{id_article}
 
Témoignage

Missions civiles en Israël et en Palestine

Par Christophe Aguiton

Pure tristesse. Dans l’avion qui me conduisait de Paris à Tel Aviv, c’est ce
qui me submergeait mercredi à l’idée d’assister de plus près au conflit
israélo-palestinien.
Souvenirs personnels, ceux de mes copains de lycée qui, dans le Maroc des
années 60, émigraient massivement vers la France l’Argentine et le Canada,
mais aussi vers Israël.
Sentiment diffus d’une responsabilité politique : le sionisme et Israël ne
sont pas nés du génocide nazi, pas plus que d’une simple identification
religieuse, la définition "laïque" de la judéité est différente de la
définition religieuse, mais sont, pour beaucoup, des proches cousins du
mouvement ouvrier et démocratique. Moses Hess, le précurseur du sionisme,
avait sympathisé avec Marx et, comme lui, venait de l’hégélianisme de
gauche. Et ce sont des officiers juifs de l’armée rouge qui ont formé, après
1945, la haganah, la première armée d’Israël.
Mais la tristesse venait surtout de l’impression d’une impasse totale. A la
lecture de la presse, il paraissait certain que Sharon serait, à un moment
ou un autre, obligé de quitter les villes occupées, mais, à l’évidence, les
attentats recommenceront, suivis de représailles et, très probablement, de
nouvelles occupations israéliennes.

Des missions internationales

Le voyage avait été décidé la veille, quand ATTAC avait appris qu’une
mission soutenue par le "conseil international du forum social mondial de
Porto Alegre" se mettait en place autour d’une forte délégation brésilienne,
avec des militants européens, américains et asiatiques.
C’était là l’occasion de se joindre au mouvement international de solidarité
qui se développait de façon spontanée.

Dans de nombreux pays, des missions se sont formées dans les derniers mois
pour aller sur place, en Israël et en Palestine, des missions qui, en
France, ont pris le nom de "missions civiles pour la sécurité du peuple
palestinien". A Noël, près de 400 militants ont ainsi fait le voyage, toutes
les semaines, d’autres équipes sont parties pour assurer une présence
permanente et, à Paques, pres de 600 militants de nombreux pays étaient sur
place quand l’armée Israélienne a lance son offensive contre les villes
palestiniennes.
Tout le monde a vu a la télévision José Bové entrer dans le quartier général
d’Arafat, mais peu ont reconnu ceux qui l’accompagnaient. Il y avait Mario
Lill, dirigeant des sans terres du Rio Grande do Sul, qui représentait le
MST à la conférence de Genève de juin 2000, celle qui a lancé le processus
du forum social mondial de Porto Alegre. Il y avait aussi Paul Nicholson, un
militant basque du mouvement anti-globalization Emen Eta Mundua, présent à
toutes les grandes initiatives, de Gênes à Barcelone en passant par Porto
Alegre, mais surtout connu pour être un des fondateurs de Via Campesina.
Avec eux on a pu reconnaître de nombreux militants de ce mouvement mondial
qui se développe dans le monde entier : plusieurs adhérents d’ATTAC sont
encore dans le QG d’Arafat, et ce sont des responsables du "Genoa Social
Forum" qui sont restés des jours et des jours a l’hôpital de Ramallah,
relayés par la suite par des militants grecs du mouvement qui avait organisé
la mobilisation pour Gênes...
Si les européens etaient nombreux a Ramallah, ce sont les américains qui
etaient les plus nombreux parmi la centaine de militants présents a
Bethlehem le jour de l’invasion. Des militants qui ont accompagné, avec des
drapeaux blancs, les ambulances palestiniennes pour éviter qu’elles ne
soient la cible des Israéliens et qui ont "protégé" le camp de réfugiés de
la ville, gagnant de précieux jours avant que les troupes n’y pénètrent.
Rory, un écossais d’une trentaine d’années présent a Bethlehem pendant plus
de dix jours, est un bon exemple de ce que sont ces nouveaux militants.
Avocat d’affaire dans un cabinet londonien six mois par an, il pense gagner
assez d’argent pour faire autre chose le reste de son temps. Alors qu’il ne
s’était engagé que brièvement dans les campagnes pour l’annulation de la
dette des pays du tiers-monde, il décidait, deux jours avant son départ,
parce qu’il avait été ému par des documentaires sur la situation des
palestiniens et convaincu par les arguments d’Edward Saïd, le grand
intellectuel américano-palestinien, de joindre une mission de "International
Solidarity Movement", l’équivalent américain des missions civiles lancé il y
a quelques années par des militants palestiniens. Avant de partir, la
première chose qu’il a fait a été de se procurer une petite caméra numérique
et, sur place, de prendre des contacts dans la presse. Témoin privilégié,
ses écrits ont fait la une du principal journal écossais, et il est en
contact régulier avec la BBC et CNN.

C’est toute cette génération qui s’est jointe, sans que de grands appels ne
soient lancés, aux petits noyaux qui, depuis des années, voire des
décennies, continuaient le travail de solidarité avec les palestiniens.
Le mouvement mondial qui se développe depuis Seattle a été capable de se
lier au mouvement pacifiste au moment de la guerre en Afghanistan.
Aujourd’hui il participe pour beaucoup à l’émergence d’une sorte de
conscience civique internationale qui entend se faire entendre partout ou
cela est possible, y compris lors de conflits armés. Pour beaucoup de ces
militants, il ne s’agit plus, comme pendant la guerre d’Espagne, ou même la
révolution sandiniste du Nicaragua, de s’engager aux cotes des combattants
et des révolutionnaires, mais d’être présents, de manière pacifique, pour
témoigner, ouvrir des espaces démocratiques, et tenter de limiter, par la
présence d’observateurs internationaux, les souffrances infligées par les
forces armées.

En Israël

Les formalités de douane et de police se passent sans problème parce que
j’avais l’adresse d’une amie à voir en Israël, ce qui me permet de répondre
à l’interrogatoire poussé sur les raisons qui justifient ce voyage. Tous les
militants qui arrivent en groupe sont expulsés d’office, de même que tous
ceux dont les arguments ne sont pas jugés suffisants : une centaine de
personnes se sont ainsi vu refuser l’entrée en Israël ces derniers jours.

Dès mercredi soir, l’occasion s’est présentée de voir Michel Warshawsky.
Michel, c’est "le" militant Israélien anti-sioniste, le combattant de
toujours au côté des palestiniens, celui que tout le monde appelle "Mikado".
Il raconte comment Via Campesina s’est retrouvé dans ce combat. Une
rencontre, fin janvier à Porto Alegre, entre des militants palestiniens et
israéliens et des dirigeants de Via Campesina avait permis de mettre sur
pieds une délégation en Palestine à l’occasion du "jour de la terre" pour
établir des contacts directs avec les paysans des territoires occupés.
C’etait le moment où les chars sont entrés dans Ramallah...

Il raconte surtout la situation du côté israélien.
Une situation très mauvaise, et pas seulement parce que dans toute situation
de guerre le premier réflexe, c’est de serrer les rangs, ou à cause de
l’autocensure de la presse qui donne aux israéliens une vision totalement
partiale de la réalité : de longs reportages sur les enterrements des
victimes des attentats suicides et sur leur proches, et de brèves images sur
la situation en Cisjordanie qui pourraient laisser penser que la situation
se normalise.
Le n¦ud du problème, c’est l’interprétation des échecs de Camp David et de
Taba, telle qu’elle est donnée par Ariel Sharon, mais surtout, avant lui,
par Ehud Barak, son prédécesseur travailliste. Yasser Arafat et les leaders
palestiniens auraient, lors de ces négociations, refusé un état palestinien
sur les territoires de Gaza et de la Cisjordanie. Ce refus, plus les
attentats suicides contre les civils à l’intérieur même d’Israël, serait la
preuve que le but réel des palestiniens n’est pas, contrairement à ce qu’ils
prétendent, la création d’un état dans les territoires occupés en 1967, mais
la destruction d’Israël. D’où les déclarations de Sharon, irréelles pour les
observateurs étrangers, mais très fonctionnelles dans le pays même, sur
l’enjeu de la bataille actuelle qui serait "la survie du peuple juif". Le
fait que cette version vienne d’une Premier Ministre "de gauche" et que les
travaillistes restent au gouvernement donne une forte crédibilité à cette
thèse, de même que les incendies contre des synagogues, comme en France,
sont utilisés comme la preuve de la recrudescence de l’antisémitisme dans le
monde entier. Dans un tel climat paranoïaque, les multiples condamnations
internationales pèsent assez peu, quand elles ne font pas que renforcer
l’idée qu’il s’agit bien là d’une bataille décisive pour "le peuple juif".
Il est donc très important de rappeler les termes de la négociation de
l’époque. Loin de restituer l’ensemble des territoires, le gouvernement
d’Ehud Barak entendait garder les colonies les plus proches de la frontière,
quitte à "échanger" ces territoires contre un bout de désert, ainsi que
Jérusalem Est dont seul un petit quartier dans la banlieue aurait été rendu
aux palestiniens. Et rien sur le problème peut être le plus épineux, celui
des réfugiés palestiniens de 1948, même pas pour les 200 000 qui vivent au
Liban et dont la situation est la plus difficile.

Jenine

Comme dans toutes les situations de conflits, ou lors d’évènements majeurs,
il y a toujours le, ou les quelques hôtels où "tout le monde", journalistes,
hommes politiques et responsables divers, se rencontrent et échangent les
dernières nouvelles. Là, la crise est si grave et ses répercussions
internationales si lourdes, qu’il y a quatre lieux stratégiques : le New
Imperial dans la vieille ville, le moins cher où l’on trouve les militants,
le Jerusalem, ancien King David, le plus select, où l’on peut voir Zinni, le
négociateur américain et les grands reporters, que l’on trouve aussi à
l’American Colony, et enfin l’hôtel Ambassador, de niveau intermédiaire, où
sont les délégations parlementaires de différents pays et de nombreux
journalistes.
C’est dans ces lieux que l’on peut rencontrer les responsables des contacts
en Palestine et préparer les visites et où je tombe, jeudi matin, sur Leo
Gabriel, un ami autrichien, militant d’ATTAC Autriche et des "marches
européennes contre le chômage" mais aussi journaliste pour la télévision
publique autrichienne. Il a une voiture qui part pour la région de Jenine,
et je décide de l’accompagner, les nouvelles qui viennent du camp de réfugié
de la ville étant particulièrement angoissantes.

Jenine est tout au Nord de la Cisjordanie. La région israélienne
environnante est peuplée de nombreux villages arabes dont sont issus
certains des réfugiés du camp de Jenine arrivés lors de l’exode de 1948,
exode que les palestiniens appellent "nakbah", la catastrophe.
Dès le passage en Cisjordanie, deux choses frappent immédiatement.
D’abord l’incroyable enchevêtrement des territoires et des populations. Si
on a quelques contacts, on passe aisément d’Israël en Cisjordanie et à tout
moment, au milieu des territoires occupés, on peut tomber sur une colonie
israélienne. Cela rend totalement mythique, à moins d’abandonner les deux
cent mille colons, l’idée du "mur" qui isolerait, comme à Gaza où les
colonies sont très peu nombreuses, les territoires occupés d’Israël.
Ensuite la solidarité totale entre palestiniens. Nous avons passé toute la
journée du jeudi dans les territoires occupés, entre Jenine et Naplouse, la
zone considérée par l’armée israélienne comme la plus dangereuse, donc la
plus surveillée et contrôlée. Pas une fois, sauf quand nous sommes retournés
en Israël, nous n’avons été arrêté ou contrôlé à un check point. À tout
moment notre guide demandait aux habitants, jeunes ou vieux, si l’armée
était par là et si le passage était libre. Devant nous, il y avait un taxi
qui, à chaque virage dangereux s’arrêtait pour téléphoner de son portable à
quelqu’un du coin pour savoir si des snipers étaient postés par là où si un
barrage militaire contrôlait les véhicules.

Les témoignages qui arrivent de Jenine sont terribles. Nous n’avons pas pu
rentrer dans le camp lui-même où habitaient plus de 13 000 habitants et d’où
l’on pouvait entendre encore des échanges de tirs d’armes automatiques,
mais, à Taybeh et Rumanah, deux villages environnants, nous avons rencontré
de nombreux réfugiés qui venaient juste d’arriver. Il n’y avait que des
hommes, environ 200 à Taybeh et 450 à Rumanah, les femmes et les enfants
étant dans d’autres villages. Beaucoup de témoignages sont similaires. De
nombreuses maisons ont été détruites par des missiles tirés par des
hélicoptères ou par des chars, la plupart des hommes présents ont été
arrêtés, détenus pendant 2 ou 3 jours dans des conditions dures et
humiliantes, poignets liés avec une force telle que certains ont encore des
cicatrices très visibles, yeux bandés, impossibilité d’aller aux toilettes.
Après cela, ils ont été déposés à des kilomètres de Jenine, avec
l’interdiction absolue d’y revenir, et ils ont rejoint ces villages sans
avoir la moindre nouvelle de leurs familles.
Certains d’entre eux témoignent d’atrocités commises par l’armée. Un jeune
d’une quinzaine d’année, à Rumanah, affirme avoir été témoin d’exécutions
sommaires et avoir vu de nombreux cadavres dans les rues. A Taybeh, Kassim
Salah, un homme de 38 ans, père de quatre enfants, affirme avoir été utilisé
comme bouclier humain par les soldats pendant deux jours : il devait entrer
le premier dans les maisons et les petites rues en "protection" des
militaires israéliens. Pendant ces deux jours, il a été témoin de la mort de
quatre jeunes qui avançaient avec des drapeaux blancs et qui ont été abattus
par les soldats.

Ramallah

Vendredi, la délégation issue du "forum social mondial" se forme,
l’essentiel des brésiliens, dont une délégation de l’assemblée nationale,
étant arrivés. Milton Temer est le député fédéral qui représente le PT dans
cette délégation. Nous nous lions avec une américaine et une britannique de
"International Solidarity Movement" et avec une délégation belge, dont le
président du groupe socialiste du sénat, et nous décidons d’aller à Ramallah
pour visiter l’hôpital et tenter de rencontrer les militants qui sont dans
le QG de Yasser Arafat.
Le passage à Ramallah est maintenant rodé, une voiture dépose les
"visiteurs" sur une route après un check point, quelques centaines de mètres
à pieds et des taxis sont là pour aller dans la ville. Arrivés à l’hôpital,
nous visitons les blessés et discutons avec le personnel soignant qui nous
montre la fosse commune qu’ils ont été obligés de creuser dans la cour.
L’hôpital est à l’entrée de la ville et les chars ne sont pas là, quelques
enfants jouent dans la rue et de rares adultes se risquent à jeter un ¦il à
l’extérieur. Mais le couvre feu n’est pas levé, il l’a été la veille pour
quelques heures, et toute sortie dans la rue est strictement interdite. Le
groupe discute de l’idée d’une manifestation. Au nombre où nous sommes,
moins d’une vingtaine, le terme de délégation serait probablement plus
juste. Il y a trois équipes de TV qui sont prêtes à nous accompagner et
Colin Powell vient juste d’atterrir en Israël : il nous semble possible de
tenter le coup sans prendre trop de risques.

Nous nous équipons de drapeaux blancs, et nous partons. Marche lente, pour
que nos intentions pacifiques soient évidentes, mais aussi parce que nous
devons nous arrêter plusieurs fois, la première, une centaine de mètres
après l’hôpital, pour y accompagner une dame âgée qui a trop peur pour s’y
rendre toute seule.
Après quelques centaines de mètres, nous atteignons le centre. Là, il n’y a
pas un chat dehors, au sens littéral du terme. La vision de ce centre ville
totalement désert, mais dont nous savons que les habitants sont tous là,
cachés derrières leurs rideaux de fer baissés, est ahurissante. Un canadien
du mouvement "Alternatives" qui était là la veille, juste quand le couvre
feu avait été levé et que les habitants avaient pu sortir pour quelques
heures, nous disais que c’était comme un printemps au Québec : la neige dans
un paysage désertique et mort et, en quelques jours, au moment de la fonte,
une explosion de vie. Là, il faut se rappeler que les habitants sont terrés
chez eux depuis plus de deux semaines !
Sur la place centrale, les chars sont là, avec quelques soldats qui nous
tiennent en joue. Passage un peu angoissant. Puis reprise de la marche
jusqu’au palais présidentiel, un peu plus d’un kilomètre plus loin, c’est
déjà miraculeux d’avoir pu aller jusque-là. Mais le miracle a une fin, les
soldats arrivent avec un char, nous parlementons pour obtenir une entrevue
avec nos amis, sans succès. Un coup de fil à Théo, une amie d’amie qui vit
là et qui tient une chronique heure après heure de la situation en
Cisjordanie, chronique largement diffusée par courrier électronique. Nous
rentrons à l’hôpital et nous entendons quelques coups de feu tirés dans un
autre quartier et un tir d’obus de char. Nous saurons quelques heures plus
tard qu’un jeune a été abattu ce matin-là.

Avec les pacifistes israéliens

Samedi, une large coalition de militants israéliens, arabes et juifs, avait
décidé de manifester à l’entrée du camp de Jenine, par la grande route, et
d’y accompagner des camions de nourriture, de vêtements et de couvertures.
La manifestation est un succès important : 3000 personnes sont présentes,
venant de différentes villes d’Israël. En tête de cortège, des jeunes
arabes, très émus et désireux d’aller jusqu’au bout pour voir leurs familles
et proches. Ensuite, un cortège mélangé, avec des pacifistes, différents
groupes politiques de gauche, et beaucoup de jeunes. Un petit groupe de
jeunes vient de se former, ils ont des tee-shirts avec une étoile jaune dans
laquelle ont peu lire "palestiniens" et ils ont décidé, pour toucher
l’opinion israélienne, de s’appeler "don’t touch my holocaust". Ce groupe
nous explique qu’ils ont commencé à agir quand ils ont appris que des
militants étrangers avaient, il y a une dizaine de jours, bravé le couvre
feu et défilé à Ramallah, en se disant qu’ils ne pouvaient pas rester
inactifs. Nous avons également pu tester l’impact de ces actions dans les
territoires à Jérusalem Est, où dans la rue, plusieurs personnes rencontrées
savaient que des manifestations avaient eu lieu à Ramallah.
L’armée tente de stopper la manifestation avec une jeep et quelques soldats.
Devant le nombre et la détermination, ils laissent le passage.
Un incident montre bien ce qu’est l’armée israélienne. La manifestation
passe devant Salem, un grand camp militaire où de nombreux palestiniens ont
été, et sont encore détenus, et une vingtaine de soldats sont déployés
derrière les grillages. Les manifestants scandent, en hébreu, "l’occupation
corrompt, les refuznick (les soldats qui refusent de servir dans les
territoires) sont des héros". En entendant cela, un soldat, probablement un
réserviste, vu son âge, saute en l’air se met à agiter les bras en signe de
soutien total ; son officier arrive, lui passe un savon, et retourne à sa
place. Le soldat continue, de façon moins ostensible. Quelques minutes plus
tard, c’est un autre soldat qui pète les plombs et qui veut sortir pour
injurier les manifestants, ou peut être pour se battre avec eux ; à nouveau
l’officier intervient et ils se mettent à plusieurs pour le calmer et
l’empêcher de sortir. Rien de plus.
Une armée aussi populaire et "démocratique" dans son fonctionnement est
probablement d’une grande force pour défendre son pays en cas d’agression,
mais on comprend mieux, en voyant cette scène, pourquoi des soldats ont pris
pour cible des journalistes ou comment des atrocités ont pu être commises.
Finalement la manifestation est arrêtée quelques kilomètres plus loin, au
check point officiel avant Jenine. Un accord avec les organisateurs
intervient, les militaires garantissant que les camions pourront passer si
la manifestation se disperse. Nous saurons le lendemain que seuls 6 d’entre
eux ont pu entrer, et qu’ils ont dû décharger les marchandises assez loin du
camp, sans savoir si celles-ci arriveraient à leurs destinataires.
Nous partons à une douzaine, avec les brésiliens, et nous rentrons à
nouveaux dans les territoires occupés, à Taybeh, pour recueillir des
interviews et témoignages.

Dimanche matin, rencontre avec des militants pacifistes à Tel Aviv. Il y a
là l’équipe d’Indymedia Israël, très active, qui publie un magazine et qui
diffuse, sur le web, des video et une radio, un militant syndical israélien
proche du PC, et Mikado.
Ils ont tous décidé de se mobiliser en priorité contre l’occupation des
villes palestiniennes, et nous discutons des moyens de se transmettre des
informations et de travailler en commun.
A midi, conférence de presse à Jérusalem et, l’après midi même, retour vers
Paris avec 7 militants des missions civiles qui viennent tout juste d’être
expulsées d’Israël.

Christophe Aguiton,
Paris le 16 avril 2002


 
P.S.

Avec l’aimable autorisation de [ATTAC] INFO 323 - SITUATIONS

 
 
Forum lié à cet article

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes