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Villepin obtus, dans la crise aiguë du CPE.

On dit que Dominique de Villepin est « droit dans ses bottes ». « Entêté, obtus et totalement coupé des réalités » semble être, en l’occurrence, plus approprié.

La crise d’ampleur nationale provoquée par le CPE que Galouzeau de Villepin veut faire passer en force, à la hussarde, montre le tempérament hautain et dédaigneux du Premier Ministre, et sa maladresse. Ce qui n’a pas réussi à Juppé en son temps ne réussira pas plus à Villepin et la perception qu’ont désormais les Français de ce Premier Ministre, qui pouvait auparavant donner l’image d’un homme de dialogue, est sans équivoque. Le marquis, descendant de rescapés au sang bleu des purges révolutionnaires, vient imposer ses vues et ses méthodes aux enfants de la République, qui s’en passeraient bien. Ça sent déjà la guillotine, mais pas pour ceux que l’on croit, tant les bourdes coûtent cher au sommet de l’État et la tête de l’obstiné ira rouler dans la sciure. Question de temps !

Se mettre à dos une opinion publique massivement opposée au projet de contrat de première embauche, sous prétexte que « les membres de l’UMP ne pardonneraient pas un retrait, une suspension ou des modifications » ("dénaturation" me semble aussi ampoulé et rébarbatif que l’auteur de ce terme barbare et déphasé) est une erreur stratégique majeure. Une faute motivée par un ego de politicien mal placé, qui croit que le clientélisme électoral devrait être la préoccupation majeure et unique d’un dirigeant au point de faire fi d’une opposition massive à un projet mal ficelé pour un « contrat » qui amplifierait encore plus les inégalités entre les détenteurs du capital et les travailleurs.

Villepin montre, dans cette crise, le très vilain côté de son personnage hypocrite. Ses larges sourires de play-boy sur le retour et son apparente allure sympathique cachent en fait un individu sourd à tout dialogue, austère et vieux jeu. Ne pas négocier avec les syndicats mais jouer à faire semblant à « écouter » les étudiants en les recevant personnellement dénote d’un style de gouvernement irresponsable et méprisant d’un politicien isolé dans sa tour d’ivoire et imperméable à la négociation sociale. Les ficelles qu’il tire sont un peu grosses, pour un diplomate louangé pour la subtilité qu’on lui prêtait jusqu’ici, à tort.

Que croit-il faire. Gouverner ? Sans les syndicats, sans une opinion publique qui lui est favorable, et sans l’avis des principaux intéressés, des millions d’étudiants dont le sort est lié au CPE et qui sont légitimement préoccupés par leur avenir ? Une telle attitude l’éloigne encore plus de perspectives de victoire présidentielle, et c’est tant mieux. On n’élit pas un robot dénué du sens de l’écoute, mais on a, au contraire, besoin d’un Président sage et pertinent, apte à peser des décisions, habile à mettre le plus grand nombre de Français d’accord et en premier lieu les intéressés. Le sens du dialogue constructif et sans arrières-pensées n’est pas l’apanage du Sieur Galouzeau de Villepin. Sans doute croit-il que la méthode Bush de ne pas dévier d’une trajectoire fixée à l’avance, fut-elle totalement erronée, est le signe de la vraie qualité politique. Ce n’est la preuve que d’une myopie chronique et la démonstration de l’incurie des médiocres, dont il s’obstine à nous démontrer qu’il en fait partie.

Inflexible, sourd, obstiné et prétentieux, ne sont ni des qualités recherchées chez un Premier Ministre, ni des qualificatifs souhaitables d’un possible Président de la République. Que Villepin reste chez lui ou en résidence chez les Chirac lors des élections. Il ne sera pas le bienvenu parmi les électeurs qui se souviendront de son comportement sans panache dans la crise du CPE.

On ne peut qu’être choqués par le déphasage des enjeux pour les deux protagonistes. D’un côté les étudiants, futurs salariés précaires et pour qui la protection offerte par un contrat d’embauche est vitale et, de l’autre côté, l’enjeu futile et inconséquent d’un Premier Ministre qui veut simplement faire valoir son point de vue, en l’imposant à tout prix, envers et contre tous.

Et si Villepin semble être "droit dans ses bottes", c’est qu’il est rigide, sans plus. Pas de quoi en faire un mythe pour un faux héros qui disparaîtra dans les oubliettes de l’histoire, par la petite porte, quand l’électorat l’aura massivement évacué de l’avant-scène politique, pour incompétence, amateurisme caractérisé, et surdité chronique.

Le psychodrame social qui se joue autour du CPE tourne autour de deux tares inhérentes à ce contrat qui se veut si léonin qu’il n’en est pas un : Une période d’essai de deux ans qui pourrait se renouveler à l’envi au cas où un candidat jouerait de malchance chez plusieurs « employeurs », et un licenciement sans motif. Sans doute le marquis trouve-t-il normal ce « fait du prince », dont ses ancêtres ont copieusement abusé, en leur temps. Mais, dans le monde moderne, le contrat qui lie les détenteurs du capital et leur personnel doit reposer sur des garanties et non sur une promesse de précarité, sans juge et sans appel, à la seule initiative et au bon vouloir du dominant.

Ashoka.


 
 
 
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