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La guerre contre l’Irak, uniquement pour le pétrole ?

La guerre a certainement eu lieu pour le pétrole mais ce n’est pas la raison principale. Au moment de la guerre, l’Irak avait une énorme dette nationale (70 milliards de dollars à la Russie, plus de 30 milliards de dollars à la France et autres). De plus, la force occupante savait qu’elle devrait dépenser des sommes considérables pour la reconstruction de l’Irak et le maintien de ses forces sur place. Par ailleurs, Saddam avait accepté que des entreprises américaines ait la plus grosse part du gâteau du pétrole irakien pourvu qu’il reste au pouvoir.

L’objectif principal de cette guerre est de changer la carte du Moyen-Orient, d’occuper, de découper et de dépecer les pays arabes et musulmans pour les affaiblir et de créer une zone de prospérité au Proche- Orient financé par l’or noir irakien, dont Israël aurait été le principal bénéficiaire. Israël n’a jamais abandonné son projet de retrouver ses frontières bibliques (ou historiques pour les laïques) du grand Israël : c’est une déclaration Balfour bis.

Des sionistes américains proche du Likoud (ou néocons) ont joué un rôle déterminant dans le déclenchement de cette guerre ; des gens comme Paul Wolfowitz, Richard Perle et Douglas Feith au ministère de la Défense, Elliott Abrams au Conseil national de Sécurité (voire Ari Fleisher à la Maison Blanche ou même Dan Kerzer, l’ambassadeur américain à Tel-Aviv). Ils ont soutenu Sharon et l’extrême-droite en Israël ; certains d’entre eux ont conseillé Benyamin Netanyahou quand il est devenu Premier ministre.

Ce lobby sioniste s’est allié à un groupe de personnes dont Dick Cheney, Donald Rumsfeld et d’autres appartenant au mouvement fondamentaliste des chrétiens sionistes, des religieux fanatiques extrêmement pro-sionistes, des illuminés qui croient que les Juifs doivent se regrouper en Palestine et y établir un État juif sur l’ensemble de son territoire afin de rendre possible le retour de Jésus-Christ. Ce groupe fondamentalement antisémite dont les sionistes s’en accommodent volontiers aussi longtemps qu’il sert leurs intérêts.

L’exécuteur de ses basses oeuvres, est évidemment le somnambule, le simple d’esprit Bush Jr. Ils lui ont fait croire qu’il est investi d’une mission messianique, en quelque sorte il est l’élu divin pour combattre le mal.
L’idée d’une guerre contre l’Irak ne date pas du 11 septembre. Depuis 1990 une idée obsessionnelle d’attaquer l’Irak hante les néocons. Une machine formidable et une mobilisation permanente et continue utilisant tous les moyens de communication possibles pour appeler au renversement de Saddam Hussein ont été mises en marche dés le début des années 90.

En 1996, les néocons ont signé un document destiné à Benyamin Nétanyahou, chef du Likoud, sous le titre de « A clean Breaks : A New Strategy for Securiting the Realm : Un changement décisif : une nouvelle stratégie pour la sécurité du royaume[Israël] » et qui préconisait le renversement de Saddam.

Surnommés Likoudniki (agents américains du Likoud), les néocons se sont opposés au processus d’Oslo et ont alimenté la campagne menée par la droite israélienne avec à sa tête Benyamin Nétanyahou pour démolir le processus d’Oslo et discréditer Rabin.

Ils estiment que des états arabes plus démocratiques - traduction : plus obéissants à l’axe américano-sioniste - accepteront beaucoup plus facilement l’hégémonie (le Diktat) israélienne ; selon eux, l’opération de « démocratisation » combinant le « hard power » et le « soft power » doit précéder le règlement du conflit israélo-arabe.

D’après eux, ce n’est pas la colonisation et la répression israélienne qui empêchent le processus de paix mais c’est cet « espoir » que nourrissent les palestiniens et les arabes à voir « Israël disparaître » qui en est la cause et il faut tout faire pour tuer cet espoir.

« Je crois que les arabes dans leur ensemble n’accepteront pas Israël et ne font des concessions que dans le but de détruire un jour cet Etat. Ils veulent toujours qu’Israël disparaisse ; ils croient qu’il disparaîtra un jour. [...] La vraie source du problème n’est pas l’expansion des colonies, des implantations ; ce n’est pas la répression israélienne, c’est l’espoir qu’entretiennent toujours Arafat , les Palestiniens et les arabes de défaire Israël. Il n’y aura pas de paix tant que cet espoir survivra » déclare Muravchik, ancien trotskiste converti au néoconservatisme.

Pour tuer cet espoir plusieurs think tanks (opinion makers : les faiseurs d’opinions) ont vu le jour. En 1997, le PNAC (Project for the New Americain Century : Projet pour le nouveau siècle américain) est né. Ce think tank néo-conservateur a proposé la domination militaire et économique de la planète par les Etats-Unis pendant au moins un siècle et a planifié une attaque contre l’Irak .

Le PNAC devient le porte parole de la droite israélienne. Il préconisait d’éliminer politiquement Yasser Arafat, de supprimer toute aide financière à l’autorité palestinienne, de cesser toute pression sur Israël visant la reprise des négociations avec les palestiniens. Amalgamant Yasser Arafat et Ben Laden, l’OLP et Al Qaida, il prônait une guerre contre les terroristes en y incluant les groupes palestiniens.

Un autre think tank lié aux néo-cons est l’AEI. Ce laboratoire d’idées dont Richard Perle est l’éminence grise, est l’un des think tank les plus proches du gouvernement américain. L’AEI a édité en 1999 un livre écrit par le néo-con David Wurmser « Tyranny’s Ally : America’s Failure to Defeat Saddam Hussein » assimilant l’échec des Etats-Unis à se débarrasser de Saddam Hussein à une forme de complicité avec la tyrannie.

Les faiseurs d’opinions qui font la pluie et le beau temps aux Etats-Unis et qui façonnent le comportement des américains ne se limitent pas au PNAC et à l’IAE, on peut y inclure plusieurs autres non moins inquiétants [1]. Les néocons sont aidés par L’AIPAC et la Conference of Presidents of Major Jewish Organization qui comptent parmi les plus importantes organisations qui forment le lobby pro-israélien et qui veillent sur la bonne marche des relations entre les Etats-Unis et Israël. Leur grande influence sur le congrès américain a poussé le conservateur Patrick Buchanan à comparer ce dernier à « un territoire occupé israélien ».

Parmi leurs autres soutiens, on trouve Lockheed Martin, un des premiers fournisseurs d’armes du département de la Défense. A la tête de plusieurs think tanks néo-conservateurs (PNAC, CLI, AEI) on retrouve des représentants de Lockheed Martin ; cette situation est symptomatique et montre le changement profond des mentalités de l’opinion publique qui d’habitude désignent les industries d’armements, discrètes dans leurs faits et gestes, comme les marchands de la mort comme l’explique Jim Lobbe, journaliste américain spécialiste des néo-cons.

Aujourd’hui, le complexe militaro-industriel, s’affiche fièrement et avec arrogance aux côtés des faucons de la Maison Blanche.

Plusieurs médias dont principalement la Fox News, chaîne phare des néo-cons, ont utilisé des moyens d’endoctrinement très sophistiqués en vue de soumettre la population aux idées néo-conservatrices. Un sondage fait apparaître qu’une majorité d’américains qui regardent Fox News croient que c’est Saddam qui a commandité les actes du 11 septembre « si nos médias [américains] étaient attachés à la vérité, Georges Bush ne serait pas président, et nous, pas en guerre contre l’Irak » écrit John Nochols, journaliste qui dirige un mouvement pour la réforme des médias [5].

Richard Perle et Frum de l’IAE ont publié un livre en décembre 2003 intitulé « An end to Evil : How to win the war on terror », « Les USA sont devenus la plus grande puissance des grandes puissances dans l’histoire du monde » et « Il n’y a pas de moyen terme pour l’Amérique : c’est l’holocauste ou la victoire. Ce livre est un manuel pour obtenir la victoire » peut-on lire dans les pages de ce livre.

Bibliographie

[1] Committee for the liberation of Iraq, Irak Liberation Act, Heritage Foundation, Council on Foreign Relations, Le National Endowment for Democracy, le Manhattan institute, Cato Institute, Hoover Institution, RAND, Freedom house, Atlas Society, Mensa

[2] L’Amérique messianique Alain Frachon & Daniel Vernet Edition Seuil, septembre 2004.

[3] Etat d’exception permanent : la néorévolution américaine. Edition L’esprit des péninsules, 2004

[4] Ce pays où Sharon n’a que des amis, serge Halimi, Manière de voir 77, octobre-novembre 2004

[5] Révolte contre l’ordre médiatique, Eric Klinenberg Manière de voir 77, octobre-novembre 2004


 
 
 
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5 commentaires
  • cette guerre en irak etait surtout une guerre entre l’euro et le dollar...

  • > La guerre contre l’Irak, uniquement pour le pétrole ? 19 février 2006 13:44, par Xavier Coppens

    Je crois aussi qu’on ne parle pas assez des exportations de pétrole (ou le souhait de les voir se réaliser) en euros plutôt qu’en dollars.

    Ne serait-ce pas cela qui provoque les insomnies du géant aux pieds d’argile ?

    Sadam voulait des euros tout comme les iraniens s’apprêtent à la faire...

    Missilles, génocides et massacres pour le roi dollar ?

  • "Le congrés est un territoire occupé"
    a dit avec raison Pat Buchanan et pour cause il est bien placé pour le savoir, l’AIPAC étant l’un des contributeurs les plus dynamiques aux campagnes électorales des sénateurs et des députés Américains.En tête de liste des "amis" de l’AIPAC figure "l’honorable" sénatrice Hilary Clinton qui a empoché pour sa campagne électorale de 2006 plus de $58000 somme arrétée au 31 Octobre 2005.A ce prix-là on comprendra son acharnement à casser du palestinien,de l’Iranien et de l’Irakien.

  • > La guerre contre l’Irak, uniquement pour le pétrole ? 20 février 2006 13:30, par Albert Piquet

    Bien sûr que l’enjeu immédiat est la survie du dollar ! Regardez donc tous les pays qui basculent progressivement vers l’euro avant que le dollar ne s’effondre ! Si l’enjeu résidait uniquement dans le conflit entre juifs et musulmans, Chavez pourrait dormir tranquille.

  • Oui, bien sur la guerre est faites por le pétrole, mais aussi pour faire plaisir aux Israeliens qui pensent toujours au grand israel et qui avec les néocons voudraient réecrire ou redessiner .la carte du moyen orient en fonction de leurs interets
    La france n’a pas à prendre parti dans le conflit Israelien,Iran.

 
 
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