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Le pouvoir : Faut-il obéir ou résister ?

Petit rappel des articles précédents :

- Postulat : Les pouvoirs presque depuis toujours et presque tous, se comportent comme des pères ou mères abusifs. Ceci dans le dessein de maintenir les peuples dans l’âge d’enfance ou éventuellement en âge d’adolescence, mais dans tous les cas pour conserver, seuls, le pouvoir.
- Si les pouvoirs, dans les pays proclamés « démocratiques » sont légitimes au regard du droit écrit par et pour eux-mêmes, ils ne sont pas légitimes par rapport au « droit moral » non écrit que les peuples ressentent et comprennent fort bien.
- Nous avons vu, au travers de quelques exemples, avec l’article 4, que l’exercice du pouvoir actuel, en France et dans quelques autres pays, n’a, logiquement, rien à voir avec la légitimité morale lue avec le support du « droit moral ».
- Dans le cinquième article, nous avons vu que la résistance est légitime puisqu’il s’agit de retrouver notre « souveraineté » perdue.

Résistance légitime : Violente ou non-violente ?

Le postulat à propos de la violence : Selon ma perception personnelle, que nous ne sommes pas très nombreux à partager, c’est vrai, la violence, celle qui tue ou blesse, est un héritage du passé que nous n’avons pas encore dépassé, tant au niveau des pouvoirs qu’au niveau des individus formant les peuples. On peut penser qu’il y a une part de cette violence qui est inscrite au plus profond de nos gènes, qu’elle est liée à l’état instinctif animal des origines humaines. Mais il est évident que la part culturelle qui entretient « l’esprit de violence » pèse très lourdement. Elle n’a jamais vraiment été remise en cause par les autorités, que ce soit au travers de l’enseignement et de la culture (je pense notamment aux films, certaines chansons, certains textes). Les exceptions admirables de résistance non-violente n’ont été présentées, chez nous, que comme une « curiosité exotique » au parfum venu d’ailleurs.

Le postulat général du « pouvoir abusif » et du peuple « maintenu en enfance » pose qu’il est dans l’intérêt des pouvoirs de maintenir bien vivante la culture de la violence :
- d’une part parce que les pouvoirs sont les premiers utilisateurs et bénéficiaires de la violence. On le constate en tout domaines, de la répression policière aux guerres que les pouvoirs parviennent toujours à légitimer par toutes sortes de manipulations et de mensonges.
- d’autre part, parce que pour éduquer tout un peuple à la peur, avec pour dessein de le soumettre à cette peur de manière à mieux le « posséder », il faut le maintenir en contact avec la violence. D’où les intenses campagnes télévisées, notamment aux informations, montrant la violence, la dénonçant en apparence, mais en la magnifiant en réalité comme dans une grande majorité de films programmés. Les pouvoirs proclament que la violence est hors-la-loi et pour l’imposer, utilisent la violence... Paradoxe ? Non, logique... Ils signifient, par cette pratique, que la violence est leur apanage. C’est l’arme du « père abusif » et seulement la sienne.

Sur la violence, le postulat que je pose est le suivant : La violence est toujours une défaite de l’humain. C’est elle qui, principalement, empêche le développement des peuples comme des individus vers « l’âge adulte ». On comprend, si on accepte ce postulat, que le pouvoir agissant comme un parent abusif, use de la violence, qu’elle soit physique ou psychique.

Un point important toutefois : Il ne faut pas confondre révolte et violence. La première est nécessaire pour l’évolution. L’enfant qui, adolescent, ne se révolte pas contre l’autorité du parent abusif et même d’un parent respectueux de l’évolution de son enfant, reste bloqué dans son évolution mentale pour très longtemps et dans certains cas, à jamais. Mais la révolte, sur le plan politique, n’est pas obligatoirement synonyme de violence. Il suffit de se souvenir des révoltes de Gandhi, Martin Luther King, Malcom X vers la fin de sa vie ou Nelson Mandela pour comprendre ce qui semble a priori paradoxal.

Pour bien comprendre ce qu’est la violence, je vous propose de vous reporter sur l’article Publication du Dictionnaire de la non-violence. Il est certain que les pouvoirs ont tout intérêt à maintenir la confusion entre révolte et violence, de même qu’ils ont intérêt à dénigrer la notion de non-violence.

Par ailleurs, il est important, majeur même, de comprendre que la violence est pratiquement toujours la résultante de diverses peurs. Pour les pouvoirs, c’est la peur de perdre la faculté de gouverner, d’imposer leurs lois, et la peur de perdre tous les avantages liés à cette faculté, puissance, richesse, domination... Pour les peuples c’est souvent l’insécurité, qu’elle soit sociale ou autre, qui induit la peur, puis la violence.

Une forme de violence présenté comme un élément de sécurité majeure

Parmi toutes les formes de violences que nous connaissons de la part des pouvoirs, il en est une qui n’apparaît pas immédiatement comme telle et qui, pourtant, en est une. C’est le viol de la vie privée de plus en plus généralisé, légalisé sous le prétexte fallacieux de la sécurité pour tous.

Les gouvernements des pays riches, de tous les pays riches, profitant de l’effet d’aubaine lié aux attentats de septembre 2001, créent et appliquent méthodiquement des lois sécuritaires impliquant une surveillance toujours plus étroite des populations. Pourquoi s’agit-il d’une violence ?
- En premier lieu parce que ces décisions sont prises sans le moindre mandat du peuple, jamais consulté sur ce thème. Au mieux, les pouvoirs s’appuient sur des sondages dont on connaît le peu de valeur, puisque tout dépend de la forme et du type de questions posées.
- En deuxième lieu, parce qu’il s’agit bel et bien d’un viol de la vie privée. Au rythme adopté pour la création de ces lois, plus un geste, y compris le plus anodin, ne passera inaperçu puisque les villes seront truffées de caméras, dont les images, bien entendu, ne seront jamais vues par une instance réellement indépendante des pouvoirs. Au travers de la carte d’identité biométrique à venir, ce viol est tout aussi puissant et constitue une violence d’ordre psychique puisque tout le monde pourra être contrôlé et surveillé à son insu, donc en permanence.
- Enfin, en troisième lieu, cela revient à enfermer un peuple entier dans une prison, certes, à ciel ouvert, mais une prison tout de même. Il n’est donc même plus besoin d’être un délinquant pour se retrouver dans une prison !

Il va de soi que tous les individus qui ne cèdent pas aux phobies sécuritaires instaurées par les pouvoirs ne peuvent que se révolter devant de tels actes ajoutés à tout ce que j’ai déjà décrit et la masse des autres dont je n’ai même pas parlé.

A ce stade, il faut choisir : Violence ou non-violence ?

On peut, pour faire ce choix crucial, se baser sur beaucoup d’éléments de jugement. La première question qui se pose peut se formuler de deux façons différentes qui induisent un choix préalable, au niveau psychologique.
« Résister contre qui, contre quoi ? » ou « Résister pour qui ou en faveur de quoi ? »

A première vue, il ne s’agit que d’une différence de sémantique et pourtant cette petite différence change tout. La notion « contre » implique, tout de suite en nous, un rapport de force ; la deuxième, implique elle, une notion du type « au service de ». La première formule induit presque machinalement la possibilité de la violence alors que la deuxième, de fait, ne l’implique en rien. Mais, les deux formules correspondent bien à la notion de Résistance. En fait, pour être plus clair, « Résister contre », fait appel à l’instinct et correspond par conséquent au niveau du postulat à un âge d’enfant ou d’adolescent alors que « Résister pour » est une attitude d’adulte.

Il est vrai que certaines situations ne permettent pas ce genre de distinction. Je pense notamment à la Résistance contre les nazis. Les Résistants avaient-ils le choix alors qu’ils combattaient des gens soumis à une idéologie particulièrement barbare ? Cette dernière remarque constitue la limite probable de la résistance ferme et non-violente. A cet égard, il est intéressant de lire ce qu’en pensait Gandhi :
« Là où il n’y a le choix qu’entre lâcheté et violence, je conseillerai la violence... Je risquerai mille fois la violence plutôt que l’émasculation de toute une race ».

Toute la question pour nous, face aux pouvoirs qui nous imposent la mondialisation, est de savoir si nous avons à faire à un pouvoir semblable à celui que Gandhi combattait, c’est-à-dire un pouvoir colonial sauvage, mais encore humain, ou un pouvoir de type nazi qui n’a plus le moindre sens de l’humain. Il est trop tôt, à l’heure actuelle, pour avoir une certitude. Pour ma part, lorsque j’analyse les faits au niveau mondial et même au niveau français face aux méthodes et aux dérives d’un Nicolas Sarkozy avec ses « rafles d’étrangers », je crains que nous nous rapprochions d’un pouvoir de type nazi, du moins dans l’esprit de l’exercice du pouvoir, sans considération ni notion de la beauté et de la grandeur de tout être humain.

Faire le choix de la violence revient donc, si l’on excepte le cas du face à face avec des brutes primaires, c’est faire le choix, au mieux, de rester à l’âge de l’adolescence. Ce choix implique la mort d’hommes, coupables comme innocents. Mais que veut dire coupable à partir du moment où nous nous rendons compte qu’au travers d’un jeu d’héritages culturels malheureux nous sommes tous soumis à la pression quasi perpétuelle du pouvoir similaire à celui des parents abusifs ?

Ce choix de la violence signifie, toujours, un recul de l’humain et au mieux, une stagnation ; il signifie aussi le développement de la haine, une haine qui affectera les rapports humains tout au long d’une génération, voire de plusieurs générations. Ce qui signifie que notre violence d’aujourd’hui, même au nom d’une cause qui semble juste, s’étendra aux innocents des générations suivantes. Ce choix signifie, consciemment ou non, que nous voulons rester dans le rapport de force au lieu du rapport de l’esprit. C’est le rapport du dominant sur le dominé, du père abusif sur l’enfant abusé, du pouvoir abusif sur le peuple opprimé. Ce choix implique donc non pas une avancée commune, mais un recul général.

Je pourrais donner l’exemple des guerres et des révolutions passées. Mais je préfère donner l’exemple de la guerre d’Irak actuelle qui est symptomatique de ce que je cherche à démontrer : la guerre s’est faite au nom de la liberté à conquérir et de la démocratie à installer dans ce pays et les contrées avoisinantes. Or, nous constatons, dans la réalité, le massacre des innocents que sont les civils, les destructions massives, une impossible avancée de la démocratie, l’installation de la haine entre communautés, l’appauvrissement général, la dépendance totale au « pouvoir abusif » américain qui est le seul à tirer un bénéfice de ce crime, celui du pétrole volé au peuple irakien. C’est un échec complet sur tous les plans humains et politiques, un drame pour les familles, l’assassinat de tout l’esprit d’un peuple. Il faudra des dizaines d’années pour reconstruire ce qui aura été détruit en quelques semaines. C’est ça, le fruit de la violence...

Et si je fais un court résumé de quelques révolutions violentes, très sanglantes, cela donne :
- La révolution française qui aboutit à l’empire napoléonien.
- La révolution russe qui aboutit à 70 ans de dictature.
- La révolution iranienne qui aboutit, déjà, à un quart de siècle de dictature.

A contrario, l’une des rares révolutions non-violentes, la révolution des œillets au Portugal, elle, n’a abouti sur aucune dictature... N’est-ce pas là, la signature même de ce que produisent la violence ou la non-violence ?

Il me semble donc tout à fait pertinent de dire que si nous faisons le choix de la révolte, donc de la résistance et si notre volonté est réellement le mieux-être des populations, nous devons nous écarter du choix de la violence. Mais j’insiste sur ce point : la non-violence n’est pas le pacifisme, n’est pas une attitude de lâcheté, n’est pas un abandon ou une trahison. La non-violence, bien comprise, bien appliquée, dans la lignée de ce que fit Gandhi, est la recherche d’une provocation constante des pouvoirs, un harcèlement qui va toujours plus loin, qui est toujours plus exaspérant pour les pouvoirs. Cette non-violence désarme le pouvoir qui ne comprend que le langage de la force et qui l’amène à faire usage de la force, l’obligeant à montrer sa véritable nature même lorsqu’il voulait la cacher.

La non-violence implique aussi l’acceptation du sacrifice personnel et du compagnonnage avec la souffrance. A cet égard, voici ce que disait encore Gandhi :
« L’efficacité de la non-violence est la conséquence, selon Gandhi, d’un acte de foi qui suppose : une conviction spiritualiste (la supériorité de l’esprit sur la force physique) ; une éthique de la souffrance (“Nul ne s’est élevé sans avoir passé par la souffrance...Le progrès ne consiste qu’à purifier la souffrance en évitant de faire souffrir”) ; un fondement religieux universel (“La religion de la non-violence n’est pas seulement pour les saints, elle est pour le commun des hommes. C’est la loi de notre espèce comme la loi de la violence est la loi de la brute”). »

La non-violence comporte, c’est vrai, une dimension spirituelle. Mais il faut cesser d’avoir peur de cette dimension particulière. Nombre de contemporains en ont peur parce qu’elle aussi répond au schéma du postulat. Tant que les religions servent l’idée du pouvoir, de la richesse et des dogmes infaillibles, celles-ci se servent de la spiritualité au lieu de la servir. Ces religions, par ces actes, tuent la spiritualité, du moins elles lui enlèvent tout sens. Il ne peut y avoir de foi, de spiritualité en Dieu, quel que soit son nom, sous le signe de la richesse qui signifie pouvoir, domination, sectarisme, donc violence. L’essentiel des religions, des Institutions religieuses, de ce point de vue, ne sont pas non plus adultes ; elles fonctionnent toujours sur le schéma du père abusif face à des enfants abusés. Mais ce faisant, elles se vident de toute substance et de tout sens. Pire, ce sont elles, par ces méfaits, qui sont responsables de la mort de Dieu dans l’esprit de tant d’humains. Ce faisant aussi, certains membres de ces religions deviennent des assassins : C’est parce qu’il mettait en danger le pouvoir de certains religieux fanatiques hindous que Gandhi a été assassiné...

Source : altermonde-levillage.com


 
 
 
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