, la règle d’or est que celui qui a l’argent décide des
règles.

4. NOUS DEVONS EN FINIR AVEC LA RELATION INTIME QUI UNIT LES GRANDES
ENTREPRISES ET LES AGENCES DE RÉGULATION ÉTATIQUES SUPPOSÉES PROTÉGER
LES CITOYENS EN SURVEILLANT LE COMPORTEMENT DES ENTREPRISES.

À titre d’exemple : Wendy Gramm - l’épouse du sénateur Phil Gramm, le
républicain ex-responsable du Comité des banques du Sénat - a présidé
la Commission du marché à terme des marchandises en janvier 1993
(juste avant que Bill Clinton ne devienne président), et à ce titre
elle a fait pression pour que soit acceptée la requête d’Enron d’
exempter les contrats à terme de contrôle étatique. Peu de temps
après, elle a commencé à travailler pour le comité exécutif d’Enron,
qui lui a versé plus d’un million de dollars.

À titre d’exemple : le secrétaire de l’armée, Thomas White, a été
cadre supérieur chez Enron durant plus de dix ans et a recueilli plus
de 300 millions de dollars en vendant ses actions d’Enron avant que
les méthodes de comptabilité douteuses ne soient rendues publiques.

À titre d’exemple : Lawrence Lindsey, le premier conseiller économique
du président Bush, était un consultant d’Enron.

À titre d’exemple : le premier conseiller politique du président Bush,
Carl Rove, était présent aux réunions stratégiques concernant la
politique énergétique des États-Unis en même temps qu’il vendait ses
actions Enron.

À titre d’exemple : Robert Zoellick, le représentant du Commerce des
Etats-Unis, qui est supposé représenter tous les citoyens américains
lors des discussions de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et
autres négociations commerciales, faisait partie des conseillers d’
Enron.

À titre d’exemple : une des réunions dont le vice-président Cheney
refuse de donner la retranscription au Congrès a eu lieu entre Andrew
Lindquist, son premier conseiller énergétique, et des membres du Clean
Power Group [Groupe Énergie Propre], une coalition subventionnée par
cinq grandes compagnies de l’énergie, dont Enron. " Le Groupe voulait
que l’équipe spéciale affectée à cette question à l’Assemblée remplace
quelque-uns des règlements environnementaux par un plan qui
permettrait aux industriels d’échanger des "crédits de pollution"
entre eux. Enron pensait encaisser des millions de dollars si le plan
était adopté. " (Newsweek, 11 février 2002). La réunion fut organisée
par Brad Card, un lobbyiste payé par le Clean Power Group, et frère du
chef du personnel de la Maison-Blanche, Andrew Card.

Quand les gens ont le droit d’aller et venir entre des postes clés au
sein du gouvernement et à la tête de grandes entreprises, ils ont la
possibilité de monnayer leurs contacts et leurs savoirs d’initiés,
pour le plus grand profit des grandes entreprises et au détriment du
citoyen de base. Nous avons besoin de lois beaucoup plus strictes pour
réglementer le va-et-vient permanent entre les hauts fonctionnaires du
gouvernement et les responsables d’entreprises, et nous avons besoin
de lois instaurant une plus grande transparence en ce qui concerne les
hauts fonctionnaires d’État détenant des actions d’entreprises
directement affectées par leurs politiques.

5. NOUS DEVONS REPENSER LES PRATIQUES QUI PERMETTENT AUX COMPAGNIES DE
MENTIR AUX ACTIONNAIRES EN CACHANT LES DETTES ET LES PERTES, ET DE SE
FAIRE AINSI PASSER POUR BEAUCOUP PLUS PROFITABLES QU’ELLES NE LE SONT
VRAIMENT.

Un principe central de l’idéologie du libre marché est que les
actionnaires peuvent récompenser les bonnes entreprises et punir les
mauvaises en achetant ou en vendant des actions. Mais pour que cela
fonctionne, les actionnaires doivent disposer d’informations exactes
quant à la performance véritable des entreprises. Le scandale Enron a
révélé des pratiques qui ont pour but de falsifier les bénéfices
comptables pour donner un coup de pouce au cours des actions. Une
enquête post-faillite menée par un auditeur indépendant a montré que
ces cinq dernières années, les dettes d’Enron ont été sous-estimées et
ses profits grossièrement surestimés.

Une pratique clé utilisée par Enron est le partenariat secret, hors
bilan, qui peut amasser les dettes et rendre les affaires de la
compagnie profitables - en ne montrant pas ses dettes dans les
comptes. Beaucoup d’entreprises utilisent cette technique, mais Enron
en a tellement abusé que " les banquiers, analystes du marché,
auditeurs et même le comité exécutif d’Enron n’ont pu comprendre les
risques inhérents à ce géant du commerce à crédit " (Business Week, 17
décembre 2001). Le problème, quand on accumule des dettes dans ces
partenariats hors bilan afin d’enfler les ventes d’actions, c’est que
lorsque les choses tournent au vinaigre, cela crée une spirale où deux
effets se renforcent mutuellement : la chute du cours des actions et l
’augmentation du taux de crédit pour rembourser les dettes. Le
résultat est la banqueroute, avec des sommes gigantesques d’argent
dépensées en frais de justice parce que les créditeurs et les
actionnaires floués essaient de récupérer une partie de leur capital.
Un système pas vraiment efficace !

La pratique qui a peut-être le plus fâché le public est la façon dont
les hauts conseillers d’Enron ont vendu leur propres actions Enron
quand le cours était élevé, en interdisant aux employés de vendre quoi
que ce soit de leur fonds de retraite Enron. Cela s’était déjà produit
auparavant mais le cas Enron est tellement grossier et évident, et
concerne de telles sommes d’argent que le Congrès est maintenant sous
pression pour voter des lois qui rendront à l’avenir de tels abus
impossibles.

6. LA PROFESSION DE COMPTABLE DOIT ÊTRE MOINS ASSUJETTIE AUX PROFITS
DE L’ENTREPRISE ET PLUS RESPONSABLE VIS-À-VIS DU PUBLIC.

Les grandes entreprises de comptabilité, surtout les " Big Five ",
sont devenues de plus en plus dépendantes des contrats de conseil
passés avec les entreprises qu’ils auditent. Des entreprises comme
Arthur Andersen, la principale société de comptables supervisant les
comptes d’Enron, gagnent davantage d’argent de leurs activités de
conseil que d’audit. Cela crée un conflit d’intérêt qui mine l’
intégrité des entreprises de comptabilité. Dans le cas d’Enron, non
seulement Andersen n’a pas fait état des procédés comptables douteux
qui ont finalement mené Enron à la banqueroute, mais a aussi détruit
les documents comptables, même après que le Département de Justice eut
annoncé l’ouverture d’une enquête sur Enron.

Il existe aussi une relation plus que familière entre les grandes
compagnies comme Enron et les entreprises d’investissement de Wall
Street qui forment l’opinion dans les marchés boursiers. Ces dernières
années, Enron a payé 323 millions de dollars aux entreprises d’
investissement de Wall Street qui ont aidé à financer ses affaires.
Cent cadres supérieurs de Merril Lynch ont investi un total de 16
millions de dollars dans un seul des partenariats hors bilan d’Enron.
" Les deals incessants d’Enron ont généré des rentrées d’argent
immenses pour les banques d’investissement de Wall Street. Et, devinez
quoi : Wall Street adorait Enron. Même quand il est devenu évident, l’
automne dernier, qu’Enron pratiquait une comptabilité douteuse,
presque aucun des analystes n’ont recommandé la vente d’actions. "
(Newsweek, 21 janvier 2002).

Si on ne peut pas faire confiance aux sociétés de comptabilité ou aux
banques d’investissement de Wall Street, comment peut-on déclarer qu’
il faut privatiser la Sécurité sociale et que les individus peuvent
faire des investissements sécurisés avec l’argent de leur retraite ?

7. NOUS DEVONS RESSERRER LA LEGISLATION FISCALE DU GOUVERNEMENT ET SON
APPLICATION AFIN QUE LES RICHES ENTREPRISES NE PUISSENT PLUS EVITER DE
PAYER LEUR JUSTE PART D’IMPOTS.

Malgré ses immenses revenus, Enron n’a pas payé de taxes pendant
quatre des cinq dernières années. Un des principaux mécanismes utilisé
par la compagnie est une pratique courante connue sous le nom de "
transfer pricing " (transfert des coûts). En possédant des entreprises
dans des pays à faibles taxes comme les îles Caïman, les compagnies
peuvent jongler avec leur comptabilité pour reporter le maximum de
profits dans les pays à faibles taxes et ne comptabiliser que peu ou
pas de profits dans des pays à fortes taxes tels les États-Unis. Cette
pratique s’est tellement répandue qu’il existe un journal spécialisé,
" The Journal of Transfer Pricing ", qui explique régulièrement aux
dirigeants des compagnies les finesses de l’évasion fiscale par le
mouvements transnationaux de capital. Les compagnies exigent toutes
sortes de services et de subventions du gouvernement, mais elles ne
veulent pas contribuer au financement du gouvernement qui leur accorde
ces avantages. C’est une des raisons principales pour laquelle notre
gouvernement fédéral (pour ne pas mentionner de nombreux gouvernements
d’États) est endetté à hauteur de plusieurs milliers de milliards de
dollars : de plus en plus de demandes de dépense sont faites au
gouvernement, alors que notre Code de fiscalité contient de nombreuses
zones floues par le biais desquelles de grandes compagnies peuvent
éviter de payer leur juste part du fardeau des impôts.

8. LES AMERICAINS DOIVENT ETRE PLUS ATTENTIFS A LA FAÇON DONT ILS SONT
PERÇUS DANS LE MONDE, ET LES ÉTATS-UNIS DOIVENT PASSER DE L’ETAT D’
EMPIRE A CELUI D’UNE NATION DANS UNE COMMUNAUTE DE NATIONS.

Enron est un exemple classique du capitalisme d’initiés. Son succès
fut en partie redevable aux pots-de-vin versés aux officiels du
gouvernement pour limiter leur droit de regard et supprimer les
règlements. Souvenez-vous, à la fin des années 1990, les économies en
Asie qui étaient sous la tutelle des promoteurs du libre marché du FMI
se sont écroulées, tout comme celle de l’Argentine aujourd’hui. Les
commentateurs de Washington ont blâmé non pas le FMI ni les
spéculateurs sur le cours des devises de Wall Street, mais le "
capitalisme d’initiés " pratiqué dans ces pays. Cela a placé la
responsabilité de la crise sur les épaules des locaux plutôt que sur
la relation de dépendance entre les élites locales et les capitaux
transnationaux. Malgré tout, maintenant que nous avons un cas de
capitalisme d’initiés aux États-Unis, nous n’entendons plus parler que
de cette expression dans les médias. Le " Business Standard ", en
Inde, a jugé que " les États-Unis n’auront plus le droit de prêcher
aux autres sur le capitalisme d’initiés ou sur la bonne conduite des
compagnies. " Le " Straight Times " de Singapour a récemment publié l’
édito suivant : " Comment est-il possible que tout cela se soit
produit à Wall Street, "l’exemple même" (comme cela fut expliqué aux
Asiatiques en 1997) de la transparence des compagnies ? " La réponse,
simple, est : " Le gouvernement américain a permis que cela ait
lieu. "

À moins que nous utilisions ce scandale comme une opportunité de
nettoyer le système et d’opérer des changements significatifs dans la
structure de la gouvernance des compagnies, le cas Enron sera vu de
par le monde comme une nouvelle hypocrisie américaine.

9. NOUS DEVONS METTRE UN TERME AUX PRATIQUES SECRETES DU GOUVERNEMENT.

C’est une insulte au peuple américain que le vice-président Dick
Cheney et son équipe spéciale de politique énergétique aient rencontré
des officiels d’Enron à au moins six occasions, et que maintenant le
vice-président - un employé de la fonction publique - refuse de
transmettre les détails de ces rencontres au Bureau général de
comptabilité (General Accounting Office, GAO), le service de recherche
du Congrès. Pour la première fois de l’histoire des États-Unis, le GAO
pense attaquer en justice la Maison-Blanche pour que les documents
soient transmis au Congrès. Mais le chef du GAO, David Walker, qui est
à l’initiative de cette menace de procès, est aussi un républicain qui
travaillait pour Ronald Reagan et fut plus tard un membre éminent
Arthur Andersen, ce qui rend douteuse la force de conviction dans son
attaque. Il a déjà décidé " personnellement " de limiter la demande d’
informations sur tout ce qui s’est dit dans ces réunions aux seuls
noms des participants et sujets discutés lors de ces réunions. Seule
la pression publique peut assurer que le Congrès et le peuple
américain soient mis au courant de ce qui s’est vraiment passé lors de
l’élaboration de la politique énergétique de l’administration Bush.

Ce principe de transparence s’étend aussi au gouvernement mondial. Les
puissantes institutions qui dominent le monde dans le domaine de la
politique économique (la Banque mondiale, le FMI et l’OMC) opèrent
dans le secret. Une des principales raisons de la croissante
opposition à leur encontre est qu’elles sont tellement secrètes qu’il
est impossible au public de jouer un rôle dans le développement de
politiques. Le gouvernement par le secret - qu’il soit national ou
global - ne peut plus être toléré.

10. AU NIVEAU DE LA POLITIQUE ENERGETIQUE, NOUS AVONS BESOIN DE FAIRE
UNE TRANSITION IMMEDIATE DES CARBURANTS FOSSILES AUX RESSOURCES
RENOUVELABLES ET A LA CONSERVATION.

Posez-vous cette question en ce
qui concerne le 11 septembre et la guerre contre le terrorisme menée
par l’administration Bush : est-ce que le conflit actuel existerait si
le Moyen-Orient exportait principalement des brocolis ?

Notre économie est plus dépendante du pétrole et plus polluante que n’
importe quelle autre. Il y a soixante ans, quand les leaders anglais
et américains installèrent en Arabie Saoudite une monarchie non
démocratique (le seul pays nommé d’après une famille - la maison d’Al
Saud), de grandes compagnies liées à l’automobile se sont assuré que l
’Amérique devienne dépendante du pétrole. Ces compagnies ont formé un
consortium qui a fait le tour des États-Unis en achetant plus de
trente services de transport de masse. Ces systèmes de transport par
rail urbains étaient assez efficaces. Los Angeles avait à l’époque le
troisième plus grand réseau mondial. Ces systèmes de transport de
masse furent volontairement démantelés et remplacés par des voitures
et des bus qui ont besoin eux de moteurs à combustion interne. Le
consortium fut attaqué en justice et reconnu coupable d’avoir conspiré
de manière criminelle pour détruire le transport de masse. Leur
condamnation ? Une amende de 5 000 dollars et pas de prison !

Dans son excellent ouvrage " The Heat is On ", Ross Gelbspan démontre
trois choses : 1) la destruction du climat par l’augmentation de l’
effet de serre dû au dioxyde de carbone et à la combustion de pétrole
et ses dérivés représente la plus grande épreuve environnementale à
laquelle nous sommes confrontés ; 2) les compagnies pétrolières font
de la propagande pour faire croire au public que le réchauffement de
la planète n’est pas un problème sérieux ; et 3) nous pouvons créer
plus d’emplois en faisant une transition vers les sources d’énergie
renouvelables qu’en restant dans le même système d’énergie nucléaire
et de combustibles fossiles.

Nous avons besoin d’une campagne transnationale pour 1) exposer au
public le dangereux étau dans lequel les compagnies pétrolières
tiennent notre gouvernement et notre économie, 2) promouvoir une
transition vers des ressources énergétiques renouvelables telles que l
’énergie solaire, du vent, géothermale, de biomasse et de carburants à
base d’hydrogène. Beaucoup de groupes de par le monde travaillent sur
ces questions mais ne sont pas unis. Il existe un grand potentiel pour
relier les luttes en cours et créer un réseau global puissant : nous
pourrions l’appeler Alliance globale pour la transition énergétique
(Global Alliance for a Transition in Energy, GATE). GATE serait le
lien entre les groupes en campagne contre le pétrole, le charbon et
les compagnies nucléaires, un réseau porteur de la vision positive et
alternative qu’ont les ONG et les entreprises d’énergie renouvelable.
GATE pourrait commencer par jumeler des groupes dans les deux premiers
marchés de l’énergie, l’Europe et l’Amérique du Nord, où la
technologie alternative est la plus avancée, et où les compagnies
pétrolières génèrent le plus de profits et sont le plus vulnérables
face aux campagnes d’information du public. Il serait toutefois
essentiel de prendre en compte et d’intégrer les voix et les pensées
des militants des pays du Sud afin d’éviter une relation de type
coloniale.

GATE pourrait rassembler beaucoup de sections :
- les militants des principaux pays consommateurs de pétrole (Amérique
du Nord et Europe - des endroits où les mouvements pour la justice
globale ont de toute façon besoin de mieux se relier entre eux) ;
- les militants de l’ensemble des pays du Nord en lien avec les
groupes travaillant dans les pays du Sud, particulièrement dans les
pays producteurs de pétrole ;
- les entreprises et les groupes politiques qui ont un intérêt dans le
développement de ressources renouvelables, alternatives aux carburants
fossiles ;
- les militants poussant au changement depuis l’extérieur en lien avec
les employés des grandes compagnies d’énergie comprenant la nécessité
de cette évolution.

CONCLUSION

Il a fallu des siècles pour obtenir la séparation de l’Église et de l’
État. Aujourd’hui, nous sommes confrontés au défi de séparer l’État
des entreprises. Pas un seul secteur de notre société, pas une seule
institution ne devrait contrôler le gouvernement. L’État est la
propriété du peuple entier et devrait en conséquence créer des lois et
veiller à ce qu’on les applique. Nous n’aurons jamais une politique de
transport de masse tant que les constructeurs d’automobiles domineront
cette même politique des transports. Nous n’aurons jamais de bonne
politique d’hébergement tant que ceux qui décident de ces politiques
vivent dans des villas et des communautés privées. Nous n’obtiendrons
jamais de bonnes politiques énergétiques d’un gouvernement dominé par
des compagnies pétrolières de manière aussi flagrante. Ce n’est qu’en
construisant un mur constitutionnel entre les entreprises et notre
gouvernement que nous atteindrons les sources véritables de ces
problèmes. Oui, c’est un vaste projet à long terme : autant de raisons
pour que nous nous y mettions tout de suite et que nous nous engagions
à le voir aboutir. On ne peut faire confiance aux élites de Wall
Street et de Washington - celles qui ont créé ce marasme et en ont
profité - pour comprendre les racines du problème et trouver une
solution. Si nous les laissons faire, nous aurons des demi-réformes et
beaucoup de brassage de vent par les politiciens et les médias.

Nous, le peuple, devons créer un mouvement de base, non violent, pour une démocratie où la souveraineté (l’autorité politique ultime) réside dans le peuple. Nous devons développer des mécanismes pour connecter les nombreuses luttes qui cherchent à moraliser la comptabilité des entreprises, réformer le financement des campagnes électorales, limiter l’évasion fiscale, réformer les élections, et tous les efforts pour séparer les entreprises de l’État. Le temps est largement venu !

Kevin Danaher. Co-fondateur de Global Exchange.


 
P.S.

Article diffusé par le courriel d’information d’ATTAC N°309.

 
 
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1 commentaire
  • La France n’est pas à l’abri du syndrome d’ENRON.
    Qui sait que 14% des factures d’EDF-GDF remplissent les caisse de l’état comme une POOL TAXE et que plus de 20% sont joué en bourse.
    Nos directions, ne jurant plus que par le libéralisme, se prend à jouer dans la cour des grands patrons.
    C’est un comble pour un service public d’état.

    Le site www.edf-gdf-loire-cgt.com le démontre et en livre l’application locale. Merci de le faire connaître pour que les usager prennent la parole et que le gouvernement ne puisse dans le secret des ministères les spolier en vendant leur bien : le service public d’état de l’énergie.

    Voir en ligne : Les salariés de l’énergie s’adressent aux usagers.

 
 
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