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La débandade du pouvoir.

Une fois passées les émotions de la crise du CPE, même si elle n’est peut-être pas encore terminée, on ne peut s’empêcher de considérer avec stupeur et consternation ce qui se passe au plus haut niveau de l’État français. Et c’est de nature à faire peur aux Français, qui ont de moins en moins l’impression d’être gouvernés.

On ne sait pas s’il faut en rire ou en pleurer. C’est digne du meilleur burlesque. Papy Chirac, devenu franchement gaga, fait semblant de soutenir Villepin, qu’il avait placé lui-même à Matignon pour contrecarrer Sarkozy, tout en remettant Sarkozy en selle. Si bien qu’on a l’impression de se retrouver, de facto, avec deux Premiers Ministres. Je ne pense pas qu’on ait déjà vu l’équivalent dans une démocratie.

Ce mec, Sarkozy, a de la suite dans les idées et un féroce appétit de pouvoir. Tu le fais sortir par la porte, il entre par la fenêtre. C’est la mouche du coche, toujours affairé, prompt à s’immiscer dans la moindre faille pour se rendre indispensable. Ça doit pas mal agacer Villepin, et les suites du défunt CPE, sur lesquelles Sarkozy planche sous l’autorité du Premier Ministre (c’est Villepin qui le prétend, à croire qu’il est un peu couillon, le cocu), promettent encore des chamailleries de gamins. Peu importe celui qui s’appropriera le cadavre, c’est de l’histoire ancienne, mais ça va encore alimenter les colonnes des quotidiens nationaux, qui se frottent les mains en rendant compte des potins politiques et des péripéties du psychodrame qui se joue. Une sorte de feuilleton qu’on regarde à la télé, quoi, du style "l’État, un univers impitoyable", ou "règlement de comptes à OK Corral".

Passons sur Borloo qui refuse de faire imprimer les contrats-type du CPE, vu que le MEDEF n’y croit plus non plus. Le reste de la droite, hors UMP, est snobée par le parti au pouvoir. L’ensemble donne un sentiment de bordel désorganisé, où chacun essaie de tirer la couverture à soi. Villepin a été désavoué, qu’il le reconnaisse ou non, et Chirac a été inutile et infiniment ridicule comme presque toujours. L’UMP fait cavalier seul et méprise autant les autres partis de droite que ceux d’opposition.

Bref, le bateau France vogue allègrement en eaux profondes, avec un capitaine à la limite du coma, flanqué de deux seconds qui ne peuvent pas se piffer, et qui hésite entre son chouchou et son ex-chouchou, pour qui il éprouve une haine proche de l’amour fou. Ça ressemble à un drame passionnel cornélien, version politico énarchique. Pendant que Chirac, déconnecté, continue sa valse-hésitation en jouant « entre les deux mon cœur balance » ou « j’ai besoin de toi, j’ai besoin de lui », le bateau dérive et continue à prendre l’eau. Heureusement que les passagers ne restent pas inactifs, comprenant le danger. Ils pompent la flotte qui s’accumule dans les soutes. Ils ne le font pas de façon frénétique pour le moment mais, croyez-moi, quand ils verront la ligne de flotaison à ras des vagues ils s’activeront un peu plus. La pression de necessité fait toujours des miracles et réveille les plus endormis.

Il faudrait une mutinerie, où les passagers excédés passent le capitaine, les deux seconds, et une bonne partie de l’équipage par-dessus bord. Même le plus con des passagers ferait un meilleur Président que l’occupant actuel de l’Élysée, et on n’aurait aucun mal à trouver un Premier Ministre qui ferait l’affaire. Le critère serait de ne pas avoir un ego démesuré. Ça se trouve encore. Manque de pot, les deux nôtres en ont un, immense, incommensurable, irrépressible. Une tare qui les empêche de voir clair et de faire leur boulot.

Les mousses ont déjà commencé. Braves petits ! Faut voir comment ils se sont organisés au niveau national, payant de leur personne, contrôlant les casseurs du mieux qu’ils pouvaient, ramassant les déchets d’une poubelle renversée. Coup de pot, on a les syndicats, unis dans l’effort, à bord. Ils se sont régénérés, prouvant leur ardeur et leur verdeur. L’opposition de gauche fait du mieux qu’elle peut, et elle peut peu. Restent les Français. Vous, moi, nous. On n’a qu’a refaire le coup du NON à l’Europe. Ça les avait laissés flagada les énarques au pouvoir. Chiche ! Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort nous fûmes dix mille en arrivant au port...

Ashoka.


 
 
 
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