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Nom de non !

Monsieur le Premier Ministre de la France, à son retour d’un voyage en Chine bureaucratique, a donné son feu vert pour l’instauration d’un nouveau système de surveillance globale des citoyens : une carte d’identité obligatoire à puce biométrique, interrogeable à distance. Reliez le dispositif de lecture à un réseau de gros ordinateurs et Big Brother est là !

« Que faites-vous ici et à cette heure, monsieur Dupond ? » dit la Machine. Aussitôt, une escouade guidée par GPS vient cueillir l’imprudent qui a fugué de ses obligations civiques, telles qu’elles sont définies dans les codes de conduite à l’usage des citoyens. Grâce à l’excellence de ce système informatisé, le Grand Ordinateur saura à tout moment où se trouvent les millions de gens inscrits dans ses fichiers. C’est le bracelet électronique généralisé.

Bien sûr, tout cela est fait pour votre sécurité, petits moutons qui ignorez ce qui est bon pour vous. Pour vous en rappeler l’absolue nécessité, on enverra de temps en temps des bandits et d’affreux terroristes se faire prendre par la Machine, après qu’ils aient commis d’horribles méfaits dont on vous aura détaillé les effets sur vos médias favoris, en vous omettant de dire qu’ils ont été commandités par les services secrets (mais vous n’avez pas besoin de connaître ces détails). On les montrera à la télé, on commentera leurs mauvaises actions, on expliquera qu’ils ont été pris grâce au système de surveillance globalisé, et on les jugera, au nom du peuple souverain, et on les punira, avec les félicitations du jury. Tout le monde alors dira merci aux Contrôleurs d’Individus.

Gageons que, bien vite, les petites caméras qui égaient déjà les rues de nos villes se multiplieront et seront couplées à des lecteurs de puces biométriques : on pourra alors numériser en vidéo les déplacements de monsieur Dupond, de chez lui à son travail, quand il flâne, dans les supermarchés, etc. On pourra même savoir, grâce à des logiciels 3D, vers qui se porte son regard. Des détecteurs thermiques à distance pourraient même déterminer si ça le fait bander. « Attention, monsieur Dupond, votre comportement dévie. Vous êtes attendu chez le psychiatre pour parler de vos pulsions. En cas de refus, vous serez considéré comme sociopathe et transféré d’office dans un centre de retraitement  » (des psychologues et des linguistes d’Etat seront évidemment chargés de formuler cela de manière plus « soft »).

Quel Bien immense pour la communauté, désormais choyée dans une économie sociale de marché régulée au mieux par des contrôles cybernétiques multifactoriels. Les citoyens pourront acheter le bonheur à crédit auprès d’officines spécialisées, sous surveillance médicale, et garanties par la Constitution. Chantez en choeur, heureux fils et filles des anciens camarades devenus cadres, qui ont troqué les drapeaux rouges et noirs de leur jeunesse rebelle contre les étiquettes à code barre d’une consommation sous assurance tous risques. Voici poindre l’heure de gloire des apôtres de la social-médiocratie et autres thuriféraires de la bonne gouvernance. Dansez, petit bouffons encravatés, brandissez vos petits livres bleus auréolés d’étoiles d’or, bientôt vous tiendrez les peuples avec des laisses électroniques et vous fouetterez les incivils avec des seringues.

Le beau Plan que voilà ! Tout y est : la Masse imbécile est enfin gouvernée dans tous ses mouvements et les individus sont tous connus, comme dit la Police. La Commission (ou la Coupole, on ne sait plus comment nommer les Sages en cravate qui gouvernent l’Union) saura tout, et pourra programmer le bonheur des administrés sans avoir à leur demander leur avis, sinon par sondages médiatisés, pour justifier du bien fondé de ses décisions. La belle Europe, plus parfaite encore que les plus parfaits des rêves bureaucratiques des maoïstes d’antan. Les élites sont aux anges : « nous l’avons rêvé et nous l’avons fait, le meilleur des mondes  ».

« QUOI ?  » tonitruent les Grands Valets en costume et cravate, « le Peuple ne veut pas ?  ». Il va dire « non » à ce plan merveilleux ? De quoi se mêle-t-il ? On n’a pas le droit de refuser le Bonheur Parfait !

Et les pantins, manchots minables, se mettent à gigoter. On dirait une fourmilière dans laquelle on vient de mettre un coup de pied. « C’est une Révolution ? - Non, Sire, c’est un référendum  ».

Paul Castella

(reproduction possible)


 
 
 
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1 commentaire
  • > Nom de non ! 7 mai 2005 17:31, par Papa Tango

    "La belle Europe, plus parfaite encore que les plus parfaits des rêves bureaucratiques des maoïstes d’antan. "

    Bravo à l’auteur, nous y sommes..

    Formes de luttes, formes d’organisation.. Saint-Simonisme de Prosper Enfantin(sic), cordonniers de Milwaukee et Chevaliers de Saint-Crépin, Fordisme, participation de Chaban revisitée par Breton.

    Jintao sert la soupe aux ouvriers, Castro essaye de résoudre la contradiction dans la contradiction, puisque la révolution dans la révolution a fait long feu..

    Je cherche mon appareil idéologique, redresseur de torts, j’ai une dent de sagesse en travers..

    Big brother inquisiteur partout, les grands-frères régulateurs sont peu ou prou le rempart à la paix sociale dans les banlieues.

    Ce site est en pause..
    Pronostication en attendant :

    - Dieudonné relaxé mercredi..
    - Le non gagne à 53 %
    - 

    Si mai avait gagné..

 
 
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