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Les dix mythes autour de la taxe Tobin

par Bogdan Vanden Berghe et Daniel Spoel

Pas une personne qui sache véritablement quel usage est fait de son
argent lorsqu’il est "en sécurité" dans une banque ou une autre
institution financière. Une chose est certaine, l’institution spécule
avec cet argent pour en tirer un maximum de profit. La population
thaï a-t-elle été précipitée dans la misère en 1997, pour pouvoir vous
payer des dividendes sur vos Sicav ?

Mythe n°1 - La taxe dite Tobin : un emplâtre sur une jambe de bois ?

Ou encore : une taxe de 0,1 ou 0,5 % sur les opérations de change des
devises ne peut pas empêcher les crises financières.

C’est la raison pour laquelle nous travaillons depuis un certain temps
sur la variante de Spahn. Le professeur Paul-Bernd Spahn est arrivé à
la conclusion simple : pour atteindre deux objectifs - lutter contre
la spéculation et collecter des moyens financiers - il faut deux
outils différents. C’est pourquoi il a conçu une taxe à double
détente et il a brisé le mythe. Pour faire simple : pendant la
période normale des transactions, il y a une taxe faible de 0,01 ou
0,02 % sur les opérations de change qui constituera une source de
financement permanente. En cas de mouvements financiers inopportuns,
grâce à un mécanisme astucieux, le niveau de taxation sera si élevé qu
’il sera dissuasif pendant une courte période d’effectuer encore des
transactions. De cette façon, le marché sera "refroidi" et les
réactions de paniques seront évitées.

Mythe n°2 - Tobin contre Tobin

Ou encore : James Tobin lui-même ne défend plus la taxe Tobin.

L’origine de ce mythe est une interview de James Tobin publiée par Der
Spiegel. A la suite des manifestations à lors du sommet du G8 à
Gênes, le professeur Tobin prend ses distances avec les mouvements
altermondialistes. Mais il ne démolit pas pour autant le fruit de ses
pensées. Bien au contraire, il reste un chaud partisan de la taxe
pour freiner la spéculation. Mais les montants récoltés grâce à la
taxe l’intéressent moins. Et il craint que l’opposition du monde
financier international provoque un mouvement d’opposition politique à
cette taxe.

Mythe n°3 - Les enterrements scientifiques de la taxe Tobin

Ou encore : les études scientifiques démontrent que la taxe Tobin est
irréaliste.

Dès l’instant où la taxe Tobin est mise à l’agenda politique, une
nouvelle demande d’évaluation scientifique est demandée. On l’a vu en
Finlande, en France, en Belgique et plus récemment au niveau européen.

Il ne faut pas se leurrer : la tonalité de ces études - et les
communiqués qui en résultent - reste toujours négative. Néanmoins
cela reste un mythe que ces études permettent de faire une croix
définitive sur une taxe du type Tobin. En effet, les premières études
n’ont considéré que les propositions initiales de James Tobin ; par la
suite on a bien pris en compte des propositions plus récentes. Mais
nous prétendons que les travaux de Paul-Bernd Spahn et de Rodney
Schmidt n’ont jamais fait l’objet d’un examen complet et attentif dans
ces différentes études. On peut donc mieux faire. En particulier on
peut se demander pourquoi aucune étude n’a été faite à partir de l’
hypothèse qu’une taxe de type Tobin doit effectivement être mise en
oeuvre ? Cela pousserait les scientifiques à rechercher des solutions
ou à tout le moins cela les amènerait à écouter ce que Paul-Bernd
Spahn et de Rodney Schmidt ont comme arguments à fairevaloir pour
faire tomber leurs préjugés. Jusqu’à ce jour cela ne s’est jamais
produit et on a donc toujours entendu les mêmes arguments pour ou
contre. Heureusement, il y a une exception qui confirme la règle :
récemment Paul-Bernd Spahn a publié une étude, à la demande du
Ministre allemand de la Coopération au Développement, qui est beaucoup
plus positive à l’égard d’une taxe du type Tobin. Cet ancien
conseiller auprès du Fonds monétaire international (FMI) a-t-il voulu
provoquer un point de rupture dans la continuité, pour détruire le
mythe ?

Mythe n°4 - La taxe Tobin est politiquement impensable

Ou encore : les politiques sont-ils assez puissants pour imposer une
mesure comme une taxe du type Tobin aux marchés financiers ?

James Tobin a peut-être abdiqué au vu de la puissance des milieux
financiers internationaux, nous n’avons aucune raison de faire comme
lui.

Il y a quelques années, celui qui osait proposer la taxe Tobin comme m
esure pour lutter contre la spéculation financière était bon pour la
camisole de force. Aujourd’hui, la taxe Tobin se trouve à l’agenda
politique de plusieurs pays et le mythe est partiellement détruit. La
Belgique a elle-même mis la taxe à l’agenda européen lors de sa
présidence de l’Union européenne, la France a voté une loi en faveur
de la taxe Tobin, le gouvernement allemand l’a mise à l’étude, Gordon
Brown (ce n’est pas n’importe qui) veut obtenir des éclaircissements à
son sujet. Ceci ne concerne uniquement que l’Europe. Les Nations
Unies, à l’initiative de Kofi Annan, étudie de nouvelles sources de
financement, la taxe Tobin sera certainement prise en considération.
Enfin d’importants pays émergents comme le Brésil et l’Inde se sont
rangés à l’idée de taxer les opérations de change. Et nous ne parlons
pas encore des centaines de représentants parlementaires de par le
monde qui se sont prononcés en faveur d’une taxe du type Tobin.

Mythe n°5 - La taxe Tobin n’est pas faisable économiquement

Ou encore : en dépit des promesses et des études, il n’y a pas encore
de taxe Tobin et on craint qu’une telle mesure n’effraie les marchés
financiers.

C’est un autre mythe. Dans le passé, la Malaisie et le Chili ont pris
des mesures qui sont comparables à la taxe Tobin. Les marchés
financiers n’ont pas réagi négativement, ils n’ont même pas fait d’
allergie à ces mesures. Le FMI a bien fait une crise d’allergie au
début, mais lorsqu’il a constaté que ces pays s’en sortaient bien avec
leurs mesures de contrôle de mouvements de capitaux, le FMI leur a
même délivré des tapes amicales dans le dos en signe d’encouragement.

Mythe n°6 - La taxe dite Tobin : un emplâtre sur une jambe de bois ? (Deuxième version)

Ou encore : la taxe Tobin n’est pas la solution miracle.

Nous sommes d’accord, mais dans notre tentative de démanteler ce
mythe, nous voulons replacer la taxe Tobin dans un cadre plus large.
Il faut bien sûr s’atteler à la réforme de l’Architecture financière
internationale. Le FMI nous le promet depuis longtemps. Il faut plus
de transparence et de surveillance, un renforcement du système
financier, et il est important d’y associer le secteur privé. Nous
voulons néanmoins mettre en lumière des avantages moins connus d’une
taxe du type Tobin. En premier lieu : s’il y a une taxe sur toutes les
opérations de change, cela signifie que toutes les opérations sont
recensées. La transparence souhaitée par le FMI n’en sera que plus
concrète. En deuxième lieu : la protection contre une forte
dévaluation spéculative apportée par la variante Spahn, permet aux
Etats de consacrer leurs réserves à d’autres fins que la lutte contre
la spéculation.

Mythe n°7 - Tobin, la poule aux oeufs d’or

Ou encore : on croit trop facilement que les ongs et les "activistes"
ne s’intéressent qu’aux revenus de la taxe Tobin.

Ce n’est qu’une partie de nos préoccupations, encore que les dernières
estimations de rentées de la taxe Tobin se situent aux environs de 50
milliards de dollars - soit autant que ce qui est consacré
annuellement à la coopération au développement - ce n’est pas l’
objectif premier. Il va de soit que ces revenus doivent aller à la
coopération. Entre parenthèses : James Tobin a écrit un article en
1994 à la demande de l’ONU, dans lequel il propose la même chose.

Nous avons aussi pour objectif de lutter contre la spéculation
financière. Les crises financières des années 90 ont fait beaucoup de
victimes de par le monde. Les dévaluations brutales de monnaies ont
entraîné beaucoup de misère et de chômage. De plus, les pays touchés
ont dû s’endetter encore plus pour maintenir leurs économies à flot.
Ainsi en 1998, l’Indonésie a dû avaler une pilule de 42 milliards de
dollars, le tout à rembourser par la population indonésienne.

Mythe n°8 - Tobin ne sait pas distinguer la spéculation

Ou encore : il est impossible de faire la différence entre une
opération spéculative et une opération non-spéculative, en conséquence
de quoi, la lutte contre la spéculation est impossible.

C’est un mythe récalcitrant et récurrent. La première partie du mythe
est fondé, mais pas la seconde. Dans la variante Spahn, il n’est pas
nécessaire de faire la différence entre les opérations spéculatives et
les opérations non-spéculatives. En période normale, tous payent la
très faible taxe ; mais en cas de mouvements intempestifs la hauteur
temporaire de la taxe n’est payée que par les spéculateurs qui veulent
encore faire des opérations de change. L’élégance de la méthode Spahn
est que chacun est prévenu de l’éventuelle mise en place de la
taxation forte en cas de dérapage et de fuite rapide de capitaux hors
des frontières nationales. Les spéculateurs qui veulent rapidement
faire des plus-values ont donc un problème pour atteindre leurs
objectifs. Mais les investisseurs qui travaillent à long terme voient
leur protection mieux garantie. Pour une taxe très faible de 0,01 %,
les commerçants et les investisseurs bénéficient d’un climat financier
beaucoup plus stable.

Mythe n°9 - La spéculation financière : cela ne me concerne pas

Ou encore : "La spéculation financière, nous n’avons vraiment rien à
voir avec cela. C’est provoqué par quelques grands capitalistes
requins, dans les gratte-ciels des grandes institutions et les grandes
places financières".

Mais est-ce bien comme cela ? Qui participe finalement à la
spéculation financière ? Doit-on se sentir concerné ?

Cela concerne les banques, les fonds de placements, les fonds de
pensions, les compagnies d’assurance, ... Pour faire court, cela
concerne toutes les institutions auxquelles vous et moi, nous confions
nos EUROS, pour leur permettre d’effectuer des prêts, d’acheter des
actions et ... de spéculer avec la somme de nos petites ou moins
petites économies.

Pas une personne qui sache véritablement quel usage est fait de son
argent lorsqu’il est "en sécurité" dans une banque ou une autre
institution financière. Une chose est certaine, l’institution spécule
avec cet argent pour en tirer un maximum de profit. La population
thaï a-t-elle été précipitée dans la misère en 1997, pour pouvoir vous
payer des dividendes sur vos Sicav ? Y a-t-il eu des millions de
chômeurs en Corée pour vous payer votre pension complémentaire ? Les
hauts taux d’intérêt perçus proviennent-ils du démantèlement de la
protection sociale en Argentine ?

La spéculation financière peut être désagréablement proche de nous et
nous concerner plus que nous le pensons !

Mythe n°10 - Marché compliqué non taxable

Ou encore : le marché des valeurs est tellement complexe et
insaisissable qu’il est impossible de taxer toutes les activités.

Ça, c’est le mythe par excellence. Tout ce dont on aurait besoin est
un ordinateur et une ligne téléphonique pour faire des opérations de
change. C’est pourquoi, il existerait toujours voies détournées.
Malgré la force du mythe, rien n’est plus faux.

S’il est si facile de changer des gros montants en devises grâce à
internet et d’autres moyens difficilement contrôlables, pourquoi n’y
a-t-il pas plus de détournements lors des transferts ? Pourquoi ne
perd-on pas à l’occasion l’une ou l’autre grosse somme ? Pourquoi les
transactions sont-elles toujours soldées ?

Parce que personne ne veut prendre le risque que l’autre partie n’
honore pas ses engagements. Cela ne se produit pas au travers d’un
système décentralisé qui solderait les opérations, bien au contraire,
le système est tout-à-fait centralisé pour éviter tous les risques.
Dès l’instant où tout passe par ce système centralisé, il est donc
très facile d’y installer un ordinateur pour percevoir la taxe du type
Tobin. Puisque toutes les transactions doivent passer par là, elles
ne peuvent y échapper. Pas plus non plus celles vers ou en provenance
de paradis fiscaux. Celui qui joue avec des sommes importantes ne
peut pas se permettre de ne pas travailler avec les systèmes de
compensation. Le mythe, s’il existe, ne résiste pas à la traçabilité
réelle mais tenue secrète. Donc pour éradiquer tous les excès de la
spéculation financière, une taxe de type Tobin est insuffisante. Il y
a lieu de rendre tout négoce financier, aussi insignifiant soit-il, nominatif, donc "retraçable".


4- Un groupe Tobin au parlement espagnol


Par ATTAC Espagne
Traduction : Delphine Delaencina traductrice bénévole
coorditrad@attac.org

Un groupe interparlementaire d’étude et de débat sur la taxe Tobin et
l’abolition des paradis fiscaux vient d’être mis en place au sein du
parlement espagnol.

C’est le mercredi 6 février que s’est officiellement créé au sein de
la chambre des députés un groupe interparlementaire d’étude et de
débat concernant la taxe Tobin et l’abolition des paradis fiscaux. Les
députés qui se sont portés volontaires pour faire partie de ce groupe
l’ont fait à titre individuel. Cependant, il est nécessaire de
préciser qu’y sont représentés tous les partis politiques siégeant à
la chambre des députés, exception faite du Parti Populaire, qui
pourtant se trouve actuellement à la tête du gouvernement. En effet,
après avoir assisté aux réunions préparatoires, les populistes n’ont
pas confirmé leur participation, leur parti étant clairement opposé à
la création d’un impôt du type taxe Tobin.

La création d’un tel groupe a été rendue possible grâce aux efforts
réalisés par quelques députés isolés, et avec le concours d’
Attac-Espagne. C’est en novembre 2001 qu’eurent lieu les premiers
contacts entre Juan Saura, un des députés prônant l’instauration de la
taxe Tobin et membre du parti Iniciativa-Els Verds (coalition du parti
communiste catalan et des écologistes), et les membres de la
commission pour la taxe Tobin et l’abolition des paradis fiscaux d’
Attac-Catalogne.

Plus tard, cette même commission a été chargée par Attac-Espagne d’
encourager et de favoriser une série d’actions en vue de déboucher sur
la formation d’un groupe interparlementaire au sein de la chambre des
députés.

Le groupe qui vient de se former a accepté le plan de travail proposé
par Attac, qui se concrétisera en une série de sessions mensuelles s’
étendant de mars à juillet. Les thèmes abordés seront les suivants :
la relation entre éthique, politique et économie, la réforme des
structures financières internationales, la taxe Tobin ainsi que les
paradis fiscaux. Les députés ont également accepté les rapporteurs
désignés par Attac pour développer les thèmes en question. L’objectif
que s’est fixé ce groupe pour la durée du mandat parlementaire est d’
arriver à la rédaction commune d’une étude portant sur la possibilité
d’application de la taxe Tobin et l’abolition des paradis fiscaux, et
qui sera ultérieurement remise aux diverses formations politiques
auxquelles appartiennent les membres du groupe.

Le débat portant sur un autre type de mondialisation est donc en train
de faire son entrée au sein du Parlement espagnol. A Attac-Espagne,
nous espérons que ce débat portera ses fruits et se matérialisera en
démarches concrètes afin que soient mises en place les idées que nous
défendons. Nous espérons que les députés agiront conformément à ce que
doit être leur fonction, c’est-à-dire, selon Ricardo Petrella, non pas
se contenter du possible, mais réaliser l’impossible. Nous nous
réjouissons que de telles idées commencent à faire leur chemin.

Commission pour la taxe Tobin et l’abolition des paradis fiscaux.
ATTAC-Espagne.


 
P.S.

Article paru dans le courriel d’information ATTAC (n° 314)

 
 
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