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Abrogation in fine ou non

Abrogation in fine ou non, cet article 4 nous aura donné la possibilité de nous défaire de cette dimension. franco-française.
La colonisation, par définition, n’est que négative.
Et la colonisation française l’est singulièrement.
D’un côté on considère « scientifiquement » des êtres humains comme des bêtes, on met des êtres humains en esclavage, on les dépossède de leurs cultures d’origine, on les viole, on les torture et tue POUR la France ; d’un autre côté, on construit des routes, des usines, des dispensaires, des écoles, des églises... d’abord et surtout POUR la France !
Et nous nous fichons bien que d’autres pays colonisateurs aient eu des attitudes similaires !

Le point de vue du premier des Français ne diffère pas de celle de son peuple : déconnecté d’une identité et d’une culture coloniale refoulée.
Le président français avait - avant de contresigner la loi du 23 février 2005- la possibilité de modifier ou d’enlever l’article 4 avant qu’elle soit votée par la majorité présidentielle. Pire, dans son intervention trop tardive, il s’est exprimé en termes peu respectueux en qualifiant « de peu de choses » ce qu’en France il est désormais convenu d’appeler « une faute grave ». Plus stupéfiant est la décision -inutile- de créer « une mission pluraliste » sur l’action du Parlement dans le domaine de la mémoire et de l’Histoire pour évaluer le rôle des élus. Mission à laquelle aucun des parlementaires de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Réunion ne devrait prêter leur concours : on veut gagner du temps à des fins bassement électoralistes... d’un bout à l’autre de l’hémicycle.

Abroger cet article 4 est bien sûr urgent mais ce n’est pas ce qui importe !

En niant le fondement négatif de la colonisation -même temporairement-, la France, ostensiblement, obstinément et on ne peut plus officiellement, ne reconnaît toujours pas « ses » « ex-colonisés ».
Les reconnaître, c’est être amené à voir dans son miroir une image de soi peu conforme à l’esprit fantasmatique et idéaliste des « Lumières ». Loin de là.
Décemment, il ne peut avoir de statu quo.
Décemment, on ne peut pas temporiser.
Il va bien falloir se résoudre à affronter l’évidence et agir en conséquence :

L’article 4 de la loi du 23 février 2005 sonne le glas de la conception d’une république française voulue obstinément « une et indivisible ». Une conception depuis longtemps obsolète. Cette loi, devenue historique, n’est en réalité que l’expression d’un refoulement et finalement d’un aveu « national » aux conséquences incommensurables et dont on sait déjà qu’elle a mis fin à une époque.

Nous, le peuple des ex-vieilles colonies, ne pourrons jamais attendre les décennies dont la France aurait besoin pour intégrer in fine son identité oblitérée et son histoire coloniale. A présent que l’état français a laissé officiellement entendre que nous sommes des citoyens-inférieurs sempiternellement redevables à la « mère patrie », nous pouvons accéder, sans objections sérieuses, à un statut négocié en rapport avec nos véritables identités et aspirations.
L’heure est venue, enfin, où les destins des ex-vieilles colonies pourront être définis pour elles-mêmes et en leur nom.
L’heure est enfin venue de mener nous-mêmes nos projets de développement adaptés à nos besoins... sans passer obligatoirement par l’autorité tutélaire française. C’est inéluctable.

Abroger cet article 4 est bien sûr urgent mais ce n’est pas ce qui importe. Ce qui importe est de loin notre devenir dans un cadre moins hostile, digne, responsable et serein.

Dans la tourmente de ce drame « national », il apparaît, en définitive, que la « fracture coloniale » est une affaire franco-française qui ne nous regarde plus vraiment.
Désormais, ainsi que nous l’avons affirmé, eux c’est eux et nous c’est nous !

Patrick SINGAÏNY

Artiste contemporain réunionnais
vivant en Martinique.


 
 
 
Forum lié à cet article

1 commentaire
  • > Abrogation in fine ou non 17 janvier 2006 00:38, par philippe94

    Bonjour
    Je ne suis pas très surpris de ce que pense nos chèrs députés à propos des "bienfaits" du colonialisme,car ce pays ne veut pas voir la vérité au sujet de cette époque.La france ce croyant dépositaire de la déclaration des "droits de l’homme",elle pense que tout ce qu’elle a fait en afrique est bon pour les africains.
    Et cela ne continue t-il pas encore avec ce que certains spécialistes appellent le néo-colonialisme,à savoir,le soutien à des dictatures africaines---TOGO.TCHAD.CONGO/BRAZAVILLE etc...- sans oublié le génocide RWANDAIS---vive le socialisme=MITTERAND---Tous ces pays Africains avec la complicité de notre pays et de ces "élites"africaines volent les matières premières de leurs pays.Bien sûr les peuples africains n’ont droits à rien,ils n’ont droit qu’à la pauvreté.
    Nos députés(DROITE/GAUCHE confondus)se "masturbant"intellectuellemnt dans l’idée qu’ils sonr dépositaires des "droits de l’homme" ne veulent pas voir la vérité en face.
    Hormis tous ces malheurs qui se passent en afrique,on peut voir aussi ce qui s’est passé pendant les émeutes qu’il y a eu en novembre 2005.Une partie de ces jeunes ne se sentent pas français,car se voyant mal intégrés dans notre pays,les medecins étrangers qui n’ont pas le même salaire que leur collègues "français",fref tout cela forme un TOUT.Tant que nos députés&présidents ne voudront pas prendre la responsabilité de cette histoire,les mêmes faits engendront les mêmes effets.C’est pour ça---à mon avis---qu’il ne faut pas laisser tous ces professionnels de la politique les laisser dire leur "vérité". Il faut faire attention aussi aux médias—qui normalement devraient être un contre-pouvoir— qui sont aux ordres du pouvoir politique,car les journalistes ne veulent/peuvent pas expliquer le vrai rôle de la france en Afrique depuis les soi-disantes indépendances. Ils ne nous demandent pas de Savoir,mais de Croire à ceux qu’ils nous disent. Soyons vigilants.

    PS:la politique africaine de la france est du domaine réservée du chef de l’état.......

 
 
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