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Tout est bien qui finit bien.

Qu’il fait bon vivre en France, où tout finit par s’arranger. Tiens, prenez la crise des banlieues. Eh bien c’est fini, ou presque, et tout rentre dans l’ordre.

Le directeur de l’observatoire des discriminations a proposé le CV anonyme. En voilà une vraie mesure. Comme ça le candidat basané ne sera plus éliminé d’emblée. C’est vrai qu’on ne voit pas bien comment il cachera ses origines lors des tests, deuxième étape, ou celle de l’entretien d’embauche, la troisième. À moins de mettre un foulard. Non ! Impossible, le foulard est interdit.

Restent les greffes de peau, mais ça coûte cher et puis ça n’a pas réussi à Michael Jackson de vouloir à tout prix ressembler à un blanc. C’est dommage, car cela aurait pu apporter une vraie solution au problème de l’emploi. On formerait des dizaines de milliers de chirurgiens esthétique pour blanchir ceux qui ont eu le malheur de naître bronzés. L’humanité serait enfin de la même couleur. La bonne, la nôtre, celle qui permet de trouver du travail et de ne pas stagner en banlieue défavorisée. À moins que l’Oréal ne trouve une bombe qui dépigmente la peau. On finirait bien par les intégrer, les émigrés de tout poil et de toute culture.

Et puis on va interdire la polygamie, qui, selon le président du groupe UMP à l’assemblée, Bernard Accoyer, était « certainement l’une des causes des violences urbaines ». Non, non, ce n’est pas un dérapage verbal, puisque le ministre délégué à l’emploi Gérard Larcher a dit la même chose.

En tout cas ces violences urbaines auront servi à quelque chose d’utile, pour Sarkozy dont la côte de popularité a grimpé de 11 %, pour Villepin (tiens seulement 7%) et pour Chirac (6%). Le feuilleton politico médiatique entre le Premier ministre et le ministre de l’intérieur, mis en scène par Chirac, continue de passionner les Français et occupe les premières pages des grands quotidiens. Qui est le plus populaire, qui est le moins con, qui a le mieux agi dans telle ou telle situation ?

C’est vrai qu’on pourrait se poser la question de savoir pourquoi on en est arrivé là dans les banlieues, demander l’avis des sociologues ou d’experts, et chercher des vraies solutions. Mais ça ne fait pas bien vendre le papier. Le bon peuple préfère « Dallas, un univers impitoyable » et les Sitcoms à un vrai débat sur un problème social qui les touche de près. Et les mesures à l’emporte pièces comme le couvre feu et l’état d’urgence leur donnent l’impression que l’État agit. Un véritable traitement de fonds de la crise, efficace, ne les impressionnerait pas et ne ferait sûrement pas grimper la côte des politiciens dans les sondages.

Voyez que dans notre beau pays les vrais problèmes ne font pas bien longtemps la une des journaux. On les enfouit au bas de la pile des problèmes à traiter, on les laisse à nos successeurs. Les politiciens n’ont rien à gagner de tenter de les résoudre et puis ce n’est pas vraiment ce qui les préoccupe, qui est essentiellement leur côte de popularité et leur chère réélection. Je lisais l’autre jour un article écrit par un prof de l’ÉNA qui disait que les élèves ne cherchaient pas à apprendre à gérer, mais seulement à être bien classés pour obtenir les meilleurs postes après l’examen final. Déjà à l’école nos énarques se foutent des vrais problèmes. Alors vous pensez, après !

Les Français ont eu peur, peut-être moins que les politiques. Alors il va falloir payer la note. Les juges vont s’en donner à coeur joie. Cela aidera à occulter l’angoisse de s’être senti agressés. Là encore on privilégie le court terme, pis-aller pour ceux qui n’ont pas de solution. La répression c’est une politique à courte vue. La prévention ça demande trop d’efforts et de talent. Tout cela pue l’aveu d’impuissance.

Avec une population qui a peur et préfère voir appliquer des pseudo mesures qui ne résoudront rien au problème de fonds ce qui laissera une situation moisir à un point tel que ça nous pétera dans la gueule dix fois plus fort à l’avenir, avec des politiciens qui font illusion et une France qui n’est pas gouvernée, on ne voit pas d’avenir radieux à l’horizon.

Tout est bien qui finit bien, du moins semble-t-il...

Ashoka


 
 
 
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4 commentaires
  • > Tout est bien qui finit bien. 17 novembre 2005 11:08, par Diouf

    Tellement juste, Ashoka.
    sauf que je pense que ça re-pètera avant 10 ans, disons plutot 5 ans et cela sera plus grave : les flics auront des tazers et les gamins des vrais flingues !

  • > Tout est bien qui finit bien. 17 novembre 2005 12:23, par bladarmel

    C’est très bien tout ça, mais qu’est-ce que vous proposez, vous qui semblez détenir la vérité absolue ? A vous écouter il semblerait que tout soit mauvais de ce qui vient d’en haut, et que tout soit bon, en-bas, chez le peuple, pas celui qui a peur, non, celui qui fait peur. Vous vous trompez de combat : nous ne sommes pas en 68, nous ne sommes pas dans un de ces pays d’Amérique du sud à la botte des Etats-Unis, nous ne sommes pas en Afrique, ni quelque part où c’est la loi du plus fort qui régit la société. Nous sommes en France, un pays, parmi d’autres, qui propose un modèle. Libre à ceux qui ne l’acceptent pas de le quitter.

    Voir en ligne : Tout est bien qui finit bien

  • > Tout est bien qui finit bien. 18 novembre 2005 17:46

    Pour défendre un petit peu Ashoka. Je dirai que nous sommes dans un pays démocratique.

    La politique appliquée est celle qui obtient la majorité lors des élections et la beauté de ce système est qu’il permet à chacun de s’exprimer et d’essayer de convaincre ses concitoyens afin de modifier la politique de notre pays.

    Et j’espère bien qu’il n’y a pas qu’un seul modèle de gouvernement en France et que le seul choix des gens qui ne sont pas d’accord est de quitter le pays.

    On peut réfuter ce texte, on peut en critiquer certaines, on peut stygmatiser, approximer et tous les interprétations possibles et imaginables. Mais on ne peut surtout pas demander à quelqu’un de se taire... sinon on perd une des piliers de la démocratie : la liberté de s’exprimer.

  • > Tout est bien qui finit bien. 21 novembre 2005 17:03, par elmer

    Juste une petite remarque...

    Il paraît que la liberté de s’exprimer est un pilier de la démocratie. Et que pensez-vous de ce précepte qui dit qu’une démocratie est réelle lorsque tou-te-s les citoyen-ne-s ont la possibilité d’être gouverné-e-s ET de gouverner !!!

    Votre démocratie est irréelle, comme votre droit de s’exprimer, qui est garanti par TF1 du moment qu’il fait le lien entre des pages publicitaires !!!

    Vous défendez une démocratie qui n’a plus comme mouvement que le balancier, et qui risque, à force d’amplifier le mouvement qui va de droite à gauche (et inversement...) de livrer en pâture les otages de votre beau système, presque aussi beau que l’américain.

    Mais au fait, qui sont les otages... J’avais oublier, ne les nomme-t-on pas citoyen-ne-s...

 
 
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