{id_article}
 

Ma liberté

Ma liberté s’arrête où commence celle des autres... définition proposée en 1789 dans le cadre de la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen. Définition centrifuge très intéressante mais unilatérale.

MA LIBERTE S’ARRETE OU...

Ma liberté s’arrête où commence celle des autres... définition proposée en 1789 dans le cadre de la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen. Définition centrifuge très intéressante. Je me mets au centre avec "ma liberté" et, Descartes républicain qui pense donc qui est, tourne et étends mes bras comme à une sorte de colin-maillard sociologique jusqu’à ce que les obstacles que sont les autres me soient palpables et la réfrènent. Là, grand seigneur, j’arrête et laisse à autrui qui est supposé faire le même exercice, l’espace modérément extensible qui lui revient. Pourquoi les Conventionnels n’ont pas dit : ma liberté commence où s’arrête celle des autres ? ou bien : la liberté d’autrui s’arrête où commence la mienne, versions centripètes moins cartésiennes, mais peut-être plus subtiles. Par ailleurs, la liberté d’autrui ne commence-t-elle pas de toute façon toujours trop près ? Ne se suis-je pas cerné d’ego tournoyants, ambitieux, irrespectueux par nature, qui ne cessent - volontairement ou pas- d’empiéter sur le mien ? Je les sens, ne les entends que trop et dois bien m’en défendre, ou alors, Socrate moderne, je n’ai cure de ces prétentieux qui se prennent pour des ego ce que justement je ne fais pas car... ma science du Je n’est pas naïve comme la leur, « mon espace personnel de liberté » je sais quelque part qu’il est illusoire pour moi - même si autrui est obligé de lui accorder de la réalité sauf à saper le sien - qu’il est quelque part une création de mon imagination, de mon égoïsme de petit homme "sûr de lui" justement parce qu’il n’est sûr de rien, que pour cela même il en rajoute, fait des ronds dans l’eau, s’agrippe désespérément aux débris du naufrage, joue les gros bras parmi les poissons sociaux... Alors, je laisse les ignorants à leur œuvre perverse d’ego Egaux, ne suis pas impressionné par leurs réflexions qui ne brassent que de l’air et me défile, évite, quitte discrètement le cercle de mon prétendu moi, me rends intouchable, insaisissable, laisse à la foule des croyants du Je ses illusions et m’installe dans le seul humanisme possible celui du Je connaissant son Non-Je, vivant en paix avec lui, le tutoyant, se moquant gentiment de lui, l’invitant à la modération, à la créativité. Socrate moderne, je me "démonise".

Voilà au fond le pari social que les philosophes des Lumières ne pouvait imaginer : disparaître de plein gré dans le trou d’un personnalité illusoire, disparition qui, si elle était reconnue, pratiquée par tous, au programme des écoles de la République, sorte de classe de philosophie plus dure que celle qui existe, ferait de la vie en société un jeu à sommes nulles où les illusions se détruiraient elles-mêmes ou bien se construiraient dans une créativité sans limite puisque cette approche de l’ego humain est la seule transcendante. Je suis et... ne suis pas ! Mon être est une recherche pas un état, un processus pas une statue adorée par tous, moi compris. Je ne suis que sur le chemin du Je suis, pas en lui. Chemin devenu but.

Ensuite, qui ne voit que cette vision de la liberté confirme mieux la trinité Liberté-Egalité-Fraternité ? Si je suis ce centre vide, je n’empiète aucunement sur la liberté de l’autre, donc je suis égalitaire. Si, de surcroît, je décèle chez lui une incapacité à définir ou à vivre cette liberté, je peux par mon exemple vide l’aider à le faire, je suis alors fraternel au meilleur sens du terme et si, par extraordinaire, mon sacrifice est indispensable pour faire venir au jour la liberté de l’autre je suis capable d’y consentir et m’inscris plus loin encore dans cette fraternité qui suppose toujours quelque part un renoncement à soi ou à ce que l’on possède, on reste ainsi toujours dans la trinité de la "res publica" qui, même si elle ne fut pas rigoureusement définie dans ce sens ne peut se comprendre que comme liberté dans l’esprit, égalité devant la loi, fraternité dans le domaine matériel social, monde des besoins vitaux minimum sans la satisfaction desquels l’être humain n’a aucune chance d’être "égal aux autres devant la loi" et "libre dans son esprit". Notre époque, a compris tout à l’envers. Elle loue la liberté dans la sphère matérielle, le libéralisme, lequel mène -plus ou moins vite- à loi de la jungle où, bien sûr, égalité devant la loi et égalité des chances restent des vœux pieux du fait que la fraternité dans les choses est soit détruite avant de pouvoir s’exercer, soit réduite à la mendicité et son corollaire, la charité, ou aux bonnes œuvres de l’Etat. Depuis 89, non seulement on n’a pas fait de progrès en trinité mais on régresse. Et on entend sans arrêt des pitres qui clament le contraire, d’autres pitres qui poussent les plus inaptes et les plus bornés à exiger une liberté imaginée et récusent une fraternité assimilée par la propagande des petits je au défunt communisme russe ou à l’hirsute juif allemand barbu qui l’aurait inventé.

Que dit Marx ? Il dit que le droit humain à la liberté définie par les Constituants "n’est pas fondé sur la relation de l’homme à l’homme mais au contraire sur la séparation de l’homme avec l’homme. Il est le droit à cette séparation, le droit de l’individu limité, limité à lui-même." Et il ajoute : "l’application pratique du droit à la liberté est le droit humain à la propriété privée. En quoi consiste ce droit ? Article 16 de la constitution de 1793 : Le droit de propriété est celui qui appartient à tout citoyen de jouir et de disposer à son gré, de ses biens, de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie. Le droit de l’homme à la propriété privée est donc le droit de jouir et de disposer de sa fortune arbitrairement (à son gré) sans se rapporter à d’autres hommes, indépendamment de la société, c’est le droit à l’égoïsme. A chaque homme elle fait trouver en l’autre homme, non la réalisation, mais au contraire la limite de sa liberté. Et on revient à la définition centrifuge de départ : ma liberté s’arrête où commence celles des autres, définition qui non seulement n’a pas empêché certains qui avait une plus grande de liberté d’empiéter sans vergogne sur les "libertés" des autres environnants mais, pis encore, de les faire disparaître dans l’exploitation de l’homme par l’homme concept central de l’économie politique de Marx.

La liberté définie de façon centrifuge est le commencement de l’égoïsme moderne et aucunement le point de départ de la liberté sur la terre. Elle est ce point de départ à la propriété privée des biens qui reflète, ou croit petitement refléter, la propriété privée de soi, dimension dérisoire que tous les penseurs un peu profonds démentent depuis des siècles. Elle est cette flatterie du petit "je" à son alter ego, du petit "je" au "je" minuscule, de petite grenouille à petite grenouille qui invite sa consoeur à se prendre pour un boeuf et à renier ce droit à tous les autres "je" définis comme si petits qu’ils en sont devenus invisibles. C’est devenu aujourd’hui la Communauté, noble assemblée des grenouilles, le Communautarisme, théorie des minables qui se tiennent chaud entre eux contre d’autres groupes de minables qui font pareil. Etape vers l’égoïsme total qui sera la guerre de tous contre tous. Pauvre Socrate et son cher daimon ! Toute une coupe de ciguë pour rien.


 
 
 
Forum lié à cet article

1 commentaire
  • Ma liberté 20 novembre 2011 00:15, par Mister KM

    La liberté est un sentiment posthume et autonome plus particulièrement spontané dans son élan naturel, l’égalité en est sa raison, la rationalisation d’un sentiment qui est plus un art philosophal ; sorte de course a la pépite d’or ; qu’une philosophie dite rationnelle.
    Pour autant j’aimerais vous poser un dédale de question : est-ce qu’en voulant aider l’autre à accéder à notre liberté, est-ce que je ne substitue pas son sujet au sien, qu’est-ce que la liberté si le processus pour y accéder ne lui appartient plus, puisqu’on lui octroie arbitrairement la liberté ? En d’autres termes quand on naît dans un espace, ou peut être une essence, où la liberté paraît acquise, comment s’autodéterminer, voire même pour les plus jeunes comment se "désociopathiser"

    Mister KM

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes