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Coupables de n’avoir pas voté utile ? On se fout de qui ?

Des jeunes qui pleurent, ou presque, qui regrettent "de n’avoir pas voté utile". C’est quoi "utile" ? Ce serait voter pour Jospin et passer à la rubrique "pertes et profits" l’incurie de ses conseillers qui, grâce à leurs conseils éclairés, ont purement et simplement flingué leur leader.
Et bien non, voter "utile" c’est voter aussi près que possible de sa sensibilité, c’est refuser, a priori, d’être le marche-pied de qui que ce soit. Fut-il socialiste.

Nous en sommes là. Près d’un électeur sur 5, dans de très nombreuses villes de France, a décidé de voter pour l’extrême-droite. Dont acte.
image 350 x 1199Piteux, le parti socialiste essuie un échec historique. Dès l’annonce des résultats dimanche soir, des jeunes par milliers sont descendus dans les rues de Paris, Grenoble, Toulouse, Lyon pour dire leur honte. La honte de vivre dans un pays où la lâcheté, l’individualisme, la peur ont décidé des électeurs français à se compromettre avec la bassesse, la haine sans voir le miroir de l’histoire leur renvoyer l’image rajeunie de leurs ancêtres collabos. Ces gens là se sont déshonorés et on pourra toujours dire que leur vote est un vote de défiance par rapport aux partis politiques « institutionnels », qu’ils voulaient ainsi marquer leur dépit, leur lassitude et je ne sais quoi d’autres. Toutes les pistes sont possibles. Cela dit, il y avait 16 candidats aux sensibilités extrêmement diverses et peut-être que parmi les 14 en lice (éliminons, au moins de manière virtuelle et rétroactive Le Pen et Megret) ces Français "dépités" auraient pu trouver un espace. L’image du Français râleur poussée à l’extrême est d’une caricature affligeante.
Des jeunes donc par milliers ont dit "non" et ont manifesté avec beaucoup de fraîcheur leur opposition au fascisme. Certains, relativement nombreux, interviewés par les journalistes télé, ont exprimé leur regret de n’avoir "pas voté utile". Ils regrettaient d’avoir porté leurs espérances sur des listes d’extrême-gauche, d’avoir fait un choix démocratique, d’avoir pleinement pris à leur compte le jeu du système français qui permetde choisir entre des idées, des hommes et des femmes très différents les uns des autres. Et ce, contrairement aux Etats-Unis ou en Angleterre où le bipartisme n’est qu’un ridicule jeu de va et vient entre deux camps complètement et définitivement acquis aux joies du capitalisme, système dont les règles immuables pourraient constituer le préambule tout aussi immuables des professions de foi de ces candidats.
En France, nous avons le choix. Et ces jeunes gens regrettaient, culpabilisaient même.
Et au nom de quoi, devraient-ils se sentir coupables ? La présence de Le Pen au 2e tour des présidentielles est le fait d’un parti socialiste dont le chef a présenté à l’annonce de sa candidature un drôle de préalable : "je ne suis pas le candidat du parti socialiste" a-t-il déclaré. Les "stratèges" qui lui ont soufflé cette idée connaissent visiblement la rue et les gens qui l’arpentent. Une telle déclaration était suicidaire. Et celles qui ont suivi visant à recadrer le discours le plus à gauche possible pour un candidat socialiste, lui ont au bout du compte donné le coup de grâce.
Il y avait de la place pour toutes les sensibilités de gauche dans cette élection présidentielle. Et contrairement à ce que les fins stratèges du PS avancent, ce n’est pas dans les voix de l’extrême-gauche qu’il faut aller chercher le déficit, mais plutôt dans les voix du Front National et chez les abstentionnistes. Un glissement comptable arrangerait sans doute beaucoup les nez creux du parti socialiste : 1 % de L.O, 2 % de la LCR, un petit quelque chose du PC et l’affaire, vous dis-je, était dans le sac. Et Chirac n’aurait eu qu’à bien se tenir.
C’est pas comme ça que ça passe. Et si, entre deux cocktails, deux cérémonies des césars, et un passage à l’émission dominicale de Drucker, ces fines épées de la politique étaient allées se promener dans "les quartiers", si elles avaient parlé et surtout écouté leurs habitants, sans doute n’en serions nous pas là.
Alors que tous ceux qui ont voté à gauche, mais ailleurs qu’au PS n’aient aucun regret, aucun remord : le parti socialiste a lui-même creusé sa tombe. Il n’a pour cela besoin d’aucun autre fossoyeur que ses édiles.

Djam


 
P.S.
 
 
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