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Naissance d’Israël : 14 mai 1948

L’état d’Israël est né de deux folies. Celle des états présents à l’Onu qui crurent pouvoir se jouer de l’Histoire en créant artificiellement un état sur un territoire occupé par un autre peuple, et celle des nazis qui, voulant éradiquer les Juifs des pays où ils vivaient depuis des générations, leur ont fourni pour longtemps l’argument selon lequel ils seraient toujours menacés où qu’ils se trouvent et se voyaient donc dans l’obligation d’avoir un pays à eux à n’importe quel prix, même au prix de l’expulsion et du meurtre des habitants qui s’y trouveraient déjà. Que le judéocide soit postérieur de plus de cinquante ans au sionisme ne change rien au fait que c’est lui qui a "créé" Israël. Si en effet le terrible traumatisme de la "solution finale" n’avait pas eu lieu, on peut se demander si l’Onu aurait obtenu la majorité des 2/3 pour créer l’état juif de Palestine. On ne refait pas l’histoire, mais on peut supposer que non. Les voix des Arabes et des autres adversaires du projet, auraient été entendues et nous ne vivrions pas aujourd’hui terrorisés par l’étrange syllogisme dont la première partie affirme : les Juifs sont haïs partout, or les Juifs sont l’essence de l’Homme, donc la haine du Juif est une haine de l’Homme, tandis que la deuxième, s’adressant à la personne qui aurait l’outrecuidance de ne pas s’aimer suffisamment elle-même et/ou de dénigrer ses congénères, énonce : tout Juif qui critique les Juifs se hait lui-même. Aimer les Juifs, et que les Juifs s’aiment eux-mêmes comme Juifs, est ainsi devenu une obligation pour les Juifs et les non Juifs. La troisième enfin conclue en prétendant qu’Israël est un état pas comme les autres -or lagoyim, lumière des nations-, où l’Homme juif, membre du Peuple élu, se réconciliera d’avec lui-même et engendrera un "Juif-homme-Nouveau". S’il serait inexact de dire que les Juifs n’ont pas été haïs ou méprisés dans la plupart des pays où ils ont vécus au cours de l’histoire, il est temps cependant de crier bien fort que cette fameuse haine de soi, origine quasi géologique de l’antisémitisme, est une ânerie qui doit sa fortune à une indigence de la pensée. Il est temps aussi de dire que "la création" d’Israël fut plus un calcul politique mâtiné de culpabilité occidentale que la réalisation d’une prophétie. Quant à l’Homme nouveau mieux vaut, dans l’intérêt même d’Israël, ne pas trop insister sur la question. L’histoire se répétant à une autre échelle, les quelques justes qui vivent dans ce pays auront du mal à sauver la masse des injustes qui y abondent. Avoir fait du foyer national juif un Etat, a exprimé en fait le désir inconscient des gouvernements européens chrétiens qui se sentaient co-responsables de la barbarie nazie, de se racheter. Ce rachat s’effectuant -dans le bon vieux sens capitaliste et colonial du terme- sur le dos des autres. La haine de soi n’est pas la tasse de thé des capitalistes, qu’ils soient juifs ou non. Lorsque la haine n’est pas indispensable ils se contentent de mépriser. Le peuple Palestinien est l’objet de ce mépris depuis un siècle.

En 1947, l’Europe n’est pas encore guérie de son colonialisme, elle le trouve toujours aussi "civilisateur", ne veut pas voir qu’une époque touche à sa fin. Dès 1945-46 la guerre reprend en Indochine, se prépare en Algérie avec les massacres de Sétif. Les Philippines fêtent leur indépendance en juillet 1946. Le 15 août 1947 c’est l’Inde et le Pakistan, en octobre la Birmanie. Mais le 29 novembre 1947 les Européens et les Etatsuniens et les Soviétiques, décident de faire du foyer juif de Palestine sous mandat britannique, un état à part entière. Quelles sont leurs motivations profondes ? continuer le travail d’expulsion commencé par les nazis en offrant aux Juifs le cadeau empoisonné d’un pays qui ne leur appartient pas ? les utiliser pour recoloniser un coin stratégique du Proche-Orient afin de tenir en respect les Arabes assis sur de grosses réserves de pétrole et qui commencent à être un peu trop remuants ? leur conscience "chrétienne" enrichit-elle leur décision d’une repentance si forte qu’ils ont le sentiment de racheter un "meurtre cosmique" ? de vivre une Fin de l’Histoire et d’assister à une Aube nouvelle ? Un peu de tout ça sans doute. L’histoire des hommes et de leurs religions est chose compliquée. Plus compliqué encore le judaïsme, qui se ramifie dans l’histoire européenne d’une manière si forte et si paradoxale que rares sont ceux qui en comprennent le sens profond. Toujours est-il qu’Européens, Etatsuniens et Soviétiques décident d’aller, en ce cas, dans le sens contraire du mouvement historique. C’est l’Onu, organisation supranationale qui prend la décision, ou plutôt les états membres de l’Onu trouvent commode de déléguer leur décision à un organisme, qui certes les représente, mais qui n’est pas eux pris individuellement. C’est l’avantage du collectif, du machin dénoncé plus tard par de Gaulle. Son autorité est souhaitée par les moins forts quand elle les arrange un peu et refusée par les plus forts quand elle les dérange beaucoup. Ne pas obéir n’entraîne pas de sanction, faire semblant de mal comprendre, non plus. Il faut pourtant revenir sur ces prémisses pour comprendre l’incompréhensible : que des hommes sérieux, pas plus fous que d’autres, des hommes représentants des états pas moins ni plus voyous que ceux d’aujourd’hui, des états anciens et expérimentés, aient pu accepter la revendication incroyable de ceux qui, sur le témoignage d’un livre -sacré peut-être, mais pas exempt de manipulations, vieux de presque deux mille ans par sa rédaction et de quelques trois mille cinq cent par les faits qu’il rapporte -, et à cause de la tentative d’extermination dont ils furent victimes, se crurent fondés à créer un état dans un endroit du monde déjà occupé par d’autres, la Palestine, Palestine revendiquée elle aussi depuis un demi-siècle par ses habitants ex-colonisés, dépasse l’entendement. Pour comprendre cette folie, il faut faire un retour en arrière et avoir à l’esprit quatre éléments : l’élément colonialiste, le religieux, le racial et l’idéologique.

L’utopie sioniste naît à la fin du XIXe siècle. L’Europe est en pleine expansion coloniale. Cette utopie ne tombe ni du ciel ni de la Thora. C’est une théorie qui germe dans la tête d’un journaliste "juif athée pro-antisémite", une théorie mimétique du colonialisme. C’est un mouvement soutenu par une élite de Juifs européens privilégiés et richissimes qui engagent leurs fortunes et leur entregent pour aider une masse de juifs pauvres à coloniser la Palestine. Ils affectent de croire à leur projet de faire renaître de ses cendres une chimère, Sion. Mais surtout ils sont prêts à investir pour "civiliser" une zone "arriérée" du monde sous la férule turque. La singularité de ce mouvement, qui pour cette raison l’a rendu sympathique aux yeux du monde, est de ne pas trouver son origine dans un Etat impérialiste avide de conquêtes, mais dans un peuple dispersé et soumis aux brimades et aux pogroms. Ce colonialisme pourtant n’est pas meilleur que l’autre, il a simplement d’ autres habits. Il est sans métropole visible et animé d’idéaux à première vue religieux. Il va pourtant se révéler semblable au "classique" et même meilleur que lui. Et cela parce qu’il peut jouer à l’ombre du parrain britannique qui, à partir de la fin du premier conflit mondial a la haute main sur la Palestine. Ainsi les Juifs, tout en affectant d’avoir pour ennemis les Arabes et les Anglais, vont utiliser ces derniers contre les premiers pour ensuite se retourner contre leurs protecteurs. Stratégie digne de Sun tsé. Ils ont la chance jamais réalisée dans l’histoire de la colonisation, d’être des colons "cachés dans la colonisation", des "doubles" des mandataires ex-colonisateurs. Ils montreront leur vrai visage seulement à la fin. Finesse de commencer par la Thora, nécessité de finir en dynamitant l’hôtel King David. La chose est d’autant plus aisée qu’entre Juifs askhénases et Anglais le courant passe mieux qu’entre askhénases et fellahs palestiniens qui eux sont l’ obstacle majeur à l’occupation et pas les Anglais. Le judéocide enfin, produit une vague de sympathie et de culpabilité planétaires que les sionistes vont mettre à profit pour forcer la main de leurs protecteurs. Leur audace, en prenant l’offensive en mai 1948, fit penser à leurs ennemis, insuffisamment préparés et conscients des enjeux, qu’ils étaient tout puissants. Ils ne l’étaient pas. Ils le firent croire et gagnèrent. Qui ose, gagne.
Le deuxième point c’est la dimension religieuse. Ce désir de colonisation, tout en étant semblable à celui des Européens, ne ressemble à aucun autre. Il ne s’appuie pas au départ sur le besoin d’ouvrir des marchés, ou sur une nécessité stratégique. Il s’appuie sur une utopie "à la fois religieuse et athée", le sionisme, et sur un livre à caractère historique et religieux. Livre et histoire particuliers, puisqu’ils sont un des piliers (l’autre est grec) de la civilisation occidentale chrétienne. C’est une chose que l’on oublie trop, que ce que nous appelons Ancien Testament (la Thora juive) est le tome Premier de la religion chrétienne, que l’ancien n’est devenu Ancien qu’à cause d’un Nouveau issu de lui. Au nom des ces Testaments, l’occident chrétien s’était lancé autrefois dans une aventure qui s’apparentait à une tentative d’expansion théologique vers l’Orient. Une inspiration plus large encore inspire la juive presque mille ans plus tard. Il s’agit pour elle de retrouver non seulement de vieilles racines, les regreffer dans une histoire monumentale, de faire de Jérusalem une capitale religieuse universelle, de sceller une certaine "fin du Monde" mais surtout de retrouver une Patrie perdue. La chrétienne, bien que faite au nom de deux Livres et d’un Messie, fut un échec. La juive, qui n’a plus de Messie et dont les livres sont désormais profanes, le sera aussi. Les utopies, ou les idéaux, restent bons et utiles tant qu’ils guident les humains par l’en dehors de l’histoire. Dès qu’ils s’incarnent, qu’ils entrent au royaume de la relativité, ils meurent -plus ou moins vite- comme toute chose en ce bas monde. Depuis cette lointaine époque, le christianisme est revenu de ses folies, a peu à peu intégré son riche passé à un futur moins ambitieux. Reconnaissant son il s’est offert un avoir. Reconnaissant ses excès il s’est refait une virginité. Il peut désormais s’inscrire dans une histoire indéfinie en arrière et éternelle en avant. Il semble être à nouveau capable d’un alpha et d’un oméga. C’est sa différence avec le judaïsme qui, quelque part, s’est arrêté et, depuis le judéocide, doute du Dieu de ses pères. Dans les offices religieux de l’Europe l’ Ancien Testament est lu et commenté aussi souvent que le Nouveau puisqu’on considère que l’ancien en est son prologue, que l’incomparable fruit chrétien n’existerait pas sans l’ excellente racine hébraïque. C’est une idée très ambitieuse, très complexe, et très discutée d’affirmer que le passé "explique" le présent, que le présent "sort simplement de lui", une idée à laquelle d’ailleurs, n’adhèrent pas les Musulmans issus eux aussi de l’Ancien Testament plus anciennement encore que les Chrétiens. Par contre, dans les offices juifs aucune mention n’est faite de la religion chrétienne pourtant sœur jumelle de la juive et la prolongeant dans le temps. Son présent semble ne rien vouloir savoir de son passé, d’un certain passé. Jésus, Juif éminemment dépourvu de "haine de soi" et de "haine des autres", (c’est d’ailleurs un des nombreux reproches que lui firent les Juifs) n’est pas mentionné. Et quand il l’est dans le Talmud, c’est pour être moqué. Dieu sait pourtant que son message s’inscrit dans la lignée des prophètes juifs. Tout Juif moyennement informé de sa religion devrait le savoir. La religion chrétienne donc englobe, adopte, fait la juive sienne historiquement et symboliquement, lui reconnaît une "dette", tandis que cette dernière s’isole, ne veut rien connaître qu’elle... même si le judaïsme - chose très difficile à conceptualiser et qui dépasse de loin notre propos - fut et reste un ferment puissant dans la vie de la Chrétienté. Si donc l’histoire européenne témoigne à certaines périodes de mépris (et parfois de haine) pour les Juifs, leur livre historique en reste le fondement vénéré. Il est notre pensent, consciemment ou non, les Européens. Avoir vénéré la racine et s’être permis de mépriser une branche de l’arbre judéo-chrétien, c’est le pari qu’a tenu le christianisme officiel deux mille ans durant... tandis que la Synagogue, de son côté, tenait le pari inverse.

Pourtant, depuis le procès Eichmann en 1960 et la guerre des Six jours, on observe un lent renversement de tendance. Le ferment agit à nouveau dans la pâte et la fait lever. Pour le meilleur et aussi pour le pire. On assiste à un retour en force du judaïsme qui, par la bouche de certains "penseurs juifs" (ou du moins de ceux qui se prévalent de cette double étiquette), essaye de nous convaincre, non seulement de l’inexistence de Jésus de Nazareth, chose banale et déjà tentée, y compris par des Chrétiens, mais surtout de l’ inanité du Christ. Le "retour à Sion", le sionisme, semble donc cette fois ne pas être seulement le fait des Juifs mais aussi des Chrétiens, victimes consentantes de leur époque. La nouvelle Croisade (1) se fait à deux. Jean Paul II en a pris la tête, mais sans le Christ sur son drapeau, comme en témoigne son billet glissé dans le mur du Temple à l’occasion de sa visite en mars 2000 où il écrit : "Dieu de nos pères, tu as choisi Abraham et ses descendants pour amener ton nom aux nations. Nous sommes profondément attristés par le comportement de ceux qui, au cours de l’histoire, ont fait souffrir tes enfants et nous demandons ton pardon. Nous souhaitons nous engager dans une fraternité authentique avec le peuple du Livre. Jérusalem, le 26 mars 2000. Johannes Paul II." (2) Formulation diplomatique d’un côté, où le mot Juif n’apparaît pas, pas plus que le nom de ceux qui sont supposés les avoir fait souffrir, où le concept "peuple du livre" est vague, mais surtout où le pardon n’est demandé qu’à Dieu, pas aux Juifs. L’un n’excluait pas l’autre et les Juifs, dont le Livre est plus le Talmud que la Bible, en auront tiré toutes les conséquences. Formulation étrange de l’autre, si on se place du point de vue de la religion chrétienne. Les Chrétiens ne sont-ils plus "peuple du Livre" ? le sont-ils moins que les Juifs ? Depuis quand un pape demande pardon au "Père" en omettant d’invoquer celui qui en fut l’incarnation selon le dogme, "Son fils Jésus-Christ" qui fut à la fois : fils de David, roi d’Israël, et fondateur de l’Eglise ? Le fameux "blasphème" que le Nazaréen envoya à la figure des "érudits" de l’époque (Pharisiens et Sadducéens) : "Avant qu’Abraham fut, je suis", a-t-il été oublié par le vicaire du Christ ? L’évangile de Jean est-il boudé par les cardinaux ? Va-t-on l’abandonner à l’église orthodoxe ? Dostoïevski et ses frères Karamazov ont-ils été définitivement confondus avec Brejnev et sa clique ? Enfin, demander pardon est une excellente chose tant qu’on reste dans le domaine religieux et privé. Mais demander pardon quand la religion est noyée dans le politique, en est une autre. Le risque est grand qu’une telle demande soit instrumentalisée. Le pape et la diplomatie vaticane se sont-ils laissés piéger par la diplomatie sioniste ? On pourrait le croire si on observe les effets de la demande de pardon cinq ans plus tard. A-t-elle arrêté une guerre fratricide ? Non. Fait restituer les territoires occupés ? Non. Adouci la haine des Juifs pour les Arabes ? Non. Leur mépris pour les Chrétiens de Palestine ? Pas davantage. Leur arrogance devant le monde entier des goyim ? On connaît la réponse. La Palestine avant la demande de pardon était un assemblage de camps de parpaings et de barrages tenus par des hargneux de vingt ans, mitraillettes sur le ventre, lunettes de soleil sur le nez et kippa sur la tête, elle est devenue bantoustan et sera bientôt prison à ciel ouvert derrière un mur de béton électrifié de huit mètres de haut, de deux cent mètres de large et de six cent kilomètres de long ! Etre sous peu Ghetto en terre promise sera la gloire d’Israël ! les murailles de Sion ne seront pas d’émeraude et de rubis mais de ciment ! Le peuple juif est donc fin prêt pour la venue du messie, mais on se demande lequel. Entre ces bantoustans, sur des "routes jaunes", c’est leur nom officiel, trouvaille remarquable de l’humour israélien, circuleront seulement les humanistes citoyens motorisés d’or lagoyim, les matons de la "lumière des nations". Un Juif célèbre qui n’a pas toujours porté les Palestiniens dans son coeur, a écrit il y a peu dans un journal du soir, ce qu’on a cru être un début de mea culpa : "Le sionisme est mort" s’exclama-t-il ! Choc dans le Landerneau médiatique pro-sioniste et dans les hauts lieux de la pensée, mais choc vite surmonté quand on a compris qu’il s’agissait d’un plan marketing destiné à entrer au gouvernement Sharon. Oui, bien sûr, les gens informés savent que le sionisme est mort. A-t-il d’ailleurs jamais existé ? Non bien sûr, Sion se rit des sionistes ! Le plus tragique n’est pas sa mort, c’est la mort de ceux qui se prétendent "les humains par excellence" et qui l’ont peut-être été... Là est le drame du monde.
Le troisième élément est ce que nous appelons dans un premier temps racialisme pour éviter d’interférer avec des concepts qui, à force d’usage abusif, perdent de leur pertinence. Au départ, on ne peut considérer ce racialisme comme un racisme revendiqué comme le fut par exemple celui des étatsuniens blancs contre les Noirs ou les Rouges ou celui des nazis contre les autres races, mais il s’incruste rapidement dans les deux autres éléments et contribue à rendre le problème insoluble. L’argument peut se résumer ainsi : Par leur héritage historique, les Juifs ne seraient pas seulement une communauté religieuse et culturelle mais aussi un peuple et une "race", la race sémite (ou une de ses fraction) préservée, dit-on, de toute souillure depuis des siècles par un miracle permanent et efficace de Iahvé. Cette pureté, selon les lois rabbiniques, seule la femme juive peut la transmettre. Elle, et elle seule, donne à son nouveau né le caractère juif. Le "baptême" en quelque sorte, se fait dans l’utérus maternel. D’autre part, au fil des siècles, des Indiens, des Ethiopiens, des Arabes, sans doute aussi d’anciens Gaulois, des Ibères, des Turco-mongols de souche, se sont convertis au judaïsme. Donc, curieusement, la judaïté déjà là par le sang ou acquise par la parole libre de l’homme, se transmet seulement par... le sang ! Si bien que l’Ethiopienne juive enfante un Juif même si elle a fait cet enfant avec un non Juif blanc, rouge ou jaune... et même si ce "juif" n’est pas élevé dans la tradition juive ! Allez dire à un Chrétien que son enfant sera chrétien s’il est élevé par les Pygmées du Cameroun ou les Yakis du Mexique ! Si donc on admet ce "miracle", il faut alors supposer que la conversion au judaïsme a plus d’effets physiologiques que l’hostie des Chrétiens qui, dans la messe est supposée devenir le corps du Christ fondant dans la bouche du communiant pour le rachat de son âme mais en aucun cas pour la transformation de son sang ou son corps. Ainsi, le judaïsme apparaît à l’ethnologue comme une religion qui produit de la race. Il apparaît comme la "prison" invisible de tous ceux qui, par une libre décision de leur moi, souhaiteraient l’abandonner. A un Chrétien il est permis de ne plus être chrétien s’il le veut, à un Juif non. Nous sommes ici en présence d’une inversion de toutes les valeurs de notre monde où l’esprit (c’est du moins ce que les grands hommes affirment) doit être considéré comme supérieur à la chair et sans lien vil avec elle, et ceci pour la simple raison que les hommes de chair meurent mais que leurs pensées (quand ils en ont) restent. Si autrefois la race était la "base" de la religion, avec "le judaïsme à la sauce sioniste" la religion devient vecteur de race. Si bien qu’à la question qu’est-ce qu’être raciste envers un juif (Cukierman, Finkielkraut et consorts ont raison), le sphinx menteur à trois pieds répondra : c’est être 1 antisémite, 2 anti-judaïque, 3 anti-israélien ! et ce monstre mythologique est nourri depuis cinquante sept ans par les dirigeants d’Israël qu’ils soient de gauche ou de droite, comme le démontre Idith Zertal dans son livre (6). Avec la création d’Israël, on a donc à faire - en terminologie religieuse - à un triple péché originel qui rend la cause sioniste difficile à défendre pour tout homme ayant un minimum de culture historique. D’abord le péché de colonialisme. Ensuite une sorte de péché qu’on pourrait appeler d’aveuglement qui fait que les Juifs sont toujours incapables aujourd’hui de seulement supposer (je ne dis pas admettre) que la religion chrétienne, née du message et de la vie d’un de leurs prophètes est - quoi qu’ils en aient - la métamorphose, le prolongement et l’enrichissement de la leur, que le message (en principe) n’en diffère pas radicalement, que le messianisme est commun aux deux et qu’il vaudrait mieux, tout compte fait, pour nous comme pour eux, que le Messie soit déjà venu, qu’il ait "sauvé le monde" à l’époque romaine où le mal, bien que grand, était encore mesuré, alors qu’aujourd’hui et plus encore demain, la mission sera à jamais impossible. Quand une certaine eschatologie juive prétend que la re-création du pays de Juda annonce le Messie, c’est une hérésie juive (dénoncée par beaucoup de rabbins ) de la même eau que celle "chrétienne" qui parle du retour d’un Christ en chair. Elle affecte de ne pas voir, que le Retour à Sion n’a jamais été, pour les rabbins au fait des choses spirituelles, la création ou la recréation d’un état en Palestine. Sion est davantage une Jérusalem céleste qu’une terrestre, une promesse comme le fut la terre du même nom et qui ne devint jamais une réalité durable. Enfin le péché de racisme puisque si en 1948 la perspective d’un "état ouvertement racial" ne choquait pas, vu que les plaies étaient vives et les consciences anesthésiées, cette dimension a fini avec le temps par devenir odieuse à la mentalité contemporaine. Aucun état au monde qu’il appartienne aux pays développés ou sous-développés, aux dictatures ou aux démocraties ne revendique un état racial, n’imagine pas une seconde à quoi ça pourrait bien ressembler et surtout pas, le premier défenseur d’Israël, les Usa, qui, bien qu’occultement Wasp (7) et intrinsèquement racistes, sont l’exact contraire d’un état racial puisque nés d’un mélange. Se rend-on compte à quel point cette prémisse est folle si on songe par hypothèse à une RNG, une République Nègre du Ghana ou à une RPJC, République Populaire Jaune de Chine ? Réalise-t-on aujourd’hui combien ce concept d’état Juif, d’état de la race juive, d’état réservé aux Juifs - ouvert ad aeternam à tous les Juifs de la terre ou se prenant pour tels- que revendiquent les dirigeants d’Israël est une abstraction mortifère, une bombe bien plus sale que la pire des bombe pakistanaise ? On dit que le conflit en Palestine est religieux. Disons qu’il est "pollué" par la religion, du moins l’idée souvent simpliste que des foules, plus ou moins fanatisées, se font de la religion. Mais on est bien obligé d’ajouter, que ça plaise ou non, qu’il est de nature raciste et ce, dans une confusion de valeurs et de concepts tels, que plus personne aujourd’hui ne veut ni ne peut l’admettre, moins par manque de rigueur intellectuelle que par peur d’être accusé d’antisémitisme et déféré devant les juges ! sinon Sharon et ses sbires seraient déjà avec Milosevic à La Haye. Le comble du comble enfin, étant que les Juifs (askhénases) ont des physionomies d’Occidentaux, que les sépharades, par une cosmétique charnelle subtile sont en train de le devenir, et que les seules têtes un peu sémitiques en Israël sont celles... des Arabes ! Il suffit de regarder le portrait de feu Arafat pour remarquer immédiatement que son nez, ses lèvres, etc... ne sont pas ceux d’un natif du Bassin parisien, et le comparer aussitôt à Sharon qui lui ne ferait pas tâche à Clermont-Ferrand. Le plus sémite des deux n’est pas celui qu’on croit. Quant au plus antisémite... inutile de faire une démonstration. Bref, le "racialisme juif " s’exerce finalement contre un peuple de la même race que lui ! Leah Tsemel, avocate israélienne pacifiste, le relate avec un humour juif et noir (3). Le fond du cauchemar est là. Les Israéliens "ont la haine". Ils ont la haine des Palestiniens, Arabes du premier cercle à leur porte et en Israël même ; haine des Arabes en général qu’ils ont longtemps comparé aux nazis et enfin, haine des Européens, chose bien compréhensible si l’on considère l’histoire récente. Mais comme la haine des autres invite insensiblement à la haine de soi, c’est ce qui est en train de se produire en Israël. Or lagoyim est devenu ténèbre. Et cette ténèbre étend son ombre sur toutes les nations.

Concluons avec le quatrième et dernier élément sur lequel les historiens ne se penchent pas assez : le "millénarisme communiste Juif", qui s’exprima dès la fin du XIXe siècle dans ce retour à la terre en Palestine. La question est complexe je ne fais ici que l’effleurer. Je dis "retour à la terre" et "en Palestine" et non pas retour en terre d’Israël. Le retour à la terre doit être distingué du retour à Sion même si dans l’esprit des premiers pionniers le retour à Sion passait obligatoirement par la culture du sol. Ce "retour" est toujours signe de quelque chose. Du "pétainisme" aux "communes populaires" chinoises en passant par "l’alliance des ouvriers et des paysans", d’un continent et d’un âge historique à l’autre, il fut rarement porteur de progrès. Non que je sois un fanatique du progrès, loin de là, mais je ne suis pas non plus le fanatique inverse. Les "réussites" de ce retour nous obligent à le juger mal même si l’idéal de départ n’avait rien de bien méchant. Israël n’y a pas échappé. Qui veut oublier que le kibboutzisme est un idéal communiste et terrien, qui, bien que vivace - et toujours en action si on en juge par le cancer des colonies, seul véritable obstacle à la paix et seule raison d’être d’Israël, pays colonialiste qui a su avec le temps se trouver une "métropole" en la personne du dollar américain- a été, paradoxalement, mis en veilleuse très tôt, c’est-à-dire dans ce cas, nié en surface mais approuvé hystériquement en profondeur. Qui ne voit pas, s’il lui reste une once de bon sens et quelques souvenirs que cet idéal nous fut présenté avec les mêmes arguments que les arguments communistes, la création de l’Homme Nouveau ? qui a oublié que les communistes virent en Israël leur idéal poursuivre son essor ? et réciproquement que beaucoup de Juifs se crurent les vrais communistes de l’avenir subodorant peut-être que le totalitarisme soviétique était sur la mauvaise pente ? Qui a oublié enfin qu’Hitler haïssait non seulement les Juifs mais surtout le judéo-bolchévisme ? Qui osera dans un nouveau "Livre noir du Communisme", parler de celui-là, qui, comme tous les "communismes" a conduit à la catastrophe politique et humaine que constitue l’actuel état d’Israël qui ruse pour se faire passer pour la seule démocratie du Moyen-Orient alors qu’il est une dictature militaire sachant admirablement user du parlement et du vote comme sa gentille soeur turque ? Il faudra bien un jour qu’un historien du kibboutzisme se penche sur ces contrastes inexpliqués d’un "état totalitaire qui se serait amélioré" et nous explique comment il a fait naître des hommes comme Sharon (et d’autres) qui, sous la si commode casquette militaire s’est révélé un pur assassin rempli de la haine de l’autre et aussi de la haine de soi car, pour massacrer de sang froid des femmes et des enfants comme il le fit au cours de sa carrière, il en faut quand même un peu !...(6) Mais il faudra qu’il nous explique aussi comment d’autres au contraire comprirent très vite sa signification ambiguë pour ne pas dire plus, et le quittèrent pour vivre à la ville (4) où ils tentèrent (et tentent encore) de remettre en question le sionisme ?

On aimerait finalement que ce soit une insulte mais ce n’en est pas une, que de dire des Juifs israéliens qu’ils sont (ou se prennent pour) un Herrenvolk. Ce syndrome du peuple-de-seigneurs se découvre immédiatement dès la première minute de conversation avec la plupart des Juifs d’Israël. Il suffit de s’y rendre, de voyager dans le pays, de parler avec les gens qu’on rencontre dans les bus, les gares, les magasins, les kibboutz. Les Arabes qui les entourent (au milieu desquels ils adorent vivre comme nos Pieds-noirs en Algérie), sont devenus leurs dhimmis, pire peut-être, leurs chiens comme les appellent de temps à autres certains rabbins progressistes. Quant aux autres, pauvres goyim de toute la terre, valent-ils mieux ? Le Juif d’Israël en doute de plus en plus vu qu’il se prend lui pour une sorte de clone du Messie-à-venir, Messie qui ne saurait tarder vu la résurgence miraculeuse de Juda (et bientôt de Samarie) en Palestine. De Gaulle, qui mit fin au conflit algérien et qui en savait long sur le sujet colonie, avait, dans sa finesse et sa colère contenue (on lui avait piqué quelques vedettes à Cherbourg), parlé d’un peuple sûr de lui et dominateur. C’était un compliment diplomatique pour faire passer une critique radicale du projet juif et des hommes qu’il avait enfantés. Projet qui fut la pierre de scandale de notre vingtième siècle et qui restera selon toute probabilité celle du vingt et unième. Des Juifs qui ont pour mot d’ordre non le talion mais le célèbre tout aussi Juif que chrétien "aime ton prochain comme toi-même", le comprennent et le redoutent. Il suffit de lire par exemple Schlomo Sand (5) qui hélas ne semble pas avoir allumé de nouvelles connections dans les circonvolutions cérébrales de nos intellectuels et nos politiciens. Il ose dire, lui Juif vivant en Israël et professeur d’histoire à l’université de Tel-Aviv : "Si on invoque des frontières ou des droits remontant à deux mille ans pour organiser le monde, nous allons le transformer en un asile psychiatrique". Il parle au futur “nous allons”, par crainte sans doute d’agresser trop ses compatriotes ou compromettre sa carrière. C’est pourtant au présent qu’il faut parler. C’est ce qu’a accepté l’Onu en 1947 ! sans le mentionner toutefois dans le protocole de sa déclaration solennelle. Notre monde est depuis longtemps un asile psychiatrique et la section des fous dangereux qui risquent de mettre le feu à la maison est parfaitement localisée. Appelons vite les surveillants musclés qui travaillent dans ce genre d’établissement et ont la tâche de les ceinturer et de les conduire dans des cellules spéciales où leurs imprécations seront inaudibles et où il leur sera impossible de se suicider en suicidant les autres. S’ils ne suffisent pas -vu la quantité grandissante de fous qui mettent en danger la planète- engageons de nouveaux surveillants et passons commande -au lieu de gilets pare-balles, missiles et masques à gaz- de camisoles. Sans quoi "l’absence de salut en ce monde" que constate Idith Zertal dans la conclusion de son livre (6), attristera les foules.

1. Ben Laden, pour désigner les Occidentaux chrétiens et les Juifs alliés en Palestine et
alliés dans tous les conflits entrepris (Afganistan, Irak) et à entreprendre contre les
arabo-musulmans (l’Iran est la prochaine cible), parle avec mépris des "Juifs et des
Croisés". L’expression a scandalisé nos doctes. Ne lui avons-nous pas offert l’amalgame
sur un plateau ?

2. Ne retrouvant pas mes fiches pour citer le message du pape glissé dans le mur, j’utilise
l’article "De Rome à Jérusalem" de Salomon Malka, paru dans le Figaro du 05.04. 05.
Que celui qui y découvrirait manque ou inexactitude veuille bien me le signaler.

3. Le Monde Diplomatique, nov. 2003 : "A un ami européen qui lui demandait comment
les soldats [à l’occasion de contrôles] pouvaient différencier les Juifs des Arabes alors
que tout le monde se ressemble, Leah Tsemel répond ce qu’elle a entendu dire : Le
soldat regarde la personne droit dans les yeux et si celle-ci a les yeux d’un Juif, à coup
sûr elle est Arabe ! "

4. Zeruya Shalev, J’attends la paix pour écrire, N.Obs, Nº 1942, 24 janvier 2002.

5. Le Monde, 05 janvier 2002.

6. La nation et la mort, d’Idith Zertal, Edition La découverte, Paris 2004.
En ces périodes d’antisémitisme virulent, et d’anti-antisémitisme plus virulent encore,
ce livre est à lire et à relire. Il relativise la citation de "pornographie mémorielle" mise à
la mode par erreur (mais en toute bonne foi semble-t-il) par Marc Saint-Upery, traduc-
teur d’Idith Zertal. Si effectivement l’expression n’est pas dans le livre, ce qui s’y trouve
est encore plus tragique qu’une expression qui se voulait frappante.

7. Wasp = white anglo-saxon protestant


 
 
 
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