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Bush, un danger pour le monde

Traduction de l’éditorial de La Jornada, Mexico, du 12 mars 2002.
Article publié par le CEMAQ le 13 mars 2002.

En se rappelant les attentats terroristes meurtriers perpétués il y a 6 mois à New York et à Washington, le président des États-Unis, George W. Bush, a rendu publique une nouvelle exigence pour que le reste du monde s’unisse à son pays dans le combat contre le terrorisme international et contre ce qu’il appelle "l’axe du mal", dont feraient partie l’Irak, l’Iran et la Corée du Nord.

Dans son acharnement à attaquer un ennemi beaucoup plus diffus, indéfini et fantasmagorique que l’énorme capacité de destruction qui s’est manifestée lors des attaques du 11 septembre, Bush a dessiné un portrait précis et involontaire de son propre gouvernement : "Les hommes qui n’ont pas de respect pour la vie, dit-il, ne doivent pas contrôler les ultimes instruments de la mort", et il s’est référé à ceux qui "utiliseraient des armes de destruction massive sans aucun remords" et pourraient ainsi provoquer "un chaos mondial".

Si quelque chose est clair dans la campagne militaire des États-Unis, au cours de laquelle le gouvernement de Bush a rasé ce qui restait d’un pays qui sortaient de deux guerres, c’est que le gouvernement des États-Unis est disposé à agrandir son pouvoir belliqueux démesuré sans aucune argumentation, avec une implacable cruauté et sans aucun scrupule moral. S’il y a quelque chose qui est maintenant évident après cette incursion, c’est que Washington veut amener le monde dans le chaos des conflits belliqueux sans aucun autre objectif apparent que celui de réactiver son économie, prendre le contrôle de régions stratégiques et ouvrir de nouveaux marchés pour son industrie d’armement. Une conclusion ressort des révélations récentes du Los Angeles Times sur les plans "d’éventualité" de la Maison Blanche d’attaquer avec des armes atomiques la Chine, la Russie, l’Irak, l’Iran, la Corée du Nord, la Libye et la Syrie : c’est que le plus grand danger pour la paix mondiale est le gouvernement dirigé par George Walker Bush.

Le plus grave dans les circonstances actuelles, c’est que les intérêts (économiques et financiers) qui sont derrière l’administration des États-Unis ont réussi à anesthésier et à séduire plus de 88% de l’opinion publique de ce pays et à maintenir cette dernière accrochée au mensonge de la " guerre contre le terrorisme ", malgré les résultats douteux de l’incursion en Afghanistan : un gouvernement intégriste remplacé par une coalition instable de mafias ; une poignée de séquestrés de guerre, entre lesquels ne figurent ni Oussama Ben Laden, ni le mollah Omar, ni aucun des principales têtes présumées de Al Qaeda, ni aucun présumé responsable intellectuel des attaques du 11 septembre ; une quantité incertaine, mais volumineuse de millions de dollars dépensés, et plusieurs milliers d’Afghans innocents (sic) massacrés par les bombes des États-Unis. Même s’il est douloureux et alarmant de le constater, le vaste appui populaire dont jouit le gouvernement de Bush sent le fascisme.

Pour illustrer cette tendance, je voudrais souligner un incident, qui n’est pas mineur, survenu la semaine dernière à Mexico.

Dans son éditorial du 7 mars 2002, La Jornada dénonce le fait que la veille, l’ambassade des États-Unis au Mexique a organisé une conférence de presse avec le sous-secrétaire d’État pour les Affaires Interaméricaine, Otto Reich, et a refusé l’entrée de La Jornada (journal à grand tirage, de centre gauche) à cette rencontre. Le responsable de la presse de cette délégation diplomatique a dit à la journaliste qui demandait des explications sur les motifs de cette exclusion qu’on ne les laissait pas entrer pour "leurs éditoriaux". Fini la liberté d’expression et de dissension !!!

L’éditorial souligne que depuis les attentats du 11 septembre, le gouvernement des États-Unis a lancé une offensive contre les libertés civiles et les droits humains. Cette offensive se développe parallèlement aux confus, sanglants et criminels efforts belliqueux contre ce que Bush appelle le "terrorisme international" et peut ne pas être moins dangereuse et dévastatrice que les aventures militaires : établissement de tribunaux militaires pour juger les suspects, élimination discrétionnaire des garanties individuelles de base – arrestation pour un temps indéfini pour simple suspicion - isolement des prisonniers, prohibition de recourir à un avocat, entre autres dispositions - et imposition de mesures de censure. Plusieurs hauts fonctionnaires de Washington ont affirmé publiquement, sans aucune pudeur, que dans l’avenir, le pouvoir public américain aurait recours, dans sa "lutte contre le terrorisme", à des actions de désinformation comme la divulgation de mensonges et de fausses données ainsi que la dissimulation de faits.

L’éditorial poursuit : cette charge contre la légalité pourrait difficilement s’expliquer comme faisant partie d’une stratégie antiterroriste ; cela paraît plutôt être – comme l’ont signalé des intellectuels et leaders civils américains - une utilisation, par le gouvernement Bush, des attentants du 11 septembre pour réaliser ses desseins et orientations autoritaires, obscurantistes et totalitaires.

En prenant en considération ces antécédents, il est logique de supposer que le veto de l’ambassade américaine à Mexico n’est pas qu’une réaction arrogante et infantile contre les éditoriaux de La Jornada, mais aussi une manifestation des tendances totalitaires et intolérantes - qui vont en s’accentuant - du gouvernement de Bush. Pour le malheur de la société américaine, peut-être que le moment n’est pas très loin où les médias critiques commenceront à être exclus des conférences de presse officielles d’un gouvernement qui a le culot de se proclamer le gardien mondial de la liberté et de la démocratie.

Auteur : Phil Hippo et Mirka Gilbert


 
P.S.

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