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Le Pen de mort pour leur télévision

C’est avec un talent de clown pathétique que la presse traditionnelle tente de commenter le succès de Le Pen et l’échec cuisant de Jospin au premier tour des présidentielles françaises.

Il y a ceux qui accusent les abstentionnistes : il faisait beau, c’était les vacances, …et donc de croire que c’est la pluie ou le beau temps qui fait l’élection.

Il y a ceux qui accusent les sondages, le manque de citoyenneté, l’apolitisme de la jeunesse, etc.

Plus grave, certains accusent l’extrême gauche d’avoir contribué à affaiblir le PS de Jospin et donc d’avoir ouvert un boulevard à Le Pen. Mais personne ne pense à accuser Jospin d’avoir gouverné à droite, d’avoir brouillé les frontières idéologiques, de s’être mis à la table des grands industriels et donc, en fidèle laquais, d’avoir contribué à créer une dynamique d’ultralibéralisation du système.

L’idéologie du libéralisme, la compétition économique, la culture de la consommation ne peuvent qu’entraîner l’abrutissement de larges couches de la population.

Ce serait une grave erreur que de sous-estimer la fonction de l’ignorance dans la population comme moyen essentiel pour une classe dirigeante de se maintenir au pouvoir. C’est sur le terrain de l’ignorance que pousse la mauvaise herbe de la superstition, du conservatisme, des idées et des comportements réactionnaires dans lesquels s’ancre le vote FN.

José Bové a raison de dire que TF1 a fait campagne pour le Front National.

Les journaux télévisés français de TF1 et de France 2 ont conditionné les gens avec le thème de l’insécurité créant une psychose que Le Pen n’avait plus qu’à cueillir.

Le culte de la libre entreprise s’appuie sur l’individualisme. L’idéologie libérale casse toute forme de solidarité entre les hommes. Même le vocabulaire devient une arme. On ne dit plus " ouvrier " mais " technicien de surface " pour éviter d’employer des termes qui renvoient à une solidarité de classe qu’il faut bannir. On transforme l’homme en loup pour l’homme. Partout le capitalisme instaure la compétition. Chacun dans son travail peut être jugé et s’il ne donne pas le meilleur, il doit être viré. C’est cela la véritable insécurité : en vingt ans, la probabilité pour un ouvrier ou un employé de perdre son travail a quasiment doublé. [1] C’est l’idéologie du profit et de la compétition qui amène l’insécurité et l’angoisse.

Cette conception du monde se retrouve également sur le plan culturel dans des émissions comme Loft Story ou Star Academy, que certains confondent avec la culture populaire. Ces émissions ont, à leur niveau, contribué à abrutir la population, à lui faire rentrer dans la tête la loi barbare du " que le meilleur gagne et malheur aux vaincus. " A force de dire aux gens que la seule réussite est l’argent et le " star system ", la société du spectacle créera des armées de gens frustrés qui se défouleront en maniant la haine de l’autre.

La télévision n’est pas un objet machiavélique. C’est un outil aux mains d’une classe sociale qui a peur d’offrir l’intelligence au peuple. Injecter de la connerie à dose massive dans les cerveaux et si, malgré tout, la colère contre le système se réveille, assurons-nous que les gens se trompent de colère en s’en prenant aux immigrés : telle est la devise de nos maîtres. Diviser pour régner. Qu’il sera doux le temps où leur venin n’aura plus d’impact sur nous !


Notes

[1" Quand les forces de la croissance sont celles de l’insécurité. ", Le Monde, 29/04/2002


 
P.S.

Article publié avec l’aimble autorisation de Aden N° 63
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