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Une tradition d’assassinats

L’assassinat de Rafic Hariri n’était pas le premier depuis la fin de la guerre civile, ni depuis le retrait israélien du Liban en 2000.
Il y a même une longue histoire d’assassinats politiques au Liban, qui commence au 19ème siècle, en passant par le 20ème et qui n’est toujours pas terminée.

Une longue histoire d’assassinats

Depuis l’indépendance du Liban en 1943, les assassinats politiques et religieux se sont multipliés.

Le 17 juillet 1951, le premier ministre Riad el Solh est assassiné à Amman en Jordanie, par le Parti Social Nationaliste Syrien (un parti libanais fondé en 1932 par Antoun Saadé).

Cet assassinat est survenu après que les autorités libanaises ont fusillé Antoun Saadé le 7 juillet 1949, après une tentative de coup d’état en juin.

La nuit du 7-8 mai 1958, le directeur du quotidien de gauche Télégraphe, Nassib Metni fut assassiné. Il portait en poche 4 lettres de menace de mort. Metni menait à l’époque une campagne contre le prolongement du mandat du président Camille Chamoun. Il avait mené une bataille semblable en 1948 contre le prolongement du mandant de Béchara Khoury. Une bataille qui l’a gagné en 1952, avec la démission de Khoury.

« Il m’ont eu », furent ses dernières paroles adressées à son collaborateur Michel Héloué, qui le transportait à l’hôpital.

Cet assassinat déclencha une guerre civile qui fut arrêté avec le débarquement de la 6ème flotte américaine de marines à Khaldé au sud de Beyrouth.

Le 16 mai 1966, Kamel Mroué, fondateur du quotidien Al-Hayat et du Daily Star, est assassiné dans son bureau par un groupe de Nasserites. Il était accusé de collaborer avec les « occidentaux ». Il était par contre défenseur de l’unité arabe et fut incarcéré puis libéré lors de l’indépendance en 1943.

La 16 mars 1977, le chef du Parti Socialiste Progressiste Kamal Joumblatt est assassiné près du village Deir Doureet au Mont Liban. Il était contre l’aide que recevaient les Phalangistes de la Syrie.

En 1978 le député Tony Franjieh est assassiné à Zgharta.

Salim al-Lawzi, éditeur du magazine Al-Hawadeth fut enlevé et assassiné en 1980.

Le 14 septembre 1982, c’est le nouveau président, élu sous occupation israélienne, Bachir Gemayel qui fut assassiné. Ce qui entraina, 2 jours plus tard, les massacres de Sabra et Chatila, qui feront quelques milliers de morts.

Le 8 mars 1985, une tentative d’assassinat contre Muhammad Hussein Fadlallah, échoue, mais fait au moins 45 morts près d’une mosquée dans la banlieue sud de Beyrouth.

En 1984, une tentative d’assassinat échoue contre Selim el Hoss. Cette même année, Israël assassine le chef du Hezbollah Ragheb Harb, le 12 février près du village Jibsheit au sud du Liban.

Une tentative d’assassinat contre Elie Hobeika échoue en 1986 à Zahlé par ses rivaux phalangistes.

Le 1 juin 1987, le premier ministre Rachid Karamé est assassiné par l’explosion de son hélicoptère à Tripoli au nord.

Le 16 mai 1989, le grand mufti sunnite Hassan Khaled est assassiné à Beyrouth.

Le 22 novembre 1989, le nouveau président élu le 5, René Mouawad est assassiné.

Le 21 octobre 1990, le chef du Parti Libéral National, Dany Chamoun, sa femme et ses 2 enfants sont assassinés dans leur maison à Beyrouth.

En 1991, le député Michel Murr échappe d’une tentative d’assassinat.

Le 16 janvier 1992, le chef du Hezbollah Abbas Al-Moussaoui, sa femme et son enfant de 11 ans, sont assassinés près du village de Jibsheit au sud par un missile israélien.

Le 24 janvier 2002, Elie Hobeika est assassiné quelques jours après son annonce qu’il témoignera en Belgique sur les massacres de Sabra et Chatila.

Le 19 juillet 2004, un membre de la Résistance Islamique (branche armée du Hezbollah) est assassiné dans la banlieue sud du Liban.

Le 1 octobre 2004, le député et ministre Marouan Hamadé échappe d’une tentative d’assassinat.

Enfin le 14 février 2005, le député et ancien premier ministre Rafic Hariri est assassiné à Beyrouth. (Depuis cet assassinat, une série d’assassinats ont tué plusieurs politiciens et journalistes).

Il est le 3ème premier ministre au Liban qui soit assassiné. Le Liban compte aussi 2 présidents assassinés, et une dizaine de chefs de différents partis politiques.

Qui sont les coupables ?

La Syrie, Israël, les Etats-Unis, en passant par les quelques services secrets arabes, sont tous accusés d’avoir commis ou aidés certains de ces assassinats.
Mais la réalité montre, que la plupart de ces assassinats sont planifié et commis par des libanais, de toutes origines politiques et religieuses.

Doit-on parler d’une tradition d’assassinat, qui marque l’identité libanaise ?

La lutte sunnite-maronite pour le pouvoir au Liban est, certes, responsable de plusieurs assassinats, mais elle n’est pas la seule. Les luttes inter-chrétiennes et inter-musulmanes sont aussi importantes et dangereuses.
En 1932, la lutte inter-maronite pour la présidentielle avait donné favori le sunnite Mohamed el Jisr. Chacun des deux candidats maronites, Emile Eddé et Béchara Khoury, était prêt a voir un président musulman et ne pas voir l’autre.

C’est enfin l’intervention de la France qui clos le problème en suspendant la constitution libanaise et donc en empêchant les élections.

Ce n’est pas la guerre civile seule ou les effets post-guerres qui doivent être accusé de tous les maux et assassinats au Liban.

Bien avant la guerre civile, les assassinats existaient. Un premier ministre, assez « grand » et important que Rafic Hariri est assassiné. Riad el Solh était, en effet, le père de l’indépendance du Liban.

Conclusion

Les luttes communautaires au pouvoir au Liban vont continuer à être sanglantes tant que le système politique n’est pas pronfondément changé.

La division du pouvoir politique et économique est basée sur le seul recensement officiel jamais établis au Liban. Un recensement qui date de 1932.

C’est lui qui distribue les pouvoirs entres les communautés libanaises, selon un système de quotas.
11 ans après, c’est un accord non écrit, entre le président Béchara Khoury et le premier ministre Riad el Solh, qui appui cette division.

Malgré les amendements de 1990, ce système politique reste largement inégale, et même discriminatoire.
En plus de 70 ans, la démographie du Liban a profondément changé. Les maronites ne sont plus la communauté la plus large.

Sans oublier, que la loi électorale demeure une loi « ancienne », qui définit l’âge légal de vote à 21 ans, et qui ne permet que de voter au Liban.

Avec un refus chrétien (surtout maronite) de baisser l’âge légal de vote a 18 ans, et un refus musulman (surtout sunnite) de permettre aux libanais de voter à l’étranger, les lois électorales vivraient toujours au « moyen-âge ».

Une solution à cela, est la fin du système politique confessionnel, et donc la fin de la « ségrégation » politique communautaire.

Jusqu’au jour de l’abolition du système confessionnel, le peuple libanais devrait supporter les tensions confessionnels, les assassinats politiques et l’inégalité sociale.

C’est le destin tragique d’un pays qu’on surnommait jadis, la Suisse d’Orient.


 
 
 
Forum lié à cet article

4 commentaires
  • Le chef des phalangistes 18 décembre 2005 16:33, par leila

    Vous auriez du donner un peu plus de précision sur Bachir Gémayel.

    Les Secrets de la guerre du Liban -
    Du coup d’état de Béchir Gémayel aux massacres des camps palestiniens

    de Alain Ménargues, Albin Michel

    Jamais un récit aussi documenté et détaillé n’avait pu être effectué des 722 jours tragiques qui vont de la conquête du pouvoir par Bachir Gémayel à l’invasion israélienne, à la mort du jeune président et aux massacres de Sabra et Chatila. Après avoir, dans le sang, éliminé ses rivaux, Bachir Gémayel, fils cadet de l’une des trois grandes familles maronites libanaises, prend la tête de la milice chrétienne et s’impose, par la crainte, aux partis conservateurs chrétiens. Grâce à l’aide politique d’Israël, à l’action du Mossad et de Tsahal qui forment ses hommes, il consolide sa puissance militaire, laisse entrevoir la paix et passe des accords avec l’État hébreu. Reconnu comme interlocuteur par Washington, il ouvre le dialogue avec les pays arabes et passe une alliance politique et militaire avec Ariel Sharon et Raphaël Eytan pour chasser les Palestiniens du Liban. Élu président de la République libanaise, il sera assassiné trois semaines plus tard. Grâce à un accès exceptionnel à des archives inédites des parties en présence, Alain Ménargues raconte l’envers du décor.

  • des voyous au pouvoir ! 21 décembre 2005 12:32, par François Xavier

    le problème du Liban c’est que les petits chefs de guerre, à la fin 1990, au lieu d’aller en prison, sont devenus députés et/ou ministre, chef de parti politique : merci Taëf ! Donc nous avons un système maffieux à la tête du pays, avec en sus la Syrie qui téléguide les pantins ...
    ... et tout ce qu’Alain Ménargues n’a pas écrit, il l’a dit :
    http://www.francoisxavier.net/article.php3?id_article=208
    interview sans complaisance et sans langue de bois !

    Voir en ligne : François Xavier, LIttérature etc.

  • > Une tradition d’assassinats 21 décembre 2005 16:14, par Joseph Berbery

    Vous évoquez dans votre article, fort intéressant, par ailleurs, « La lutte sunnite-maronite pour le pouvoir au Liban [est], certes, responsable de plusieurs assassinats, mais [elle n’est] pas la seule... »Si vous observez attentivement la réalité libanaise de 1943 (indépendance) à nos jours, elle apparaît sous un jour tout autre. Le Pacte de 1943 qui conduira à cette indépendance toute relative scelle, au contraire une alliance des deux bourgeoisies affairistes de Beyrouth, la sunnite et la maronito-chrétienne au détriment des autres communautés et régions.
    Sur tout cela se greffent évidemment des intérêts régionaux (Damas, Le Caire, Bagdad, Tel Aviv) et internationaux (USA, URSS, beaucoup moins la Russie, France).
    À cette alliance, il y aura deux exceptions qui conduiront à deux guerres civiles : l’attrait sur les sunnites du nassérisme installé désormais à Damas, puis l’attrait des Palestiniens mêlés aux affaires libanaises à partir de 1969.
    Aujourd’hui, nous assistons au regain de cette alliance des bourgeoisies et de la féodalité druze opposées à un chiisme libéré de ses féodaux et qui semble attirer vers lui un courant populiste chrétien incarné par Michel Aoun, ce qui a pour effet de dresser contre les deux l’alliance de Hariri (bourgeoisie sunnite), le groupe de Kornet Chehouane (bourgeoisie chrétienne) ainsi que le féodal Joumblat.
    Comme on peut le voir, le clivage est en apparence confessionnel. En réalité, il est essentiellement social, mais aussi régional (Beyrouth v/s les régions périphériques).

  • > Une tradition d’assassinats 21 décembre 2005 21:48, par adel

    Monsieur Berbery,
    ce que vous dite est vrai. Les problèmes sociales et régionales sont des facteurs qui contribue a la crise au Liban.
    Mais le communautarisme religieux et la ségrégation confessional au pouvoir sont l’essence de toutes les crises que le Liban a déjà connu.
    C’est un peu comme la France, la révolution francaise a éliminé le facteur religieux des ses troubles et ses crises. Depuis 200 ans, un calme relatif sur le terrain est apparu, pourtant les problèmes des classes sociales existe toujours. (comme tout autre pays, d’ailleurs).

    A l’exeption de quelques uns, la majorité des assassinations touche des sunnites et des maronites.
    Il y a eu une sorte d’élimination interne entre le couple sunnito-maronite au pouvoir au Liban, pour consolider leur pouvoir et peut être conquérir l’autre partenaire.

 
 
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