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Le pouvoir : Faut-il obéir ou résister ?

Rappel des articles précédents :

Postulat : Les pouvoirs se comportent comme des parents abusifs, empêchant les peuples d’atteindre l’âge adulte. (article 1). Si les pouvoirs, dans les pays proclamés « démocratiques » sont légitimes au regard du droit écrit, ils ne le sont pas par rapport au « droit moral ». (article 2 & 3). L’exercice du pouvoir actuel, en France et dans quelques autres pays, n’a rien à voir avec la légitimité morale lue avec le support du « droit moral ». (article 4) La résistance est légitime puisqu’il s’agit de retrouver notre « souveraineté » perdue. (article 5). Si la résistance est légitime, il faut choisir entre la non-violence et la violence. (article 6). Il y a parallélisme entre le colonialisme et la mondialisation financière et marchande. (article 7). Le nationalisme et ses dérives ne sont que des pièges grossiers pour nous maintenir dans la dépendance (article 8). Pour devenir adultes, nous devons considérer l’argent à sa juste place ; ce n’est pas une valeur, juste un outil à placer tout en bas. (article 9).

« L’esprit de consommation », assassin de la conscience.

Au cours de l’histoire humaine, sans doute, les pouvoirs n’avaient-ils pas trouvé une arme plus efficace pour asservir les peuples que la consommation et surtout « l’esprit de consommation ». Toutes mes observations m’ont toujours amené à constater que le pouvoir est lié aux choses de l’esprit, qu’il soit bon ou mauvais, que l’âge adulte ou immature qu’on nous impose est lui aussi lié à l’esprit, à ses qualités ou à ses défauts. C’est notamment pour cela que je crois, sans le moindre doute possible, à la supériorité de l’esprit sur la force physique. Cela signifie, qu’en dépit de toute l’imagination dont pouvaient faire preuve les pouvoirs du passé, la perversion de l’esprit n’avait pas encore été établie à un tel niveau. Ceci est particulièrement inquiétant pour notre temps. En comparaison de « l’esprit de consommation » qui semble pourtant tellement innocent, les débordements d’imagination du passé ne sont guère que des bricoles, meurtrières, certes, mais rien d’autre et je pense aussi bien aux nationalismes avec leurs folklores, drapeaux et hymnes, qu’à l’argent, qu’aux menaces de toutes sortes, et aux religions sous forme d’Institutions... Les pressions du passé, le plus souvent, se faisaient sous une menace plus ou moins claire, plus ou moins féroce.

Tout change et radicalement avec la consommation et son esprit. Avant d’entrer dans l’analyse de ce qu’est la consommation, pour rester en lien avec le postulat du « pouvoir père abusif », il faut se rappeler qu’un parent abusif, s’il est souvent menaçant, aime mieux encore, au regard de l’efficacité, « acheter » sa progéniture par les sentiments et surtout les biens matériels, en offrant à ses enfants tout ce qu’ils désirent et même ce qu’ils ne demandent pas, donc en agissant sur l’instinct.

Pourquoi la consommation et son esprit, sont-ils un danger mortel ?

Dans le fond, j’hésite à parler de consommation, parce que cette notion prête à confusion. Tout le monde consomme : c’est une nécessité vitale dès lors que « consommation » signifie se nourrir, s’habiller, se loger. Et je crois que les stratèges de l’idéologie néolibérale jouent de la confusion qu’apporte automatiquement ce mot de « consommation ». Qu’y a-t-il de plus naturel que de s’alimenter, se vêtir ou se loger ? Quelle notion de danger pourrait donc se nicher dans cette consommation si naturelle ?

Pour percevoir la réalité d’un danger, il faut nécessairement chercher sa source, sa cause, et pas seulement ses effets. La consommation, comme idéologie, est extrêmement dangereuse par l’esprit qu’elle induit, donc par son propre esprit. Que dit-il ? Comment le vivons-nous, souvent d’ailleurs de façon inconsciente ?

Dit abruptement, voici ce que dicte « l’esprit de consommation » : « Tout est licite dès que tu en ressens l’envie ! », « Tout t’es dû tout de suite, si tel est ton désir ! », « Ne t’occupe pas des autres, c’est toi, et toi seul au travers de tes envies qui a raison et qui compte ! » En filigrane, faisant appel à d’autres dogmes de l’idéologie dominante, l’esprit de consommation ajoute : « Tout n’est que compétition, seuls les plus forts gagnent ! C’est la morale nouvelle, la morale indépassable ! » sous-entendu, « Tant pis pour les perdants ! ». La philosophie finale ordonne en flattant : « Tu es le meilleur, le plus fort, alors profite, c’est légitime ! » Cette philosophie parfaitement perverse a d’ores et déjà provoqué des ravages dans les pays riches...

Si l’on ne comprend pas à quoi s’attaque cet esprit profondément perverti, on reste sans arme devant de tels arguments, parce qu’ils vont dans le sens de nos instincts, donc jusqu’au plus profond de nos racines les plus anciennes, les plus animales. J’ignore s’il existe un plan monté par une sorte de « gouvernement mondial » des égoïsmes. Et à la limite, cela n’a pas d’importance. Mais, ce qui me semble certain, c’est que nombre d’esprits ne songeant qu’à leurs intérêts, tous liés à la domination et au pouvoir abusif, se sont, consciemment ou inconsciemment, ligués pour construire, pierre après pierre, le mur opaque et ténébreux chargé de dérouter nos consciences. Le résultat est dramatique au vu de l’anéantissement de la conscience personnelle du plus grand nombre dans les pays riches. Et c’est encore plus tragique lorsqu’on songe que les pauvres, ici comme ailleurs, dans les pays sous-développés, si l’on songe que cette immense foule n’espère et n’aspire qu’à une chose : Imiter nos dérives, profiter, elle aussi, de nos paradis artificiels et meurtriers. C’est pourtant exactement l’inverse du sens de la vie ; c’est la face ténébreuse de ce que nous sommes appelés à devenir, ce dont nous sommes potentiellement capables de devenir.

Quand les humains comprendront-ils qu’ils ont tout de même plus de valeur qu’un simple ventre ? Nous ne pouvons pas nous réduire à n’être que de « simples machines à consommer » !

Tout le processus de l’esprit de consommation n’a qu’un but, concernant la manipulation des humains : Endormir, ou mieux, tuer la conscience. Il faut bien comprendre, c’est essentiel, cette distinction entre l’humain et le reste du monde animal. Jusqu’à preuve du contraire, le groupe humain est le seul qui soit doté d’une conscience indépendante, mais aussi d’une conscience collective. Ceci, les promoteurs du système, à tous les échelons, l’ont bien compris et pour cause, il suffisait qu’ils s’analysent eux-mêmes. Que nous le voulions ou non, « construits » sur le même principe de base, nos réactions à défaut d’être identiques (surtout en raison de l’interférence culturelle), sont semblables, ce qui permet d’extrapoler.

Consciemment ou non, je le répète, puisque je ne peux pas affirmer sans preuve qu’il y a eu « complot », tout le système qui s’est mis en place consistait et consiste toujours à détruire, parallèlement, la conscience collective et la conscience individuelle. J’entends par « conscience collective » notamment le syndicalisme qui en était une très forte émanation. C’était aussi la conscience générale par rapport au sens de la Justice, du droit, du social. Cette conscience collective est la résultante des consciences individuelles. En détruisant, très vite, le droit syndical, Margareth Thatcher savait très bien ce qu’elle faisait, de même que Ronald Reggan. La consommation, elle, avait déjà commencé depuis quelques années à démolir la conscience individuelle. Bien entendu, d’autres facteurs intervenaient encore, comme le chômage que les pouvoirs provoquaient volontairement pour mieux briser les mouvements syndicaux mais également pour exercer un chantage permanent sur les salariés. Il a fallu, pour que tout cela tienne la route, que soit amenuisé le plus possible l’esprit collectif, fait de diverses solidarités, en faisant la promotion de l’individualisme qui n’est jamais qu’un synonyme un peu plus élégant de l’égoïsme personnel. Tout se tient...

Comment l’esprit de consommation agit sur notre conscience ?

C’est assez simple si on comprend, un peu au moins, le fonctionnement humain. Quelque chose en nous, que nous appelons conscience, nous fait comprendre que telle ou telle chose est bonne ou mauvaise dans ses conséquence ou son esprit. Il y a une part culturelle, sociale ou religieuse, mais il y a une part plus mystérieuse qui échappe à la logique uniquement humaine. C’est ce qu’on pourrait nommer, avec beaucoup de prudence tout de même, « la morale naturelle », celle qui s’impose à nous en-dehors des critères culturels. On entre, bien sûr, dans le domaine de la spiritualité, domaine qui en passionne beaucoup et en rebute au moins autant. Le débat, cela dit, ne se situe pas là...

Si l’on observe bien, très froidement, je dirais presque « scientifiquement » comment agit l’esprit de consommation en nous, avec bien sûr comme support essentiel toute la pollution produite par la publicité dont c’est le seul véritable but, on réalise très vite qu’elle s’attaque violemment à nos consciences. Cet esprit particulier cherche, par chaque partie de notre personnalité qu’il attaque, à nous affaiblir dans notre volonté de résister aux frustrations. Or, il faut bien le réaliser, ce sont les frustrations qui permettent de construire des adultes et pas autre chose. La satisfaction d’un instinct, hormis la poignée d’entre eux qui sont nécessaires à notre survie, comme respirer, manger, boire, etc, n’a jamais fait grandir l’esprit ou la conscience de quiconque. C’est la capacité de résister aux envies qui permet à l’enfant de devenir adulte en ce sens qui rien dans la vie ne peut se faire sans efforts. Il s’agit donc, au travers de l’esprit de consommation, d’inverser cette valeur, de faire croire que seule la satisfaction de toutes nos envies nous construit, qu’elle seule nous permet « d’être quelqu’un qui compte ».

Voyez le raccourci qui nous est imposé par l’esprit de consommation :
- Premier dogme : « Etre » sans « avoir » revient à ne pas « être ».
- Deuxième dogme : « Avoir », sans « être » n’a pas d’importance, parce que « l’avoir » permet de briller, donc, « d’être » aux yeux des autres.

Il s’agit bien, selon l’idéologie, de faire « semblant d’être » mais surtout pas « d’être » ! D’où l’importance, dans le type de société qui nous est imposé, de l’apparence et jamais de la réalité. D’où aussi cette facilité, à tous les niveaux, mais particulièrement dans les allées des divers pouvoirs, de mentir. Le mensonge est devenu l’art de gouverner plus que jamais au cours de l’histoire passée. Plus exactement, si nous comprenons que l’astuce principale de l’idéologie est d’inverser systématiquement le sens des choses : l’art de gouverner est devenu l’art du mensonge le plus vraisemblable.

Ramener les peuples sur la seule valeur de « l’avoir », a pour conséquence de nous ramener, que nous le voulions ou non, à nos attitudes, ou plutôt, aux attitudes de nos très lointains ancêtres des temps préhistoriques. Sans nul doute, à ces époques de dangers constants, l’avoir était-il plus vital que l’être. Je m’avance un peu, certes, mais c’est tout de même probable. Pour que nous ayons « l’amour de l’avoir et le mépris de l’être », il fallait jouer sur la satisfaction exclusive de nos instincts. Cette nécessité de nous ramener, pour l’essentiel, au niveau instinctif, donc très proches des animaux, impose des politiques de destructions à multi niveaux.

Dans les écoles, la priorité est de détruire tout esprit critique ; il s’agit au travers de l’excuse d’un « socle commun » d’éradiquer la philosophie, les arts, l’histoire, toutes ces choses majeures qui forment les esprits adultes. Les autres connaissances, de ce point de vue-là, ne pèsent pas lourd dans la construction de cette qualité d’esprit. Compte tenu de l’évolution des cent cinquante ans qui viennent de passer, il est difficile à un pouvoir, politique ou financier, de fermer les écoles, mais rien ne l’empêche de détruire la valeur du contenu de l’enseignement et de transformer nos enfants en « machines spécialisées » au seul usage et bénéfice des entreprises. Ces pouvoirs abusifs gagnent sur tous les tableaux :
- L’ignorant ne se révolte pas, par définition ;
- L’ignorant fait ce qu’on lui ordonne, n’étant pas capable de juger ;
- L’ignorant ira se faire tuer dans n’importe quelle guerre et encore en chantant ;
- Il acceptera n’importe quelle politique de destruction sociale ;
- L’ignorant, surtout, ne sera jamais un rival des « possédants du pouvoir » ni un concurrent crédible par rapport aux fortunes à amasser. Il se contentera de sa nourriture, ne réalisant même pas qu’il vit comme un animal.

Là se trouve la signification de la destruction de la culture populaire, je veux dire par là, de l’impossibilité d’accéder, par l’argent que cela coûte, à la culture ; c’est aussi la raison pour laquelle tout sera fait pour éliminer la notion de respect de la vie, de respect de toutes les formes de vie. Et cela va très loin : Ne plus avoir la notion de respect de la nature, induit, même par l’inconscient, qu’il n’est pas important de respecter la flore, que les animaux ne méritent pas de respect, et on le voit tous les jours dans les élevages intensifs, à la chasse ou même dans nos rues... Ne plus respecter les animaux a pour corollaire de nous pousser à ne plus respecter les vies décrétées « inutiles », les malades, les faibles, et enfin les pauvres. Tout cela est induit par l’esprit de consommation. Réfléchissez, tournez le problème comme vous voulez, vous aurez toutes les chances de tomber sur la même conclusion que la mienne. Comprenez le cheminement de cette destruction et vous aurez tout compris...

Comprenez aussi que par le processus de la consommation et de son esprit ravageur, il n’est même plus question de maintenir les peuples dans un esprit adolescent, mais bien de les ramener à un esprit de bambin... Le bambin est sans défense, songez-y...

Comprenez aussi, pendant qu’il en est encore temps, qu’il fallait que les pouvoirs orgueilleux jusqu’à la folie arrivent à ce niveau de dérive et de perversité pour que leur domination soit totale, totalitaire et sans retour possible parce qu’il reste incompréhensible dans son mécanisme pervers pour la majorité des humains qui se contentent de l’avoir plutôt que d’être.

Nous laisserons-nous faire alors que nous avons tout, devant nous, pour comprendre qu’un tel système ne peut que mener l’humanité à sa fin ? Avons-nous tout oublié pour comprendre ce qui pourtant est élémentaire ? Qui détient le véritable pouvoir dans une société dominée par l’esprit de consommation ? Les pouvoirs, sans nul doute, tant que nous n’avons pas le courage de réfléchir, de remettre en cause nos modes de vie, nos habitudes et les facilités qui leurs sont liées.

Pourtant, oh combien il est facile de comprendre une chose : Le système tiendra et se renforcera uniquement tant que nous jouerons son jeu, tant que nous accepterons de satisfaire nos instincts, tant que ceci restera notre sens de vie. Mais si nous comprenons, en masse, qu’il s’agit d’un non-sens suicidaire, alors, rassemblons-nous et brisons l’esprit de consommation. Apprenons à nous contenter de ce dont nous avons besoin et, pour le reste, faisons « la grève de la consommation ». Si nous sommes des millions à comprendre cela, nulle sirène du pouvoir ne pourra nous tromper par de nouveaux mensonges. Surtout, s’il est un point sur lequel je veux insister c’est celui-ci : Aucun pouvoir, jamais, ne pourra nous obliger à consommer ! C’est radical, le système n’y survivra pas, je vous en fais le pari.

Source : altermonde-levillage.com


 
 
 
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