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Dernier instant d’espoir

par Ilan Pappe
27.10.2005
Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier

Ce mois marque le cinquième anniversaire de l’insurrection palestinienne et pourrait fort bien être le dernier instant possible pour obtenir une paix en Israël et en Palestine. La paix n’est pas seulement importante pour les gens qui vivent là-bas. Elle apportera(it) des dividendes pour le monde entier, et en particulier aux Etats-Unis.

Ceci, parce que la prolongation du conflit en Palestine déstabiliserait le monde arabe et permettrait à ses dirigeants de continuer à ignorer des problèmes aussi aigus que la pauvreté et l’absence de démocratie. Une question palestinienne non résolue, cela signifie aussi que l’ère du colonialisme n’est pas derrière nous et que la résolution de problèmes telles la pauvreté ou l’absence de liberté ne saurait être qualifié de luxe. Aussi longtemps que les réfugiés palestiniens, qui ont été chassés de chez eux par les nouveaux arrivants juifs, en 1948, ne pourront pas retourner chez eux, et aussi longtemps que l’occupation militaire des territoires conquis par Israël en 1967 persistera, aucune solution durable ne sera possible. Aucune proposition de paix, jusqu’à ce jour, n’a apporté de solution équitable, ni aux réfugiés palestiniens, ni aux Palestiniens qui continuent à vivre sous une occupation militaire brutale.

La perception d’Israël comme une relique agressive du passé colonial est largement répandue dans le monde musulman. Ceci a des conséquences terribles pour les Etats-Unis. Israël n’aurait pas pu éradiquer près d’un million de Palestiniens en 1948, ni en occuper plus de deux millions durant ces trente-huit années écoulées, sans le soutien américain. De fait, les contribuables américains règlent la note. Elle s’élève à 3 milliards de dollars, chaque année. Ce soutien financier, combiné à un soutien diplomatique irrémissible, a permis à Israël de perpétuer l’occupation militaire d’un autre peuple la plus longue des temps modernes.

Voici quelles sont les horreurs infligées aux Palestiniens, horreurs dont sont témoins les peuples des mondes arabe et musulman : démolitions de maisons généralisées, confiscation de propriétés privées pour la construction de colonies réservées aux juifs et de routes réservées aux juifs, expulsion des Palestiniens, chrétiens comme musulmans. Et leur colère ne se limite pas toujours à des protestations contre Israël, l’occupant éradicateur. Parfois, ils défient aussi - aux moyens d’une terreur condamnable - les Etats-Unis, en qui ils voient la superpuissance qui se tient derrière l’oppresseur. Les Etats-Unis n’ont nul besoin d’être embringués dans une relation tendue avec un cinquième de la population mondiale.

Et pourtant, nous vivons un moment d’opportunité. Cela n’a rien à voir avec le retrait unilatéral de Gaza, qui s’est révélé n’être pas autre chose qu’un tentative israélienne interne de substituer une occupation indirecte à l’occupation directe. Non, l’opportunité est purement américaine, elle rappelle la lutte pour les droits civiques menée par, et pour les Afro-Américains.

En dépit du fait qu’ils sont expulsés et occupés, quiconque a visité la Palestine et a des amis palestiniens vous dirait que, tout comme les autres êtres humains, les Palestiniens désirent simplement être traités en égaux. Ils aspirent à une vie normale, près des juifs, et avec eux, sur le minuscule territoire de la Palestine et d’Israël. Si on offrait aux Palestiniens musulmans et chrétiens, en Israël, l’égalité avec les juifs dont jouissent aujourd’hui tous les Américains, ils l’accepteraient, à bras ouverts.

Aucun gouvernement israélien, dans toute l’histoire, soutenu par les Etats-Unis, n’a jamais offert des droits égaux aux Palestiniens, ni en Israël, ni dans les territoires occupés. Israël a toujours exigé une majorité juive et l’exclusivité sur le territoire partagé (avec les Palestiniens), tout en « offrant », dans le cadre des dernières propositions de paix, un Etat palestinien impossible, sur des éclats de la Palestine historique représentant, au total, 8 % de sa superficie... Les Israéliens les plus généreux se contentent d’ « offrir » quelques pour cents de plus...

Des confettis de territoire palestinien, qui évoquent les bantoustans d’Afrique du Sud - comme les accords calamiteux d’Oslo l’ont démontré - sont une recette assurée pour plus de sang versé. Cela ne fera qu’entraîner les Etats-Unis encore plus profondément dans un conflit sans fin - un conflit qu’il serait pourtant possible de résoudre, dès aujourd’hui, en adoptant ces valeurs mêmes que les Américains tiennent en si haute estime : l’égalité des droits et la justice pour tous.


 
P.S.

Source : Counterpunch

 
 
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