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Une déclaration du collectif de COMBAT

La nation française ne porte pas ce deuil

L’agonie puis la mort de Jean-Paul II, évêque de Cracovie puis de Rome, font l’objet d’un raz de marée médiatique comme si le monde entier était catholique et Karol Vojtyla le meilleur et le plus grand des grands hommes. Ces simagrées sont excessives, indécentes et scandaleuses.

Que son église et ses ouailles honorent ce pape missionnaire qui a tant voyagé dans le monde pour tenter raviver les feux d’une foi sérieusement concurrencée et de pratiques déclinantes, ces vénérations relèvent de la liberté du culte. Autre chose est que l’Etat français laïque mette en berne, par l’ordre du gouvernement, les drapeaux de la République. Dans quel deuil la drapent-ils ? Si c’est celui du pontife d’une fraction de la chrétienté, le pouvoir bafoue la loi de séparation de l’église et de l’Etat et c’est ce qu’on nomme forfaiture.

C’est aussi un non sens qui rend incompréhensible à ceux qui y sont assujettis, l’interdiction d’arborer dans les service publics, des signes religieux ostentatoires. Si c’est un hommage à un chef d’Etat, oublierait-on que le pape est un autocrate médiéval et que le prétendu Etat du Vatican n’est que le siège d’une secte opaque qui a réussi et où rien ne se fait au grand jour hormis les grand messes de propagande.

Mais il faut aller au fond des choses. Ce prélat qui vient de mourir ne fut pas l’homme de paix et d’amour dont les médias veulent imposer l’icône. Il est le produit et l’instrument de l’anticommunisme et de la guerre froide, un commis qui avait son rôle dans les visées géopolitiques de l’Allemagne et Etats-Unis. Il a été placé à son poste idéologique pour aider à la reconquête capitaliste du monde. Il a concouru à la stratégie de dépècement de la Yougoslavie, Ses paroles de paix ne furent que des mots jamais prolongés en actes. Il est allé au mur des Lamentations mais ni à Gaza ni à Ramallah. A Bagdad, il ne s’est pas offert en bouclier humain aux bombes américaines. La sainteté a cependant de telles exigences.

Le christianisme constantinien a toujours puisé dans les évangiles des versets de paix et d’amour du prochain, mais dans le même temps, il a, des siècles durant, persécuté les prétendus hérétiques, sorciers et sorcières, condamné la science, livré ses victimes au bras séculier, c’est-à-dire au bourreau, il ne s’en repent que bien tardivement et avec réticence. Il ne peut plus envoyer au bûcher mais il continue de censurer et d’anathémiser tout ce qui émet un effluve de liberté. Il sollicite du capitalisme un peu de commisération envers les pauvres et dénie aux peuples le droit à la rébellion. La parole évangélique est à la chrétienté ce que les droits de l’homme sont à G.W.Bush et à sa clique, un emballage.

Jean-Paul II a été du point de vue politique un réactionnaire et du point de vue religieux un intégriste. Les femmes sont restées exclues du sacerdoce, les prêtres assujettis à la chasteté avec les perturbations qu’on sait sur leur sexualité. Il a brisé les contestataires et ceux qui puisaient dans le message christique une théologie de la libération. Au peuple centre-américain qui clamait son aspiration à la justice sociale il cria : Silencio ! Certes cela c’est d’abord l’affaire des catholiques. Mais intimer le silence aux porteurs d’idées neuves, de progrès, d’égalité et de liberté des sexes, ce fut son obstination. Un démocrate, chrétien ou pas, peut-il oublier qu’il fut l’homme des bâillons, des tabous, des dogmes les plus archaïques. Il a été jusqu’à canoniser Balaguer, confesseur de Franco et fondateur de l’Opus Dei.

La condamnation de la contraception et de l’IVG, sont une atteinte aux droits des femmes à disposer de leur corps et à l’humanité de maîtriser sa démographie, l’homosexualité mise au rang de pêché justifie toutes les répressions, et sa condamnation de ce qu’il suspectait de marxiste et de révolutionnaire joue en faveur du conservatisme social.

Quant à l’interdiction du préservatif dans le tiers monde et particulièrement en Afrique où le clergé catholique se fait le commis voyageur de la mort, elle n’est pas moins criminelle dans ses effets que l’embargo sur l’Irak. Ce sont l’un et l’autre des interdits meurtriers.

Ce pape se situe dans la lignée des Grands Inquisiteurs. Heureusement il n’en possédait plus tous les moyens. Nul ne peut être contraint de partager ce deuil.


 
P.S.

Le site Combat

Dessin de Cabu - Charlie Hebdo

 
 
Forum lié à cet article

5 commentaires
  • > La nation française ne porte pas ce deuil 7 avril 2005 10:32, par Aigle Royal

    Je comprends au combien votre agacement devant l’effervescence médiatique qui a accompagné la mort du Pape. Cependant, votre propos ne concerne pas Jean Paul II mais l’église catholique dans son ensemble et les intentions cachées que vous prêtez à ladite église à travers son Pape.

    Ce que j’observe, c’est que ce Pape, plus que d’autres, a regroupé autour de lui une multitude de fidèles qui croit en lui. Il a été un pieu, un personnage solide dans sa foi et constant dans son amour, le lien vivant entre Dieu et les hommes. Ce qui est le plus difficile pour une religion, ce n’est pas d’ordonner des femmes prêtres mais de tendre la main aux autres religions, de dissoudre les barrières entre elles et ainsi de démontrer que l’Humanité est une et indivisible. Un travail autrement plus important car lorsque celui-ci sera avancé, tout le reste suivra.
    Jean Paul II n’était pas parfait, mais son message était on ne peut plus clair.

    Vous êtes libre de prêter à ce dernier toutes les intentions que vous voulez mais lorsque vous reviendrez de votre colère vous accepterez peut être l’idée que certains puissent avoir une autre lecture des choses.

  • > La nation française ne porte pas ce deuil 7 avril 2005 14:03, par MBOA

    LAICITE OU ES-TU DONC ?

    Il appartient à la nature de certains événements qui, lorsqu’ils surviennent, nous replongent dans l’inconscience de nos certitudes et se révèlent comme des détonateurs d’une prise de conscience, d’une remise en cause, d’un questionnement. La mort du pape Jean-Paul II à mon avis appartient à ceux-ci.

    Toutes les cérémonies entourant cet événement de tristesse ne l’oublions pas, car la perte d’un être est toujours une tristesse énorme pour l’humanité, même si certains faits de société semblent banaliser cela, je pense à des milliers d’individus qui perdent leur vie, pour des raisons d’égoïsme, de cupidité des uns…..Bref c’est une autre question.

    Par ce geste de commémoration de la mort du pape, mise en berne des drapeaux et autres harmonie de violons accordés avec toute la justesse et la rigueur qui accompagnent une note musicale, la France montre à ceux qui l’auraient oublié parce que croyant à la si belle devise de ce pays, qu’elle est bel et bien catholique, fille aînée de l’église et l’entend rester quitte à fouler les principes de laïcité aux pieds.

    Ceci est un avertissement, un carton jaune aux "nouvelles" religions naissantes (entendons dans le contexte Français), qui veulent « s’imposer » , donner une autre approche de la question dans le milieu, fort de ce principe de laïcité.

    Mais devrait-on en être surpris ? la logique voudrait que nous répondions par l’affirmative, mais quiconque connaît l’histoire de ce pays et des hommes qui l’ont dirigé, aurait été plutôt surpris de ne pas assister au sinistre et pénible spectacle qu’offre la république qui se veut championne dans l’art de distribuer les bons et mauvais points aux uns et autres, alors qu’en réalité, elle est dernière dans la pratique des principes qu’elle prétend défendre.

    Ce pays, ce petit « Pays » qu’est la France comme certains la qualifient à juste titre ou pas (chacun définira), ne fonctionne que par ses propres contradictions. Désinformation, Gabegie, Tricherie sont les règles de fonctionnement.

    Aujourd’hui, nous avons les « vrais » éléments de définition du mot laïcité du culte, tel que la France l’entend. Celle-ci devrait pas être interprétée comme pluralité des cultes, liberté d’adhésion mais comme le choix que disposent les Français d’adhérer au catholicisme et rien qu’au catholicisme ou pas.
    Cette vision très limitative de la laïcité rentre dans la lutte que livre la république contre toute ingérence de la religion dans la sphère publique : FORFAITURE LORSQUE TU TE DEVOILES.
    En quel honneur célébrons nous donc ce deuil dans la république ????

    La mort du pape est donc une panacée, une bouffée d’oxygène qui vient donc à point nommé stopper une "dérive" qui semblait rouiller les piliers du conservatisme de ce pays, « dérive » qui inquiétait tous ses pontes et remettre en selles les principes fondateurs de la république ce, malgré la très "ronflante" devise : LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE.

    Ce n’est qu’un avis…..

    MBOA

  • > La nation française ne porte pas ce deuil 7 avril 2005 19:16, par Papiro

    Nul ne doit être contraint de porter ce deuil ignoble et pourtant on nous assène systématiquement, partout, les images de ce réactionnaire que l’on voudrait nous faire passer pour un homme de bien et de paix, que tous pleurent. Ridicule.

    Ou sont-ils ces millions de fidèles en pleurs ? Certainement pas dans les églises canadiennes et autres abandonnées et détruites fautes de fidèles... C’est quoi cette histoire d’un milliard de Catholiques romains papistes ou l’on comptabilise tous ces pauvres innocents baptisés à l’age de 10 jours et qui par la suite se dépêchent d’oublier tous ces simagrés liturgiques.

    L’Église Catholique romaine papale est une église intégriste dont on devrait examiner les prises de position plutôt que de participer aux hystéries islamophobes que l’on nous jette en pâture.

  • > La nation française ne porte pas ce deuil 9 avril 2005 15:07, par caubin jean-louis

    bonjour,
    rien à rajouter à son analyse de l’Eglise catholique sauf que son auteur ne répond pas à la question pertinente à savoir : pourquoi le président Chirac a décrété la mise en berne du drapeau français pour la mort du pape ? Pourquoi ce ton offusqué à la fois des socio-démocrates sourcilleux du principe de laïcité et des socio-chrétiens (François Bayroux) attachés à la séparation des Eglises et de l’Etat ?
    Sauf à croire que tout cet émoi autour du drapeau est motivé par de méprisables calculs politiciens ou de réactions irréfléchies comment ne pas voir que nous sommes en pleine campagne autour du référendum sur la constitution ? Ne serait-ce pas une manière pour les conservateurs et les socio-démocrates de faire assaut de sentiment national et d’attachement à la France, à son drapeau par conséquent, pour masquer la trahison de l’intérêt national en quoi consiste leur volonté forcenée d’imposer une Europe politique (et militaire) aux peuples du continent et en ce qui nous concerne, au peuple français ? Car, franchement qu’importe au peuple français que le drapeau de l’Union européenne ait été mis en berne si, comme j’en suis convaincu, le Non à l’Europe politique s’imposera comme témoignage de la souveraineté inaliénable du peuple ?
    amicalement,
    JLC

  • > La nation française ne porte pas ce deuil 11 avril 2005 08:16, par Taurin M.

    De Luc Ferry, soi-disant philosophe et ci-devant ministre de l’Éducationale, ces propos à graver dans le marbre : « Ceux qui trouvent qu’on en fait trop pour la mort du pape me rappellent ceux qui trouvent qu’on en a trop fait pour commémorer Auschwitz. »

    (Propos relevés par Pierre Marcelle : Amalgamer : Libération du 11 avril 2005)

 
 
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