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Démocratie piégée

Des limites de la démocratie telle qu’on nous l’impose...

José Bové réclame un réferendum sur les OGMs, et justifie les fauchages "sauvages" par l’absence de consultation démocratique sur la question. Mais qu’en serait-il si les français votaient pour les OGMs ???

Il y a quelques jours, je suis tombé par inadvertance sur la radio France Culture, au milieu d’un débat entre José Bové et toute une bande de joyeux drilles ahuris par la démarche de la désobéissance civile. J’ai bien sûr commencé par me demander pourquoi ce cher José allait-il se fourvoyer sur des antennes pareilles, dans la gueule du loup en somme, où les bonnes âmes se transforment à leur insu en Don Quichotte des temps modernes. Les moulins sont remplacés par les gros immeubles des médias de ce monde, où même la poésie doit se munir de son badge pour entrer. Bref, cette première surprise digérée, j’ai tendu l’oreille pour savoir. Comprendre de quoi il s’agissait. José était interrogé sur la désobéissance civile. Le fauchage des OGMs, la destruction du McDO... Tout cela n’était-il pas profondément antidémocratique ? La violence n’était-elle pas, en toutes circonstances, le faux pas des meilleures causes ? On touchait là le point précis du débat sur les vertus de la démocratie.

José Bové ne s’est pas démonté, je dois le reconnaître. Enfin pas tout de suite. Il a expliqué, il a détaillé, il a montré que les champs expérimentaux d’OGM étaient en réalité la vraie entorse à la démocratie. Et que devant l’impossibilité de tout recours juridique, l’action directe devenait nécessaire. Inévitable en tout état de cause.
A cet instant de l’émission, je voulais croire que je vivais un de ces rares moments radiophoniques où l’invité impose ses règles, refuse le carcan qu’on veut lui faire porter autour des lèvres. Non, José n’allait pas accepter d’être ainsi vissé à la pensée unique. Il allait leur prouver que dans certains cas, il faut agir, faire fi des lois comme des opinions d’ailleurs, et n’écouter que son cœur. J’y ai cru encore quelques instants, et puis plus rien. Les espoirs s’en sont allés. José a transigé. Il s’est engagé, si un référendum était organisé sur la question des OGMs, à respecter la voix du peuple, quelques soit sa réponse. J’ai d’abord cru à une esquive, une feinte, un coup de bluff bien placé pour mieux revenir à l’offensive. Mais non, José s’est amolli en direct. Il a payé la dîme. Le peuple est souverain, son dernier mot sera le mien.

Mais José, comment as-tu pu oublier que le peuple n’est grand et beau que par sa sincérité, son instinctive conscience. Sa force et sa grandeur sont dans son nombre. Mais son talon d’Achille, c’est sa crédulité. On lui fait croire ce qu’on veut au peuple quand on en a les moyens. De macabres exemples jalonnent l’Histoire pour nous le rappeler. Hitler ou Mussolini, coté tyrannie assumée, Georges Bush ou Ariel Sharon coté démocratie de singes. Ces médias auxquels tu te frottes dans cette émission sont justement la principale arme de déviation massive. Déviation des esprits, des consciences et des cœurs. On l’a vu en France en 2002. Les français ont été trahis deux fois par la démocratie, qui n’est plus seulement le moins pire des systèmes. La première fois quand ce bon vieux gros LePen a cessé d’être un épouvantail pour devenir présidentiable. La seconde quand la gauche a voté Chirac. Voté Chirac en 2002, élu Sarkozy en 2007... Bref, les médias sont aujourd’hui capables de servir n’importe quelle tendance. Les plus forts, les mieux offrants, trouvent les boulevards de l’antenne ouverts et dégagés, alors que les autres, nous par exemple, doivent œuvrer dans l’ombre.
Alors José Bové, si une campagne de six mois précédait le référendum que vous appelez de vos vœux. Si durant cette campagne, les interêts de l’agro-business étaient plus puissants que ceux de la nature, de notre santé, de nos enfants, que feriez-vous ? Si le peuple était un jour convaincu que les OGMs sont inoffensifs (comme il fut jadis convaincu - au sens propre, au sens où on a pu l’en convaincre - qu’un nuage nucléaire respecte la barrière rouge et blanche des douaniers de France...). Si le peuple était un jour convaincu que les OGMs sont la seule solution pour nourrir 10 milliards d’individus d’ici 25 ans ? Si vous étiez simplement battus sur le terrain de l’opinion publique. Par ces clowns écervelés auxquels vous adressez la parole aujourd’hui. Vous renonceriez au combat ? Vous accepteriez de voir un jour « 100% OGM » sur les conserves de vos enfants ? Rassurez-nous ! Dites nous que non, que ce n’était que faux-semblant face au micro. Que vous ne baisserez pas la garde. Parce que si vous le faites, alors qui ne le fera pas ?

La désobéissance civile, que j’appelle pour ma part « terrorisme économique » est le seul recours que nous ayons pour agir. Gandhi était un grand homme, mais il n’était pas prophète. Et la non-violence ici, aujourd’hui, est le meilleur allié de ceux qui nous détruisent. Elle est le cheval de Troie du système que nous dénonçons. Elle est le carcan qui visse vos cordes vocales au poteau de l’opinion publique.
Comme nous l’explique un livre très intéressant paru récemment, vous êtes la vraie descendance des luddites anglais, du capitaine Swing, et c’est une charge qui vous incombe. L’interface technologique nous aliène chaque jour un peu davantage, notre humanité fout le camp. Luttons contre ces avancées technologiques capitalistes qui font reculer la beauté et la poésie de notre monde. Luttons sans scrupule. Pas de sang sur notre champs de bataille, mais de l’huile et du pétrole.

P.S. : pour l’histoire des luddites, de leurs successseurs jusqu’aux faucheurs d’OGM, voire le livre de Nicolas Chevassus-au-Louis
Les Briseurs de machines. De Ned Ludd à José Bové
Le Seuil - février 2006


 
P.S.

La violence me fait peur à moi aussi, mais je dois accepter qu’en certaines circonstances, elle est necessaire. Et les temps que nous vivons nous offrent un grand nombre de ces circonstances. Alors José, ne cède pas à leur chantage.

 
 
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5 commentaires
  • Avant la victoire du NON au référendum sur le TCE, les chances de faire basculer l’opinion était minimes, l’espoir n’est pas une utopie, mais je crois sans être naif comme José Bové peut être, en la mise en lumière des idées progressistes, et les OGM n’en font pas partie ! l’effet Dracula donc pour faire avancer le débat, partout et sur tous les terrains d’informations vers et avec les gens.
    Et par rapport à l’article, je pense pas que M.Bové se dégonflé mais plutot qu’il a confiance en ses idées et est prêt à se battre sur le terrain des idées pour cette cause.
    Sur le TCE, le débat a utilisé largement d’autres canaux que ceux officiels liés à la pensée unique et nous avons vu le résultat !

  • J’ai encore foi en la démocratie. Cela peut sembler naïf mais je suis intimmement convaincu que quand le débat n’est pas truqué, la démocratie peut fonctionner.

    Cependant, que voyons nous ? Une main mise des grands groupes capitalistes sur les grands organismes de communication, un lobbying sans précédent sur les politiques, même la justice n’a pas d’autre choix que d’entérriner des lois faîtes pour ces mastodontes multi-nationaux économiques, ...

    Parmi les nombreuses luttes à mener, il faut se battre pour une démocratie réelle et la transparence me semble être une bonne épée pour pourfendre tous les mystificateurs de la pensée unique... et, enfin, le citoyen pourra choisir

  • Superbement écrit. Très belle vision sur la facilité à manipuler les foules, qui montre à quel point les élites utilisent leur prodigieuse intelligence à autre chose qu’au bien de tous. Pour la violence, me vient en mémoire les atrocités de la Révolution française, et bien d’autres, qui prouvent aussi à quel point les victimes peuvent devenir des bourreaux sanguinaires. J’opterai pour la voie de Gandhi, même si le chemin est plus long... En tout cas, bravo.

    Voir en ligne : Oui

  • Il faut corriger les fautes ...

  • Greg,

    Vous avez tort de condamner la démocratie.

    Oui, elle a mis hitler et mussolini au pouvoir ! et ce le contre exemple ! car il ont utilisé la démocratie our imposer le totalitarisme !

    oui, elle a mis sharon et bush au pouvoir, mais a tout moment elle peut aussi les balayer du pouvoir !

    la démocratie est et reste à mon sens le système le moins mauvais.

    Que nous proposez vous echange ? des états théocratiques ? des républiques bananières ? des distatures islmamiques ?

    Enfin, si la démocrartie permet au totalitarisme d’arriver certes au pouvoir, le totalitartisme, lui, ne laissera aucunce chance à la démocratie de s’installer de manière naturelle !!

    HELENE

 
 
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