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Violences urbaines.

La vague de violences urbaines qui déferle sur la France depuis quelques jours mérite qu’on leur apporte certains éclaircissements, ne serait ce que pour infirmer certaines interprétations volontairement simplistes et restrictives présentées par les partisans de la politique du tout répressif.

Il est clair que la cause des violences urbaines n’est pas unique. C’est un phénomène complexe, dont les causes sont multiples et les responsables très différents les uns des autres. Et ce n’est pas en laissant le seul traitement des violences urbaines à la Direction des Renseignements Généraux, la Direction de la Sécurité Publique et à la Gendarmerie que notre société sera débarrassée de ce fléau.

Il est lamentable que ces irruptions de violence urbaines deviennent des occasions de faire-valoir personnel pour certains politiciens, et en premier lieu du plus cynique d’entre tous, le sire Sarkozy, à l’ambition démesurée et à l’ego boursouflé. Son discours qui attise inutilement les haines comme « passer les cités au karcher », sa politique du « zéro tolérance » et toute sa rhétorique agressive et à l’emporte-pièce ne sert que ses ambitions personnelles et ses buts électoraux. À voir comment ce ministre surfe sur ce phénomène douloureux qui pourrit la vie à des dizaines de milliers de personnes, on tremble à l’idée qu’il pourrait devenir bientôt le chef de l’État !

Il y a bien évidemment des délinquants criminels qui participent aux violences urbaines et qui les déclenchent. Arroser d’essence un handicapé et le faire brûler n’est pas le fait d’un groupe de jeunes frustrés par leur marginalisation sociale. Mais le théâtre des violences urbaines fournit à ces véritables délinquants une scène propice à leurs activités qui relèvent du droit commun.

Les violences urbaines revêtent deux aspects assez différents. Il y a d’une part les actions ponctuelles contre les institutions comme les écoles, la police ou les pompiers, et d’autre part la délinquance quotidienne dans les quartiers sensibles. Les actions ponctuelles, très médiatisées, servent plus de théâtre aux actions de criminels délinquants, alors que la seconde, dans les quartiers, est plus due au fait des difficultés sociales et économiques.

Tout comme en médecine, il faut distinguer la « maladie » du « terrain ». Louis Pasteur a confié sur son lit de mort que « la maladie n’est rien, le terrain est tout ». En matière de violences urbaines, c’est la même chose, et ceux qui s’emparent du phénomène pour justifier le tout répressif ne veulent traiter que la maladie sans se soucier du terrain qui l’alimente et la génère.

Le terrain, en matière de violences urbaines, ce sont les problèmes sociaux, les difficultés économiques, dont la hausse du chômage et l’impossibilité de se loger à un prix acceptable, la transformation de certains quartiers en ghettos, la déstructuration de certaines familles particulièrement vulnérables, la violence banalisée dans certains quartiers sensibles et les injustices dont certains jeunes souffrent, ce qui provoque leur ras-le-bol et les incite à faire des bêtises et à entrer dans un engrenage pernicieux de la violence.

Pour traiter le terrain, les traitements chocs ne marchent pas. Bien au contraire ils aggravent la situation. Il faut faire un travail discret et de longue haleine dans les quartiers difficiles, y envoyer des spécialistes expérimentés qui y mettront en œuvre une politique claire et concertée, décidée au plus haut niveau de l’État qui y mettra les moyens. La police de proximité était une bonne chose. On l’a éliminé. Certes elle ne suffisait pas, mais elle contribuait à connaître le terrain et à limiter les éruptions, en douceur.

Il faut traiter chaque quartier sensible sans laisser à la couleur politique de certains élus locaux influencer le traitement par une politique inutilement répressive. Il faut traiter en profondeur le problème de l’échec scolaire qui concerne surtout les enfants modestes des quartiers défavorisés, en réduisant le nombre d’élèves par classe, en donnant des bourses, en autorisant les enfants pauvres à étudier dans des quartiers plus favorisés du centre-ville et non plus confinés en banlieue pauvre, et en renforçant le nombre des personnels administratifs.

Le contexte politique en France, avec un gouvernement qui participe complaisamment à la casse sociale voulue par le MEDEF et le patronat, qui démantèle certaines fonctions clés du service public et qui laisse se dégrader les banlieues, est inadapté au traitement social et économique de ce problème de révolte.

Réformer l’État et apporter une vraie solution au problème des banlieues, deux chantiers auxquels il faudra bien qu’une société moderne s’attaque un jour, quand les politiciens qui défendent le capital et les privilégiés se seront fait balayer par une vague populaire.

Alors les pauvres ne seront plus perçus comme une menace criminelle, ils auront droit eux aussi à la sécurité comme dans les beaux quartiers, retrouvant une vie digne et paisible. Les mafias des promoteurs immobiliers, cautionnés par l’État, ne pourront plus fourguer des logements de mauvaise qualité, l’idéologie dominante ne sera plus celle qui présente l’équation « pauvre = délinquant criminel avéré ou potentiel ».

Pour y parvenir, il convient de faire enfin fonctionner le moteur de la transformation sociale. Un moteur qui est resté à l’arrêt depuis bien trop longtemps.

Ashoka.


 
 
 
Forum lié à cet article

12 commentaires
  • > Violences urbaines. 7 novembre 2005 22:25, par Joseph Berbery

    Je souscris intégralement à votre analyse. Toutefois, dans les circonstances actuelles, il y a peut-être lieu de considérer une troisième dimension aux problèmes que connaît la France. Il s’agit de la possibilité qu’un malaise bien réel soit exploité à des fins que je qualifierais à tout le moins d’inavouables.

    C’est ainsi que les agences de presse ont rapporté que les émeutes qui font rage en France depuis plus de dix jours, ont commencé de s’étendre à l’Allemagne et à la Belgique. Vous avez bien lu : France, Allemagne, Belgique.

    Ainsi, la « guerre des civilisations » annoncée par Samuel Huntington serait, par un étrange hasard, en train de voir le jour dans les trois pays européens qui furent les premiers et les plus fermes à s’opposer à la guerre d’Irak.

    Grand prophète, Huntington ?

    Ou habile et cynique stratège ?

  • > Violences urbaines. 7 novembre 2005 22:42, par Gilles Lestrade

    L’hypothèse que vous soulevez n’est pas à exclure.
    La guerre économique suppose, aussi, une destabilisation des états. N’oublions pas qu’en décembre il y a la réunion de l’OMC à Hong Kong dont chacun sait qu’elle va être particulièrement difficile pour les USA.

    Nous sommes en plein dans la 4ème guerre mondiale.

  • > Violences urbaines. 7 novembre 2005 23:03, par Ashoka

    Oui, l’hypothèse que vous avancez me semble possible. Toutes les failles sont exploitables par un ennemi qui veut porter des coups pour des raisons économiques ou idéologiques.
    Les thèses d’Huttington seront probablement vérifiées, avec l’avènement de la Chine et de l’inde sur la scène économique et politique, et des tensions avec l’Islam, provoquées à des fins peu honorables.
    Ashoka

  • > Violences urbaines. 7 novembre 2005 23:06, par Ashoka

    Oui, je suis d’accord. Avec des projets comme HAARP ou les guerres de civilisations, l’utilisation des gaz dans les tranchées de la première guerre mondiale va paraître comme une peccadille. Nous sommes assurément dans la 4 ème guerre mondiale. Économique et idéologique.
    Ashoka

  • > Violences urbaines. 8 novembre 2005 09:29, par RMartin

    Merci pour la lucidité qui éclaire votre chandelle, malheuresement trop de gens voit les choses par le mauvais bout de la lorgnette. Merci.
    RMartin

  • > Violences urbaines. 8 novembre 2005 22:58, par Zakaria HAJJI

    Oula...

    Bon faut rester relatif et ne pas voir dans une révolte sociale spontanée le début d’une 4ème guerre mondiale, qui, du reste, n’a pas besoin d’émeutes banlieusardes pour se déclencher.

    Cependant, s’il est vrai aussi que cette guerre des civilisations déclenchées à des fin peu honorables à lieu dans les années qui viennent, il serait bon de créer une force tierce, dont le point commun des membres ne sera que leur volonté de ne pas prendre part à cette monstrueuse mascarade génocidaire.

    Avec Internet et les moyens de communication actuels, c’est amplement possible.

    Pour en revenir à l’article, il me semble d’une grande lucidité. Merci pour cette bouffée d’air frais.

  • > Violences urbaines. 9 novembre 2005 17:18, par Bladarmel

    Certes la cause des violences urbaines n’est pas unique, j’en ajouterais bien une à votre liste, qui tient plus du malade que de la maladie. Le malade c’est le monde arabo-musulman qui cultive, il me semble, une certaine forme de martyrologie qui pousse certains à des actions irrationnelles. Quoi de plus irrationnel en effet que de détruire son école, d’incendier le dépôt de bus ou de caillasser les pompiers ? Jamais, dans le passé, de tels actes ne furent commis par de nouveaux arrivants, qu’ils soient d’origine polonaise, italienne, espagnole, portugaise ou chinoise. Car on voit bien que ces affrontements ou échauffourées contre les forces de l’ordre sont, comme on dit, "ethnicisés".
    Qu’on commence donc par reconnaître qu’il y a un problème chez le malade dans sa façon qu’il a d’appréhender les questions qui se posent à notre société.

    Voir en ligne : Violences urbaines

  • > Violences urbaines. 9 novembre 2005 21:08, par Ashoka

    Je suis fils d’émigré Polonais, et je n’ai jamais souffert du délit de sale gueule, pas plus que mon père ou ses amis de même origine. On ne nous a pas parqués dans des ghettos, et je ne me suis jamais senti à l’écart de la société.
    La même chose s’applique aux émigrés Italiens ou Portugais, ou encore Chinois.
    Par ailleurs, il y a des millions de ces arabo-musulmans en France et, à moins de nier leur existence comme le voudraient beaucoup, il faut en tenir compte.
    Ashoka

  • > Violences urbaines. 11 novembre 2005 08:44, par Cyberhomosapien

    Deux remarques au passage :

    La France va bientôt battre un record en matière de prisonniers d’opinion (car c’est aussi celà)

    Quand les jeunes, condamnés par des "juges" expéditifs vont sortir de prison : Bonjour la haine, attention les dégats

    Rendez vous dans 2/3 mois !

  • > Violences urbaines. 11 novembre 2005 10:51

    Je travaille au sein d’un quartier sensible et dans le domaine de l’insertion. La rébellion était plus que prévisible.
    Mais ces violences ont été d’une telle gravité qu’elles relèvent de l’innacceptable et de l’inexcusable même en comprenant les réalités.
    Mon amour infini pour la liberté répulse tout sentiment de culpabilité et de responsabilité. Arrêtez donc cette tentative de manipulation ! Les amoureux de la République se sentent bafoués et n’avaleront jamais qu’on s’attaque à un pompier, à une personne handicapée ou à nos écoles !

  • > Violences urbaines. 16 novembre 2005 18:47, par Hally

    J’essais de comprendre tout de mon jeune âge,
    sans pour autant ne pas me rendre compte que nous sommes, vous êtes des marionettes aux yeux des politiques et des médias...
    Qui se servent de ces évènement comme argument de leur campagne, (ce qui avait coutè a la gauche et a la droite, le passage de l’extrême droite aux derniéres présidentielles, les gens commétrons surement encore la même erreurs...) sont-ils sur le terrain ? Ont-ils passés rien qu’une semaine dans une citè difficile ? Pourquoi penser que "repressions, repressions, repressions..." euxvuelent qu’on les écoutes qu’on les aide ! Quant au célébre "qu’ils retournent dans leurs pays" que certains "fan" de Sarko emploient, c’estc omplétement débile (désolé du langage et encore je maintiens mes mots) car ils y sont ! Et eux ont la malchance de voir les pires côtés de ce pays...
    Il y a des jeunes qui veulent qu’on les écoute qu’on agisse, qu’on fasse vraiment, mais VRAIMENT et pas en modifiant les statistiques...qu’on les aide, d’un autre côté il y a des jeunes qui font ça pour "s’amuser"...les jugements ne doivent pas être les même...
    "forcément si tu t’appelles Marion ou Mathieu tu auras toujours plus d’vanatages que si tu t’appelles Malika ou mohamed" trop dintolérence, pour un pays comme le notre j’enai honte...
    Mais de la a parler de 4eme guerre mondiale ! ça va pas non ?
    Désolèe pour les fautes :s

  • Violences urbaines. 1er juillet 2009 16:18, par brigitte

    Emeutes de 2005 : le meurtrier d’un retraité a été condamné à... cinq ans de prison !

    Ce soir-là, à Stains, Jean-Jacques Le Chenadec était descendu éteindre un feu de poubelles allumé par un petit groupe de jeunes.

    Resté dehors pour discuter avec un voisin, le sexagénaire avait reçu plusieurs coups de poings, dont l’un, particulièrement violent, avait provoqué sa chute. Sa tête avait heurté le bitume.

    Plongé dans un coma agité par la souffrance, il était mort deux jours plus tard.

    Mais, bizarrement, personne ou presque ne parle de ce meurtre parmi tous les bien-pensants qui nous expliquent que les émeutes sont de la faute... de la méchante société française.

    La loi permettait de sanctionner ce meurtre gratuit d’une peine de 15 ans de réclusion criminelle.

    Mais, la Cour d’Assises de Bobigny n’a condamné Salaheddine Alloul, qui avait 22 ans en 2005, à seulement CINQ ANS DE PRISON pour ce meurtre.

    En matière de justice, comme de valeur de la vie humaine, il y a visiblement deux poids deux mesures.

 
 
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