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Une complicité de tous au plus haut niveau

On ne peut pas avoir offert l’ensemble du pouvoir médiatique aux mains de la finance, affaibli les organisations syndicales et politiques, ne pas avoir tenu ses engagements et accuser le peuple de ne pas être en mesure de se positionner clairement par les urnes.

C’est un des premiers constats qu’il y a lieu de faire en préambule à toute analyse politique au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle.

S’il y a un coupable historique dans le résultat du 21 avril, il a nom François Mitterrand. C’est lui qui, le premier, a organisé de façon machiavélique et méthodique ce qui devait conduire au choix surréaliste qui nous est imposé : Chirac ou Le Pen.

Dieu est né

1982, François Mitterrand est élu dans l’euphorie générale par une majorité de français qui a voté, non pas socialiste, mais contre Giscard D’Estaing, à la suite d’une campagne médiatique bien organisée [1] . Tout le monde oublie alors, et la presse en premier lieu, le passé sulfureux de celui qui, de par les fonctions qu’il occupait alors, s’était rendu complice de la gégène et autre plaisirs de groupes de la soldatesque française en Algérie.

Une fois élu, le « socialiste » Mitterrand nationalise tout ce qui se présente poussé par l’aile gauche de son Parti afin de contenter le peuple. En parallèle, il organise adroitement et sournoisement, la privatisation de la télévision en commençant par TF1 dont chacun sait ce que cette chaîne véhicule aujourd’hui. Ensuite vint l’expérience de la « Cinq » obligée de fermer ses portes pour crime de lèse publicité envers Tf1. [2]

La suite, chacun la connaît ou bien faut-il que je développe ?

Et l’on vit la multiplication des chaînes privées, câblées, satellisées ; la venue du multimédia laissé aux mains de la finance ; l’arrivée de Messier et la fin de l’exception culturelle française par manque de positionnement clair du pouvoir politique et par une absence complète de soutien en direction de la presse libre et d’opinion.
Il demeure, depuis, France 2, France 3 et France Inter dans le domaine public. En apparence, car la plupart des producteurs comprenant qu’il y a du fric à se faire devinrent propriétaires de leur émission (Delarue dont le papa vocifère à chaque grève organisée par le service public en fut un exemple !) et ces chaînes publiques sont tellement tributaires de la concurrence et privées de moyens… publics qu’elles doivent s’aligner et tirer leur programmation vers le bas si elles veulent survivre. Pour ce qui est de l’information et pour conserver un minimum de parts de marché, l’alignement est de mise, la surenchère, aussi.

Dans le domaine du papier c’est la fuite en avant et tout est fait pour que la presse file entre les mains de la finance et du grand capital. Le dernier bastion de résistance en la personne du quotidien « le Monde » vient de basculer en ce début d’année 2002. Et quand ce n’est pas la bourse qui dicte sa loi, c’est le marché de la publicité qui prend le relais et qui impose ses règles et… sa ligne éditoriale. Le nombre de lecteurs, en France, étant particulièrement ridicule au regard de certains pays, tout s’en suit.

Et vinrent les journaux gratuits…

Dans cet état de délabrement idéologique et coincé entre le pourcentage de part de marché, les recette publicitaires et des impératifs économiques draconiens, qui peut s’étonner de ce que nous ayons un environnement médiatique, aussi lamentable.

A la gauche de la gauche, je demande le vide !

En parallèle, celui que les médias, cités plus haut ont fini par appeler « Dieu » planifie le vide à la gauche de sa gauche et il l’annonce : « Le parti Communiste doit revenir à l’audience qui est véritablement la sienne, c’est à dire aux alentours de 5% [3] ». Gagné en 2002 avec un bonus puisque le PC est en dessous de 4% !

Pour y parvenir, le fils spirituel de Machiavel organise la montée du Front National qui enregistre sa plus forte progression dans les années 80. Le Parti confidentiel de Monsieur Le Pen est devenu une entreprise florissante avec la bénédiction active de Mitterrand et la complicité des Socialistes et de la Droite traditionnelle qui s’y retrouvent, du reste. Les candidats traditionnels ont souvent été élus, depuis, dans des triangulaires avec le Front National et la Gauche en a largement bénéficié notamment dan les élection municipales. La politique politicienne n’étant pas une science tout à fait exacte, quelques villes basculèrent sus la coupe du FN... et y restèrent. Les larmes, les manifs et autres prises de positions n’y firent, malheureusement rien et il faudrait en tirer quelques leçons aujourd’hui !

Au delà de cette organisation mathématique et politicienne la montée du Front National apporte au pouvoir un autre élément, celui de la peur. Le peuple est d’autant plus docile qu’il a peur et qu’on lui donne à voir du spectacle. Il a les deux depuis pas mal de temps avec une accentuation soudaine au demeurant.

Qu’on leur donne de la peur et du spectacle !

Le décor est planté, nous pouvons en venir au premier tour de l’élection présidentielle du 21 avril 2002.

Tout a été organisé, au plus haut niveau, [4] pour que le résultat du premier tour soit celui que nous connaissons.

- Le calendrier électoral tout d’abord qui a fixé la date du 21 avril, en pleine période de vacances scolaires ne pouvait que conduire à une aggravation de l’absentéisme.

- Les instituts de sondages qui se sont soi-disant trompés (mais quand on se trompe à ce point et de manière systématique, il faut choisir de faire un autre métier) ont induit volontairement les électeurs en erreur et ont participé à leur manière à l’augmentation du taux d’abstention.

- La classe politique qui n’a jamais abordé le débat de fond, Jospin et Chirac en premier, et qui a préféré adhérer à une politique spectacle participant à éloigner les électeurs des urnes. Ce comportement irresponsable et très éloigné de l’attente même des gens participe au pourrissement des institutions et décrédibilise le rôle des élus, y compris ceux se proximité. [5]

- Les médias qui ont instrumentalisé, accentué voire déformé si nécessaire les faits divers afin de renforcer à outrance le sentiment d’insécurité. [6]Cette planification dépasse le cadre de la campagne électorale et nous amène à penser que l’organisation de l’instrumentalisation de l’insécurité a été définie par les états-majors politiques comme un enjeu majeur de ces échéances électorales et une stratégie électorale destinée à affaiblir les partis modérés en faisant monter artificiellement les extrêmes. Bravo, c’est gagné !

Il est possible désormais d’affirmer qu’il y a eu manipulation de l’opinion publique et volonté manifeste de placer le Front National en capacité d’être présent au deuxième tour. Au vu de l’analyse que nous sommes nombreux à faire, il ne pouvait pas en être autrement. Toutes celles et ceux qui, dans la classe politico-médiatique, affirment le contraire sont des faux-culs ou des naïfs lunaires.

Ajoutons, à cela que la politique menée depuis plus de 20 ans par une Gauche de plus en plus caviardée, embourgeoisée et en complet décalage avec les aspirations et les préoccupations des gens n’a rien fait pour arranger les choses. De reculades en renoncement, de virages spectaculaires en couleuvres avalées, la pluralité « Plurielle » a un coût qui se paye au prix fort.

Coup de pied au cul et coup de balai

Il faudra à l’heure du bilan, demain si tout ne se passe pas trop mal, que les Français, le peuple, exigent la mise en place d’une commission d’enquête indépendante, aux pouvoirs élargis afin que toute la lumière soit faite sur cette manipulation électorale. Il faudra clairement en identifier les commanditaires, les complices et les exécutants.

Il y a trop longtemps que le pouvoir joue avec la démocratie en bénéficiant de la complicité active ou passive d’un certain nombre d’institutions. Il devient suicidaire d’attendre immobile un hypothétique assainissement de la classe politique ou une remise en cause, interne, du fonctionnement des institutions. Ces choses là ne se feront pas autrement que sous la contrainte du peuple lui même et de la rue.

Il nous reste, au moins, trois choses à faire avant et après le 5 mai 2002 :

- Un grand coup de pompe dans le cul au fascisme et à son porte-drapeau le front National.
- Un grand coup de balai dans la classe politique en imposant une limite d’âge au passage.
- La fermeture définitive de l’ENA qui participe à la consanguinité idéologique et politique.

Mais, ce ne sera qu’un début tant il y aurait à faire pour que la République et la Démocratie soient restaurées dans ce pays qui a écrit les droits de l’Homme et qui parle de Liberté, d’Egalité et de Fraternité sans trop en connaître la signification profonde.

Gilles Lestrade


Notes

[1Tout le monde a en mémoire la fameuse affaire des diamants de Bokassa, qui prête à sourire, aujourd’hui, au regard des casseroles que traîne la classe politique dans sa quasi totalité. Le « Canard Enchaîné » a beau rôle, aujourd’hui à appeler à voter pour Chrirac afin de faire barrage à l’extrême droite. Il a bel et bien participé à l’origine du désastre !

[2Le marché de la pub étant ce qu’il était à l’époque, il fallait sacrifier quelqu’un et ce fut la 5.

[3Je cite de m’émoire, masi je ne suis pas très éloigné de l’original.

[4Le terme désigne, les états-majors politiques certes, mai aussi, les conseils en communication, les service spéciaux et bien sur l’Elysée et Matignon

[5Il faut convenir, aussi, que les conseillers politiques des candidats ne devaient pas être issus de la France profonde si l’on se réfère aux arguments de campagne et aux propositions de programmes. Cette coupure entre les institutions parisiennes et le reste de la France ne cesse de se creuser depuis des années alors que les dirigeants nationaux restent sourds aux appels des militants.

[6Robert Namias, directeur de l’information de TF1, ne pense « pas que les médias aient la moindre responsabilité ». « Si la fonction et la mission des médias sont de restituer la réalité, dire les faits, globalement TF1 et les médias ont fait leur métier convenablement », a-t-il dit à l’AFP.
Namias est un Saint objectif, c’est bien connu (NDLR)


 
P.S.

Ce dessin circule sur le Net. Dans la bulle : "J’ai une tronche avec ce vent de droite..." Si l’auteur se reconnait, c’est avec plaisir que nous mentionnerons le sources.

 
 
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2 commentaires
  • > Une complicité de tous au plus haut niveau 30 avril 2002 10:54, par JF Parent

    Bonjour !

    Votre proposition de mettre un audit sur cette campagne électorale me paraît tout à fait intéressante. Il faut explorer tous les niveaux.

    D’accord pour le coup de balai mais ne faut-il pas aller encore plus loin en demandant une refonte totale des partis politiques et de leur façon de voir les choses ? Par exemple, qui peut me dire à quoi servent les militants ? Ne pourraient-ils pas signaler à leur direction ce qui ne va pas, ce qu’aimeraient les gens, quelles sont leurs VRAIES peurs pour que les politiques "d’en haut" en tiennent compte avant la catastrophe ? De même pourquoi les candidats ne sont-ils pas élus par les militants dans des conditions similaires au suffrage universel ? Où est la démocratie dans les formations politiques ?

    Voila pour aujourd’hui.
    Cordialement,
    JFP

  • >Le PS souhaite avoir moins d’électeurs !!! 26 juillet 2002 19:39, par Luc

    Le PS a planifié sa diminution électorale en valeur ABSOLUE, pour pouvoir gagner en valeur RELATIVE, dans un cadre limité à la sous-compétitition électorale ’’bobos’’ contre ’’réacs’’, tous privilégiés en fait. (Voir vote à Paris).

    Pour cela, il faut dégouter méthodiquement de voter les gens qui avaient intérêt à le faire. (N’est-ce pas qu’on s’y emploie avec talent ?). Même si ca n’a pas encore été révélé
    au grand public (encore que Strauss-Kahn avait en grande partie vendu la
    ficelle dans son dernier ouvrage).

    Le PS actuel a retenu ainsi la leçon bureaucratique des léninistes : le
    parti se renforce en s’épurant (ici il s’agit d’électorat).

    Personne ne me croyait quand je disais cela il y a quelques années, mais maintenant que l’opération a réussie entièrement grace à Jospin, il va devenir peu à peu permis aux éditorialistes du Monde et de Libé de le confirmer : La gauche plurielle était inéluctablement programmée pour
    devenir gauche ’’plus rien’’, afin de perdre tout caractère dérangeant de
    gauche.

    L’électorat PS devient nettement plus facile à manager quand il est épuré,
    lorsqu’il ne comprend plus d’éléments critiques ou exploités, mais seulement
    des gens attachés à leur sécurité, à leur confort intellectuel et à la
    baisse des impôts.

    (Unir les critiques et les exploités, c’était autrefois la définition même
    de la gauche : l’alliance historique entre ’’instruits’’ et ’’peuple’’,
    comme lors de l’affaire Dreyfus, ou de la Résistance, mais ces temps sont
    bien révolus, depuis que le PS a été refaçonné en profondeur par un
    aventurier cynique venu de l’’’Algérie française’’, aux amitiés vichystes : François Mitterrand, universellement détesté au début des années 1960, mais installé subrepticement au poste de pilotage de la gauche française par Mauroy et Chevénement, au congrès d’Epinay en 1971, avec l’appui du PCF qui
    préférait n’importe qui plutôt que Mendès-France). CQFD.

    Quiconque n’a pas compris que le PS souhaite désormais que nous autres, les personnes attachées aux vraies valeurs de gauche, ne votions PLUS JAMAIS (en dépit de déclarations contraires, évidemment) n’a pas compris la situation politique française actuelle dans l’un des secrets les mieux gardés de
    ’’l’alternance’’ et du trucage des sondages.

    Dès qu’on aura compris cela, on sera mieux armés pour leur résister
    intelligemment.

    Votre article y contribue.

 
 
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