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Bleu, blanc, brun

La vague brune a déferlé sur notre pays. Personne ne s’y attendait, apparemment. Moi, si. Il ne pouvait pas en être autrement et la présence du candidat du Front National au deuxième tour de l’élection présidentielle n’a de surprenant que la surprise qu’elle crée au sein de la classe politique.

Voilà plusieurs années, peut être des décennies que la classe politique, et particulièrement, celle qui possède le pouvoir fait le lit de l’extrême droite. A charge de revanche, sans doute, tant le Front National a permis de conserver un nombre certain de municipalités ou de circonscriptions lors de triangulaires.
Mais à force de jouer les apprentis sorciers, il arrive que l’on se brûle les doigts, et parfois plus encore. Quoi que…

C’est ce qui vient de se passer au soir de ce premier tour. L’arroseur à été arrosé, et copieusement, on peut le dire. Les larmes et les regrets n’y feront rien. Il est trop tard.

Ta mère avec des tongues...

Curieusement, la campagne électorale du premier tour a mis fortement l’accent sur les problèmes de sécurité ou d’insécurité. Les coupables, rarement désignés mais toujours évoqués ont été subtilement montrés à la face de la France profonde, incrédule, par petite lucarne interposée, à l’heure du souper.
On a pu voir le Chirac insulté et cible de crachats, on a eu le Bayrou à qui l’ont fait les poches et qui taloche le beur de service, on a eu le Mamère bousculé et copieusement insulté, par une extrême droite juive dont le faciès et l’accent n’était pas sans rappeler celui des lascars des cités, on a eu…

C’est par où la sortie M’sieur

Mon Dieu que la campagne est belle et que la manipulation est aisée quand on a à sa solde l’ensemble des médias. Il serait intéressant de connaître le prix payé pour demander à un gamin de banlieue de fouiller dans les poches, vides, de Bayrou et le prix d’un crachat ou d’une insulte en direction du Président de la République, soi-même. On se souvient de celui versé pour une voiture brûlée en 1982 sur le plateau des Minguettes. Tout s’achète dans les quartiers difficiles, c’et bien connu. Le rodéo en BMW, la poubelle incendiée, le cocktail Molotov : faites vos offres… il y aura toujours preneur.
Il y a, aussi, toujours une caméra indiscrète qui passe par là inopinément pour filmer la scène ou un photographe perdu qui cherche la sortie.

Français, Françaises, c’est la chienlit

Le Front National n’a même pas à mener campagne, d’autres s’en chargent pour lui.
En première page de la presse, locale ou nationale, à l’ouverture des journaux télévisés, toujours les mêmes drames, les mêmes histoires sordides, les mêmes voitures qui brûlent, les mêmes nuits d’émeutes, les mêmes défenestrés, les mêmes viols… La liste est infinie.
A lire la presse et à écouter la télévision, tout va mal dans ce pays de France, tout est pourri, c’est la chienlit, on est au bord de la faillite morale, culturelle et intellectuelle. L’homme providentiel n’est jamais évoqué, bien sur, et la presse qui casse de l’extrême droite à longueur d’antenne ou de papier est, en parallèle, la pourvoyeuse d’huile à raviver la flamme du FN.
Innocemment ? A d’autres !

Si les sondages publiés peuvent donner à penser que la technique employée est empirique, puisque le résultat est toujours approximatif, il y a fort à parier que, à un autre niveau, la technique de la manipulation des foules est très au point.

Pousse toi de là que je m’y mette

Pour conclure, il me semble que l’ont peut affirmer, sans trop se tromper que l’avènement de Le Pen, dans le contexte actuel, qui dépasse largement le cadre de cette élection, n’est en rien fortuit.

Cette montée du Front National fait le jeu des deux grands camps qui veulent désormais se partager le pouvoir en France. Pour se débarrasser des formations politiques qui empêchaient encore toute possibilité d’alternance entre la droite et la social-démocratie (qui est une forme édulcorée de Droite) il fallait :

-  aligner un maximum de candidats crédibles pour ratisser le plus large possible à gauche.
-  accentuer la pression médiatique [1] en direction de certains candidats d’extrême gauche pour mettre à genoux le PC, déjà bien affaiblit, et l’éliminer définitivement de l’échiquier politique,
-  discréditer le MDC, les Verts et accessoirement Bayrou,
-  aligner tout ce que la droite peut compter comme nullité pour ne pas affaiblir Chirac sur sa droite,
-  faire monter le sentiment d’insécurité pour offrir à Le Pen les voix de la peur.

Bravo ! Le résultat est probant. Comme chacun peut s’y attendre, demain va voir un grand sursaut de démocratie et un large consensus républicain qui va porter Chirac au deuxième tour sur le trône élyséen et le blanchir définitivement.

Le Pen va se prendre sa dernière calotte avant son entrée en maison de retraite, ce qui permettra à la presse et la classe politique de pouvoir affirmer de concert qu’il s’agissait d’un signal fort donné dès le premier tour, mais que la France est et reste très attachée à la démocratie et aux valeurs républicaines.

La peur de ma vie

Le grand frisson qui a secoué le petit peuple entre les deux tours de la présidentielle va l’amener à se rassembler et à se mobiliser pour les législatives qui, par peur du changement (et je pense qu’on va lui dire et lui faire comprendre que le coup est passé si près que…) va reconduire une majorité social-démocrate au Parlement. Et retour à la case départ.
Exit les cocos, tout est désormais possible, même Messier !

Putain, on a eu peur en avril 2002 pourront raconter à leurs arrières petits enfants les soixante-huitards qui rêvaient de voir leur progéniture dresser à nouveau des barricades sur les grands boulevards pour que ça change enfin.

La politique est en passe de devenir… une science presque exacte, je vous le dis et la révolution est loin d’être en marche.

Gilles LESTRADE
le 21 avril 2002, 23h53


Notes

[1Laguiller est un exemple criant de ce que l’on peut faire médiatiquement pour sortir de la confidentialité une retraitée qui n’a jamais fait la démonstration de ce qu’elle professe une fois tous les 7 ans.


 
 
 
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4 commentaires
  • > Merci qui ? 22 avril 2002 14:00, par Ceve

    Bonjour,

    À force de jouer avec le feu l’incendie se déclare bien un jour. C’est fait !

    Je prendrais trois raisons qui ont contribué au résultat de dimanche, car qui est responsable et coupable de cette situation :

    1) F. Mitterrand a commencé à "sortir" Le Pen pour diviser la droite et diminuer l’influence du parti communiste et cela dès les années 80,

    2) Ensuite, qui pouvait se vanter d’avoir privatisé plus que la droite (Baladur et Jupé) c’est L. Jospin,

    3) Et enfin, qui ont signé lors du dernier sommet européen à Barcelone les privatisations de EDF et GDF tout en acceptant le recul de l’âge de la retraite à 65 ans, c’est certes Chirac mais aussi L. Jospin.

    Et une dernière, remarquée hier soir. M. Barlot (maire de Valencienne udf) précisait quelques vérités sans toutefois aller jusqu’au bout de son raisonnement sur les pauvres qui sont plus pauvres et les riches qui sont plus riches. Donc, il précisait que 1 million de familles endettées n’ont jamais pu être entendues par les impôts et par le gouvernement qui les contraignaient de rembourser leurs dettes en les saignant. N’est-ce pas DSK alors ministre des finances qui avait octroyé une diminution de 1 milliard de cts de l’impôt sur le revenu un certain couturier...

    Hier soir les représentants du ps n’ont jamais remis en cause leur politique libérale. Quant à Jospin, comme le pyromane une fois l’incendie allumé il se retire en courant.

    Alors de grâce, Le Pen n’est que la conséquence d’une politique libérale et les cris et les manifestations viennent bien tardivement. Car, on ne bâtit pas une politique sur le simple rejet du Front National.

    Les électeurs de gauche ont manqué leur coup : ils voulaient donner un avertissement à 1% ils ont donner un signal très fort.

    Il semblerait que pour le deuxième tour des présidentielles il y ait un consensus pour voter Chirac mais contre le Pen en votant ainsi pour une sorte de front républicain. Dans ce cas, le piège se refermera dans le cadre des triangulaires (droite, fn, "gauche") lors du deuxième tour des législatives. Là aussi il faudra dans ce cas faire jouer le front républicain et faire passer la droite alors que dans le cadre de triangulaires la gauche est majoritaire. La boucle sera bouclée et la ceinture pourra être serrée (très) pendant au minimum 5 ans.

    Après tout ne faut-il pas mieux l’original à la copie ?

  • > Bleu, blanc, brun 22 avril 2002 14:16, par Citoy

    Tu écris :"(et je pense qu’on va lui dire et lui faire comprendre que le coup est passé si près que…) va reconduire une majorité social-démocrate au Parlement. Et retour à la case départ."

    Non non. Dès aujourd’hui j’entends qu’il va falloir donner une majorité au président(1). Sinon, dans le cas contraire, c’est les institutions qui iront mal...

    Donc, la suite logique de ce qui écrit dans le message précédent : peuple vous devez aller jusqu’au bout de votre logique et voter "front républicain" pour les législatives comme vous l’avez fait pour le deuxième tour des présidentielles.

    L’opération matraquage continue !

    (1) Discours tenu par un responsable d’un institut de sondage sur France-Info à 13h25 le 23 avril 2002.

  • > Bleu, blanc, brun 22 avril 2002 15:00, par Aya

    science exacte : trop vrai malheureusement.
    Mais le fait est qu’on ne lira que
    tres peu de commentaires du genre.
    tout est fait pour qu’on ne voit pas
    ce qui est !!!!

  • > Bleu, blanc, brun 22 avril 2002 22:35

    ne faut-il pas voir dans l’expression d’hier , le rejet de ceux qui utilisent en paroles en les ayant rejetées, la réforme pour les uns et la révolution pour les autres ? Ce débat fondamental du 20e siècle, chargé d’espoirs, serait-il englouti à jamais bornant définitivement la pensée dans la logique de l’épicier ? englouti par ceux qui justement en faisaient leur commerce, admettons que la désespérance puisse errer en des contrées périlleuses !

 
 
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